‹ Œuvres complètes de DiderotChapitre 134 sur 210 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Page 28. — Où trouve-t-on des Iiéros? Chez des peuples plus ou moins policés.

Il y a des héros partout : il y en a au fond des forêts du Canada que l'éducation n'a pas faits ; il y en a dans les cahutes des esclaves que la tyrannie des maîtres n'a pas détruits.

On prend à Cayenne une troupe de sauvages marrons; on offre la vie à celui qui pendra ses camarades, aucun ne s'y résout. Un maître ordonne à un de ses nègres de les pendre tous, sous peine d'être pendu lui-même. Il y consent; il va dans sa cabane sous prétexte de se préparer. 11 prend une hache, il s'abat le poignet, revient et dit à son maître, en lui montrant son bras mutilé et ruisselant de sang : « Fais à présent de moi un bourreau, si tu peux. »

Le maître de ce nègre se conduisit bien. Il saisit d'une main le poignet sanglant de son esclave, il jette son autre bras autour deson cou et lui dit en l'embrassant : « Tu n'es plus mon esclave, tu es mon ami. »

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