DES CAUSES
1. A ne consulter que les vaines conjectures de la philosophie et la faible lumière de notre raison, on croirait que la chaîne des causes n'a point eu de commencement, et que celle des effets n'aura point de fin. Supposez une molécule déplacée, elle ne s'est point déplacée d'elle-même ; la cause de son déplacement a une autre cause ; celle-ci, une autre, et ainsi de suite, sans qu'on puisse trouver de limites naturelles aux causes, dans la durée qui a précédé. Supposez une molécule déplacée, ce
parurent en 1751, Hambourg, 5 vol. in-12. L'abbé trouve que les savants qu*il critique abusent de «paradoxes révoltants» ; et, content de son rôle, il termine en disant : « Plaignons ces messieurs, et ne leur envions point leur imagination si fcconde. »
déplacement aura un effet; cet effet, un autre effet, et ainsi de suite, sans qu'on puisse trouver de limites naturelles aux effets, dans la durée qui suivra. L'esprit épouvanté de ces progrès à rinfini des causes les plus faibles et des effets les plus légers, ne se refuse à cette supposition et à quelques autres de la même espèce que par le préjugé qu'il ne se passe rien au delà de la portée de nos sens, et que tout cesse où nous ne voyons plus : mais une des principales différences de l'observateur de la nature et de son interprète, c'est que celui-ci part du point où les sens et les instruments abandonnent l'autre ; il conjecture, par ce qui est, ce qui doit être encore; il tire de l'ordre des choses des conclusions abstraites et générales, qui ont pour lui toute l'évidence des vérités sensibles et particulières; il s'élève à l'essence même de l'ordre ; il voit que la co-existence pure et simple d'un être sensible et pensant, avec un enchaînement quelconque de causes et d'effets, ne lui suffit pas pour en porter un jugement absolu; il s'arrête là; s'il faisait un pas de plus, il sortirait de la nature.