Supplice
2. Citée par Helvétius qui l'appelle le Caton de Londres. Elle est auteur d'une Histoire d'Angleterre.
folie est un phénomène qui, bien considéré, vous aurait conduit à d'autres résultats que les vôtres. On voit, on entend, on flaire, on goûte, on touche aussi finement aux Petites-Maisons que dans votre cabinet de la rue Sainte-Anne, mais on y raisonne bien diversement. Que ne vous en demandiez-vous la raison? Cette question, si vous vojis Tétiez faite, aurait ajouté plus d'un chapitre essentiel à votre ouvrage ; peut-être vous aurait-elle mené à la vraie cause de la différence des esprits, et engagé dans la recherche des moyens, s'il y en a, de réparer le vice d'un organe principal, de ce miroir sentant, pensant; jugeant, terne, obscurci, brisé, à la décision duquel toutes nos sensations sont soumises. Vous persuaderez-vous aisément que dans une machine telle que l'homme, où tout est si étroitement lié, où tous les organes agissent et réagissent les uns sur les autres, une de ses parties, solide ou fluide, puisse être viciée impunément pour les autres? Vous persuaderez-vous bonnement que la nature des humeurs, du sang, delà lymphe, la capacité des vaisseaux de tout le corps, le système des glandes et des nerfs, la dure-mère, la pie-mère, la condition des intestins, du cœur, des poumons, du diaphragme, des reins, de la vessie, des parties de la génération, puisse varier sans conséquence pour le cerveau et le cervelet? Vous vous le persuaderez, tandis que le tiraillement d'une fibre suflit pour susciter des spasmes effrayants; le ralentissement ou l'accélération du sang pour amener le délire et la léthargie ; la perte inconsidérée de quelques gouttes de sperme pour affaiblir ou accroître l'activité; la suspension ou l'embarras d'une sécrétion pour jeter dans un malaise continu; l'amputation ou le froissement de deux glandes qui semblent n'avoir aucun rapport avec les fonctions intellectuelles pour donner de la voix ou la conserver et ôter l'énergie , le courage , et presque métamorphoser un sexe en un autre? Vous ne penserez donc pas qu'il ne naît presque aucun homme sans quelques-uns de ces défauts d'organisation , ou que le temps, le régime , les exercices , les peines, les plaisirs, ne tardent pas à les introduire en nous; et vous persisterez dans l'opinion ou que la tête n'en sera pas affectée, ou que cette affection sera sans conséquence pour la combinaison des idées, pour l'attention, pour la raison et pour le jugement. Jugez à présent combien vous êtes resté loin de la solution du problème que vous vous êtes proposé; jugez de la
force que mon objection prendrait dans la bouche d'un médecin instruit qui la fortifierait de ses connaissances spéculatives et pratiques.
Lorsque vous avez demandé que l'homme, pour être également propre à toutes les opérations de l'esprit, fût communément bien organisé, vous avez fait la plus vague, la plus inintelligible, la plus indéterminée des demandes, puisque vous n'avez jamais pu y faire entrer la condition du cervelet, ni la condition du cerveau, ni celle du diaphragme, ni celle d'aucune des autres parties du corps. Tel homme me présente aujourd'hui les plus belles couleurs, de l'embonpoint, un œil vif, une constitution athlétique, et demain l'on m'apprend sa mort ; tel autre, faible, délicat, pâle, maigre, exténué, me paraît avoir un pied dans la fosse, et vit de longues années, sans se plaindre d'aucune infirmité.
Page 225. — Tout homme accoutumé aux finesses de la chicane^ remonte difficilement aux premiers principes des lois.
Dites tout homme en général, et ne regrettez pas la perte de ceux que l'habitude des formes du palais et les subtilités de la chicane ont emmaillottés. Débarrassez-les de ces langes, ils ne seront plus chicaneurs, sans en devenir plus grands publicistes ; ils ne seront rien.
S'ils avaient eu quelque élévation dans l'âme, quelque étendue dans l'esprit, quelque sentiment du bien général, ou ils n'auraient pas embrassé le métier de chicaneur, ou ils s'en seraient dégoûtés.
Si l'araignée ne cesse point de tendre des toiles, c'est qu'elle est une araignée.
On naît fort ou faible. Tout étant égal d'ailleurs, l'homme né fort est moins enclin à la justice qui lie les bras nerveux, que le faible qu'elle protège et dont elle fait toute la force.
Mais si la force se joint à un sentiment profond de justice, de ces deux éléments contradictoires naîtra l'héroïsme.
J'ai fait cette réflexion pour montrer que l'amour ou l'antipathie pour certaines vertus avait sa source dans l'organisation.
Sans doute un homme en qui les fluides sont acres, caustiques et brûlants, les réservoirs de la semence vastes et profonds.
y^ F.ÉFLTATION DE L'OLVRAGE D'HELVÉTILS
\f^ fi?jres q'JÎ lapî^'ï^iit le canal île rurèire três-sensibles, le mouvenienl organique cks pani*^ de la gt-néraiion fréquent, rapide ei tenace, pourra pratiquer la coniinence; mais rexercice confiant de celte vertu lui >era-t-il ausM facile, s'il vît sous un climat chaud, s'il se nourrit daliments succulents, s'il s'abreuve de \ins drlicieux, qu'à celui en qui les liqueurs sont indolentes, les sécrétions faibles, la fibre molle, et qui vit sous une atmosphère plu\ieu^, qui obser\e un n*gime frugal, qui ne mange que des racines et qui ne s'abreuve que de nénufar?
Concluez donc qu'il est une organi>aiion, un régime, un climat peu propre à certaines vertus, très-favorable à certains vices, et que ces mêmes causes, qui ont tant d'influence sur le tempérament et sur le caractère, n'en ont guère moins sur les qualités de re>prit.