Mot de Linné : Natura non facitsaltus
2. Géomètre qai, en effet, perfectionna notablement le calcul intégral.
cousse qui réveille Tinsecte tapi à une grande distance dans un recoin obscur de l'appartement et l'accélère près de moi, est aussi nécessaire que la conséquence la plus immédiate aux deux prémisses du syllogisme le plus serré; par conséquent que tout est hasard ou rien ; et que, soit dans le cours des événements de notre vie, soit dans la longue suite de nos études, en revenant de plus en plus en arrière, on ne manque jamais d'arriver à un fait imprévu, aune circonstance futile, à un incident en apparence le plus indifférent et peut-être en réalité, parce que l'impulsion qui ne nous serait pas venue par ce choc nous aurait été donnée par un autre. Si c'est là ce qu'on a voulu dire, cela n'en valait pas la peine; si c'est autre chose, cela n'a pas le sens commun. Dans l'homme qui réfléchit, enchaînement nécessaire d'idées; dans l'homme attaché à telle ou telle profession, enchaînement nécessaire de telles ou telles idées. Dans l'homme qui agit, enchaînement d'incidents dont le plus insignifiant est aussi contraint que le lever du soleil. Double nécessité propre à l'individu, destinée ourdie depuis l'origine des temps jusqu'au moment où je suis ; et c'est l'oubli momentané de ces principes dont on est imbu qui parsème un ouvrage de contradictions. On est fataliste, et à chaque instant on pense, on parle, on écrit comme si l'on persévérait dans le préjugé de la liberté, préjugé dont on a été bercé, qui a institué la langue vulgaire qu'on a balbutiée et dont on continue de se servir, sans s'apercevoir qu'elle ne convient plus à nos opinions. On est devenu philosophe dans ses systèmes et l'on reste peuple dans son propos.
Tout s'est fait en nous parce que nous sommes nous, toujours nous, et pas une minute les mêmes.
Page 3. — Or y si nous sommes redevables au hasard de ces premiers soupçons^ et par conséquent de ces découvertesy.peut^n assurer que nous ne lui devions pas encore le moyen de les étendre et de les perfectionner?
Et quand j'accorderais l'un et que je nierais l'autre ; quand je prétendrais, pour me servir de votre mot, qu'il y a infiniment plus de hasard dans l'invention que dans la perfection, aurais-je si grand tort? L'invention a quelquefois l'air de tomber du ciel; la perfection semble plus réfléchie et tenir davantage à une perpétuité des efforts d'un homme surajoutés aux efforts d'un pré-
décesseur, d'un autre, d'un troisième prédécesseur, qui tous se sont relayés dans le transport du fardeau.
Autant d'Ixions qui sont venus successivement s'attacher sur la même roue, autant de Prométhées et autant de vautours qui les déchiraient.
II y a des expériences fortuites, il n'en faut pas douter; mais à qui doivent-elles se présenter de préférence ? A l'homme du métier. Entre les mains de qui doiventr^lles être fécondes? Entre les mains de l'homme instruit.
C'est l'utilité plus ou moins générale, et non le degré de sagacité de l'inventeur qui donne de l'éclat à l'invention.
Helvétius le dit, et je le prouve. Qu'un géomètre marque trois points sur le papier : qu'il suppose une certaine loi d'attraction entre ces trois points et qu'il cherche leurs mouvements; sa solution ne sera qu'un efibrt dont la sensation ne s'étendra guère au delà d'une des salles de l'Académie. Mais au moment où il a dit : L'un de ces points est la Terre, l'autre la Lune, et le troisième le Soleil... l'Univers retentit de son nom*.
Page 3. — Il eil dea méthodes sûres pour former des savants: il n*en est point pour former des hommes de génie.
Si Helvétius y avait bien regardé, il aurait vu que celui qui a reçu l'aptitude à la science ne doit pas moins son érudition au hasard que celui qui a reçu de la nature l'aptitude ou l'organisation du génie ne lui doit ses découvertes.
Il aurait vu qu'il n'y a pas plus ni pas moins de méthode pour faire un érudit que pour faire un homme de génie, sans présupposer une organisation propre à chacun de ses états.
Il aurait vu que cette organisation présupposée, les honneurs, les récompenses multiplieront sans nombre ces sortes de joueurs et ces événements heureux que l'auteur appelle des hasards.
Il aurait vu que, sans cette organisation présupposée, tous les moyens imaginables auraient été stériles.
En quoi consiste donc l'importance de l'éducation? Ce n'est point du tout de faire du premier enfant communément bien organisé ce qu'il plaît à ses parents d'en faire, mais de l'appliquer constamment à la chose à laquelle il est propre : à l'éru-
i. Ce passage a été cité par Naigeon. L'idée se trouyo déjà dans les Réflexions mr (• Livré de VSspriU
dition, s'il est doué d'une grande mémoire; à la géométrie, s'il combine facilement des nombres et des espaces; à la poésie, si on lui reconnaît de la chaleur et de l'imagination ; et ainsi des autres sciences : et que le premier chapitre d'un bon traité d'éducation doit être de la manière de connaître les dispositions naturelles de l'enfant.