LES ÉPREUVES
PAR LE DUEL ET PAR LES ÉlÉMENS,
Communément appelées Jugemens de Dieu.
vJe ne sont pas toujours les points d'histoire traités par un pins grand nombre d'auteurs, qui sont les mieux éclaircis; les historiens sont souvent les échos les uns des autres. Un lecteur , après avoir parcouru une histoire , la retrouve à peu près la même dans un autre historien , ou , s'il y remarque quelques endroits opposés, il manque souvent de moyens pour discerner la vérité ; ainsi il lira plusieurs auteurs, ou sans rien apprendre de nouveau , ou sans éclaircir ce qui sera douteux ou contradictoire.
Si les faits sont obscurs , on trouve encore moins de lumières» sur ce qui ^concerne les usages d'une ancienne nation : l'obscurité qu'on rencontre à cet égard dans l'histoire, vient de ce que les auteurs qui écrivent celle de leur temps , ne s'avisent guère d'expliquer les usages connus auxquels sont relatifs les faits qu'ils rapportent; mais'l,purs ouvrages venant à passera la postérité, et ces usages étant abolis ou changés, on trouve beaucoup d'obscurité dans des choses qui étaient fort claires pour des contemporains. C'est ainsi que la lettre la plus simple d'un ami à un autre serait souvent une énigme pour un tiers. .
Rien ne justifie mieux ma réflexion que l'histoire d'un peuple étranger. L'éloignement des lieux fait à notre égard le même effet que celui des temps ; de là vient que ceux qui entreprennent d'écrire l'histoire d'une nation étrangère, commencent par nous donner une idée de ses mœurs et de ses coutumes : ils sentent que , sans cette connaissance , nous ne serions pas en état d'entendre la plupart des faits qu'ils ont à rapporter ; et les écrivains entrent à ce sujet dans des détails d'autant plus grands que le peuple dont ils veulent parler est plus éloigné , et par conséquent plus étranger pour nous. L'éloignement des temps nous rend aujourd'hui notre propre nation étrangère , et nous ne connaissons qu'imparfaite-
/fgS MÉMOIRE
ment nos adgêtres. Les commentateurs cherchent en vain à
* dissiper ces ténèbres ; avec beaucoup de travail et d'esprit ils nous donnent des conjectures , et non pas des lumières ; peutêtre même en coâterait-il moins pour trouver la vérité , que pour former des conjectures aussi subtiles.
Parmi les coutumes qui ont régné anciennement dans la monarchie, il n'y en a peut-être point de plus singulières et de moins élaircies que les épreuves dont on appuyait le serment dans les affaires douteuses, soit civiles soit criminelles. I..e$ juges déféraient alors le serment à l'accusé , qui , pour preuve de la vérité de son affirmation, subissait quelques unes des épreuves dont je vais parler. Ces jugemens étaient nommés jvgemens de Dieu , parce que Ton était persuadé que l'événement de ces épreuves , qui aurait pu en toute autre occasion être imputé au hasard, était dans celle-ci un jugement formel par lequel Dieu faisait connaître clairement la vérité en punissant le parjure.
Les auteurs qui parlent de ces épreuves , rapportent simplement fies faits sans liaison, souvent contradictoires, et plus propres à faire naître les doutes qu'à les résoudre.
Je vais tâcher d'éclaircir ce point d'histoire ; et pour le traiter avec plus d'ordre, j'exposerai sommairement ce qui se pratiquait dans les épreuves ; j'examinerai ensuite quel jugement on en peut porter.
Lorsque les Romains s'emparèrent des Gaules , ils trouvèrent des peuples barbares , et qui , par conséquent , ne devaient pas être encore assez corrompus pour avoir beaucoup multiplie les lois , qui ne naissent qu'avec fes crimes ; mais les Romains , qui voulaient que leur empire ne fât qu'un grand corps gouverné par un même esprit, portaient partout leurs lois avec leurs conquêtes; ils y assnjétirent les Gaulois, et ce fut peutêtre à ces lois que ceux-ci durent la première connaissance des crimes , dur moins des crimes réfléchis. D'ailleurs, ces bar^ bares, frappés d'admiration pour les Romains , voulurent lesimiter ; ils cherchèrent à se polir , et le premier pas vers la politesse n'est que trop souvent contre l'innocence ; ils affectèrent le luxe de leurs vainqueurs , ils ne songèrent plus » secouer le joug , et ils devinrent polis et esclaves ; ainsi la Gaule était devenue toute romaine lorsque les , Francs s'en empa-> rèrent.
Les Francs , assez semblables aux anciens Gaulois , bornaient leurs lois à quelques usages qu'ils avaient reçus de leurs ancêtres : il suffit de jeter les yepx sur le code des lois aniiques,
* pour juger de leurs mœurs ; tous les cas détaillés ou prévus ne