‹ Œuvres complètes de DiderotChapitre 87 sur 210 · La citation de Naigeon finit ici · texte numérisé non relu

La citation de Naigeon finit ici

Au lieu d'affirmer que Téclucation, et réducation seule fait les hommes ce qu'ils sont, dites seulement que peu s*en faut que vous ne le croyiez.

Dites que souvent nos travaux, nos sacrifices, nos peines, nos plaisirs, nos vices, nos vertus, nos passions, nos goûts, l'amour de la gloire, le désir de la considération publique ont un but relatif aux voluptés sensuelles; et personne ne vous contredira.

Dites que la diversité de l'organisation, les fluides, les solides, le climat, les aliments ont moins d'influence sur les talents qu'on ne le pense communément, et nous serons de votre avis.

Dites que les lois, les mœurs, le gouvernement sont les causes principales de la diversité des nations, et que si cette institution publique ne suffit pas pour égaler un individu, elle met de niveau une grande masse d'hommes à une grande masse ; et nous baisserons la tête devant l'expérience des siècles qui nous apprend que Démosthène, que la Gtèce ne reproduira pas, peut se montrer un jour ou sous les frimas de la zone glaciale, ou sous le ciel d'airain de la zone torride.

Votre logique n'est pas aussi rigoureuse qu'elle pouvait l'être. Vous généralisez trop vos conclusions, mais vous n'en êtes pas moins un grand moraliste, un très-subtil observateur de la nature humaine, un grand penseur, un excellent écrivain, et même un beau génie. Tâchez, s'il vous platt, de vous contenter, vous de ce mérite, et vos amis de cet éloge.

La différence qu'il y a entre vous et Rousseau, c'est que les principes de Rousseau sont faux et les conséquences vraies ; au lieu que vos principes sont vrais et vos conséquences fausses. Les disciples de Rousseau, en exagérant ses principes, ne seront que des fous*; et les vôtres, en tempérant vos conséquences, seront des sages.

Vous êtes de bonne foi en prenant la plume; Rousseau n'est de bonne foi que quand il la quitte : il est la première dupe de ses sophismes.

Rousseau croit l'homme de la nature bon ; et vous le croyez mauvais.

1. Combien cela était vrai! et comme la preuve n*a pas tardé!

Rousseau croit que la société n'est propre qu'à dépraver l'homme de la nature; et vous croyez qu'il n'y a que de bonnes lois sociales qui puissent corriger le vice originel de la nature.

Rousseau s'imagine que tout est au mieux dans les forêts et tout au plus mal dans les villes; vous pensez que tout est assez mal dans les villes, mais que tout est au pis dans les forêts.

Rousseau écrit contre le théâtre, et fait une comédie ; préconise l'homme sauvage ou qui ne s'élève point, et compose un traité d'éducation. Sa philosophie, s'il en a une, est de pièces et de morceaux; la vôtre est une. J'aimerais peut-être mieux être lui que vous, mais j'aimerais mieux avoir fait vos ouvrages que les siens.

Si j'avais son éloquence et votre sagacité, je vaudrais mieux que tous les deux.

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