CHAPITRE VI
Page 19. — Deux frères élevés chez leurs parents ont le même précepteur y ont à peu près les mêmes objets sous les yeux y ils lisent les mêmes livres. La différence de Vâge est la seule qui paraisse devoir en mettre dans leur instruction. Veut-on la rendre nulle? suppose-t-on à cet effet deux frères jumeaux? Soit. Mais auront-ils eu la même nourrice? Qu'importe? il importe beaucoup^ comment douter de l'influence du caractère de la nourrice sur celui du nourrisson?
Non, monsieur Helvétius, non, il n'importe rien, puisque, selon vous, l'éducation répare tout. Tâchez donc de vous entendre. Vous raisonneriez juste, si vous conveniez que la diversité de la première nourriture affectant l'organisation, le mal est sans remède; mais ce n'est pas là votre avis.
Page 20. — Dans la carrière des sciences et des arts que tous deux parcouraient d'abord d'un pas égal^ si le premier est arrêté par quelque maladie^ s'il laisse prendre au second trop d'avance sur lui l'étude lui devient odieuse.
Si le premier est arrêté par quelque maladie? Et en est-il
sens de sa vue... il a, comme le remarque Diderot, le plus grand inU^rêt de perfectionner les sens qui lui restent. » Malgré robjection de Diderot robservation d'Helvétius n*est pas fausse. La querelle vient seulement de ce que Tun, produit du travail, généralise et que Tautre, génie naturel, veut qu*on particularise.
1. Helvétius peint, dans ce court chapitre, les enfants entrant au collège à sept ou huit ans, et ayant déjà des idées en paitie acquises de leurs parents et dépendantes de leur état, de leur caractère, de leur fortune.
une plus constante, plus incurable que la faiblesse ou quelque autre vice d'organisation?
S'il laisse prendre trop d'avance? Et n'y a-t-il pas des enfants naturellement avancés ou retardés?
Et rien n'est-il plus décourageant pour un enfant que de suppléer par le travail à la facilité qui lui manque? et n'est-ce pas alors que le châtiment est injuste, et souvent même impuissant?
Page ibid. — C'est Vémulation qui crée les génies^ et c'est le désir de s'illustrer qui crée les talents.
Mon cher philosophe, ne dites pas cela; mais dites que ce sont les causes qui les font éclore, et pereonne ne vous contredira.
L'émulation et le désir ne mettent pas le génie où il n'est pas.
Il y a mille choses que je trouve tellement au-dessus de mes forces, que l'espérance d'un trône, le désir même de sauver ma vie ne me les feraient pas tenter; et ce que je dis dans ce moment, il n'y a pas un seul instant de mon existence où je ne l'aie senti et pensé.