‹ Œuvres complètes de CochinChapitre 13 sur 34 · CAUSE A LA TOURNELLE CRIMINELLE · texte numérisé non relu

CAUSE A LA TOURNELLE CRIMINELLE

POUR le marquis de Méziebes.

CONTRE le marquis de

Qnmos. — Si un officier qui va en trouver un autre cbea lui, à l'occasion Jequflquo rapport*, et qui lui parle en »ecret, peut être accusé de jroeJ-aptw el décrété.

Le marquis de n'a point ignoré le soulèvement

général que les plaintes quil a rendues contre le marquis de Mézières ont excité. Il a composé un manifeste pour se justifier. Accusateur dans les tribunaux rie la justice , il soutient dans le public le personnage d'ac- (usé; quelaues efforts qu'il lasse, il ne se tirera pas avec plus d honneur de l'un que de l'autre.

Il ne s'agit point, dit-il , d'un crime que l'on pourrit peut-être regarder comme glorieux au marquis de

1 Arrêt de la Tourncllc criminelle, du 1" février 1730, les appellation»

'rtpeclives «u néant ; éinendant, sur l'extraordinaire hors de cours/lc ' «lé levé, icclui préalablement reconnu. ' Cette cause est la XL1V de l'ancienne édition.

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Mézières ; j'aurais été jaloux d'en partager l'honneur avec lui, si l'occasion s'en était présentée; c'est d'un guet-apens que j7ai rendu plainte. Si ce n'est pas là ce

que dit le marquis de en propres termes , c'est au

mois ce qu'il insinue.

Le marquis de Mézières ne forme point de conjectures

sur les dispositions où serait le marquis de s'il

était attaqué y il lui suffit de faire voir, qu'également inntfcent, et du crime dont on l'accuse, et de celui dont on le justifie, il n'y a eu de sa part que des procédés

dont le marquis de aurait dû se louer; et de la

part du marquis de qu'une terreur panique >

dont le marquis de Mézières ne saurait être garant.

, Fait. — Le . marquis de est parent du prince de

Ligne qui a épousé depuis peu la sœur du marquis de Mézières ; la princesse de Ligne s'est séparée ae son mari pour des causes dont il n'est point question d'instruire le publie , le marquis de s'est intéresse pour

le prince de Ligne ; on ne prétend pas lui en faire un reproche.

Pendant que cela se passait, le marquis de Mézières servait dans le camp qui fut assemblé 1 année dernière sur les bords de la Saône. À spn retour , plusieurs personnes lui rendirent compte de l'éclat que faisait dans le monde l'affaire du prince de Ligne , et des discours peu ménagés que tenait le marquis de de la marquise de Mézières , sa mère , et de la princesse de Ligne , sa sœur.

Le marquis de Mézières ne put ajouter foi à ces rapports ; il avait connu particulièrement le marquis de.... qu'il avait vu souvent chez la comtesse de nevel, et même chez la dame marquise de Mézières. Le marquis de — lui avait toujours témoigné de l'amitié; il crut qu'il devait l'aller voir, lui rendre compte des mauvais

bruits qui couraient, et que le marquis de serait le

premier à les désavouer.

Le premier octobre il sortit de chez lui dans un carrosse de place , suivi d'un simple laquais , et se fit mener chez le marquis de sans être accompagné de

personne. L ayant demaudé , et ayant appris qu'il n'y

tiait pas , il fut dans le Marais faire quelques visites , et trouva entre autres le sieur de Chaumonl , officier comme lui dans la gendarmerie , et fils de M. de Bernage , conseiller d'état et intendant de Languedoc. Le sieur de Chaumonl le pria à dîner, ce qu'il accepta ; ils furent ensemble à la messe , après laquelle le marquis de Ménères lui dit qu'il avait une visite à faire dans le faubourg Saint - Germain , et qu'il reviendrait chez lui pour l'heure du dîner.

Le sieur de Chaumont profila de l'occasion, et dit Que puisque cela était , il irait chez M. de Bernage qui demeure aussi dans le faubourg Saint -Germain, et qu'ils reviendraient ensemble. Ils se firent donc mener

chez le marquis de d où , après la visite tlont on

rendra compte dans un moment, ils furent chez M. de Bernage, et revinrent enfin dîner chez le sieur de Chaumont.

On ne reconnaît guère dans ces démarches les préludes d'un guet-apcns; aussi n'y eut-il jamais d'imagination plus absurde et plus contraire à toutes les circonstances de cette visite devenue si fameuse , et dont le marquis de Mézières ne prévoyait pas que l'on dût jamais parler.

Il se rendit donc pour la seconde fois chez le marquis de , le 1 er octobre , sur le midi : ayant appris

qu'il y était , il descendit du carrosse dans lequel le sieur de Chaumont resta; il entra seul, et sans être même suivi de son laquais ; il trouva dans la première pièce de l'appartement un assez grand nombre de domestiques ; il demanda à parler en particulier au marquis de , et passa dans la seconde pièce ; le marquis de était dans une troisième avec le prince de

Ligne , la marquise de Chambonas , le marquis de Caraccioli et d'autres personnes ; il sortit et vint au-devant du marquis de Mézières.

Le marquis de Mézières lui dit avec beaucoup de politesse ( c'est ce que le marquis de appelle un air

déconcerté ) qu'il serait charmé de voir la paix entre sa famille et le marquis de qu'on avait voulu lui persuader qu'il avait tenu des discours peu convenables ;

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qu'il le croyait trop honnête homme pour cela , et qu'il avait cru ne pouvoir mieux faire que ae s'adresser à luimême pour en être éclairci.

Le marquis de s'irrita d'une démarche que tout

autre aurait regardée comme l'effet de la politesse; il se crut attaqué jusque dans l'asile même de sa maison ; il s'emporta et prétendit qu'un jeune officier manquait au respect qu'il devait à un lieutenant-général. S'il en était demeuré là , le marquis de Mézières lui aurait facilement persuadé qu'il se trompait dans la fausse idée qu'il s'était faite de sa démarche; mais il commença à déclamer contre la marquise de Mézières et contre la princesse de Ligne; le marquis de Mézières, zélé comme il le doit pour l'une et pour l'autre, le prit à son tour sur un ton qui convenait ; la conversation s'anima et attira également, et les personne* de condition qui étaient dans la troisième pièce, et ce nombreux cortège de domestiques qui étaient dans la première.

La scène finit par la retraite du marquis de Mézières qui sortit avec le marquis de Caraccioli. On ne défait

Sas attendre d?une personne de l'âge du marquis de [ézières beaucoup de modération après ce qui s'était passé ; mais ce que la colère peut inspirer de vivacités après une pareille scène, ne passera jamais pour un crime Cependant quand il fut hors de. la maison , il se calma, et tout le fruit qu'il retira de sa visite fut de demeurer convaincu qu'il n'y avait point de calomnie

dont le marquis de ne fut capable , et que c était

un homme avec qui il fallait rompre pour toujours. Mais il avoue qu'il n'imagina pas que le marquis

de osât en rendre plainte , moins encore de ce qui

se passa quelques jours après dans l'église de Saint- Joseph.

Le marquis de Mézières y fut à la messe » non pas après l'avoir entendue aux Jacobins , comme l'avance

faussement le marquis de dans sou mémoire; il y

vit le marquis de comme beaucoup d'autres personnes de condition ; il sortit, la messe finie , et retourna chez la dame , sa mère, comme le marquis de ren-

ira chez lui, sans serre parle. Cependant c'est un nouveau crime, selon le marquis de Partout où il

aperçoit le marquis de Mézières , il croit se voir insulte; il faudra dans la suite qu'en quelque lieu que le marquis de Mézières veuille entrer , église , promenades publiques , spectacles , il commence par s'informer si le marquis de n'y est pas , sinon voilà le commissaire du marquis de honoré d'une nouvelle visite

de sa part ; puisqu'on f ait un crime au marquis de Mézières d'avoir été à la messe , il ne sait plus ce qui sera innocent de sa part aux yeux du marquis de

Oo a donc fait informer de ces deux faits , et enfin le lieutenant-criminel a accordé aux vives instances du marquis de un décret d'assigné pour être ouï.

Ce n'est pas là de quoi satisfaire sa vengeance ou son mquiélude , il faut que le marquis de Mézières soit décrété de prise de corps , pour que le marquis de

soit tranquille ; il a donc porté la persécution jusqu'à appeler de ce décret comme de déni de justice.

Le marquis de Mézières a de sa part interjeté appel de toute la procédure , et demande qu'en évoquant le principal , il soit déchargé de la calomnieuse accusation avec dommages et intérêts.

Moyen. — Son moyen est simple; il n'y a ici , et il ne peut y avoir aucun corps de délit. Quels sont ses crimes prétendus ? Il a été rendre une visite au mardis de dans un esprit de paix; il Ta prié de s'expliquer sur des discours peu convenables qu'on lui imputait : c'est un zèle qui ne peut que lui faire honneur.

Le marquis de trop prompt à s'alarmer , croit

qu'on vient l'attaquer ; il crie , il s'emporte , toute la maison s'assemble, et le marquis de Mézières se relire : comment peut-on traiter cette démarche de criminelle ?

C'est, dit-on, un guet - apens. Mais que veut dire par-là le marquis de ? Ose-t-il soutenir que le marquis de Mézières vint pour l'assassiner ? Tout se soulèverait contre une accusation si téméraire : la naissance, les sentimens du marquis de Mézières, toutes les circonstances de l'action. Le marquis de Mézières entre

seul chez un homme de condilion , à l'heure du dîner , entoure de personnes du premier rang et d'une foule de domestiques ; voilà assurément des circonstances dans lesquelles on n'imaginera jamais que Ton ait voulu faire un coup si horrible ; pouvait-on prévoir que le marquis

de en serait alarmé , et qu'il ne se croirait pas

même en sûreté dans une situation où au premier ordre il aurait pu faire périr le marquis de Mézières ? D'ailleurs , personne n'a été témoin de ce qui s est

qu'aux discours violens du marquis de que tout le

monde est accouru ; il est donc le maître d'attribuer au marquis de Mézières tels discours qu'il jugera à propos ; mais peut-il se flatter qu'un homme accoutumé à parler si faussement de toute la famille , sera cru facilement dans ce qu il dira contre le marquis de Mézières en particulier ?

Enfin prétend-il sonder les intentions du marquis de Mézières ? Mais c'est un secret qui lui est interdit comme a tout autre. On le répète, il n'y a donc et il ne peut y avoir aucun corps de délit.

Le fait de la messe entendue à Saint-Joseph est encore plus bizarre; il était réservé au marquis de.... d en rendre plainte. Que veut-il faire entendre par cette plainte? Que l'ombre seule du marquis de Mézières l'étonne et l'embarrasse. Le hasard les réunit dans une même église; aussitôt le marquis de.... se forme les idées les plus funestes ; on en veut à sa vie ; serait-il permis d en douter ? Le marquis de Mézières a jeté les yeux sur lui ; voilà un crime qui doit exciter toute la sévérité de la justice. On rougit de rappeler de pareilles illusions.

Il est aisé de juger après cela lequel des deux.... est en droit de se plaindre du décret. Le marquis de... dit que c'est un trait d'indulgence pour l'accusé; le marquis de Mézières soutient que c'est avoir poussé la complaisance trop loin pour l'accusateur. Jamais on n'a

trop loin pour

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