‹ Œuvres complètes de CochinChapitre 15 sur 34 · MÉMOIRE SUR L'APPEL EN LA TOURNELLE · texte numérisé non relu

MÉMOIRE SUR L'APPEL EN LA TOURNELLE

De tous les crimes, le plus noir et le plus odieux, >erait sans doute celui qu'on impute à Marie-Marguerite damier, a sa mère et à son mari. Il n'y a personne qui ne soit saisi d'horreur à l'idée seule d'empoisonnement : mais si ce crime avait été commis par une ancienne amie contre celui qui lui avait toujours donné des preuves de sa confiance et de son attachement, par une légataire universelle, contre celui oui, par son testament, après avoir rendu à sa famille les biens de ses père et mère, avait disposé de tous ses biens en sa laveur, il faut avouer qu'il n'y aurait point de supplice capable de satisfaire à ce que la vengeance publique demanderait contre un monstre capable de telles iureurs.

Mais il . n'y a ici, contre Marie-Marguerite Garnier, <jue le titre seul de l'accusation : au fond, le corps du <iélit n'est pas certain , nulle preuve , nul indice contre les accusés ; toutes les circonstances , au contraire , se réunissent aujourd'hui pour établir leur innocence

aSa oeuvres de cochipt.

Pourquoi donc, par la sentence dont est appel, a-t-on différé de prononcer leur décharge, en ordonnant que pendant un an il serait plus amplement informé, et que cependant les accusés tiendraient prison ? C'est ce que les règles de l'ordre judiciaire ne paraissaient pas permettre, c'est ce qui donne lieu aux justes plaintes des accusés. Il y a six mois qu ils sont privés de la liberté, que leurs affaires et leur commerce sont tombés dans le plus affreux dérangement : une plus longue détention achèverait de les ruiner. Est-il juste de leur laire sul>ir un châtiment si dur, pour un crime chimérique dont on n'a pu trouver aucun indice dans la plus longue et la plus sévère instruction?

Il y a donc lieu d'espérer que la cour, touchée et de leur innocence et^de leurs malheurs, s'empressera de finir leurs disgrâces. C'est pour la mettre en état de leur rendre cette justice, qu'on va lui rendre compte des principales circonstances d'une affaire si triste et si intéressante.

Parfait Devaux, ôjuon suppose avoir été empoisonne au mois de novembre dernier, était fils de Nicolas Devaux, marchand à Paris. Après la mort de son père, sa uière passa à de secondes noces avec le sieur du Parc. De ce second mariage sont nés plusieurs enfans, et entre autres le sieur du Parc, qui est devenu mailre-d'bôtel de la ville , après le sieur du Parc son père.

Parlait Devaux ayant été mis en pension au collège de Navarre, y fit connaissance et y contracta amitié avec Jacques Car nier , qui y était aussi pensionnaire. En sortant du collège, le sieur Devaux vint demeurer avec sa mère et avec le sieur du Parc son second mari; il conserva une grande liaison avec Jacques Garnier et avec Nicolas-François Garnier son frère.

Pendant que cette union régnait entre eux , Nicolas- François Garnier se maria, sa femme devint grosse, et le sieur Devaux qui la voyait souvent , leur disait en plaisantant, que s'ils avaient une fille, il en ferait sa femme. La femme de Garnier accoucha en effet d une fille, et Devaux, qui entretenait toujours avec eux la même familiarité, appelait ordinairement cette enfant sa

femme, ce qui fit prendre aussi à l'enfant, lorsqu'elle commença a se connaître, l'habitude d'appeler le sieur Devaux son mari : voila l'origine innocente d une manière de parler, dont on a t'ait dans le procès une espèce de reproche à Marie-Marguerite Garnier.

Ouoi qu'il en soit, le sieur Deyaux a fait dans la suite de grands voyages , tant avec M. le comte de Toulouse, qn'avec M. le maréchal d'Uxel les à qui il a été attaché. Depuis il a acheté plusieurs charges chez le roi et chez la reine, en a fait le service pendant ses quartiers, ce qui a interrompu ses liaisons habituelles avec Marie-Marguerite Garnier et avec ses père et mère. Les fatigues de tant de courses et de tant de services, auxquelles se joignirent les douleurs de la pierre, dont il avait des ressentimens depuis plusieurs années, obligèrent le sieur Devaux, il y a cinq ans ou environ, de fixer son séjour à Paris, où il vivait dans une grande retraite, ne voyant que des amis intimes, entre lesquels Marie-Marguerite Garnier et sa mère tenaient toujours le premier rang.

Marie-Marguerite Garnier avait été mariée en 1720 avec Nicolas Durand , maître tonnelier à Paris. Ils ont vécu ensemble dans la plus parfaite union : de quatre enlans nés de leur mariage , il leur en reste deux , dont laine, âgé de vingt ans, est clerc tonsuré, et remplit les fonctions de son état sous les yeux du curé de la paroisse ; l'autre n'a encore que sept ans.

L'amitié qui s'était formée ent re elle et le sieur Devaux depuis sa plus tendre enfance, l'obligeait de renouveler «s soins et son attention pour lui dans le triste état où il se trouvait. Elle venait presque tous les jours avec sa mère dîner chez lui. Le sieur Devaux, quand sa santé le lui permettait, allait aussi dîner chez elle, et soupait presque tous les soirs chez la dame de Serville, qui demeurait dans la même maison que lui, rue de la Tixeranderie. Il avait un médecin nommé le sieur Isa bel qui le venait voir de temps en temps, et lui ordonnait des remèdes pour calmer les douleurs de la pierre. On voit qu'à la fin d'octobre 17/12 on lui faisait prendre l'info» àon denula-campana. Le 5 novembre, il en prit une

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polion à cinq heures du matin; mais cette boisson omit si pure , que ce qui restait de la bouteille ayant été examiné par le médecin, il n'y a trouvé aucun mélange de drogues étrangères.

» Cependant peu de temps après avoir pris cette potion , il tomba dans l'état le plus déplorable. Un vomissement continuel , une salivation affreuse , les yeux égarés , la langue sortant avec excès de la bouche , tout annonçait le mal le plus violent et le plus grand danger. Il était dans cette situation, lorsque le sieur Isabel, son médecin, arriva sur les dix heures du matin ;vil tut étonné de la violence du mal, et ne pouvant en découvrir la cause , il augura que le sieur Devaux avait été empoisonné. Sur cette conjecture , il ordonna promptement quelques remèdes y il appela le sieur Astruc à son secours. On prétend que ces remèdes eurent assez de succès, pour que le 17 novembre il se trouvât beaucoup mieux, et qu'on commençât à concevoir de grandes espérances de guérison; mais le même jour 17, les accidens recommencèrent et continuèrent jusqu'au 32 du même mois , que le sieur Devaux mourut sur les six heures du soir. Le corps fut ouvert le lendemain par un chirurgien , en présence de deux médecins, qui jugèrent qu'il avait pris quelque médicament corrosif qui avait été la cause de sa mort.

Pendant tout le cours de la maladie, Marie-Marguerite Garnier et sa mère venaient exactement tous les matins chez lui , et y passaient toute la journée , également occupées à le consoler et a le soulager dans tout ce oui pouvait dépendre d'elles. Le sieur Devaux aurait été bien lâché quelles eussent interrompu un seul jour leurs assiduités , et elles remplissaient avec le plus grand zèle ces derniers devoirs de l'amitié la plus constante. Pour ne rien omettre des plus petites circonstances qu'on a relevées dans le procès, on prétend que clans le cours de sa maladie , le sieur Devaux reçut une lettre anonyme, qu'il Ta lut, et qu'ensuite il la remit à Marie-Marguerite Garnier , qui , après l'avoir lue ellemême , la jeta au ieu. Personne ne sait ce que contenait cette lettre. On suppose qu'elle faisait entendre au ma-

hèe qu'il avait été empoisonné , et que c'était un coup de Marguerite Garnier. Quand cela serait, tout ce qu'on pourrait conclure de cet événement , est que le sieur Devaux aurait méprisé un avis si suspect , et qu'il aurait donné une nouvelle preuve de confiance à Marie-Marguerite Garnier en la lui remettant.

On a prétendu encore que dans les derniers jours de sa maladie , il avait défendu qu'on laissât entrer dans sa chambre et la mère et la fille. On ignore ce qu'il a pu dire à cet égard ; ce qui est de vrai , est que la surveille de sa mort on les empêcha d'entrer , soit que dans l'excès de son mal il n'eût plas besoin d'aucun secours, soit qu'on voulut le laisser uniquement occupé des pensées de l'éternité. Ce sont donc des circonstances absolument indifférentes , et qui ne peuvent taire aucune sorte d'impression.

Quoi qu'il en soit , sur le bruit qui se répandit que les médecins avaient soupçonné qu'il était mort de poison , le procureur du roi du Châtelet donna sa plainte le i \ novembre; il demanda permission d'informer , et

3ue le corps fut visité par les médecins et chirurgiens u ChâteleU Ils firent leur rapport le même jour , et conclurent de leurs observations que le sieur Devaux était mort du poison corrosif. L'information fut commencée le 26 du même mois. Douze témoins furent entendus , qui déposèrent de toutes les circonstances de la maladie et de la mort, sans alléguer aucun fait dont on pût tirer le moindre soupçon contre Marie*- Marguerite (iarnier. Cependant 1 enormité du crime et la nécessité de prendre les plus grandes précautions pour le découvrir , déterminèrent le sieur lieutenant- criminel à décréter de prise de corps tous ceux qui étaient habituellement auprès du sieur Devaux, c'est-à-dire Marie -Marguerite Garnier, sa mère , et Antoine Seigneur , laquais du sieur Devaux,

Ils ont tous subi interrogatoire. Le laquais qui par l'événement a été mis en liberté , a déclaré dans le sien , que la boisson que son maître avait prise le 3 novembre à cinq heures du malin , avait été suivie de tous les accidens dont on a parlé ; mais que les médecins ayant

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fait l'analyse du reste de la bouleille dont le sieur Devaux avait bu le matin , ils n'y avaient rien trouvé de mauvais. Il a ajoute qu'il n'avait donné aucun poison à son maître , et qu'il ne savait personne qui pût lui en avoir donné.

Comme on n'avait trouvé aucune charge ni dans les informations , ni dans les interrogatoires , le procureur du roi obtint permission de faire publier monitoires ; ils furent publiés en effet. Un seul témoin vint à révélation : ce fut André-François Boîsval , marchand épicier, demeurant rue Saint- Victor. Sa déposition a mérité plus d'attention que tout le resta , parce qu'il a prétendu que Nicolas Durand, mari de Marie-Marguerite Garnier, était venu chez lui au commencement d'octobre , et lui avait acheté de l'arsenic ou du sublimé corrosif. Sur cette prétendue découverte, Nicolas Durand a été décrété de prise de corps; mais la déposition de Bois val a été détruite par des moyens si victorieux , comme on l'établira dans la suite , qu'il y avait lieu de croire quelle n'empêcherait pas que les accusés n'obtinssent une pleine décharge.

Cependant par la sentence qui est intervenue le a \ avril 1 7 ] 3 , il a été ordonné qu'il serait plus amplement inibrmé pendant un an , et que cependant ils tiendraient prison, à l'exception du laquais qui serait élargi. C'est de cette sentence qu'ils sont appelans ; ils soutiennent que n'y ayant aucune charge contre eux , et au contraire toutes les circonstances se réunissant pour les justifier, il n'était pas permis de les tenir plus long -temps, ni dans les liens de la plus dure captivité , ni même sous le joug d'une plus longue instruction. C'est ce qu'on se flatte d'établir par des réflexions aussi solides que sommaires.

Moyens. — Premièrement, c'est encore un problème fort incertain de savoir si le sieur De vaux a avalé du poison. Il est vrai que les médecins et chirurgiens l'ont pensé ainsi ; mais ils ne désavoueront pas eux-mêmes que leur art ne roulant que sur des conjectures , ils ont pu facilement se tromper , et que les observations qu'ils ont faites sur l'état du cadavre , ne puissent procéder de

causes tomes différentes. Les opérations de la nature sont marquées quelquefois à un caractère de singularité et de bizarrerie qui trompe les plus grands connaisseurs; et quand il s'agit de juger des causes qui les produisent, les conjectures les plus vraisemblables ne sont souvent que des illusions. On ne peut donc pas supposer comme constant que le sieur Devaux soit mort empoisonné, ni que le corps du délit soit certain.

Quand on trouve un corps mort percé de coups , alors ou ne peut pas douter qu'il n'ait été assassiné : il en est de même des autres crimes qui roulent sur des objets sensibles. Mais qu'on ouvre un corps mort , qu'on le trouve ulcéré , gangrené, qu'on y trouve des excoriations , des taches noires , le velouté détruit , et autres accidens décrits dans le rapport des chirurgiens duChàtelet, qui est-ce qui peut décider affirmativement si cela ne procède point de la corruption du sang, de I altération de toute la machine , causée par de grandes fatigues , par la continuité des douleurs aigiies que le malade a ressenties , peut-être par une fièvre interne et maligne , en un mot par mille autres accidens , sans que le poison y ait aucune part ?

Ce qui donne lieu même d'écarter celte idée de poison, est que le malade , après s'être trouvé le 3 novembre «lans letat le plus violent , a reçu un si grand soulagement des remèdes qu'on lui a donnés, que le 17 du même mois on l'a cru hors de danger. S'il a changé suuhement le même jour, et s'il est mort cinq jours après, peut-on concevoir que ce soit une seconde dose dé poison qu'on lui ait donnée ? L'attention qu'on avait *ir le malade , le mauvais succès de la première ternaire , si on le suppose , tout aurait dû détourner le co u- «We d'un pareil crime , dans les circonstances 011 les

hoses se trouvaient ; et cette multiplication de poisons auxquels les médecins sont obligés de recourir dans eur système, est quelque chose de si singulier et de 1 peu naturel , qu'on ne se portera pas facilement à l'alopter pour établir ici un corps de délit, sans lequel i*pe/idanl toute accusation s'évanouit.

Ajoutons que des accidens violens se sont manifestés

aussitôt que le sieur Devaux eut pris le 3 novembre à cinq heures du matin , une partie de sa bouteille d enula-campana. On jugea qu'on avait glisse quelque chose de corrosif dans ce remède ; et cependant les médecins ayant fait l'analyse du reste de la bouteille , n'y ont rien trouvé de mauvais ; tant il est vrai que les idées qu'on se forme , se trouvent souvent fausses malgré les vraisemblances dont on avait été frappé d'abord.

Enfin lors du scellé on trouva chez le sieur Devaux g plusieurs petits pots dans lesquels il y avait différentes drogues et compositions. Elles ont été visitées en vertu d'une ordonnance du sieur lieutenant-criminel, et les médecins n'y ont rien trouvé de contraire à la santé. Rien n'annonce donc le poison ; et si le corps du sieur Devaux s'est trouvé tout ulcéré et gangrené, ce peut être une opération simple et naturelle d'une nature corrompue , à laquelle des remèdes étrangers et violens n'aient eu aucune part. On ne peut donc pas reconnaître ici un corps de délit certain.

Secondement , en le supposant , il faudrait prouver que les appelans sont les auteurs de cette mort violente; et l'on ne craint pas de dire qu'on n'en trouve aucim indice dans toute la procédure. Les témoins entendus dans l'information, ne parlent que de l'assiduité de Marie-Marguerite Garnier auprès du sieur Devaux, de la familiarité qui régnait entre eux, de l'habitude de s'appeler mari et lemme, en un mot de toutes circonstances, qui loin de conduire à l'idée d'un pareil crime , ne peuvent servir au contraire qu'à l'éloigner. Quelques-uns déposent que Marie- Marguerite Garnier donnait souvent à boire au sieur Devaux , soit en présence , soit en l'absence de son laquais ; mais si on devenait suspect en rendant de pareils services à un malade , il la mirait prendre le parti cruel de l'abandonner , et de le laisser sans secours ; ce que les sentimcns de la nature et de l'amitié condamnent également.

On insinue que Marie-Marguerite Garnier savait que le sieur Devaux lavait faite sa légataire universelle ; on

Î rétend même qu'elle avait appris qu il voulait épouser i veuve d'un procureur au Chatelet, et qu'elle lui en

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avait fait de vifs reproches ; mais l'un et l'autre fait-, sont également supposés ; le dernier même est absurde , puisque le sieur Devaux n'avait aucune relation avec la veuve de ce procureur , et qu'un homme attaqué de la pierre depuis cinq ans , devait être bien éloigné de penser au mariage. Aussi aucun témoin ne dépose-t-il . avoir entendu dire au sieur Devaux qu'il voulût se marier. Aucun témoin ne dépose avoir entendu les prétendus reproches qu'on impute à Marie-Marguerite Garnier : ce sont des bruits vagues dont on parle ; ce qui ne mérite pas la moindre attention.

Quoi qu'il en soit, il est certain qu'il n'y a pas un seul témoin qui parle du fait de poison , ni d'aucune circonstance qui permette de l'imputer à la femme de Durand ni à sa mère. Les récolemens et confrontations n'ont rien produit de plus : les accusés auraient donc pu prendre droit par les charges , elles ne pouvaient servir qu'à les justifier. La seule déposition qui ait pu exciter quelque soupçon, est celle de Boisval venu en révélation sur la publication des monitoires ; c'est aussi la seule qu'il soit nécessaire d'examiner. On va voir que ce témoin ne peut mériter aucune foi , et que sa déposition se détruit par elle-même.

Il dépose que dès les premiers jours du mois d'octobre dernier à six heures du matin , le sieur Durand 1 était venu trouver dans sa boutique; que pendant qu'il pesait une once de tabac , il lui demanda s'il vendait du

il revint à sa boutique, et lui dit qu'il avait un diable de rat qui coupait tout l'osier qui était à sa cave ; et qu'il lui ferait plaisir de lui donner de la mort aux rats ; que Je témoin lui en donna une once , et lui dit la façon dont il fallait l'accommoder.

Si le fait était véritable , il n'aurait rien que d'innocent - *n lui-même. On peut user d un pareil remède contre des rau> <^n\ fonl Ja raVage dans une maison, et il y a bien des exemples d'un pareil fait ; aussi ne fait-on pas un crime à Boisval d'avoir vendu de l'arsenic comme

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il le suppose , et par conséquent on ne pourrait pas fnire un crime à Durand d'en avoir acheté. Mais ce l'ait m Ame est absolument supposé , aucun autre témoin n en ! dépose, quoique apparemment cet épicier ne fut pas seul ! dans sa boutique , dans les deux jours dont il parle. Durand , dans son interrogatoire et à la confrontation, a dénié expressément toute la fable de Boisval : mais ce qui mérite une attention particulière , est que Boisval lui-même est tombé dans une infinité de contradictions avec lui-même sur plusieurs circonstances.

Dans sa déposition il dit que Durand vint chez lui un des premiers jours d'octobre , et qu'après avoir acheté une once de tabac il lui tint une conversation qui roulait sur le poison , et que le lendemain il vint acheter de la mort aux rats; dans son récolement au contraire Boisval ne dit plus que ce soit un des premiers jours d'octobre , mais précisément le premier octobre. Dans sa déposition il dit avoir vendu une once d'Or- j senic ; dans son récolement il dit n avoir vendu qu'une demi-once de sublimé corrosif. Dans sa déposition , il | dit que Durand vint lui demander de la mort aux rats, parce qu'il avait un diable de rat qui coupait tout son osier qui était à sa cave ; dans son récolement il dit que Durand lui a acheté du sublimé corrosif } parce que les rats rongeaient ses hordes et son linge. Ainsi variation dans la date, dans la qualité du poison et dans l'usage qu'on en voulait faire : en faut-il davantage pour caractériser la fausseté et le mensonge ? La vérité est une, elle est constante et toujours la même. Quand un témoin tombe en de pareilles contradictions , ou avec lui-même ou avec d'autres, il n'est pas permis de déférer à ses discours. C'est ainsi que 1 innocence j échappe souvent à l'injustice et à la calomnie , par les contradictions qu'on éprouve dans les allégations des accusateurs et des témoins. Dans des occasions mémorables il n'en a pas fallu davantage pour faire retomber sur les accusateurs tout le poids de l'indignatio^ jçi de la vengeance publique.

Ajoutons cependant un fait très-important. Par un édit du mois d'août 1 68a , ceux qui vendent de l'arsenic,

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