SUR LE REGNE
DE LOUIS XÏV,
ET LE BEGNE
Ju'HJSTOiREdu règne de Louis XY commence presque à la naissance défie prince , né le i5 février 1710^ il parvint à la couronne le I'^ septembre 1715, à l'âge de cinq ans et demi.
Pour mieux faire connaître les chang^mens qui sont arrivés dans le gouvernement et dans les mœuri de la nation , je remonterai aux dernières années de Louis XI Y.
La guerre de la succession d'Espagne , la seule peut-être que ce prince ait entreprise avec justice , mit la France à de^x doigts de sa ruine ; et , si l'on réfléchit sur nos malheurs , on verra que nous ne devons les imputer qu'à nous-mêmes , et attribuer notre salut à la fortune.
Louis XIY , en plaçant un de ses petits-fils sur le trâne d'Espagne y devait bien supposer que cet accroissement de puissance dans sa maison, réveillerait la jalousie et la crainte de l'Europe.
L'Angleterre et. la Hollande reconnurent d'abord Pliilippe Y ; la Savoie et la Bavière se déclarèrent pour lui ; l'empereur seul fit des protestations ; les autres puissances restèrent neutres. Tout paraissait tranquille , et tout fut bientôt en armes. Puy<*^égurse mit, sans obstacle, en possession des Pays*Bas. Si Ton eût pris la précaution de retenir les garnisons hollandaises qui occupaient les places, jusqu'à ce que Philippe Y fàt affermi sur le trône , on mettait la Hollandie hors d'état d'entrer en guerre. Il n'y a jamais eu d'expérience pour notre gouvernement ; nous éprouvons toujours les mêmes disgrâces , parce que nous faisons toujours les mêmes fautes. Nous venons de voir dans la guerre présente , en 1755, les Anglais enlever nos matelots , sans crainte de repré-
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sailles. En faisant parada de modération , nous n'avons excité qne le mépris , et nous nous sommes mis hors d'état de défense. Sui'^ vons notre conduite dans la guerre de la succession. La voix publique oblige d'envoyer d'abord en Italie Catinat , d'autant plus capable d'y in^pir^r la confiance , qu'il y avait reippprté deux victoires à Stafarde et à la Marsaille ; mais on confie en même temps les troupes d'Espagne au prince de Yaudemont, Lorrain, créature née de l'empereur y ami déclaré du roi d'Angleterre Guillaume III , et père d'un général de l'armée ennemie.
Catinat s'aperçoit que le duc de Savoie ( i ) , notre allié appa-^ rent , notre ennemi caché , en combattant pour nous en soldat ,* nous trahit con^me général ; il en donne avis. Le caractère con-^ nu de Victor suffit pour appuyer les soupçons ; mais Catinat n'a pas la faveur de la cour; et, lorsqu'on est forcé de le croire, il est déjà rappelé pour prix de sa prudence , et remplacé par le maréchal de Villeroi, protégé de madamç de Maintenon.
Les choix du roi n'étaient pas toujours approuvés, mais ils étaient toujours applaudis. (jS( cour ^'empress^ de complimenter le nouveau général. Le maréchal de Duras (a) fut le seul qui lui dit ; Je garde mon compliment pour votre retour; il en fut dispensé.
Yilleroi , s'étant laissé prendre dans Crémone , les ennemis le rendirent sans rançon , ce qui nous coûta plus cher que si l'on eût payé pour le faire retenir. Le chevalier de Lorraine , son ami , voulut lui persuader de quitter l'armée pour la cour. Yilleroi le refusa , prétendant, disait-il , par des succès brillans , réparer son malheur ; car c'est toujours ainsi que l'ineptie nomme ses fautes. Après la perte de la bataille de Ramillies , et quatre ans d'incapacité prouvée en Flandre comme en Italie , bafoué du public , chansonné par les soldats , bons juges des généraux , il ne céda qu'aux ordres du roi en quittant l'armée. Sa protectrice n'osa le soutenir ; on écoutait encore la voix de la nation.
Si la faveur plaçait les généraux , il en était ainsi des ministres. Le département de la guerre était entre les mains du plus faonùéte homme , mais aussi du plus incapable de son emploi.
Chamillard , produit à la cour pour faire la partie du roi au billard , était conseiller au parlement. La dissipation du courtisan nuisit à l'application du magistrat. Il négligea un procès çloiit il était rapporteur. La partie condamnée lui fit voir qu'il avait oublié une pièce décisive ; et il s'agissait de vingt mille livres. Chamillard , dont la fortune était très-bornée^ se condamna lui-
(i) Victor Amc'dce, duc de Savoie, depuis roi de Sicile , et ensuite de ^ SAfdaîgnc.
(2) Mort CDT i^ojy père du marcfclid d^QJourd^hui eu 1^60.
même surJe-champ , conrut tout Paris pour emprunter la somme, la restitua au plaideur , et renonça dès ce moment à sa profession.
Ce trait m'en rappelle un du même genre, que le lecteur honnête ne regardera pas comme une digression déplacée. Courtin , intendant de Picardie , ménagea tellement les terres du duc de Chaulnes , son ami , qu'il s'aperçut enfin qu'il ayait surchargé de quarante mille livres d'autres paroisses; il les paya et demanda son rappel. Sur les instances qu'on lui fit pour le faire rester, jl répondit qu'il ne voulait ni se ruiner , ni passer sa vie à faire du mal (i).
Le goàtdu roi pour Chiamillard lui fit supposer tons les talens du ministère ; d'ailleurs ce prince crojait les lui inspirer. Les malheureuses influences des ministres incapables ne se bornent pas à leurs personnes. Il fallut que le duc de La Feuillade , dont Punique mérite était d'être gendre de Chamillard , commandât notre armée au siégé de Turin ; car le duc d'Orléans , depuis régent, chef en apparence, était en tutelle sous La Feuillade et Marsin. Ce prince , qni avait des talens militaires , voulut inutilement sortir des lignes pour attaquer le prince Eugène: La Feuillade s'y refusa; et Marsin , intérieurement de l'avis du prince , n'osa pas insister contre celui d'un gendre de ministre ; tout son courage se borna à se faire tuer en combattant.
Tels sont les effets de la puissance des ministres. Ce fut ce qui donna occasion au comte de Grammont de répondre au roi , qui s'étonnait de la stupidité d'un ambassadeur à notre cour t Vous verrez , sire , que c^est le parent de quelque ministre.
Cependant le caractère de la nation était encore entier , et le cœur du soldat français a toujours été le même. Après la ba« taille d'Hodutet , Marlborougfa ayant reconnu , parmi les prisonniers, blessés , un soldat qu'il avait remarqué dans l'action , lui dit : Si ion maître avait beaucoup de soldats comme toi, ilse^ rait invincible. Ce ne sont pas, répondit le prisonnier , les soldats comme moi , qui lui manquent , ce sont les généraux comme
vous, n y en avait; mais Si Louis XTV n'edt suivi que ses
propres lumières, il eût puni et récompensé avec assez de discernement. Il a fait des exemples dont nous avons perdu l'usage , quoique nous en ayons eu des occasions très-graves. La Boulaie fut mis à la Bastille , pour avoir rendu Exiles ; La Mothe exilé , pour ayoir remis Gana ; La Jonquière dégradé des armes , pour
(i) Coartin fat depuis ambassadear à Londres , et conseiller d'État. Il maria sa fille arec Roqne de Varangerille , geatilhoinme normand , ambasiodenr à Venise. La présidente dt Maisons et la maréchale de VUlars éuient ^es de ce Var^nge vtUe.
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avoir mal défendu le Port-Mahon ; le prince de La Toiur*d*Au- Tergne (i), Langalierie (2) et Bonneval (3) furent pendus ea effigie, pour désertion aux ennemis.
Le même esprit de justice fit donner la pairie au maréchal de Boufflers , t]ui fit dans Lille la plus belle défense. Les ennemis avaient été tes premiers à lui donner des marques de distinction. Le prince Eugène le conduisit lui-même à Douai , le plaçant avec le chevalier de Luxembourg (4) dans le fond du carrosse, se mettant seul sur le devant , et fit commander Tescorte par le prince d'Auvergne , déserteur de France. Ces honneurs, de la part du prince Eugène , étaient d'autant plus remarquables, que, dans tout le cours de cette guerre , il traita généralement noa prisonniers avec hauteur et dureté.
Il haïssait personnellement le roi. Après la bataille d'Oudenarde , en 1708, adressant la parole à Biron, prisonnier, et depuis maréchal de France, en 1735 , qui dînait entre lui et M^irlborough , il loua beaucoup la va]^ur que les Suisses avaient montrée. C'est une belle charge, ajonia-t-il, que celle de colonel général des Suisses; mon père Vavait} à sa mort, monfrhrepou^ vait lui succéder; le roi lui préféra un fils naturel. Le roi est le maître ; mais on n'est pas fâché quelquefois de faire repentir dumépris.
Marlborough , bien différent du prince Eugène , eut toujours les plus grands égards pour ses prisonniers , et donna l'exemple des procédés d'humanité qui ont régné depuis dans les guerres.
Loiiis , que la prospérité avait enivré, ne manqua ni de constance, ni de courage dans ses disgrâces. A l'âge de soixante-dix ans , il forma le projet de commander ses armées en personne , et de reprendre Lille. Il n'était plus question , comme dans ses
(i) Ce prince d^ Auvergne «fuit neren du cardinal de Bouillon, et frère cadet de Tabbc, depuis cardinal d'AuTcrgnc^ qui lui arait ced^ ton droit d^ainesse.
(3) Des Gentils, marquis de Langalierie, lieutenant ge'nëral, après avoir déserte aux ennemis en 1706 , imagina ensuite de se faire chef d'une espèce de théocratie. Il sVngagea, par un traite signe avec un bâcha, à s'emparer de Rome et de ritalie pour le sulun , moyennant un secours de troupes soodoyëes par les Turcs, et quelques vaisseaux. H devait avoir, pour récompense, quelques lies de TArcbipel , qu'il tiendrait en souveraineté , sous la protection de la Porte. Ses folies firent tant d'éclat, que l'empereur le fit enlever et enfermer dans le cbâtean de Raabx>u JaTarin, en Hongrie, où il mourut en 17 17.
(3) Cest ce comte de Bonneval qui revint pendant la régence, et obtint des Itttres de grâce , épousa une Biron, et passa depuis en Turquie, où ii est mort , dans la dignité de bâcha \ trois queues.
(4) Le chevalier de Luxembourg , aouunc ensuite priace de Tingrt , enfin marédial de Montmorcnci.
premières campagnes, de traîner à sa suite un faste asiatique : tout devait être porté au nécessaire. Le plan de cette campagne se concertait entre le roi , Chamillard , les maréchaux de Bcwiffiers et de Villars. On ne voulait le déclarer à madame de Main* tenon qu'au moment du départ, pour la dispenser du voyage. £lle en fut instruite, et fit avorter le projet; mais elle résolut aussi de punir Chamillard d'avoir été fidèle au secret du roi. Tant que le ministre n'avait fait des fautes que contre l'État , il avait été protégé : dès ce moment , elle releva tout ce qu'elle avait ex* cusé , et la place de Chamillard fut donnée à Voisin , nouvelle créature de madame de Maintenon , et qui n'était pas d'un caractère à suivre son devoir au préjudice des volontés de sa protectrice. On n'était pas encore dans l'usage d'exiler les ministres qu'on renvoyait. Le roi revoyait sans peine ceux qu'il avait disgraciés, témoin Arnaud de Pomponne , qui revint en place ; témoin Chamillard lui-même , à qui le roi permit dans la suite de le venir voir, et qu'il recevait av^c attendrissement.
Madame de Maintenon fut plus implacable. Chamillard s'était retiré dans une petite terre (l'Etang) peu distante de Versailles; ses parens et amis allèrent l'y voir. Elle en fut choquée , et le trouvant trop près de la cour , lui fit dire de s'en éloigner ; de sorte qu'il fut oblige d'acheter , dans le Maine , la terre de Courcelle , oii il se réfugia contre une persécution ignorée du roi seul.
Nos armes ne furent pas plus heureuses sous Voisin que sous Chamillard. Je ne m'arrête point sur des événemens dont les histoires sont pleines. Il suffit de considérer que la perte des batailles d'Hochstet , de Ramillies , d'Oudenarde , de Turin , de Malplaquet ; la prise de Tournai , de Lille et de quantité d'autres places , mettaient les ennemis en état de pénétrer dan% l'intérieur du royaume. Des partis vinrent jusqu'aux portes de Paris, et enlevèrent le premier écuyer , qu'ils prirent pour le dauphin. D'un autre côté, le fanatisme des Cévennes, enflammé par celui des persécuteurs, formait un armée de révoltés dont un gouver* nement sage aurait fait des défenseurs. Ce monarque si absolu , qui , après cinquante ans de victoire , avait offensé les souverains par sa hauteur , alarmé l'Europe par ses conquêtes , ruiné ses suîets par son faste , était près d'abandonner sa capitale pour se retirer au delà de la Loire. Ce prince, qui tant de fois» avait dicté les conditions de la paix , était réduit à l'implorer sans pou^ voir l'obtenir. Pressé de toutes parts , dénué de secours : Je ne puis donc , dit-il en plein conseil , et versant des larmes , je ne puis faire ni la paix ni la guerre.
Les impots dont les peuples étaient accablés ne suffisaient pas aux dépenses nécessaires. La surcharge des impositions , la dureté
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de la perception , tanssaieot chaque jour la source des richesses de l'État. Les ministres de ce temps-là ne soupçonnaient pas , et ceux d'aujourd'hui semblent ignorer encore , que l'impôt forcé est destructif de l'impôt même ; ou plutôt la plupart des ministres n'ont , dans tous les temps, pensé qu'à jouir de leur place , sans la remplir ; à plaire au roi , en satisfaisant le besoin ou la fantaisie du moment sans s'inquiéter du sort de l'État. La levée des milices dépeuplait les campagnes des sujets les plus nécessaires. J'ai vu , dans mon enfance , ces recrues forcées conduites à la chaîne comme des malfaiteurs. Pour dérober au roi la con* naissance de ces horreurs , on faisait paraître devant lui une troupe de bandits bien payés, qui juraient au nom de tout un peuple.
Au fléau de la guerre s'était joint celui de la famine. L'hiver de 1709 avait détruit le germe des moissons. La misère fut ex«tréme dans les campagnes , dans les villes et jusque dans Paris. Le luxe même , le dernier sacrifice que l'on fait , n'osait paraître. Les seuls en état de s'y livrer le renfermaient dans l'intérieur de leurs maisons. Les étrennes d'usage à la cour furent supprimées, et celles de quarante mille pistoles, que le trésor royal présentait au roi , furent envoyées pour aider au paiement des troupes.
La faim éteint tout autre sentiment ; les clameurs s'élevèrent. Les placards injurieux s'affichaient aux carrefours, aux pieds des statues du roi. Le dauphin n'osait plus venir à Paris , au milieu'd'un peuple qui le suivait avec des cris de douleur , lui demandait du pain , et à qui il ne pouvait en donner.
Pour satisfaire aux besoins les plus urgens , le roi , en 1709 , fit convertir sa vaisselle en espèces , et accepta celle qu'on lui offrit. Cette opération se fit contre l'avis du chancelier de Pontchartrain et du contrôleur général des Marets. Ils représentaient que cette faible ressource manifestait notre misère aux ennemis sans y remédier. Le total en efifet ne monta pas à trois millions. La même chose s'était pratiquée avec aussi peu de succès en 16S8, quoique le roi y eût sacrifié des meubles de toute espèce , dont le travail était d'un prix inestimable. On a recouru , dans la guerre présente , à ce moyen avec plus de raison , puisque le prêt des troupes allait manquer.
L'établissement du dixième des revenus, en 1710, fut d'une toute autre importance pour l'État , et en fit peut-être le salut , quoiqu'on ne le levât pas avec la rigueur qu'on a exercée depuis. Les autres impôts étaient déjà si multipliés , que cette nouvelle surcharge exàita beaucoup de murmures. Les états de Langnedoc allèrent jusqu'à offrir d'abandonner au roi l'administration de tous leurs biens, pourvu qu'on leur en délivrât le dixième net.
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Cependant les états de cette province ne manquent pas de complaisance. Asservis au corps épiscopal , ils suivent toutes les im* pulsions de cet ordre , compose de cadets de noblesse , presque tous nés ou élevés dans l'indigence , et qui , parvenus à l'opulence par les grâces du rcû* et en désirant encore , n'pnt rien à lui refuser ; d'ailleurs le poids des charges porte légèrement sur le haut clergé. C'est de cette assemblée qu'est sorti le projet de la capitation, projet que Pontchartrain , tout contrôleur général qu'il était alors ^ rejeta long-temps par l'abus qu'il en prévoyait. Cesële ecclésiastique et désintéressé vient encore de donner l'idée d'une taxe sèche de dix-sept millions. Sous prétexte de rétablir la marine, l'archevêque de Narbonne , la Roche-Ajmon, maître des états par les prérogatives de sa place , s'avise , pour faire sa cour, d'offrir un vaisseau ; les états n'osent le contredire ; les autres provinces et les différens corps sont obligés de suivre cet exemple, sous peine de passer pour mal affectionnés. Le prélat , un des plus bornés de son ordre , et peut-être par là même élevé de la ^ pauvreté aux plus hautes dignités de l'église , est fait à l'instant premier duc et pair ecclésiastique j en attendant le chapeau de cardinal.
Louis 'XIV résista loilg-lemps à la proposition du dixième. Le jésuite Tellier , son confesseur , le voyant rêveur et triste , lui en demanda le sujet. Le prince lui dit que la nécessité des impôts ne l'empêchait pas d'avoir des scrupules qui augmentaient sur le dixième. Tellier lui dit que ces scrupules étaient d'une âme délicate ; mais que , pour le soulagement de sa conscience^ il consulterait les casuistes de sa compagnie. Peu de jours après , l'intrépide confesseur assura son pénitent qu'il n'y avait pas matière à scrupule , parce que le prince était le vrai propriétaire ,1e maître de tous les biens du royaume. Vous me soulagez beaucoup , dit le roi , me voilà tranquille. Sur la décision du jésuite , l'édit fut publié.
iaCi secours que Louis XIV tirait de ses sujets , commencèrent à lui faire sentir qu'un roi est un homme qui a besoin de ses semblables. Le préambule de l'édit du dixième est d'un style moins despotique que les édits précédens. Ce prince , dans ses temps de prospérité , choqué qu'un magistrat eût dit : Le roi et rÊtaty l'interrompit, en disant : L'^/a/^ c'est moi. Cela doit être, quand le chef ne se sépare pas lui-même du corps. Les lois font la sûreté des princes qui les respectent.
L'adversité, parut changer un peu les idées de Louis XTV. Le prévôt des marchands , Bignon , étant venu , à la tête de la ville , haranguer le roi pendant le siège de Lille , le roi , touché du zèle de ses sujets , se servit du mot de reconnaissance; mais
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il ne puts^eœpécher de laisser paraître Taltérationque lui causait un terme si nouveau de sa part. Ses égards s'étendaient alors Jusque sur des particuliers dont il avait besoin. Samuel Bernard ayant refusé des engagemens asses forts pour des fournitures d'argent, le contrôleur-général des Murets lui donna un rendezvous à Marli , oti l'ayant présenté au roi , ce prince fît à Bernard le plus grand accueil. La tête du financier fut enivrée de la réception , et il fit tout ce que voulut des Marets.
Les revers que Louis XIV éprouvait , furent encore aggravés dans les conférences tenues à Gertruidenberg. Le prince Eugène • et Marlboroughy firent les propositions les plus dures, sans néanmoins s'écarter dans les expressions du respect qu'ils devaient personnellement au roi ; au lieu que les Hollandais parlèrent en bourgeois insblens qui abusent de leur fortune. Lès conditions que les ennemis exigeaient ^ prouvaient assez qu'ils ne voulaient ' absolument point de paix , et Rendaient à l'invasion et au démembrement du royaume. Louis allait jusqu'à offrir des subsides pour aider à détrôner son petit-fils , Philippe Y. Ils prétendaient , qu'il s'en chargeât seul. Tous les Français en furent indignés , et l'on fut forcé de continuer la guerre (i).
Il serait assez difficile de juger quel eût été le sort de la France, si les intérêts n'eussent changé par la mort de l'empereur Joseph. Si les Anglais ne voulaient pas voir une branche de la maison de France sur le trène d'Espagne , ils craignaient autant la réunion de cette couronne à celle de l'Empire , sur une tête de la maison d'Autriche ; et commencèrent à écouter les propositions de la France. Marlhorough devint suspect à la reine d'Angleterre ; et la femme de ce général , commençant à déplaire par des tracasseries de cour, fut bientôt d'autant plus insupportable à la reine , qu'elle en avait été la favorite. Le commandement fut 6té à Marlborough , et donné au duc d'Ormond. Dans ces circonstances , l'impératrice douairière , mère de l'empereur Joseph , écrivit à Louis XIY , pour lui faire part de la mort de ce fils ; elle ajoutait que sa consolation était l'espérance de voir bientôt son second fils roi d'Espagne et des Indes, etc. On juge bien que la lettre fut renvoyée sans réponse.
L'intrépidité froide de Philippe V dans les combats lui avait
(i) J^ai lu , dans un mcmoîrc signe de la main da prince Eugène,. le plan et les moyens détailles et très-bien combinés du démembrement de la France. Tercier, mon confrère de l'Académie des belles-lciltres, qui faisait, pour le premier dauphin, Tes trait des plus importantes négociations, me commaniqaa ce mémoire. Nous doutions de la signature j mais , après Tavoir confron* tée à celles de plusieurs lettres du prince Eugène , nous n'avons pu la méconnaître. Comment ce mémoire nous est-ii parvenu ? Je Tignore. Il doit être an dépAt.
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gagné le cœar des Espagnols^ S'il n'ayait pas les talens d'un général , il avait du moins la sagesse de ne pas décider des opérations militaires ; mais dans l'action à Lnsara , il était aU milieu du feu , examinant tout arec une curiosité tranquille , et s'en expliquant ensuite avec autant de discrétion que de discernement , nommant ceux dont il ayait distingué la valeur , et ne parlant qu'en général des faiblesses qu'il avait remarquées.
L'armée de ce prince manquait souvent des choses les plus nécessaires. Commentau plus fort d'une guerre qu'on pouvait nommer guerre civile , les finances d'Espagne n'eussent-elles pas été en désordre , puisque , dans les temps les plus tranquilles de la monarchie , l'État a souvent éprouvé des détresses ? Depuis que les rois d'Espagne, devenus maîtres des mines du Mexique et du Pérou , ont sacrifié les richesses réelles aux richesses de fiction , les Espagnols ne sont plus à cet égard que les caissiers de rHurope. Ce qui a fait dire par Boccalini , que l'Espagne est à l' Europe, ce que la touche est au corps : tout y passe et rien rCy reste (i).
Philippe V éprouva que la plus grande ressource d'un roi est l'amour de ses sujets. La nation espagnole , cette oii l'honneur s'est le mieux conservé , jalouse du serment qu'elle avait fait à Philippe , fit des actes héroïques pour Yj maintenir , et j parvint seule. Les Espagnols livrèrent leur argenterie pour le paiement des troupes ; celle des églises y ftit employée ; l'honneur étoufia , ches un peuple dévot , des scrupules dont l'hypocrisie se serait prévalue ailleurs. Les curés ne prêchaient que la fidélité au roi. On déclara ennemi de l'État quiconque ne concourrait pas au salut commun. L'archiduc , au milieu de Madrid , ne put empêcher le peuple de crier : f^iVe Philippe V (2) ! Le marquis de Mansera , homme centenaire , voulait suivre le roi dans sa retraite; mais ce prince le lui défendit. L'archiduc essaya de se Î9\Te prêter serment par Mansera, qui répondit qu'il l'avait
(1) J*ai lo , dans nne lettre de l'éTéqne de Reniies,VaiinFal, nofre ambassadenr
il Madrid , en , qne les conseillers dtAragon , n'duot pas payés de leurs
gages, avaient prié le roi de Icor permettre de demander Tanasône. Je ne dois pas oublier à ce sujet, qu'en 1701 , il arriva par la flottille , pour le général •dcsîésailes, une caisse de chocolat. La pesanteur ne répondant pas à Tétiquette, oi^Pouvrit, et Ton y trouva des billes d'or recouvertes de chocolat. Le gouvernement en fit faire de la monnaie , et Ton envoya une vraie caisse de chocolat aux )ésnites qui n'osèrent réclamer autre chose.
(3) Un trait que sa singularité peut faire excuser dans des mémoires, c'est que l'archiduc étant maître de Madrid , les courtisanes les plus perdues se répandirent parmi ses troupes , et en firent périr plus qu'une bataille. Pour ne pas rendre équivoque leur pfttrîotisme , elles se vantaient de s'être refusées aux troupes du roi.
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prêté aa roi» et ne le trahirait pas. L.'archidao respecta la Vertu de ce vieillard , et le laissa tranquille (i).
La dernière classe des sujets ne montrait pas moins de fidë* lité que les .grands* La reine , obligée de sortir de Madrid, confia toutes ie$ pierreries, et entr'autres la fameuse perle la Pérégrine , à un valet français nommé Yasu , qui les apporta en France.
Cette princesse, fille du duc de Savoie, Victor Amédée, et sœur cadette de la ' duchesse de Bourgogne , était adorée des Espagnols, et sa mémoire j est encore en vénération. Longtemps depuis sa mort , le peuple voyant passer la seconde femme de Philippe V , continuait de crier : ^iVa ta Sauqyana l Supérieure à toutes les disgrâces , elle ne parut jamais touchée que des maux de ses sujets ; aucun péril n*ébranla son courage. Si elle eùi perdu la couronne d'Espagne, elle était déterminée à pafrfir dans les Indes. Elle mourut, le i4 février 1714» trop tôt pour le bonheur des peuples et l'exemple des rois.
Jamais l'archiduc ne dut mieux comprendre qu'il ne régnerait pas en Espagne, que lorsqu'il fut maître de la capitale. Si la force donne des trônes, ils ne s'affermissent que par l'amour des peuples. L'archiduc ne vit dans Madrid qu'éloignement pour lui et attachement pour Philippe. Cependant la guerre continua encore quelque temps eutr'eux depuis la pacification des autres puissances.
Pendant que Louis XIY éprouvait toutes les disgr&ces de la guerre , il eut k soutenir les plus grands malheurs domestiques. Il vit^ en moins d'un an , s'éteindre trois générations. Le dauphin, son fils unique, meurt le i4 avril 171 1. Le duc de Bourgogne, devenu dauphin , meurt l'année suivante , le 18 février , n'ayant survécu que six jours à sa femme , morte le 12. Trois semaines après , le 8 mars, le duc de Bretagne l'atné de leurs fils , les suivit au tombeau. Paris vit le même char funèbre renfermer le père, la mère etl'enfant. Le duc d'Anjou, aujourd'hui Louis XY, unique rejeton de la ligne directe , fut k deux doigts de la mort. La duchesse de Yentadour, sa gouvernante, par un amour d'autant plus courageux qu'elle osait se charger de l'événement, éloigna les médecins ; et pleine des idées funestes qui naissaient de tant de morts précipitées , lui donna du contre-poison (2). Que ce remède ait été nécessaire ou non , on eut le bonheur .de conserver un enfant si précieux à l'État.
(i) Il mourut à 107 ans , n^ayant Tëca bien des ann^ que de chocolat et de froiu glacés.
(a) Cet antidote ftit donné par la comtesse de Yénie , qui Tarait apporte de Torin, oU elle aTait été empoisonnée , ^tant mallresse da duc de Skjoie ,
Victor.
Le poblic ne trouxa rien que de naturel dans la mort du premier dauphin , attaqué de la petite Terole ; mais il n'en fut pas ainsi de la mort du duc , de la duchesse de Bourgogne et du duc de Bretagne. Enlevés tous trois presque au même instant , on ne doutait point que ce ne fût l'effet du poison. Fagon, premier médecin du roi , et Boudin , médecin des enfans de France, le disaient sourdement avec une timidité apparente et concertée, qui n'en était que plus persuasive. Maréchal, premier chirurgien , soutenait le contraire , et citait plusieurs exemples récens de pareilles maladies ; mais il paraissait moins persuadé lui-même , que chercher à consoler le roi , en écartant des images noires. Le jeune duc d'Anjou, faible et languissant, qu'on disait arraché à la mort par un afntidote, semblait prouver que le père et la mère avaient péri par le poison. On ajoutait que le premier accès de la maladie de la duchesse de Bourgogne avait été une douleur vive à la tempe, suivie de la fièvre , après une prise de tabac d'Espagne ; que, sur cette déclaration de la princesse, on avait inutilement cherché la tabatière, qui ne s'était plus trouvée.
Ces soupçons répandus dans tout le royaume , tombaient uniquement sur le duc d'Orléans, depuis rëgent, et formèrent bientôt un cri d'accusation publique. Il en fut si consterné , qu'il demanda au roi de se constituer prisonnier avec Hombert, célèbre chimiste, dont il avait pris des leçons, jusqu'à ce que la calomnie fût démontrée et détruite. Le roi , prévenu par les ennemis de son neveu , fut près d'accepter sa proposition ; mais il en fut détourné par Maréchal , qui eut le courage de représenter qu'un tel fclat ne servirait qu'à tourner en certitude dans l'imagination du peuple des soupçons qui se détruiraient d'euxmêmes *, au lieu que la justification du duc d'Orléans laisserait toujours à sa répuUtion la tache d'une accusation indigne de lai , et que la démonstration de son innocence passerait encore pour l'indulgence d'un roi qui ne veut pas déshonorer son sang. Maréchal rappela à ce sujet au roi ce qu'il lui avait entendu dire à lui-même sur son neveu.
Le duc d'Orléans avait en une maladie , pendant laquelle Maréchal l'avait vu assidument. Ils eurent ensemble plusieurs conversations sur des matières de sciences. Maréchal , n*appé de rétendue d'esprit et de la quantité de oonnaissanGes de ce prince, en parla au roi. Sire , lui ditF*il, si M. le duc d'Orléans était un simple particulier sans fortune, il aurait plus de dix moyens de gagner honnêtement sa vie, et c'est d'ailleurs le meilleur homme du monde. Le roi, en convenant des talens du prince, acheva de le peindre par un seultrait: Sa^Z'^aus, 3. a
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dît-il y ce que c'esi que mon neveu ? c^est Un fanfaron de crimes.
L'afEûre en resta là ; mais les soupçons ont subsisté long-* temps. On lae Toulait pas faire attention que Fagon et Boudin étaient intéressés à justifier ^'insuffisance de leur art. Le pre* mier était la créature de madame de Maintenon , dont il partageait le ressentiment contre le duc d'Orléans, qui se rétait attiré par des propos indiscrets sur elle. Le second perdait tout à la mort des princes, devait son existence à Fagon , tt s'était déjà tellement aliéné le duc d'Orléans, qu'il croyait en avoir tout à craindre dans la suite , s'il ne travaillait à lé perdre. Madame de Maintenon avait des desseins plus iutéreasans qu'une petite vengeance de femme.
Elle ne pouvait pas crmre la mort du roi fort éloignée. Pendant la minorité du successeur, Philippe Y restant en Espagne, la régence regardait le duc de Berri, dont le génie serait aisément subjugué par celui du duc d'Orléans. Si le duc de Berri mourait, ce qui en effet arriva, le duc d'Orléans se trouverait régent. Elle imagina donc, pour sa propre sàreté, si elle survivait au roi^ de se faire un appui contre un prince qu'elle redoutait.
De tout temps elle avait travaillé k Télévation des enfans naturels dn roi , et surtout à celle du duc du Maine , dont elle avait été la gouvernante. Nous verrons par quels degrés le roi tAcha d'élever ses en&ns naturels au comMe delà puissance*
Madame de Maintenon , voulant perdre le due d'Orléans dans l'eqprit public , n'y trouvait que trop de facilité. Ce prince , incapable d'une acUfOn noire ou basse , avait , à force d'imprudences , d'indiscrétieas et de mœurs crapuleuses , donné de lui la plus mauvaise opinion , que Tidée mime qu'on avait de son esprit aggravait encore. On parlait souvent alors d'empoisonnement y et les soupçons ayant été une fois dirigés contre le duc d'Orléans y se réveillaient k chaque occasion.
tTo cordelier (i) f nommé Augustin le Marchand , d'un convent de Poitou, ayant apostasie, s'était engagé dans les troupes françaises qui servaknt en Espagne. D déserta depuis et passa dans celles de Tarchidnc. Sans m'arreter sur les différentes aveninres de ce mtsérablef il suffit de dire qu'il fnt véhémentement soupçonné d'avoir «le mauvais desseins contre le roi d'Espaj^ , et allait être anrfoé , lorsqu^l prit la fuite. Chalais , neVeu de la princesse des Ursins, se mit snr ses traces et l'atteignit à Bressuîne en Poîton , dans «a couvent de cordfUers.
(t) 11 étah fih du greffier d^ Loyal, dtooène de St.-MaIo; UTét<^ft BremiSre, ]e sitimi 171 9k
DE LOUIS XIV. tg
On le coQduÎMt à la Bastille , où le lientettant de police d'Àrgeiwaa fut seul chargé de Finterroger. Oa trouva daas un sac que ce moine portait sur lui , des paquets d'arsenic , doni il prétendait se siervir pour différens remèdes. Sa vie paasée, ses correspondances ches les Autrichiens , et plusieurs contra» dictions ou obscurités dans ses réponses, donnèrent lieu de croire qu'il était un instrument de la maison d'Autriche, contre laquelle on était alors horriblement prévenu. On ne doutait point que Mansfeld , ambassadeur de Léopold à Madrid , n'eàt empoisonné, par le moyen de la comtesse de Soissons , la reine d'EÎipagne, Marie d'Orléans, fille de Monsieur, et femme de Charles II. La mort du prince électoral de Bavière, désigné roi d'Espagne par le premier testament de Charles, fut attribuée iiux mêmes moyens. D'ailleurs , un mémoire du prince Eugène , adressé au général Merci, et trouvé dans sa cassette prise après sa défaite en Franche-Coùité , portait s II faut faire reuirer ia France dans ks plut étroites Imites , et si l'^n n*jr peut réussir' par les armes, il faut recourir aux grands et extraordincBrrés remèdes. Ces expressions, tout équivoques qu'elles sont, ne présentent pas un sens favorable.
Si les imputations fliites à la maison d'Autriche étaient alors fondées, ce que je n'oiereis essurer, il faut avouer que la cour de Vienne est bien changée. Jameis prince n'y a été ennemi plus redouté, plus haï, que le roi de Pru4se actuel ; et jamais l'impératrice reine n'a été soupçonnée du moindre dessein odieux.
Quoi qu'il en soit , le cordelier , apr^s trois mois de détention k ia Bastille , fut transféré en Espagne , et enfermé dans la tour de Ségovie, oii il a vécu plus de vingt ans.
Ce qui faisait supposer que le duc d^Orléans eAt pu eqtrer dans on projet contre le roi d'Espagne , c'était, l'accusation qu'on loi avait déjà intentée d'aveir voulu détràaer Philippe V, lorsqu'il en commandait l'armée.
hsL vérité du fait était que , daps un mement oh les affaires de Philippe V paraissaient désespérées , on crut que ce prince abandonnerait l'Espagne, pour aller régner dans les Indes. Les amis du duc d'Orléans lui conseillèrent alors de prétendre à la couronne d'Espagne , du chef de son aïeule Anne d'Autriche. Il se prAta au projet , en cas d'abandon de la part de FUHppe V ; et , revenant en France , il laissa deux officiers affidés, Plote et Renand , pour ménager les esprits à cet égard. On igqetn jns» qu'où ses deux agens usèrent de leurs pouvoirs; mais ils furent arrêtés l'un et l'autre; et le roi d'Espagne, excité par ta prin-^ cesse des Ursins, sa favorite , et l'ennemie du duc d'Orléans , écrivit en France pour en demander juslke ( 1709).
ao RÉGNE
Il fallait que les accusations fassent graves ; car le chancelier de Pontchartrain eut ordre du roi de tout disposer pour instruire le procès en forme. On était k la veiUe d'arrêter le duc d'Orléans , lorsque le chancelier représenta au roi qu'il serait contre le droit des gens de poursuivre en France un homme accusé d'un crime commis en pays étranger. Si le duc d'Orléans , dit-il , est coupable en Espagne , on peut et l'on doit y faire son procès ; mais il est innocent à l'égard de la couronne de France ; il ne peut donc être poursuivi dans un royaume qui doit être son asile. Ce moyen de défense n'était pas sans réplique dans le cas « d'un crime de lèse-majesté contre un roi de la maison de France ; mais Louis XIV jugea à propos de s'en contenter, et l'affaire fut abandonnée.
Celle du cordelier n'avait pas le moindre trait au duc d'Orléans. J'ai lu tonte l'instruction , et je n'y ai pas vu que d'Argenson ait été à portée de rendre , dans cette circonstance , d'autre service au duc d'Orléans, que de dire la vente. Il lui en fit pourtant sa cour , en lui faisant entendre qu'il avait saisi cette occasion de détruire dans l'esprit du roi beaucoup d'autres préventions fâcheuses.
Il me semble que s'il avait subsisté quelque opinion défavorable au duc d'Orléans , elle aurait dû disparaître à la régence. Cependant la calomnié s'est encore fait sourdement entendre. Mais comment peut-on imaginer qu'un prince, tremblant sous Louis Xiy , eût osé commettre les crimes les plus hardis , et se serait arrêté au dernier , lorsqu'il s'agissait de monter sur le trène, et qu'il était tout-puissant. La vie de Louis XV est la démonstration de l'innocence du duc d'Orléans.
Après cette digression , revenons aux princes qui y ont donné lieu.
Louis dauphin, fils unique de Louis XIY, avait dans le caractère de la douceur et de la bonté ; son éloge ne s'étend pas plus loin. Né avec un esprit }M>mé , il n'y suppléa par aucunes connaissances acquises. Élevé par Bossuet et Montausier , il prouva que . la culture produit peu sur un fonds ingrat ; sans vices ni vertus d'éclat , il passait sa vie. aussi obscurément que son rang le pouvait permettre , n'ayant de ressource contre l'ennui que la table et la chasse. C'était enfin le meilleur des hommes et le plus médiocre des princes. H respectait et craignait beaucoup Je roi , qu'il croyait aimer , et qu'il traitait plus en roi qu'en père , comme il en était traité plus en sujet qu'en fils. Le dauplun était chéri du peuple, parce qu'il était très-populaire , et que, n'ayant aucun crédit, on ne pouvait lui imputer aucun des maux dont on était affligé.
DE LOUIS XIV. 2t
Sans délicatesse de sentiment, ni même de galanterie, il eut quelques maîtresses (i), et finit, comme sou père, par un mariage de conscience. Mademoiselle Cboin fut celle qui le ' fixa ; elle avait été en qualité de fille d'honneur auprès de la princesse de Conti-Yallière , sœur naturelle du dauphin. Elle n'était pas jolie ; mais , aveè beaucoup d'esprit et le plus excellent caractère , elle se fit aimer et estimer de tous ceux qu'elle voyait. J'en ai connu quelques uns. Elle n'eut jamais ni maison montée, ni même d'équipage à elle, et s'était bornée ^ un simple logement chez La Croix , receveur-^'néral des finances , près le petit St.-Antoine. Son commerce avec le dauphin fut long-temps caché , sans en être moins connu. Ce prince partageait ses séjours entre la cour du roi son père , et le château de Meudon. Lorsqu'il y devait venir, mademoiselle Choin s'y rendait de Paris dans un carrosse de louage ; et en revenait de même, lorsque son amant retournait à Versailles.
Malgré cette conduite simple d'une maîtresse obscure , tout semblait prouver un mariage secret. Le roi, dévot comme il était, et qui d'abord avait témoigné du mécontentement, finit par offrir à son fils de voir ouvertement mademoiselle Choin , et même de lui donner un appartement à Versailles ; mais elle le refusa constamment, et persista dans le genre de vie qu'elle s'était prescrit. Au surplus , elle paraissait à Meudon tout ce que' madame de Maintenon était k Versailles , gardant son fauteuil devant le duc et la duchesse de Bourgogne et le duc de Berri , qui venaient souvent la voir , les noujmant familièrement le duc , la duchesse , sans addition de monsieur ni de madame, en parlant d'eux et devant eux. Le duc de Bourgogne était le seul pour qui elle employât le mot de monJteur, parce que son maintien sérieux n'inspirait pas la fiuniliarité ; au lieu que la duchesse de Bourgogne faisait à mademoiselle Choin les mêmes petites caresses qu'à madame de Maintenon. La favorite de Meudon avait donc tout l'air et le ton d'une bellemère, et comme elle n'avait le caractère insolent avec personne, il était naturel d'en conclure la réalité d*un mariage. Si je me suis permis ces petits détails domestiques, c'est qu'ils donnent les notions les plus justes des personnages.
Pour achever de faire connaître mademoiseUe Choin , j'ajouterai un trait sur son désintéressement. Le dauphin , à la veille d'un départ pour l'armée , lui ayant donné à lire un testament
(i) On De lui a connu qu'une fille naturelle, qn'H eut de la Raûm, fameuse comédienne. On la nomma mademoiseUe Fleuri. La princeMe de Conti- VaUière la maria, en juin 17 15, h d'ATaiigourg » ofiu:ier de gendarmerie. Le roî «gua le contrat, mais en particulier. Elle mourut en 1716.
|>ar 1«(uel il lui assurait là }>lus gltilidè forlutie , elle le décbira en disant : Tant que je ï^vs tùnitrvèrafy je ne puis manquer âe rien; et n f 'avais le mûUiteit dt i)ou$ petêrè, Yrtilie écus et rente me st0liYfiènt. Elle le pfouvà à la moit dn dauphin ; car elle se retira aussitôt dam soù ancien et {iremier logement de Paris , oii elle a passe prës de vingt ans dans la pratique de foute sorte de bonnes oeuvres ; tivant avec nn petit nombre de trais amis qui lui restèrent, ^t délivrée d'une foule de plats courtisans , qui s'éloigtlërent d'elle sans préparatifs ni pudeur. Elle mourut eti l'^io.
A la mort du pviemièr daupliih, le roi en fit prendre le titre an du^ de Bofurgognè (t). Si te printe eût régné, c'eût été le règne de la justice, de Tordre et des xùœdrs. Pour le faire com- |>létement cMinaltre, pent-étre même pbur en relever le mérite , je ne dissimnlerai pas les travers de sa première jeunesse ; on i^e peut les imputer qu'4 l'éducation de son enfance, âge oU la faiblesse même des organes rend les impressions si fortes , qu'elles subsistent souvent pendant tout le cours de la vie. Cest presque au moment de la naissance que l'éducation devrait commencer ou se préparer. Ces premières et précieuses années des princes sont abandonnées à des femmes ignorantes, faibles , présomptueuses, adulatrices, et ne leur parlant que de leur pui^ sance ftiture. Quand les enfans de l'État passent entre les mains des bommes, ces gouverneurs > s'ils sont dignes de leur place, trouvent plus 4 détruire qu'à édifier dans leur élève.
Le jenne^prince , élevé au milieu d'une conr superstitieuse oii la dévotion et encore plus l'hypocrisie commençaient à être à la mode , ne' fnt instruit que des jpratiques d'un« dévotion
(i) L« ttoaveaa dauphia ad ▼outtit être appeAé que Momieur: oa n*appcl«U le premier que Monseigneur. Co titre était deTcnu une cspécôde nom propre, puisque le roi remployait lui-m^m^ en parlant de ce dauphin , comme il diisûl Mohsieuf, en parlant de son frère ; mais en leur adressant la parole, il Itàitait Pan de EU , Vwtrt de hétt. Lorsqne le dnc de Beau^illrers entendait qfnflffu^oii appeler le dnc de Boiirgoçtte Atonseignteiur , il d«tDàad*H si tm It prenait pour un t'véqne. Cependanl le roi ordonna «a pariedieiil de traiter le nouveau danphin de Monseigneur, en le haranguant. Ce qui fit qae le proinier président commença Ifi harangue par ces mots : Monseigneur , car le roi veut qu*on vous nomme ainsi, etc. A la tnort du premier dauphin , le deuil fut d^ln an. Les pairs, les ducs et les grattds ofâciers curent or^rc de draper, et le roi ea dôtina là |M!t«iissi6ii an màtqnife de BeeàTeiiii , comme pat^At , )a sixième aïeule de Lonis XIY ctant BeauTean. Voisin, qni fut depuis chancelier, ohtint la même distinction pour le marquis de Chàtiilon, son gendre , ea flivèur et plnsSenrs alliances avet la maison royale. Ce Gb&iilloQ a été nomme depuis dnc et pair, et gottrcmenr dn danphin aetnel.
Les dcui fils tiatotcls du roi tcçtireat; à cette occasion, de; visitrs comme Uèi^es du danphin.
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aiinnlieuse qu'on substitua à des principes de Tert». Telles furent les leçons de son enfance. Il passa heureusement entre les mains des hommes ; il j en avait alors ; et quand les rois les cherchent, ils les trouvent on les font naître. Le sage Beauvilliers, le vertueux Fênélon , Tun gouverneur, l'autre précepteur , éprouvèrent combien il est difficile d'effaeer les premières impressions. Leur élève, avec toutes ses habitudes dévotes , ne laissait voir que hauteur, dureté, inapplication, mépris de tous les devoirs qui ne se remplissaient pas à l'église* Dans la campagne qu'il fit en Flandre , il fîit accompagné par le roi d'Angleterre, Jacques III, quii sons le nom de chevalier de Saint-Georges, servit comme volontaire dans l'armée. Au lien de lui témoigner le respect d& à un prince malheureux, il le traitait avec une légèreté offensante. Gamache , un des menins du duc de Bourgogne, révdté d'une indécence si soutenue , lui dit en franc chevalier : Fotre procédé oîfec le chevalier de Saini^Georges est apparemment une gageure ; êieela est , vous Vayez gagnée : ainsi traitexrle mieux dorénavant. Une autre fois, ennuyé des puérilités du prince i Vous avez, lui dit*i], beau faire des enfantillages, le duc de Bretagne , votre fils, serait encore votre maître. Après une longue sUtioa à l'église , pendant qu'on disposait les troupes s Je ne sais, lui dit Gamache , si vous aurez le royaume du ciel ; mais , pour celui de la terre, le prince Eugène et Marlborough sjr prennent mieux que vous. Enfin les germes d'un bon naturel , presque étouffés par la première éducation , se développèrent tout à coup. BeauvilUers et Gamache se firent écouter. Bossuet n'avait pu communiquer ses lumières à son élève : Fénclon inspira ses vertos au sien ; mais la régénération fut si prompU , que le duc de Boorgogae la dut principalement à Ini^méme.
Socrate se glorifiait d'avoir rectifié , par les efforts de la phi« losophie , le caractère vîcienx qu'il tenait delà nature. Ledncde Bourgogne aurait pu se donner le même éloge ; mais il attribuait son changement à un principe qui lui défendait de s'en glorifier ; il en donnait tout l'honneur à la religion ; ce qui lui faisait une vertu de plus qu'4 Socrate. Il était né intempérant , colère , violent , orgueilleux , méprisant , fastueux , dissipé. Il se fit tempérant , indulgent , patient , modeste , hnmain , économe , appliqué à ses devoirs.
Skê maximes étaient qne les rois sont faits pour les sujets , et non les stqets pour les rois ; qu'ils doivent punir avec justice ', parce qt/ils sont les gardiens des lois; donner des récompenses , parte que ce sont des ikttes; jamais de présens, parce que n'sgrant rien à eux , ils ne pessvent donner qu'aux dépens des peuples.
Os paradoxes étaient l'effet de son discernement ^ et il avait
le courage de les avancer au milieu de la cour.
S'étant refusé un meuble dont il avait envie, mais qu'il trouva trop cher , il répondît à un courtisan qai lui conseillait de se satisfaire : La^ sujets ne sont assurés du nécessaire , que lorsque les princes s'interdisent le superflu.
En remplissant les devoirs religieux qui inspirent aux peuples le respect pour la Divinité > il y sacrifiait les plaisirs , non pas les affaires. Le roi son aïeul , embarrassé quelquefois , et peutêtre un peu humilié d'une dévotion plus gênante que la sienne , lui dit un jour de fête de se trouver au conseil de l'apres-midi ; à moins , ajouta-t-il , que vous n'aimiez mieux aller à vêpres. Le prince vint au conseil ; mais il refusa le même jour d'assister à un bal , parce que ce n'était pas un devoir , et qu'il préférait le repos de la nuit , qui le préparait au travail du lendemain. Il approuva fort que la princesse , sa fenune , s'y trouvât ; son devoir était de plaire. Il ne blâmait aucun des plaisirs , tels que bals , fêtes , spectacles ; mais il ne les pardonnait qu'à l'oisiveté.
Plein de respect pour le roi et de retenue sur le gouvernement -, il n'en faisait la critique que par sa conduite. Les libertins auraient pu craindre son règne ; les philosophes l'auraient béni ; les prêtres n'auraient peut-être pas été les plus contens d'un prince qui aurait mis les intérêts de la religion avant les leurs.
Le roi , reconnaissant de jour en jour les qualités supérieures de son petit*fi1s, ordonna aux ministres d'aller travailler chez lui. Insensiblement il se trouva à la tête de toutes les affaires , et s'attira , de la part de son aïeul même , ce respect personnel qui est dû à la vertu. Les puissances étrangères espéraient que ce prince , en faisant respecter la France , sans la faire redouter , pourrait assurer la paix et le bonheur de l'Europe. Sa mort fut donc un malheur pour l'humanité entière.
Le pape Clément XI ( Albani ) témoigna sa douleur par des obsèques pontificales (i).
La duchesse n'avait précédé que de six jours son mari au tombeau. Jamais princesse n'eut plus qu'elle l'art de plaire. Séduisante par mille agrémens , elle gagna bientôt l'amitié du roi et de madame de Maintenon. N'osant, par diicrélion , donner le nom de mère à la vieille sultane , elle la nommait sa tante. A la faveur des caresses , elle hasardait souvent des plaisanterie^ assex fortes. Sauez^vous bien y ma tante, disait-elle un jour devant le roi , pourquoi les reines en Angleterre goui^ement mieux que les
(i) Ces obsèqnes se faisaient anciennement à Rome pour nos rois , et k Paris pour les papes. La cour de Rome les refosa pour Henri III, quMIe regardait ^'ttmm« excommunie ; et Ton cessa de les faire h Paris pour les pi^ies. ^
rois ? Cest que les hommes gouvernent sous le rhgne des femmes , et ks femmes sous celui des rpis. Sa vivacité remportait quelque fois trop loin ; mais elle saisissait bien lesmomens. Un jour qu'elle remarqua que le roi était importuné de la dévotion du duc de Bourgogne : Je désirerais, dit-elle, mourir avant mon mari, et revenir ensuitepour le trouver marié avec une sœur grise , bu une tourière de Sainte-Marie, Elle savait aussi prendre un ton plus sérieux, et le sentiment le lui inspi^it dans les occasions. Un jour qu'on la pressait de jouer dans le salon de Marly pendant le plus grand feu de la guerre : Eh I avec qui voulez-vous que je joue ? Avec des femmes qui tremblent pour leurs maris , leurs enfans, leurs frères ? Et moi, qui tremble pour l'État !
S'étant aperçu que madame la duchesse et la princesse de Conti , deux filles naturelles du roi , jalouses de$ progrès qu'elle faisait dans le cœur de leur père , avaieût haussé les épaules de toutes ses petites folies , lelle affecta de dire devant elles , en sautant et riant : Je sais bien que tout ce que je dis et fais devant le roi, na pas le sens câmmun; mais il lui faut du bruit de ma part, et il en aura. Cela n*ernpéchera pas , ajouta-t-elle, en les regardant et continuant de rjre , que je ne sois un jour leur reine. Cet enfant j %\ séduisant et si cher au roi , n'en trahissait pas moins r£taty en instruisant son père, alors duc de Savoie et notre ennemi , de tous les projets nuUtaires qu'elle trouvait le moyen de lire. Le roi en eut la preuve par les lettres qu'il trouva dans la cassette de cette princesse après sa mort. La petite coquine, dit-il à madame de Maintenon , nous trompait.
Comme j'aurai à traiter ce qui concerne les jésuites , je ferai connaître d'avance ici , à l'occasion de la mort de la duchesse de Bourgogne , l'opinion qu'on avait d'eux à la cour , dans le temps le plus brillant de leur règne.
L-acte de catholicité qui doit être le plus libre, est sans doute la confession , quant au choix du ministre ; et jamais il n'y en eut de plus contraint dans la maison royale , et surtout dans la famille. Le dauphin a communément pour confesseur celui du roi , son père. Cet usage pourrait faire regretter la confession aux rois protestans.
Toutes les consciences de la maison royale étaient, sous Louis XIY , entre les mains des jésuites ; mais il ne tint qu'à lui de s'apercevoir combien la crainte qu'il inspirait, ou le désir de lui plaire , y avaient de parL
Dès que la duchesse de Bourgogne parut en danger, le jésuite La Rue , soq confesseur ordinaire , se présenta pour la disposer à la mort. Dans ce moment , oii l'on ne craint plus les rois mêmes , elle montra une telle répugnance , que l'habile jésuite , pour
épargner à sa compagnie un plus grand éclat , dit k la princesse , que si elle avait plus de confiance en un autre que lui , il irait le chercher. Elle lui nomma sur-le-champ Bailli , prêtre de la paroisse de Versailles. Celui-ci ne s'étant pas trouvé , elle demanda un père Noël , récolet ; ce qui prouve un ëloignement trës^écidë pour les jésuites , d'autant plus que Bailli était fort suspect de jansénisme , la plus noire des taches aux jeux du roi. Les jansénistes avaient alors l'estime puhlique. Ce dégoût marqué pour la société , n'était pas un exemple unique. Henri Jules de Bourhon^Condé avait réclamé en mourant le père La Tour , général de l'Oratoire ^ l'horreur des jésuites (t), et peu agréable au roi. H est vrai que Henri Jules se conduisit en courtisan jusque dans la manière de mourir. Il envoyait chercher le père La Tour dans un carrosse de louage , et on l'introduisait comme en bonne fortune, par un escalier dérobé ; tandis que, sous prétexte d'un mieux dans la maladie ou du sommeil du prince, on refusait la principale porte de l'appartement à un përe Lucas , jésuite , confesseur en titre , et qui , sur la nouvelle du danger , était accouru de Rouen , pour se saisir de l'âme du prince ; mais elle lui échappa.
Tous les ans , à Pâques, le prince envoyait une chaise de poste qui amenait de Rouen et remenait ce përe Lucas : pour cette Ibis'ci , il en vint par la messagerie , et retourna par la même voie.
La princesse Louise Marie-Stuart , fillede Jacques H , répudia, en mourant, son jésuite pour le curé de St.-Germain. Son frère en. fit autant, lorsqu'il fut en danger de mourir de la petite vérole. La reine d'Espagne, première femme de Philippe V, changea , en mourant, son jésuite contre un dominicain.
Les jésuttes voyaient souvent se vérifier le mot du premier président de Harlai. Des jésuites se trouvant à son audience avec des oratoriens t Mes pères , dit le caustique magistrat , en s'adressant aux premiers , H faut vi\n*e én^ec vous ; et se tournant vers les oratoriens , et mourir tn^c vous.
Les malheurs domestiques de Louis XIV , tels que nous venons de les voir , n'étaient pas adoucis par la certitude de la paix. On espérait y parvenir , depuis que la négociation était entamée avec les Anglais ; mais il se trouvait encore bien des obstacles de la part de leui^ alliés (2) . La victoire que le maréchal
(0 Le» icsuhes cherchèrent long-temps et mntnement à perdre le père La Tour. Le roi , fatigue des tentatiTcs moltipHces , imposa silence. Iljr a deux ans, dit-il , qm feiejkis observer , wans 4fu'il m'en $ûU tien ret'enu de réprÀensihie, Itfaut ^u'ii soit plus sage qu'on me te dit, ou plu* fin 4^ nous ; qu'on ne m'en pmrle plus.
(a) Les préliminaires , convenus entre la France et l'Angleterre, furent comrônni^m's aux antres puissances, dés le mois de février 171 1. Les conférence» pour !a paix gifncrale s'ouTiirenl à Ulrcchi, le 29 janvier 1712. Les ministrea
de VîIIars remporta sur eux à Denain les rendit plus traitables. Viilars, d'une figure distinguée, d'un air ayantageux , d'un caractère qui l'était encore plus, fanfaron, mais trës^brate, sachant mieux que personne se prévaloir de la part qu'il avait à un heureux succès , et en usurper le reste , était un général fait pour des Français , à qui la gaieté unie au courage inspire la confiance. Un homme dé ce caractère frappe et saisit plus leur imagination qu'un homme modeste , à moins qu'il ne soit d'un ordre supérieur et reconnu , tel qu'un Tnrenne. Lorsque Villars entra dans le monde, sa mère lui dit i Parlez toujours de vous au roi, et Jamais à d'autres, l\ parla de lui à tout le monde, et n'en réussit que mieux. Quoi qu'il en soit , il a été utile à la France.
L'affaire de Denain , suivie de plusieurs antres succès , fit regretter aux alliés de n'avoir pas accepté les conditions offertes k Gertruidenberg ; et tous les articles de la paix furent bientôt arrêtés. Celui qui demanda le pins de discussion , regardait les renonciations.
Nous avons vu que l'Angleterre exigeait , pour préliminaire , que jamais les couronnes de France et d'Espagne ne pussent se réunir sur une même tête. Il s'agissait donc de faire renoncer Philippe V , pour lui et sa postérité , k la couronne de France , et que les ducs de Berri et d'Orléans fissent une pareille renonciation à la couronne d'Espagne , sur laquelle ils avaient des prétentions communes du chef d'Anne d'Autriche , femme de Louis Xni , aïeule du duc d'Orléans et bisaïeule du duc de Berri. Celui-ci avait de plus les droits qu'il tenait de Marier Thérèse , son aïeule , femme de Louis XIV. Ces renonciations étaient jugées d'autant plus nécessaires , que Philippe V , avant que de passer en Espagne , avait pris , pour la conservation de ses droits à la couronne de France , des lettre»^atentes , telles que Henri III les avait en allant régner en Pologne. D'ailleurs, Philippe V, dès le commencement de son règne , en 1708 , avait donné une déclaration interprétative du testament de Charles II, pour assurer les droits du duc d^Orléans à Ici couronne d'Espagne ; et ceux du duc de Berri faisaient un article du testament même.
Notre ministre <ipposait « que par les lois ftmdamentales de »» France , le prince le pins proche de la couronne est l'héritier * nécessaire ; qu'il succède , non comme héritier simple , mais » comme maître du royaume , non par choix , mais par le seul » droit de naissance; qu'il ne doit sa couronne ni à la volonté
liollaiidais essayèrent d^ parler eomttie k Gerimidenberg ; maie le cardinal de Poligoac leur imposa silence : Messieurs , [pur dîi-îl , tes circonstances sosu changées, HfenO. changer de ton» If ma traiterons ehez vous y </• vous ^ et sans vous^ ^
» de son prédécesseur , ni au consentement de qui que ce soit , »i mais à la constitution de la monarchie , à Dieu seul ; qu'il N n'y a que Dieu qui puisse la chaiiger , et que toute renonciation n serait inutile. >»
Milord Bolinbrocke répondit : « Vous êtes persuadés , en M France , qu'il n'y a que Dieu qui puisse abolir cette loi sur M laquelle le droit de votre succession est fondé ; mais tous nous » permettrez aussi decroire\ dans la Grande-Bretagne, qu'un » prince peut renoncer â ses droits par une cession volontaire ; » et que celui en faveur de qui cette renonciation se fait , peut w être soutenu avec j ustice dans ses prétentions par les puissances » qui ont accepté la garantie du traité. Enfin , monsieur , la M reine m'ordonne de vous dire que cet article est d'une si M grande conséquence , tant à sou propre égard qu'à celui de >i toute l'Europe , qu'elle ne consentira jamais à continuer des » négociations de paix , à moins qu'on n'accepte l'expédient » qu'elle a proposé , ou quelque autre aussi solide (i).
Louis , qui avait si souvent dicté des conditions , n'était plus en état de rejeter, pas même de discuter, celles qui lui étaient prescrites. 11 fallut consentir aux renonciations. Les Anglais n'étaient pas encore séparés de leurs alliés , l'aflfaire de Denain n'était pas arrivée, et il y avait autant de vérité que de compliment dans la lettre du maréchal de Villars an duc d'Ormond , général anglais , qui venait de remplacer Marlborough : Les enne^. mis du roi ont déjà senti qu'ils n'ont plus avec eux les braves Anglais,
Le ministère de France parut si opposé à la renonciation , que celui d'Angleterre offrit pour Philippe Y l'alternative ou de garder l'Espagne et les Indes , en renonçant actuellement pour lui et sa postérité au trône de France , ou d'y conserver tous ses droits , en cédant la couronne d'Espagne au duc de Savoie , et recevant en échange les royaumes de Naples et Sicile , la Savoie, le Piémont, le Montferrat et le duché de Mantoue; et, au cas que lui ou quelqu'un de ses descendans parvint à la couronne de France, tous ces États échangés y seraient réunis, à l'exception de la Sicile, qui passerait à la maison d'Autriche. Louis XIY n'oublia rien pour engager son petit-fils à accepter le dernier parti; mais Philippe avait reçu trop de preuves de l'attachement des Espagnols, pour les abandonner.il ne balança pas, et, le 5 novembre 171!», il fit en plein certes (2) sa renon-
(i) Voycs le rapport du comité secret , imprimé à Londres , où se trouve U mémoire du a3 tuai 1711 , de la cour de Londres , la réponse du marquis de Torcy, ministre de France^ et la'réplique du lord Bolinbrocke.
(a) Les états-généraux se nomment en Espagne tas cortes.
DE LOUIS XIV. ac)
ciation à la couronne de France. Le jour suivant, il en donna avis à son firëre i le duc de Berri , par une lettre communiquée à lajtlnte (i), et qu'il accompagna d'un modèle de renonciation à ' la couronne d'Espagne , poi^r les ducs de Berri et d'Orléans.
La renonciation faite , au nom de ces deux princes , dans les cartes d'Espagne, y avait toute la force et l'authenticité possibles* Il n'en était pas ainsi de celle de Philippe en France. Il fallait qu'elle y fât ratifiée avec le même appareil que les deux autres l'avaient été à Madrid. Louis XIV offirait de faire enregistrer au parlement une déclaration contenant les renonciations respectives ; mais les Anglais , et surtout leurs alliés , pour rompre la négociation, et pour continuer la guerre, exigeaient la sanction des états-généraux de France. Ils savaient combien les renonciations et les sermens avaient déjà été illusoires. Louis XIII les avait faits, lors de son mariage avec Anne d'Autriche; Louis XIV les avait renouvelés à la paix des Pyrénées, en épousant Marie-Thérèse : cela n'avait pas empêché l'invasion de la Franche-Comté et d'une partie des Pays-Bas espagnols, après la mort de Philippe IV. Quelle forme plus sacrée pouvait-on donner aux nouvelles renonciations, sans la sanction des états?
Louis, accoutumé à concentrer tout l'État dans sa personne, ne concevait pas qu'on pût réclamer une autorité confirinative de la sienne. Cependant la paix devenait tous les jours plus nécessaire , et il fallait contenter les alliés. Un comité , composé des ducs de Beauvilliers , de Chevreuse , de Charost , deHumières , de Saint-Simon et de Noailles , fut chargé de chercher un moyen de parvenir au but qu'on se proposait, sans l'assemblée des états.
On proposa de convoquer les princes du sang , les ducs et pairs , les ducs vérifiés ou héréditaires non pairs , les officiers de la couronne , les gouverneurs des provinces et les chevaliers, de l'ordre qui représenteraient Ja noblesse. Mais le corps de la noblesse ne pouvait être régulièrement représenté que par des députés nommés par elle-même; le clergé ne se croirait pas représenté par les pairs ecclésiastiques , si la noblesse ne croyait pas l'être par les ducs et les officiers de la couronne. Le tiers paraîtrait à l'instant , et les parlemens , qui en sont la principale partie, ne seraient pas satisfaits de l'unique personne du chancelier, qui d'ailleurs ne serait regardé que comme officier de la couronne. On en concluait que cette assemblée ne serait qu'une fausse image d'états, qui, sans en avoir le poids et l'autorité, n'en blesserait pas moins le roi qui n'en voudrait ni la réalité, ni l'apparence.
Saint-Simon , ivre jusqu'à la manie de son titre de duc et pair ,
(a) La junte f «n Eapagae, répond ao conseil d'Éua ca France.
3o REGNE
S retendait que l'atseniblée dea princes du stng , des pairs , des ucs héréditaires et des officiers de la couronne , représenterait parfaitement les parlemens de la première y de la seconde et du commencement de la troisième race.
Les monumens de ces femp»>là sont si olMCurs, qu'ils se prêtent à toutes sortes de systèmes. Le duc de^Saint*Simon avançait que dans ces parlemens [placita) , il ne se trouvait que les grands vassaux laïques et ecclésiastiques, ce^ derniers par leur titre seul de grands vassaux. L'armée qui était proprement la noblesse , assemblée dans le Champ de Mars 9 sans délibérer elle-même 9 attendait et recevait les décisions 1 les lois des placita.
Les discussions de notre comité ne décidaient pas Taffaire ; Bolinbrocke la termina sur la forme avec les alliés , comme il avait déjà fait sur le fonds avec notre ministre.
Depuis long^temps, la France et l'Angleterre jouent le principal rôle dans les guerres générales de l'Europe. Dès que ces deux puissances, qui fournissent les subsides, sont d'ac cord , les autres sont bientôt obligées d'accéder. Dans le système actuel , la nation la plus riche fait la loi.
La reine d'Angleterre consentait à la paix, et Bolinbrocke, soii ministre , avait intérêt de la faire , pour abaisser le parti de Marlborough. D'ailleurs, dans un voyage qu'il avait fait en France pour discuter les préliminaires , il avait été très-sensible aux égards que le roi lui marquait. Quoique ce prince fût alors dans un état d'humiliation , l'Europe était depuis si long-temps accoutumée k le regarder comme le grand roi , que l'impression en subsistait encore. Un étranger , quel qu'il fût , se trouvait très-flatté des moindres distinctions de ce monai;que. Buis , plénipotentiaire des Hollandais, qui dans les conférences avait déclamé si indécemment contre le roi , étant venu ensuite ambassadeur en France , devint un de ses plus passionnés admirateurs.
Bolinbrocke fit donc approuver aux alliés le projet de déclaration que le roi avait offert sur les renonciations. Il leur fit voir que si la France était jamais assez puissante pour revenir contre ses engagemens , rien ne l'arrêterait : mais que l'intérêt des puissances réunies de l'Europe , serait la plus sûre des garanties : la force étant toujours entre les princes l'interprète des traités.
Les principes, ouïes préjugés nationaux , sont inaltérables. On est généralement persuadé en France, oue si la famille royale , la branche directe venait à s'éteindra , l'atné de la branche espagnole passerait sur U trôno de France ; au préjudice de
DE LOUIS XIV. 3i
tous les princes du sang qui ne seraient pas sortis de Louis XIV, Louis XV y etc. On n'est pas moins convaincu que les deux cou* ronnes ne seraient pas réunies sur la même tête (i).
La forme des renonciations étant convenue, les ducs de Berri et d'Orléans se rendirent, le i5 mars 171 3, au parlement, oiise trouvèrent le duc de Bourbon , le prince de Conti , princes du sa^g ; les deux légitimés, le duc du Maine et le comte de Toulouse; cinq pairs ecclésiastiques, et ce qu'il y avait de pairs laïques en état d'y assister. Le chancelier ( de Pontcbartrain ) n'ayant point eu ordre du roi d'y aller , ne fut pas fiché de s'en dispenser , sachant mieux que personne la valeur de cette cérémonie.
Le duc de Shrewsbury et Prior, plénipotentiaires d'Angleterre, le duc d'Ossone , plénipotentiaire d'Espagne a Utrecht et qui était pour lors k Paris, étaient placés dans une des lanternes ou tribunes , chacun ayant une copie des pièces dont on allait &ire le rapport , pour en suivre la lecture.
Les gens du roi ayant exposé le sujet de l'assemblée, le doyen du parlement ( Le Nain } lut la lettre de cachet et les lettres-patentes du mois de décembre 1700, qui conservaient à Philippe V et à sa branche , quoique absente et non régnicole , les droits à la couronne de France. On lut tout de suite sa renonciation, qui fut mise en marge des registres, pour annuler les lettres-patentes.
De là , on passa aux renonciations des ducs de Berri et d'Orléans à la couronne d'Espagne, pour eux et pour leur postérité mâle et femelle.
Les conclusions du procureur général , et l'arrêt da parle^ ment furent lus et approuvés ; les magistrats sortirent pour prendre la robe rouge , revinrent se placer aux hauts sièges , et l'ar*rit fut prononcé en pleine audience et à portes ouvertes.
Je dois observer que le roi d'Espagne, prenant dans ses qualités celles de roi de Navarre et de duc ^e Bourgogne, le parlement mit 4ftns Tepregistrement , 9ans approbation des titres.
(1) Loojs XV «jraat la petite Tt-rok au moM d'octobre 1798, et le conriîer ayant manqo^ un jour en Espagne, Philippe V supppaa que Je roi , «on neveu , était mort; îl fit aussitôt assembler la junte, et déclara qu'il allait passer eu France avec le second de ses fils, laissant la coaronne d'Espagne an prince dea Aatnries , son atné, qui la préfiérak , et qnî fit dans la cbapclle sa renonciation en forme à celle de France. Les ordres éuient floonép p^r partir |« ' l«ndaiBaini mais le courrier apporta , au moment dn départ , la noarelle de la oonvalescence dn roi. Je tiens ce fait de la duchesse de Saint-Pierre, dama dn palais de la reine d^Esptgnc, et du maréchal de firancas , ambassadeur de France à Madrid, prétens k la cérémonie de la renonciation du prince des Astiirics.
Je me permettrai de rapporter ici un fait assçz puéril en soi, mais qui n'en fera que mieux connaître dans quel esprit un gou*vemeur et un précepteur, alors deux hommes de mérite, étaient cependant obligés, sous les yeux de Louis XIV , d'élever des princes qui pouvaient éventuellement monter sur le trône , ce qui venait même d'arriver à Philippe V.
Le premier président ( de Mesme) ayant ouvert la séance par un compliment au duc de Berri , ce prince , qui avait appris une réponse de six lignes , dit et répéta plusieurs fois : Monsieur. ... ; mais sa timidité naturelle, augmentée par le spectacle de l'assemblée , ne lui permit pas d'ajouter un mot; de sorte que le premier président , ayant attendu le peu de tempsqu'auraient pu durer deux phrases, s'inclina profondément , comme si la réponse eût été finie , et termina l'embarras du duc de Berri et des assistans.
Ce prince, affligé du déconcertemcnt oii il s'était trouvé, ne levait pas les yeux, et garda un silence morne jusqu'à Versailles. Pour ajouter le dépit à la douleur, à son arrivée, la prin^ cesse de Montauban , Bautru-Nogent , vint au devant de lui, et avec une flatterie plate et un engouement de femme de chambre , félicita le pauvre prince sur l'éloquence qu'il avait fait paraître au parlement. Elle ne disait pas un mot qui ne fût un coup de poignard pour une âme déjà noyée dans la douleur. Le prince , n'y pouvant plus tenir, s'échappa brusquement, et lorsqu'il fut en liberté , s'abandonna aux larmes et aux end. N'osant nommer le roi , il s'emportait contre le duc de Beauvilliers , son gouverneur , qu'il accusait de sa mauvaise éducation. J'étais cadet , disait-il en sanglotant, j'avais autant de dispositions que mes aines : on a eu peur de moi ; on ne m'a appris qu'à chasser ; on n'a cherché qu'à m'abrutir ; on y a réussi ; on m'a rendu incapable de tout. Cet état violent dura deux heures , avec des apostrophes réitérées à la princesse de Montauban. On eut beaucoup de peine à le calmer , et à lui persuader que le compliment qu'elle lui avait fait, n'était qu'une fade adulation sans malice. Pour donner encore un échantillon des platitudes de cour, je noterai ici que la duchesse de Berri étant accouchée d'un fils qui vint à sept mois , les plus robustes courtisans se trouvèrent nés à pareil terme , ce qui n'empêcha pas l'enfant de mourir au bout de huit jours.
Les renonciations ayant été acceptées, la paix fut bientôt conclue entré* la France et les alliés, excepté l'empereur. Elle fut signée à Utrecht , le 1 1 avril, et publiée à Paris le 25 mai 1713. Ce traité, et ceux qui en furent la suite , sont si connus et se trouvent dans un si grand nombre de livres , que je n'en rap*
porterai pas les articles. Une chose peu importante , mais assez singulière , c'est que Tabbé de PoHgnac , un de nos plénipotentiaires à Utrecht, obtint le chapeau de cardinal à la nomination de Jacques III comme roi d'Angleterre , dans le temps que l'abbé ^
signait les articles qui excluait ce prince du trône , dont on assurait la possession à la branche protestante d'Hanovre. |
Par un accord particulier de la reine Anne avec Louis XIV , '
cette princesse convint de faire payer sept cent cinquante mille |
livres de douaire à la reine , Marie d'Est , veuve du roi Jacques II ; I
et pour éviter toute difficulté sur les quittances qu'elle n'aurait pas pu signer : Reinp d'Angleterre , de France , etc. , il fut convenu qu'elle signerait simplement : Marie , reine.
Quoique l'union des royaumes d'Angleterre , d'Ecosse et d'Irlande edt été faite sous le titre de Grande-Bretagne , les Stuarts y avaient encore beaucoup de partisans. Une association npm* breuse d'Ecossais avait présenté, en 171 1 , à la reine Anne , une adresse par laquelle ils l'assuraient de leur fidélité , puisqu'ils l'avaient reconnue , quoiqu'elle ne dût pas être leur reine , ayant un frère à qui ils la suppliaient d'assurer la couronne , et de lui donner en attendant cent mille livres sterlings de pension.
La reine aurait travaillé de grand cœur à se donner ce frère pour successeur , si elle eût eu la moindre espérance d'y réussir; et avait toujours su gré à Louis XIV d'avoir donné asile à cette famille malheureuse ; et ces sentimens n'avaient pas peu contribué à la disposer à la paix. Dès qu'elle fut conclue | cette princesse désira que Louis XIV accf'|.tât , en signe d'amitié , Tordre de la Jarretière ; et ce prince ne s'y fût pas refusé , sans la crainte qu'il eut d'affliger la reine Marie.
Le 6 mars de l'année suivante , le prince Eugène au nom de l'empereur , et le maréchal de Villars au nom du roi , signèrent ia paix à Rastadt ; et le 7 septembre , elle fut conclue avec l'empire à Bade , par Je maréchal de Villars , le comte du Luc-Vintimille et Contest , maître des requêtes*
On ne fit dans le traité de Bade aucune mention de Philippe V , que l'empereur ne reconnaissait pas pour roi d'Espagne ; comme Philippe ne reconnaissait pas Charles VI pour empereur.
Les conditions de la paix n'étaient pas assez agréables au roi , pour qu'il en reçût les - complime|is avec plaisir ; aussi refusai-il d'en recevoir (i).
Croirait-on , si l'on ne savait jusqu'oii peut a^er la témérité
(i) LoaU XV a pareillement, et par les mêmes raisons, refasë les cornplimens sur la paix avec les Anglais, conclue k Paris, le 10 feTrier r^fiS , et tmbliéè le 9t juin de la même année. L^9 prâiminairci forent signet le 3 novembre 176a.
d'une &f orîle , qne la princetae des Ursins arrêta pendant plusieurs mois la conclusion de la paix? Cette femme a joué un rôle si singulier , ménae dans les affaires gënéimles , qu'il est à pref>os de la flaire connaître.
Anne-Marie de La Trémooille y veuve de Taleyran , prince de Qialais ) ëpottsa ensnite le duc de Bracciano^ de la maison des Ursias, dont elle resta encore veuve en 1698. Le duché de Bracciano ayant été vendu pour payer les dettes de la maison des Ursins y elle prit le nom de princesse des lirons.
Lorsqu'on fit la maison de la première femme de Philippe Y , fille du duc de Savoie , Victor Amédée , la princesse des Ursins fut nommée dame d'honneur de la reine , se rendit bientôt maitresse absolue de l'esprit du roi et de la reine ^ et rien ne se faisait en Espagne que par ses conseils. Quoiqu'elle e4t par elle-même le plus grand crédit , elle était encore appuyée par la France. La marquise de Maintenons ayant intérêt de prévenir favorablement Louis Xiy pour la princesse des Ursins , la lui peignait comme une Française aélée , dont il pouvait se servir pour gouverner lui«même son pelit<*fik. C'était le prétexte : le vrai motif de madame de Maintenim était d'être instruite par sa prot^ée de tous les secrets de la correspondance d'Espagne. Torcy , uniquement attaché à Louis XTV , ne s'était jamais asservi à communiquer ses dépêches k madame de Maintenon ; aussi ne l'ai* mait-ëlle point. Aucune femme régnante ne pardonne à un misistre de ne la pas préférer à son maître.
La princesse des Ursins , ivre de sa faveur y crut pouvoir tout se permettre. Elle intercepta une dépêche que l'abbe d'Estrées , ambassadeur de France à Madrid , écrivait au roi , et dans laquelle y en faisant un tableau delà, cour d'Espagne , il disait que la princesse des Ursins exerçait an empire despotique sur tout ce qui l'approchait , excepté sur un nommé Boutrot d'Aubigny^ sou intendant y par qui elle était subjuguée , et avec qui elle couchait. Il ajoutait, par égards , qu'on les. croyait mariés. La prin» cesse y ne se trouvant ofiensée que du dernier naot , eut Timpudence d'envoyer la lettre à Louis XIY , et d'écrire en marge : Pour mariée , non.
Un procédé si leste n'était ni dans les piœurs du rot , ni dans la pmderiede madame deMaintem^n, Le prince renvoya la lettre k son petit-fils , et en exigea de chasser madame des Ursins. L'a«tendant qu'elle avait sur Philippe céda , pour le moment , à la dévotion et à l'obéissance que Louis avait toujours inspirée k sa famille.
Là princesse des Ursins , éloignée de la cour d'Espagne 9 et rejetée de celle de France , resta quelque temps dans «ne espèce
A*tti\ à Toulouse. Madame de Maintenôn n'osa d'abord la diSfendre ; mais elle regrettait sa correspondttnce d'Espagne. Elle laissa donc refroidir ]q ressentiment du roi» fit valoir, par degrés, la douleur qu'avait causée au roi et à la reine d'Espagne le sacrifice de lenr favorite , l'utilité dont elle pouvait éttre à Madrid , les remords qu'elle avaitde sa conduite » el surtout d'avoir déplu au '^ roi ; de sorte que ce prince , croyant corriger quand il. punissait , consentit an retour de l'exilée , rappela l'abbé d'Estrées , qui ne pouvaitétre désormai&que désagréablement à Madrid ; et t pour l'en dédommager , on lui donna l'ordre du Saint-Esprit. C'est le premier exemple de cette grâce accordée à un ecclésiastique non prélat.
Le roi et la reine d'Espagne avaient un go&t sidécidé pour la princesse des Ursin», que son absence la leur avait rendue plus chëre. Elle reparut à Madrid avec plus d'éclat et d'autorité que jamais. Dan& un voyage qu'elle fit ans eaus de Bagnères , pour sa santé , eUe fut accompagnée par un détachement, de gardes dn corps. Elle continua son commerce avec d'Aubigny , mais avec plus de discrétion , parla crainte qu'elle avait de Lonis XIV , et surtout qu'on ne la soupçonnât d'Are mariée.
ly Aubigny , respectueux en pubKo pour sa maitresse., la traitait quelquefois en particulier avec l'empire qu'un amant trop inférieur , soit mépris , soit système , prend communément sur une femme d'nn biutt rang , «e qui ne contribue pas peu h la lui attacher.
Quelque brillante que fAt la rosîtion de la princesse d^ Ursins, elle ne la crut pas sûre. Elle s'était dé}àvue sacrifiée aux volontés de Loob XIV , elle pouvait l'être encore ; elle résolut donc de se faire un état indépendant , en se proci^rant une s<Miveffatneté , et )eta ses vue& sur la ville et le canton det la Roche , en Ardenne « Rupes jirdemue, à douce Jieuesde Luxembourg. Elle engagea le roi d'Espagne , qui ne savait rien lui refuser , à aire decet article nue des conditions dé Ja paix qui #e traitait à Utrecht. Pour rendre Louis XIV plus favorable à cette prétention , elle o^Rpait de sti» pnler dans 1^ traita la réversion , après sa mort , de la souveraineté de la Koche è la couronne de France. Elle avait un projet ultérieur qu'elle ne déclarait pa& encore , c'était de proposer dans la snîte an roi de la faire jouir des droite de souveraineté en Touratne , en échange de la Roche. Elle goûtait d'avance le platsir d'étaler sa gloire dans sa patrie , et doutait si peu de i'acceivtation du roi , qu'elle envoya d' Aubigny choisir près de Tours un canton agréable, un terrain pnqire â bâtir un château vaste et commode , et l'étendue nécessaire pour les jardins. D' Aubigny exécuta les ordres de la princesse de la manière la plus con-
forme à la destination du château. On était étonné de voir faire une si prodigieuse dépense pour un simple particulier , que Ton connaissait pour fils d'un procureur de Paris , et dans un lieu sans justice ni seigneurie , circonstances qui auraient paru assez indiffcrentes , si l'on n'eût su pour qui et pourquoi se faisait un tel établissement. Nous allons voir que la princesse des Ursins n'a jamais pu en jouir. Ce château , nommé Chanteloup , resta à d'Aubigny * pour prix de ses services. Il se maria après la mort de sa maitresse , et mourut en 1^33 , laissant une fille unique très-riche , qui épousa le marquis d'Armantières-Conilans (i). ' Les plénipotentiaires d'Espagne étant chargés par leurs instnic* tions d'appuyer la demandedelaprincesse des Ursins,elle crut qu'il était de sa dignité d'avoir à Utrecht une manière de ministre à elle: ce fut le baron de Câpres Boumonville, qui se fit assez mépriser par le contraste de sa naissance et de sa commission. Aucun des ministres ne voulut traiter avec lui, ni le reconnaître. Les dégoûts, les humiliations , qu'il affronta dans Utrecht , firent sa fortune en Espagne , et il se crut bien dédommagé. L'honneur qui se vend, si peu qu'on en donne , est toujours payé plus qu'il ne vaut.
Les recommandations de Philippe Y , et les sollicitations de la princesse des Ursins , furent inutiles. Louis XIV avait d'abord vu avec assez d'indifférence les prétentions de cette ambitieuse ; mais la marquise de Maintenon , réduite à voiler sa grandeur réelle , ne put digérer que sa protégée prétendit se faire ostensiblement souveraine , chercha les moyens de la perdre dans l'esprit du roi , et ne tarda pas à les trouver. Les plénipotentiaires d'Espagne sollicitaient vivement en faveur de madame des Ursins; mais ceux de Hollande ne voulurent absolument consentir à rien: la paix ne se concluait point. Louis XI Y , impatient d'en recevoir la nouvelle, apprit les motifs du retardement , en fiit indigné ; et madame de Maintenon approuvant fort la colère oii il était, il fit ordonner aux plénipotentiaires de son petit-fils, de signer sur-le-champ , sans quoi , ajouta-t-il , l'Espagne ne devait plus rien espérer de la France.
La princesse des Ursins , voyant échouer son projet de souveraineté personnelle, ne songea plus qu'à régner précairement k Madrid ; mais elle conçut bientôt de plus hautes espérances.
La reine d'Espagne , attaquée d'humeurs froides , languissait
depuis long-temps , et mourut le i4 février 17 17. Madame des
Ursins s'imagina qu'il ne serait pas impossible de lui succéder.
Voici sur quoi elle se fondait.
Philippe V f né avec un caractère doux et paresseux , élevé
vi) Cette terre, accrue de beaucoup d^autrcs possessions, Tient d^èue acbetû* par le duc de Choiseul, ministre de la guerre. /
DE LOUtS XIV, 37
dans la soumission à l'égard du duc de Bourgogne , son frëre aîné , à qui il était d'abord destiné à obéir , en avait contracté toutes les dispositions à se laisser conduire ; et madame des Ursins en faisait , depuis plusieurs années, l'eipérience par elle-même. Ce prince d*ailleurs , nourri dans la dévotion , avec une âme timorée , était partagé d'un tempérament brûlant , qui lui rendait une femme nécessaire. Il n'avait découché d'avec |a sienne, que cinq jours avant sa mort ; et quoiqu'elle fdt dans un état fort dégoûtant, il usa toujours des droits d'époux. Il avait plus de besoins que de sentimens ; car le jour même qu'on portait à l'Escurial le corps de la reine , il alla à la chasse ; et , en revenant à cheval , ayant aperçu de loin le convoi , il s'en approcha pour le voir passer.
Madame des Ursins était trop âgée pour avoir des enfans ; mais le roi avait trois fils qui paraissaient assurer la succession , et avec son ardeur et ses scrupules , il lui suiSIsait de trouver une femme , et qu'elle fût la sienne.
Pour resserrer de plus en plus l'intimité , madame des Ursins se fit nommer, ou se constitua elle-mémegouvernante des enfans, qui ne pouvaient pas être en meilleures mains pour leur conservation , que dans celles de la personne dont c'était le plus grand in* térêt. Elle tira le roi du palais oii la reine était morte ; et au lieu de le mener dans un autre ,ttel que Buenretiro , oii la cour pouvait être logée , elle le conduisit à l'hôtel de Medina-Cœli , afin que le peu de logement en écartât l'afHuence des courtisans. Il n'approchait du roi que trois ou quatre hommes pour Tamuser, sous le nom de recreadores , dont la princesse était sûre. Sonap» parlement n'était séparé de celui du roi que par une galerie découverte. Le prétexte de conduire les enfans che* leur père , autorisait assez, la gouvernante à traverser librement la galerie ; mais elle voulait voir le roi à d'autres heures ; et , pour ne pas avoir de témoins de son assiduité, elle donna ordre d'enclore de planches cette galerie. Il se trouva que l'ordre fut donné un samedi au soir. Les ouvriers faisant scrupule de travailler un dimanche , le contrôleur des bâtimens demanda au père Kobinet , jésuite français , confesseur du roi , si l'on pouvait travailler un tel jour. Le courtisan voulut d'abord éluder la question ; mais étant pressé de répondre , l'honnête homme prit le dessus ; Oui , dit brusquement le père Robinet , travailler le dimanche , même le four de Pâques , si c est pour détruire la galerie. La princesse des Ursins ayant donné les dispenses , la galerie fîit faite.
Des ce moment la cour ne douta point que le roi n'épousât madame des Ursins ; mais Robinet rompit absolument ce ma- • rlaee.
38 Rj?GNE
Le rof , aimant a s'entretenir des nonTelles de France avec son confesseur , lui demanda un jour ce qui se disait de nouveau h Paris : Sire , répondit Robinet , on y dit qat votre majesté va épouser madame des Ursin». Oh ! pour cela , non , dit le roi sèchement , et passa.
Madame des Ursins , instruite de ce dialogue court , mais intéressant , comprit qu'elle devait abandonner «on projet ; mais , ne pouvant monter sur le trône , elle songea du moins à y placer cçlle qui lui paraîtrait la moins propre à l'occuper , qui lui en eût l'obligation , et la laissAt régner. Elle jeta les yeux sur Elisabeth Famëse , nièce du duc de Parme (i). Elle imagina que cette princesse , renfermée dans le petit palais de Parme , n'ayant reçu aucune éducation relative à un grand Etat , devait ignorer toute espèce d'afiaires , et se trouverait trop heureuse , non-seulement d'un choix si inattendu, mais d'avoir, en arrivant dans une grande cour, une amie qui voulût bien la conduire. Elle confia ses desseins à l'abbé Jules Albéroni , agent du duc de Parme k Madrid , et lui demanda des éclaircissemens sur la princesse de Parme. L'abbé, qui vit dans l'instant la porte de la fortune ouverte devant lui , répondit suivant les désirs de celle qui l'interrogeait , et lui dit , vrai ou faux , tout ce qui pouvait la confirmer dans son projet.
Madame des Ursins , sûre de faire accepter par le roi quelque femme qu'elle eût proposée ,4ui en parla ; la fit agréer , et la demande en fut faite en forme. Pendant qne le mariage se traitait et presque au moment de la conclusion , madame des Ursins apprit que la princesse de Parme avait en effet un peu d'éducation , mais qu'elle avait beaucoup d'esprit naturel et du caractère. Ce n'étaient pas des qualités que madame des Ursins désirât dans son élève. Elle en fut alarmée , et dépécha un courrier pour suspendre tout. Il arriva à Parme le jour même , i6 août , que le mariage allait y être célébrépar le cardinal Gozzadini, légat à latere , en vertu de la procuration du roi d'Espagne , envoyée au duc de Parme , oncle de la princesse , pour représenter sa majesté catholique.
L'oncle et la nièce prirent sur-le-champ leur parti. On enferme le courrier ; on lui propose Talternative , ou de mourir à l'instant , on de recevoir une somme considérable , moyennant quoi il resterait caché jusqu'au lendemain , qu'il paraîtrait en public , comme ne faisant que d'arriver. Il est inutile de dire que le courrier ne balança pas sur le choix. Le mariage fut
(i) Elisabeth Fonièse, nce le a5. octobre 16^, était fille d^Odoard Farnèse et de Doroihffe Sophie, fille de IVlecteur palatin, Philippe Guillaume , de la branche de Neubourg. Cette même Dorothée Sophie, étant veuve, épousa François Farnèse^ duc de Parme, frère de son premier mari Odoard.
DE LOUIS XIY. 39
célébré , çt le courrier ne parut que le joar suivant. On en avait dépêché un autre dès la veille , avec une lettre , par laquelle la princesse mandait au rm d'Espagne , que le mariage avait été célébré , et qu'elle partait pour se rendre auprès de sa majesté. Elle partit en effet et s'embarqua à Sestri di Levant!; mais n'ajant pu supporter la mer , elle débarqua k Gènes , se rendit par terre à Antibes , et traversa une partie de la France , jusqu'à la frontière d'Espagne. Le roi lui fit rendre, sur la route et dans les lieux où elle séjourna , tons les honneurs qu'elle voulut recevoir. En arrivant à Pampelune, elle trouva Àlhéroni, et lui dit qu'elle était résolue de chasser madame des Ursins, dès le premier moment qu'elle la verrait. Albéroni lui représenta le danger de ce dessein , et ticfaa de Ut détourner par la crainte du roi , sur qui madame des Ursins avait le plus graiid empire. Pour réponse , la reine tira une letUie de sa poche , et la jettant sur une table : Lises , dit la reine , et vous ne seres plus si effrayé. Cette lettre était du roi d'E^agne , qui mandait à la reine de chasser madame des Ursins , et finissait par ces mots : Au moins , prenez bien garde à ne pas manquer votre coup tout d* abord $ car si eUe vous voit seuiemem deux hêtres , elle vous enchaU nera , et nous empêchera de coucher ensemble , comme avec la feue reine.
Albéroni n'eut plus rien à dire, et la reine contnma sa route , moins disposée à recevoir les premiers services de madame des Ursins , qu'à se venger du dernier outrage qu'elle avait été sur le point d'en éprouver.
Le roi , qui n'avait rien su du courrier de madame àes Ursins pour rompre le mariage , fut charmé d'apprendre qu'il allait bieutèt jouir d'une femme , et s'avança aurdeva^t d'elle , jusqu'à Guadalajara , à douze lieues de Madrid.
Quelles que fussent les raisons dont madame des Ursins prétendait se servir pour s'excuser auprès de la reme du contreordre sur le mariage , elle avait commencé par se faire nommer camarera^majror de cette nouvelle reine , comme elie l'était de •la précédente , et alla , pour lui faire sa cour , jusqu'à Qnadraqué , sept lieues plus en avant que le roi. S'étant présentée devant elle , on se retira pour les laisser en liberté ; un apoment après , on entendit parler fort haut : la retne aj^wla ses officiers, criant qu'on fit sortir cette fbUe qui lui manquait de re^ect. Madame des Ursins , toute interdite , demandait en quoi et quel était son crime. La reine , sans lui répondre , ordonna à Damezagua , heulénant des gardes du corps , commandant le détachement , de faire monter cette femme dans un carrosse avec deux officiers sûrs , de la faire partir sur-le-champ , et de ne la
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quitter qu*à Bayonne^ Damezagua voulut reprwnter qu'il n'appartenait qu^u roi de donner un pareil ordre. N'en avezvous pas un, lui dit fièrement la reine, de m obéir en tout ,. sans réserve et sans représentation ? Il Tavait en effet , sans, que personne en eût connaissance. Étonné que la reine en fût ins^ truite , il vit qu'il n'avait qu'à obéir.
Albéroni , exilé d'Espagne, et passant en Italie par la France,, coucha une nuit à Aix. Le marquis , depuis maréchal de Brancas , commandant à Àix , ayant ordre de ne lui rendre aucuns honneurs , se borna à lui envoyer faire compliment par un secrétaire. En même temps , un officier , nommé Lottier , qui avait été attaché au duc de Vendôme , et fort lié chez ce prince avec Albéroni , demanda au marquis de Brancas la permission d'aller voir cet ancien ami. Le marquis, loin de la lui refuser, y applaudit, et engagea Lottier à faire parler le cardinal. Celui-rci les retint tous deux à souper , et dans la conversation raconta ce que je viens de rapporter ; et je le tiens du maréchal de Brancas , à qui son secrétaire et Lottier en rendirent compte. dès le soir même* ,
Madame des XJrsins fut donc mise dans un carrosse , avec une femme de chambre et deux officiers des gardes, sans autre habit ni linge que ce qu'elle avait sur le corps , et partit à huit heures du soir par un froid très^vif , le 23 décembre 1714*
Le jour suivant , la reine arriva l'après-midi à Guadalajara. Le roi vint lui présenter la main à la descente du carrosse ; la conduisit à la chapelle oii ils furent mariés ; de là , dans une chambre oii ils se mirent au lit , et ils ne se levèrent que pour aller à la messe de minuit.
Le roi , qui permit à Lanti et à Chalais , neveux de la princesse des Ursins , d'aller la joindre , les chargea d'une lettre par laquelle il lui témoignait qu'il était louché de son sort ; mais qu'il n'avait pu résister à la volonté de la reine, et qu'il lui conservait ses pensions.
La reine ne changea rien ù sa maison , toute composée de créatures de madame des Ursins. On était bien sûr qu'il ne lui en resterait point après sa chute. Cette reine , si ignorante , disait-on, de l'esprit des cours , n'en douta pas un instant.
Cependant madame des Ursins avait marché toute la nuit. Un profond silence régnait dans le carrosse ; elle ne pouvait âe persuader ce qui lui arrivait, et ne doutait point que le roi, indigné d'un })areil traitement , ne Ht courir après elle. Son illusion dora jusqu'à l'arrivée de ses neveux , qui la joignirent en chemin, et lui remirent la lettre du roi. Elle ne laissa échapper ni soupir, ni plaitite, en la lisant y et ne donna pas la moindre marque de
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faiblesse. Ses conducteurs, accoutumés à la respecter et la craindre , étaient aussi frappés qu'elle de cet événement , et la quittèrent à St. -Jean-de»Luz , oii elle n'arriva que le i4 j^xi" vier 1715. Quand elle fut libre de son escorte , ses neveux lui apprirent que le soir même de sa disgrâce , la reine avait écrit au roi , qu'il avait paru ému à la lecture de la lettre , mais n'avait donné aucun ordre.
Madame des Ursins , n'espérant plus rien de l'flspagne , et se flattant de quelque ressource en France , y dirigea sa marche. Arrivée à Bayonne, elle enToya faire des complimens à la reine douairière d'Espagne , Marie- Anne de Neubourg , qui les rejeta , et ne' trouva d'asile à Paris que chez le duc de Noirmoutier, son frère , oit beaucoup de gens vinrent la voir , moins par intérêt que par curiosité. Pour achever ce qui concerne cette favorite , j'ajouterai qu'elle obtint enfin une audience du roi chez madame de MaÎDtenon , et qu'elle n'eut pas lieu d'en être satisfaite. Peu de jouri après elle essuya un dogodt des plus marqués. La reine d'Elspagne, prévoyant la régence du duc d'Orléans , et de quelle importance serait l'union entre les deux monarchies , détrompa * le roi d'Espagne sur ce prince. Flote et Renaud , qui étaient toujours prisonniers , furent mis en liberté et déclarés innocens. Philippe V manda au roi , qu'ayant reconnu l'iu justice des accusations contre le duc d'Orléans , il avait le plus grand désir de se réconcilier avec lui. Le duc d'Orléans écrivit là*dessus, de concert avec le roi , à Philippe V , dont il reçut la réponse la plus obligeante. Comme madame des Ursins avait été le principal auteur de cette affaire , le duc d'Orléans crut qu'il était de son honneur de lui faire sentir son mépris , et lui fit défendre par le roi de se trouver en aucun lieu où lui et toute sa famille pouvaient se rencontrer. Elle vit qu'il fallait penser à une retraite , et aurait choisi la Hollande ; mais \e% états-généraux la refusèrent.
Quinze jours avant la mort du roi, craignant de se trouver à la discrétion du duc d'Orléans , elle partit, <:herchant partout un asile, passa à Chambéri , à Gênes , et s'arrêta enfin à Rome. ^^^ pensions de France et d'Espagne lui furent toujours exactement payées parles ordres de Philippe V et du duc d'Orléans. Le goût de la cour est si adhérent dans le cœur de ceux qui l'ont suivie long-temps , qu'ils ne peuvent vivre que là , dussent-ils y ramper. Madame des Ursins , ne pouvant jouir de la réalité , s'en consola par l'image. Elle s'attacha à la maison du prétendant , Jacques III , dont elle faisait les honneurs et professait l'étiquette. Elle mourut le 5 décembre 1722, à quatre-vingts ans passés.
Il est k propos que je rapproche encore quelques faits qui ont concouru arec ceux que je viens de rapportei^.
Lorsque madame des Ursins prit , après la mort de la première reine, tant de précautions pour dérober ses desseins aux yeux du public , en retenant le roi dans une retraite inaccessible , elle attira plus que jamais l'attention de la cour sur ses desseins , et le mystère en fît la publicité. Personne ne douta qu'elle ne tendit et ne réussit à épouser le roi. Le marquis de Brancas, ambassadeur de France en E^gne , en fut persuadé. Il était de son devoir d'en instruire son maître ; mais sachant y par l'exemple de l'abbé d'Estrées , que la poste ni les courriers n'étaient pas une voie sûre , il demanda un congé à LouisXIY » pour affaires importantes , l'obtint , et disposa tout peur son départ.
Madame des Ursins , soupçonnant qu'elle était l'objet de ce voyage , fit partir la veille le cardinal del Giudice (t) , pour aller à la cour de France prévenir et détruire tout ce que Brancas pourrait dire , en demander le rappel , et faire agréer au roi un mariage dont il n'était encore instruit que par les nouvelles publiques. L'agrément d'une pareille alliance n'était pas facile k obtenir. La princesse de Parme , lorsqu'elle fut destinée au roi d'Espagne , était déjà promise au duc de La Mirandole , qui tenait à honneur la grandesse et la place de grand écuyer. Les articles allaient être signés avec le domestique y quand on les dressa pour le maître.
Telles étaient les instructions du cardinal en partant de Madrid . Le marquis de Brancas pénétra le motif de ce départ précipité. <^uoiqu'il ne pAt le suivre que le lendemain , il fit tant de diligence qu'il l'atteignit à Bayonne , où , le trouvant couché , il passa outre, emmena tons les chevaux de poste en poste, arriva k la cour deux jours avant le cardinal , et eut le temps d'apprendre au roi l'état de l'Espagne.
Quoique Louis XIY fût fort mécontent du mariage de son petit-fils , il jugea cependant les choses trop avancées pour s'y opposer, et se contenta d'en recevoir froidement la proposition, sans donner ni refuser son agrément ; mais cette affaire acheva de perdre dans son esprit madame des Ursins. Elle s'aperçut
(i) Le canlinal del GinHicc , grand înifnîsîteur d^Espagne , était frère do duc GtoTenasxo, conseiller d*cut, cVit-.Wire niinisCre, crée grand de la iroisiéiDc clasae, pour trois gcncTations. Leur père, ne à G^nes, était Tenu sVtabiir k Naples , oii il avait l'ait une fortune immenie dans le commerce. Le fils du duc de Giovcnazzo, et neveu du cardinal dcl Giudice , fut le prince <le Cellamarc^ auibascadcur en France, dont il sera .question pendant la rrgencc.
bientôt qu'elle était mal à la cour de France ; mais au lieu d^en accuser $a propre conduite , elle s'en prit au peu d'habileté , ou même à la mauvaise volonté du cardinal^. Elle en fut d'autant plus persuadée qu'il réussit personnellement k noire cour. Il avait d'ailleurs à celle d'Espagne un crédit qui , sans balancer celui de madame des Ursins , en était indépendant. Ce» sortes de sultanes veulent qu'on n*eziste que par elles et pour elles. Elle lui tendit un piège où il tomba forcément.
Tout le monde sait que le pape Clément XI , après avoir re* connu Philippe V pour roi d'Espagne , reconnut ensuite l'archiduc Charles dans le moment qu'il vit les troupes autrichiennes sur les terres de l'église. La crainte est le principe et le ressort de la politique romaine, depuis que la raison a éteint les foudres du Vatican.
Macannas , jurisconsulte espagnol , fiscal on procureur général du conseil de Castille y fut chargé par le ministère d'examiner de quel poids était dans l'affaire présente , le parti ponr ou contre que* prenait le pape. Macannas fit un ouvrage plein d'érudition , fort de principes, et terrible dans les conséquences contre la cour de Rome. Depuis Luther et Calvin , personne ne l'avait attaquée si fortement. Cet adversaire était même plus dangereux que des hérésiarques, parce qu'en discotant le temporel, il re^^ctait et professait tous les dogmes. Il réduisit enfin les pré* tentions de la cour de Rome à leur juste valeur , c'est-à*^ire à peu de chose.
L'ouvrage de Macannas fut approuvé du roi et du conseil ; mais , par ménagement pour Rome , on en avait suspendu la publication. Madame des Ursins le fit répandre pour embarrasser le cardinal del Giudice , et le mettre dans la nécessité de se per« dre , comme ministre , avec les cours de France et d'Espagne , ou comme grand inquisiteur avec celle de Rome.
Le cardinal aurait bien désiré garder la neutralité ; cela ne lui fut pas possible. Le nonce et l'inquisition d'Espagne jetèrent les hauts cris, écrivirent au grand inquisiteur, le forcèrent de se montrer sur la scène , et de donner un mandement contre Macannas et son livre. Un mandement d'inquisiteur , daté de Marfy et affiché dans Paris , y parut une chose fort bitarre. C'était contre un Espagnol; mais cet Espagnol soutenait des maximes françaises , et qui devraient être de tout pays.
D'un autre côté, le roi d'Espagne, encouragé par madame des Ursins , protégea Macannas ; le cardinal fut rappelé de France , et reçut en chemin l'ordre de ne pas rentrer dans Madrid.
Les choses en étaient là , lorsque tout changea de face par la
disgrâce de maddme des Ursins. La nouvelle reine , voulant détruire tout ce qu'avait fait cette favorite , fit rappeler le cardinal del Giudice , qui fut chargé du minislëre.
La cabale italienne commença à se former à la cour. La reine le cardinal et Albéroni en étaient le point de réunion. Les grands et tous ceux qui avaient le cœur espagnol , formaient le parti contraire , et la domesticité intime du roi , presque toute composée de Français, influait dans les affaires, et se faisait considérer. Les Français , vivant bien avec les Espagnols , devinrent suspects à la reine. Le plus considérable d'entre eux était le père Robinet j jésuite, qui avait succédé dans la place de confesseur au père d'Aubenton , que madame des Ursins avait fait renvoyer, pour avoir quelquefois lutté de crédit contre elle. (Quoique Robinet fût le parfait contraste de d'Aubenton , son poste seul lui donnait une autorité qu'il n'ambitionnait point , et sa vertu lui procura bientôt tout ce que son prédécesseur tenait de l'intrigue. Madame des Ursins eut sujet de s'apercevoir qu'elle n'avait pas autant gagné au change que le roi et l'Espagne.
Jamais confesseur ne convint mieux à sa place , et n'y fut moins attaché que le père Robinet. Plein de vertus et de lumières, pénétré des plus saines maximes, zélé Français, également passionné pour, l'honneur de l'Espagne , sa seconde patrie ; ce fut lui qui conseilla au roi de réformer la nonciature , lorsque le pape reconnut l'archiduc pour roi d'Espagne. Une action juste et raisonnable causa sa disgrâce.
L'archevêché de Tolède, valant neuf cent mille livres de rente, était vacant ; le cardinal del Giudice le fit demander au roi par la reine. Le. prince, avant de se déterminer , voulut consulter son confesseur. Celui-ci fut d'un avis tout différent , et représenta que le cardinal , ayant déjà toute la fortune convenable à sa dignité , il fallait répartir les grâces , dont la masse est toujours inférieure à celle des demandes et souvent des besoins. Il proposa pour Tolède , Valero Leza , Espagnol , préférable à un étranger, et dont le choix serait applaudi par toute la nation. Ce Valero, étant curé de campagne , avait rendu les plus grands services à Philippe V , dans le temps que la couronne était encore flottante sur sa tête. Le roi lui avait donné l'évéché de Badajoz. Il fut évêque comme il avait été curé, ne voyant dans •cette dignité que des devoirs de plus à remplir, et ne paraissant jamais à la cour. Il est vrai que la résidence n'est pas un mérite si rare en Espagne qu'en France , ou le roi aurait toujours la commodité d'assembler sur-le-champ à Paris un concile national. Robinet fit sentir au roi que les Espagnols , à la valeur , à l'amour , à la constance desquels il devait sa (Couronne , se croiraient
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tous récompensés dans la personne d*un compatriote tel que Valero, et que c'était enfin répandre sur les pauvres le revenu de l'archevêché de Tolède , par les mains d'un prélat qui n'en savait pas faire un autre usage. Le roi le nomma (mars 1 7 1 5) .
La reine et son ministre furent outrés de la victoire de Robinet. Les suites les e£frayërent. Ils se liguèrent contre une vertu si dangereuse, et à force de séductions et d'intrigues, ils parvinrent à faire renvoyer de la cour un homme qui ne demandait qu'à s'en éloigner.
Robinet, emportant avec lui , pour tout bien, l'estime et les regrets de l'Espagne, se retira dans la maison des jésuites de Strasbourg , oh il vécut et mourut tranquille , après avoir plus édifié sa société qu'il né l'avait servie.
L'exil de Macannas avait précédé la retraite de Robinet, et le roi , en l'exilant , lui donna une pension considérable. L'impulsion à laquelle ce prince obéissait n'altérait point son jugement s vrai caractère de la faiblesse.
Il ne suffisait pas d'avoir privé le roi de son confesseur , il fallait le remplacer. Il ne pouvait pas plus s'en passer que de femme, quoiqu'une femme lui fût encore plus nécessaire qu'un confesseur. L'une était pour ses besoins , l'autre pour ses scrupules.
La reine ne crut pas mieux faire que de rappeler d'Aubenton , que madame des Ui'sins avait chassé. C'était d'abord un mérite auprès de la reine ; et d'ailleurs ce jésuite ayant déjà éprouvé que sa place n'était pas inattaquable , en serait plus souple. Elle en jugea bien pour elle, et l'Espagne s'en trouva plus mal. D'Aubenton était un de ces hommes que la société n'abandonne pas dans la disgrâce , qui sont quelquefois dans le cas d'être noyés , mais qui surnagent enfin : elle ne s'y trompe guère. L'interrègne de d'Aubenton n'avait pas été oisif. En sortant d'Espagne , il avait passé à Rome , 011 il fut fait assistant du général , et employa son loisir à fabriquer la famense bulle Unjgenitus, dont il sera grandement question.
Quoique ces mémoires regardent particulièrement la France , ses relations avec les différentes puissances m'obligent de parler des autres cours , pour l'intelligence de ce qui se passait à la nôtre.
Depuis que la paix était signée , les peuples commençaient à respirer, plus soutenus par l'espérance de l'avenir que par leur situation présente ; mais le roi , aussi humilié par les conditions de la paix que parles malheurs de la guerre, avait encore l'âme flétrie de ses disgrâces domestiques. Le duc de Berri mourut an milieu des réjouissances de la paix, le 4 mai 17 14- ^® toute la
famille royale, il ne restait qu'un faible rejeton , qu'on n'espé* rait pas de conserver ; les princes du sang éloignés de la tige directe . étaient en petit nombre. Le roi se laissa persuader qu'il y pouvait suppléer par des princes adoptifs. Il avait deux fils naturels, lé duc du Maine , et le comte de Tonlouse. Le premier avait épousé une princesse du sang , de la brancbe des Bourbon-^ Coudé , dont il avait deux fils.
Par un édit enregistré au parlement le 2 aoAt 1714 > le roi appela à la couronne les princes légitimés et leurs descendans , au défaut des princes du sang ; et par une déclaration du a3 mai de Tannée suivante 1715 , le roi , en confirmant son édit , rendit l'état des princes légitimés égal en tout à celui des princes du sang. Quelque opinion qu'il eût de sa puissance , il sentit si bien à quel degré il élevait des enfans naturels , qu'il leur dit- : Je viens défaire pour vous ce que J'ai pu; c'est à vous à T affermir par votre mérite.
Ce ne fut que par degrés que ces princes parvinrent 4 une telle élévation. Louis XIV pensait bien différemment , lorsqu'aux premières propositions de marier le duc du Maine , il répondit : Ces enfans^là ne sont pas faits pour se marier. Étant devenu dévot, il en accorda enfin la permission par principe de conscience.
Le premier pas , déjà assex difficile , avait été de fiedre légitimer des enlans , sans nommer la mère , la marquise de Montespan , dont le mari vivait. Le procureur général Harlai , bomme à moyens, y pourvut; ce qui lui mérita ou lui valut dans la suite la place de premier président. Il imagina l'essai du chevalier de l^ngueville (1), qu'on fit légitimer le 7 septembre 1672. Sur cet exemple , le duc du Maine fut légitimé le 20 décembre 1678. Le comte de Toulouse et les enfans naturels du roi le furent successivement, et, en 1680, des lettres-patentes donnèrent à ces enfans le droit de se succéder les uns aux autres , suivant Tordre des successions légitimes.
Les distinctions suivirent bientôt. Le duc du Maine fut fait chevalier du Saint-Esprit à seize ans , et commanda la cavalerie dès sa première campagne , honneur qui ne s'accorde aux princes du sang qu'après en avoir servi au moins une à la tête de leurs
11 ëuit fils naturel de Charles-Paris d^Orleans, duc de Longuerille , tue au passage du Rbm , le 11 juin 167a, et de la maréchale de La Ferlé, dont le mari Tirait. La maréchale de La Ferle' et la duchesse d'Olonne , sa foeor , éuieni d'Angennes; ce furent elles qui , après la rie la plut libertine , imaginèrent, dans leur vieillcfse, de faire jeûner leurs gens. Ce cheralier de Longuerille fut tué au siège de Phili^boarg, en 168^, et la maison de Longoerillc totalcmeni éteinte , en 16^ > en la personne de Tabbé de Longueville, jnortibu.
régimens. Le comte de Toulouse fut chevalier du Saint-Esprit avant quinze ans.
En 1694 9 une déclaration du roi donna aux légitimés le rang intermédiaire entre les princes du sang et au-dessus de tous les ducs et pairs. Pour préparer cette gi^ce , on fit revivre « par un arrêt , en faveur du duc de Vendre y le rang que Henri IV avait donné , en i6to, à César de VendAme , son fils naturel, et aïeul de celui à qui Louis XIV le rendait ; mais il ne prit séance qu'après les nouveaux légitimés.
Pour ne pas choquer les princes du sang , et que leur traitement et celui des légitimés ne fût pas en tout le même, il fut ordonné que ceux-ci, en allant se placer, ne traverseraient point le parquet (i) comme les premiers ; que le premier président , en leur demandant leur voix , les nommerait du nom de leur pairie , au lieu qu'il ne nomme point les princes du sang ; que cependant,le premier président les saluerait dvt honnet , ce qu'il ne fait pas pour les pairs ; qu'ils prêteraient serment, ce qnene^font pas les princes ; et que leurs descendans miles , ayant des pairies , entreraient au parlement à vingt ans. Les princes du sang' y entrent k quinze ans commencés (a) , et les pairs à vingt-cinq ans faits. On régla quelques autres articles de cérémonial ou d'étiquette tres-importans pour ceux que cela regarde , et fort peu intéressans pour d'autres.
En 17 10 , le roi fit inscrire sur les registres du grand-mattre , qne les fib du dnc du Maine auraient , comme petits^fils de sa majesté , les rangs , honneurs et trailemens dont jouissait leur père.
Le roi faisait de temps en temps quelques actes qui annonçaient et préparaient la grandeur ou il voulait élever ses fils naturels. A la mort de la veuve du duc de Vemeuil , bâtard de Henri IV, il pnt le deuil pour quinze jours «(3). La duchesse
(1) L%otiiieur do traverser le parquet an parlement, en allant se placer , ctait anciennement réaen'é an premier prince du sang. Le duc d^Enghien , qui fut depuis le grand Gondë , le trarcrsa un jour k la suite de son pérc , qnt Tonlnt Pen diStonmcr. AUez votre train, dit le fils, nous verrons gui osera m'en empêcher.
Le salut du bonnet, que le premier président refuse t^ux ducs et pairs , et qu^U accorde aux présideas k mortier , est encore une de ces graves bagatelles qui ont occasionë bien des discussions, du schisme entre les pairs et les magistrats, «t qui ne toudient que les parties intéressées.
(9) Les princes du sang peuvent à tout âge, même dans l'enfance, soivre le roi à un lit de justice. Gaston, fi-ère de Louis XIII , se trouva, à six ans, au lit de justice du 3 octobre 1614 j Louis de Bourbon , comte de Soissons , âgé de dix ans, k celui dn it mai i6q4) Philippe de France, frère de Lonis XIV, ftgé de près de onse ans , k ceini dn 16 septembre i65r.
(3) Elle était fille do chauc^r Ségoier , venve en premières noces da dnc de Sullj.
d'AngouIéme , veuve d'un bùlard de Charles iX, né participa k aucuns de ces honneurs, apparemment parce que son mari n'était pas un Bourbon. Elle vécut long-temps dans le courent de Ste.--£li$abeth , d'une pension de deux nlille livres ; le malheur des temps en ayant suspendu le^ paiement, elle serait morte de misère , si une vieille demoiselle de ses amies ne l'eût retirée chez elle dans une campagne. Sa vertu , et peut-être la dignité de son maintien, la faisaient estimer et considérer du roi, à qui elle faisait quelquefois sa cour. C'était à peu près tout ce qu'elle en retirait (i). Ainsi , grandeur de misère est voisine.
On n'omettait rien pour préparer le public à l'élévation des légitimés. Le père Daniel , jésuite , fut chargé et eut soin d'appuyer dans son Histoire de France sur les grands établissemens des bâtards de nos rois. Sitôt que l'ouvrage parut , le roi en parla avec éloge, en recommanda la lecture ; il fallait le lire ou l'avoir lu. Daniel en eut le brevet d'historiographe de France avec une pension. J'espère que ces mémoires ne me feront pas regarder comme historien à gages , quoique je sois conient des miens.
Les princes du sang s'étaient peu inquiétés du rang intermédiaire donné aux légitimés ; ils étaient même assez contens de voir un ordre entre eux et les ducs; mais ils furent révoltés de l'assimilation. Les ducs et pairs , outrés du rang intermédiaire , se consolaient un peu par l'humiliation des princes du sang ; ne doutant point qu'après la mort du roi , ces princes n'attaquassent les légitimés , et que la destruction d'une partie n'entrainAl celle de l'autre. Les magistrats jugeaient l'édit contraire à nos lois et à nos mœurs ; et ceux des citoyens à qui le choix des maîtres est indifférent, parce qu'ils n'y gagnent ni n'y perdent, n'y prirent aucun intérêt.
Le comte de Toulouse , homme sage et sensé , répondit aux complimenteurs que cela était fort beau, pourvu que cela pût durer , et lui donner un ami de plus. Valincourt , de TAcadémie Française , et particulièrement attaché à ce prince , lui dit pour tout compliment : Monseigneur, voilà une couronne de roses que je crains qui ne devienne une couronne d* épines , quand lesJUurs en seront tombées.
Madame de Mainlenon , premier mobile de cette affaire, s^était servie, pour la conduire, du chancelier Voisin qu'elle avait fait succéder à Pontchartrain. La retraite volontaire de celui-ci dans cette circonstance , faisait penser qu'il n'avait pas voulu être l'instrument d'un tel ouvrage (2}. Voisin , moins
, (i) EUle se nommait Françoise de Nargonae , sœur d^un page de son mari« Elle mourut en 1713 , cent quarante ans après la mort de son beau*père.
(a) L^édit qui appelle les Icgi limés à la couronne, fut enregistra le 2 août, «t le chancelier Pontchartrain &Vtait retire en juillet.
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instruit et des là plus hardi , se prêta volontiers k tout ; madame de Maintenon lui fit aussi conserver la place de secrétaire d'état afin de l'employer à plus d'une œuvre. Elle avait grand soin de ne laisser approcher du roi que ceux qui , par une intrépide adulation, l'affermissaient dans l'opinion oii il était, de concentrer en lui seul l'état constitutif de la monarchie.
Cependant, comme le roi laissait entrevoir des doutes sur le succès de sa volonté dans l'avenir , on résolut d'en tirer parti , en lui faisant donner à ses fils une telle puissance , qu'ils pussent se soutenir par eux-mêmes. Ils étaient déjà en possession des plus grands gouvememens , du commandement des Suisses , des carabiniers, de l'artillerie et de l'amirauté. Il ne fallait plus que prévenir les dangers de la régence d'un prince, qui, fortifié de son nom seul, pourrait s'emparer de la puissance absolue, et faire perdre aux enfans naturels tout ce qu'ils avaient obtenu de l'amour de leur père. Madame de Maintenon craignait d'ailleurs de tomber dans la dépendance d'un prince qui n'éuit pas content d'elle.
On ranima les bruits que la mort des princes avait fait naître contre le duc d'Orléans. On persuada au roi qu'il serait également dangereux et injuste de laisser l'unique rejeton de la famille royale à la merci d'un prince, qui, depuis les renonciations, ne verrait entre le trône et lui qu'un enfant dont il tiendrait la vie entre ses mains. On ajouta qu'il était de sa religion de prendre , par un testament, toutes les précautions possibles contre un ambitieux sans scrupule et sans remords , dont il fallait prévenir ou enchaîner le pouvoir.
Le mot de testament était cruel à l'oreille d'un roi toujours traite en immortel ; mais l'idée de régner encore après sa mort en adoucissait l'image. L'assiduité que le travail de Voisin Jui donnait auprès du roi , le mettait à portée de saisir les momens favorables, et d'en avertir les intéressés. Ce fut lui qui écrivit de^ sa main le testament que le roi signa le 2 août , le jour même que l'édit qui rendait les légitimés habiles à succéder à la couronne, fut enregistré au parlement. On ignora absolument pendant plus de trois ans ce qui s'était passé à ce sujet ; mais les domestiques intimes et mesdames de Caylus, d'O, de Dangeau et de Lévi , qui formaient la société habituelle du roi et de madame de Maintenon, remarquaient depuis quelque temps dans ce prince une inquiétude , une inégalité d'humeur , un air sombre qui décelaient une agitation intérieure, dont madame de Maintenon feignait d'ignorer la cause.
Le roi sortit enfin de cette situation, et s'adressant au duc du Maine en présence du service domestique : Quelque chose qua
5o REGNE
je fasse et que vous soyez de mon vivant, vous pouvez rCêtre rien après ma mort; c'est à vous défaire valoir ce que j'ai fait. Deiyc jours après, la reine d'Angleterre se trouvant avec le roi , voulut le louer sur son attention à pourvoir par un testament au gouvernement du royaume. Je l'ai fait , lui dit-il; du reste, il en sera peut^tre de ce testament comme de celui de mon père : tant que nous sommes, nous pouvons ce que nous voulons, et après notre mort , moins que les particuliers.
Le jour suivant , le premier président et le procureur général ayant été mandés au lever du roi , le suivirent seuls dans son cabinet , oii ce prince leur mettant en main un paquet cacheté , leur dit : Messieurs, voilà mon testament. Qui que ce soit (i) que moi ne sait ce qu'il contient. Je vous le remets pour le déposer au parlement, à qui je ne puis donner une plus grande preuve de mon estime et de ma confiance. L'exemple du testament du roi mon père ne me laisse pas ignorer ce que celui-ci pourra devenir. Ces deux magistrats furent aussi frappés du ton que des paroles qu'ils venaient d'entendre.
L'édit du roi portant que soit testament serait déposé au greffe du parlement , pour n'être ouvert qu'après sa mort , fut enregistré le 3o août. Par ce testament , Louis XIV établissait un conseil de régence dont le duc d'Orléans devait être le chef, et la personne du jeune roi était mise sous la tutelle et garde du conseil de régence. Le testament fut mis dans un trou creusé dans répaisseur du mur d'une tour du palais y sous une grille de fer et une porte fermée de trois serrures.
Le discours adressé aux deux magistrats , le propos tenu à la reine d'Angleterre , et dont elle fit part au duc et à la duchesse de Lauzun , l'apostrophe faite au duc du Maine en présence de témoins, ne laissait pas douter au duc d'Orléans que le testament ne fût contre ses intérêts. II se tint dans le silence , et sentit dès lors qu'on pourrait attaquer un testament que le testateur même jugeait attaquable.
Ayant assez fait connaître combien les bruits semés contre le duc d'Orléans étaient calomnieux , j'oserai soutenir que le testament n'en était ni moins sage , ni moins régulier. Quelque mal fondée que fût l'opinion qu'on avait du caractère du duc d'Orléans , elle était presque générale. Il n'était donc pas prudent de le rendre maître absolu de l'état et de la personne du jeune roi , d'en confier la garde à celui qui avait le moins d'in-
(0 Le chancelier Voisin le Bavait, paîsqn^l arait écrit le testament; madame de Maintenon ne derait pas rîgnorer ; et le duc du Maine en était rraisemblablement instruit par elle. Voye», qaant aux dispositions , le test^* ment et le codicile imprimes.
DE LOUIS XIV. 5i
térêt à la conservation de cet enfant. La proximité c(u sang ne ^onne pas d'ailleurs un droit décidé à la régence. Charles Y , dit le Sage , par un testament de 1874 9 avait préféré à ses trois frères , pour le gouvernement du royaume , son beau-frëre le duc de Bourbon. Apres la mort de Charles Y , les arbitres que les quatre oncles de Charles YI choisirent pour régler leurs prétentions , déférèrent à la vérité la régence auduc d'Anjou , l'aîné; mais ils remirent l'éducation et la surintendance de la maison du jeune roi aux ducs de Bourgogne et de Bourbon , les plus éloignés de la couronne.
Louis XI confia le gouvernement de la personne de Chai^ ]es YIII 9 son fils , et la principale administration du royaume à la dame de Beaujeu , sœur atnée de Charles , préférablement au duc d'Orléans , qui fut depuis Louis XIL Les états généraux confirmèrent cette disposition ; et comme, Charles YIII étant dans sa quatorzième année, il ne pouvait y avoir de régent , les états nommèrent au roi un conseil de dix personnes. Je ne m'étendrai pas davantage sur les exemples ; mais j'en conclurai que le testament de Louis XIY pouvait trës-bieu' se soutenir , si le duc du Maine eût eu l'âme d'un comte de Dunois , et que le parlement n'edt pas été flatté de faire un régent , comme il avait déjà fait les deux dernières régences , les trois seules dont il ait décidé ; ce qui ne contribua pas peu à l'initier dans l'administration de l'État vers laquelle il marche le mieux qu'il peut.
Pendant que le roi s'occupait d'assurer la tranquillité du royaume , il eut la douleur d'apprendre la mort de la reine Anne , pour qui il avait de l'amitié , de la reconnaissance , et k qui il en devait. Cette perte lui aurait encore été plus sensible, si elle fût arrivée avant la conclusion de la paix , qui peut-être ne se serait pas faite. L'électeur d'Hanovre , Georges l" y monta sur le trône d'Angleterre , et le gouvernement changea absolument.
Le nouveau ministère poursuivit à outrance tout le conseil de la feue reine. Le duc d'Ormond , qui avait succédé à Marlborough dans le commandement des troupes , se réfugia en France. Le grand trésorier Horley , comte d'Oxford , fut cite au parlement, et près de perdre la tête. Bolinbroke, qui avait eu plus de part que personne à la paix , ne sauva sa vie qu'en passant en France , ou je l'ai fort connu. Dans plusieurs séjours que j'ai faits à sa campagne , j'ai appris de lui , sur le gouvernement anglais , des détails assez intéressans que j'aurai peut-être occasion de rapporter.
Le lord Stairs vint , en qualité d'ambassadeur , relever en France le lord Schewsbury. Stairs était un Écossais de beaucoup
d'esprit , instruit , aimable dans la société particulière , et trèsavantageux en traitant avec nos ministres ; audacieux jusque dans son maintien , par caractère et par principe , il paraissait s'en être fait un système de conduite. Il essaya noiéme d'être insolent avec le roi. Dans une audience particulière qu'il eut de ce prince , il lui parla avec peu de retenue sur les travaux qui se faisaient à Mardick , et qui pouvaient , disait-on , suppléer au port de Dunkerque. Le roi l'écouta tranquillement , et pour toute réponse , lui dit : Monsieur V ambassadeur, fai toujours été maître chez moi, quelquefois chez 'les autres; ne m'en faites pas souvenir. Ce fut ainsi qu'il le congédia. Stâirs le raconta à plusieurs personnes , entr'autres au maréchal de Noailles; et ajouta : J'avoue que la vieille machine m'a imposé.
Le roi refusa depuis de lui donner audience , et le renvoya pour les affaires au marquis de Torcy , dont Stairs reçut une leçon assez vive. Croyant pouvoir abuser du caractère doux et poli du ministre , il s'échappa un jour devant lui en propos sur le roi. Torcy lui dit froidement : Monsieur F ambassadeur , tant que vos insolences nont regardé que moi, je les ai passées pour le bien de la paix ; mais si jamais, en me parlant , vous vous écartez du respect qui est dd au roi, je voUs ferai jeter par les fenêtres, Stairs se tut, et de ce moment fut plus réservé.
Les dernières années de la vie du roi étaient aussi tristes que les premières avaient été brillantes. La mort du duc et surtout de la duchesse de Bourgogne, faisait un vide affreux dans 9a vie privée ; cette princesse en était tout l'agrément. Madame^ de Maintenon , aussi blasée pour lui qu'il l'était pour elle , cherchait inutilement à lui procurer quelques dissipations par des con-> certs, des prologues d'opéra pleins de ses louanges, par des scènes de comédie , que des musiciens et les domestiques de l'intérieur jouaient dans sa chambre. L*ennui surnageait ; ce .qui faisait dire à madame de Maintenon : Quel supplice d'avoir à amuser un homme qui nest plus amusable !
Au défaut d'amusemens , le confesseur lui donna l'occupation d'une guerre de religion par le projet de la constitution Lnige^ nitus , que si peu de gens attaquent ou défendent de bonne foi. On a tant écrit sur cette matière si ennuyeuse de sa nature , que je n'en parlerai que pour développer quelques uns des ressorts peu connus , qui auront un rapport direct à l'état , ou qui contribueront à faire connaître l'esprit de la cour. La constitution , digne tout au plus d'exercer des écoles oisives , est devenue une affaire d'état , qui l'agite depuis un demi-siècle, et qui, ayant commencé par l'intrigue , continué par le fanatisme 9 aurait dû depuis long-temps avoir fini par le mépris.
De tout temps la théologie s'est alliée avec la philosophie ré* ^paante. Les premiers chrétiens instruits étaient platoniciens. Le péripatétisme a été long^temps, en Sorbonne, aussi respecté que la théologie. Si depms la révolution que Descartes a commencée f les tiiéologiens se sont éloignés des philosophes , c'est que ceux-ci ont paru ne pas respecter infiniment les théologiens. Une philosophie qui prenait pour base le doute et l'examen , devait les effaroucher. La question qui divise aujourd'hui l'église on ses ministres , remonte à la plus haute antiquité. Le libre arbitre , la distinction du libre et du volontaire , ont occupé les philosophes avant la naissance du christianisme , et la controverse entre les jansénistes et les molinistes , n'était autre chose , dans son origine , que la question philosophique sur la liberté théologiquement traitée. Les discussions sur la grâce étant devenues le fond du procès, le jargon et les subtilités scolastiques ont tellement brouillé les idées , que les uns ni les autres ne se sont entendus , ou ne l'ont jamais été par les gens raisonnables. Il semble qu'après tant de disputes et de difficultés insolubles , on aurait dû faire pour la philosophie , comme pour la théologie , on mystère de la liberté et de la grâce.
Quoi qu'il en soit , Faffaire du jansénisme et du molinisme existait avant le règne de Louis XTV. Les plus célèbres partisans du jansénisme vivaient à l'abbaye de Port-Royal-des-Champs , ce berceau de la première philosophie et de la bonne Kttéf ature. Les jésuites^ puissans à la cour, avaient des principes opposés k Port-Royal , plus humainement raisonnables , mais peut-être aussi moins conformes à la lettre de l'Évangile. Les premiers , savans logiciens , éloquens, amers ou plaisans, suivant le besoin, avaient une sévérité de mœurs , assez ordinaire dans un parti persécuté , et qui fait , sinon des imitateurs , du moins des adjuirateurs , des disciples et des partisans.
Les jésuites , souples , adroits , insinuans , indulgens en morale, aussi réguliers dans leur vie que leurs antagonistes, pouvaient le paraître moins , parce qu'ils étaient plus répandus dans le monde et à la cour , dont ils dirigeaient les'consciences.
Je ne rappellerai point ici Batus , Molina , Jansénius , et tant d'autres athlètes de la théologie. Je laisse à l'écart des disputes qui ont enCanté tant de volumes , lus par un très-petit nombre de contemporains, et que la postérité laissera dans l'oubli où sont ensevelis les réalistes , les nominaux , et tous ces disputeurs qui se croyaient faits pour l'immortalité.
Û y a eu tant de variations dans les opinions avant et depuis la constitution Unigenkus , que des noms de sectes sont devenus des noms de parti* X^es savans de Port-Royal seraient indignés,
s'ils revenaient , de voir comprendre , sous le même nom qu'eux ,
la canaille des convulsionnaires.
Pour rintelligence des faits , il suffit de prévenir que le public appelle communément aujourd'hui molinistes , les jésuites ou leurs partisans , et jansénistes , leurs adversaires , de quelque état que soient les uns et les autres.
Les jésuites ont été les premiers qui aient changé les notions primitives , pour perdre leurs adversaires. Ils les firent envisager à la cour , non-seulement comme des hérétiques , mais comme des républicains j ennemis de l'autorité royale. Ce fut sous ce double aspect qu'on les fît regarder à Louis XIY des son enfance. Les protestans ayant un culte extérieur qui les faisait reconnaître , il les jugeait bien moins dangereux que les jansénistes , qu'il croyait des ennemis cachés. Sa dévotion ayant augmenté à mesure que ses passions diminuaient, et la jalousie sur son autorité n'ayant fait que se fortifier avec l'âge , il crut* devoir être de plus en plus en garde contre une secte et un parti. Sa prévention sur cet article, était une espèce de manie, et donna quelquefois des scènes risibles. Par exemple, le duc d'Orléans , allant ( 1706) commander l'armée d'Italie, voulut emmener avec lui An grand de Fontpertuis, homme de plaisir, et qui n'était pas dans le service. Le roi , 1 ayant su , demanda à son neveu pourquoi il prenait un janséniste. Lui janséniste , dit le prince ! N'est-ce pas , reprit le roi , le fils de cette folle qui courait après Arnaud ? J'ignore , répondit le prince , ce qu'était la mère ; mais pour le fils, loin d'être janséniste , je ne sais s'il croit en Dieu. On m'avait donc trompé , dit ingénuement le roi , qui laissa partir Fontpertuis , puisqu'il n'était d'aucun danger pour la foi. Les jésuites profitaient de ces préventions pour perdre leurs adversaires, et le confessionnal du roi, dont ils étaient en possession , leur était d'un merveilleux secours pour leurs desseins^
La place de confesseur est , chez tous les princes catholiques , une espèce de ministère plus ou moins puissant , ^suivant l'âge , les passions , le caractère et les lumières du pénitent.
Le père La Chaise occupa long-temps ce poste, et procura beaucoup de considération à sa société.
Souple , poli , adroit , il avait l'esprit orné , des mœurs douces , un caractère égal. Sachant à propos alarmer ou calmer la conscience de son pénitent , il ne perdait point de vue ses intérêts ^ ni ceux de sa compagnie, qu'il servait sourdement , laissant au roi l'éclat de la protection. Persécuteur voilé de tout parti opposé, il en parlait avec modération , en louait même quelques particuliers. Il montrait sur sa table le livre des Réflexions morales du père Quesnel de l'Oratoire , et disait à ceux qui paraissaient
étonnés ie son estime pour un auteur d'un parti opposé à la société I Je n'ai plus le temps d'étudier, f ouvre ce livre , et j'y trouve toujours de quoi m'édifier et m'instruire. A sa mort , en 1709 , le roi en fît publiquement l'éloge , rappela les occasions oii le père La Chaise avait pris contre lui la défense de plusieurs gens accusés ou suspects , et ajouta : Je lui disais quelquefois : Vous êtes trop doux. Ce n'est pas moi qui suis trop doux y me répondait-il; c'est vous, sire, qui êtes trop dur. Ils se connaissaient bien l'un l'autre.
Peu de jours avant sa mort, il dit au roi i Sire y je vous de<mande en grâce de choisir mon successeur dans noire compagnie. Elle est trës-attachée k votre majesté ; mais elle est fort étendue , fort nombreuse , et composée de caractères trës-différens, tous passionnés pour la gloire du eorps. On n'en pourrait pas répondre dans une disgrâce , et un mauvais coup est bientôt fait. Le; roi fut si frappé de ce propos , qu'il le rendit à Maréchal , son premier chirurgien , qui , dans le premier mouvement de son effroi , le rapporta à Blouin , premier valet de chambre , et à Boulduc , premier apothicaire , ses amis particuliers , de qui j'ai appri3 dans ma jeunesse plusieurs anecdotes.
Ce que le père La Chaise pensait de sa compagnie , doit se Supposer de tout autre ordre religieux attaché à la cour par le confessionnal. Il serait à souhiaiter que ce ministère ne fût jamais confié qu'à un séculier. Le roi de Sardaigne , Victor Amédée , dit à un de nos ministres vivant encore , et de qui je le tiens j que son confesseur jésuite étant au lit de la mort , le fit prier de le venir voir , et que le mourant lui tint ce discours : Sire , j'ai été comblé de vos bontés ; je veux vous en marquer ma reconnaissance. Ne prenez jai^ais de confesseur jésuite ; ne me faites pas de questions ; je n'y répondrais pas.
Le sujet le plus capable de faire regretter le père La Chaise , fut celui qui lui succéda , le père Tellier. Né en Basse-Normandie , il était le fils d'un procureur de Vire. Animé d'un orgueil de mauvais ange , avec un corps robuste , un esprit ferme et capable d'un travail opiniâtre, sans la moindre vertu sociale, il avait tous les vic^s d'une âme forte. Possédé du désir de dominer , d'asservir tout à sa compagnie , et sa compagnie k lui-même , appliqué sans relâche à son objet , il était craint de ceux qu'il obligeait , dont il faisait des esclaves , et abhorré de tous les autres , même de sa compagnie, qu'il rendit puissante et odieuse. Si jamais les jésuites sont détruits en France , Tellier aura été le principal auteur de leur ruine. Tel était le directeur de la conscience de Louis XIV.
Le premier instant oii il parut à la cour , annonça ce qn'H
allait être. Il était fort au-dessus de la faiblesse de rougir de sa naissance. Le roi , lui ayant demandé , sur la ressemblance de nom , s'il était parent de Tellier de Louvois. Moi, sire! répondit le confesseur , en se prosternant , je ne suis que le fils d*un pajrsan, qui n'ai ni parens , ni amis. Cet aveu ne lui fit tort ni honneur dans Tesprit d'un roi accoutumé à regarder presque du même œil le peuple et ce qu'il appelait de la bourgeoisie y et qui voulait qu'on fût tout à lui. Fagon , premier médecin , en jugea mieux. Attentif au discours, au maintien, aux courbettes du jésuite : Quel sacre ! dit-il , en se tournant vers Blouin.
Tellier commença par afficher une vie retirée et presque farouche. Il sentit que , pour régner partout , il lui suffirait de subjuguer son pénitent, et n'y réussit que trop. Il savait que madame de M^intenon ménageait plus les jésuites qu'elle ne les aimait. Lors de l'établissement de St.-Cyr , elle leur préféra les lazaristes pour la direction de cette communauté ; et , sur ce qu'on lui en demanda la raison : C'est , dit-elle , que je veux être maîtresse chez moi. Tellier ne pouvait donc pas s'empêcher de voir, dans les égards pour les jésuites , moins de confiance en eux que de respect humain pour le roi. Il en ressentait un dépit rify s'en vengeait dans l'occasion , et accoutumait le roi à partager ses sentimens , en le faisant servir d'instrument à sa vengeance.
On avait fait beaucoup de bruit dans l'église , au sujet des cérémonies chinoises ; on accusait les jésuites de faire dans ce payslà un monstrueux alliage de christianisme et d'idolâtrie. L'afi'aire avait trës-mal tourné pour eux à Rome même , et avec flétrissure pour le père Tellier, dont on avait mis à l'index un assez mauvais livre, qu'il s'était avisé de faire sur cette matière. L'orgueilleux jésuite voulut, par une ostentation de crédit en France, imposer au pape , et l'obliger de compter désormais avec la société ; mais il eut en même temps l'adresse de choisir un moyen qui pût également élever les jésuites et plaire à la cour de Rome : ce fut la destruction de Port-Royal. Tellier prit la voie la plus sûre , en représentant au roi cette maison comme le foyer du jansénisme et de l'esprit républicain.
La première religion pour Louis XIV était de croire à l'autorité royale. D'ailleurs , ignorant dans les matières de doctrine , superstitieux dans sa dévotion , il poursuivait une hérésie réelle ou imaginaire comme une désobéissance , et croyait expier ses fautes par la persécution. Cependant, il balançait encore. Le grand nombre d'hommes célèbres sortis de Port-Royal (i) combattait dans son esprit en faveur de cette maison.
(i) Tel» que les trois Arnaud, Antoine, Henri et Robert; Nicole , Pasca), Le Roi, abb^ de Hautc-Fontaiae, à qui Un Lettres provinciales sont adres-
n était dans cette perplexité , lorsque Maréchal , dont j'ai déjà parlé, eut occasion d'aller dans ce canton-là. Le roi, plus sur de la candeur d'un bon domestique , que du rapport d'un ministre , le chargea d'observer tout et de lui en rendre compte. Maréchal le lui promit, et, à son retour, lui dit: Ma foi! sire , fai bien examiné; je n^ai vu là que des saints et des saintes. Le roi soupira et se tut. Tellier revint à la charge , et persuada à son pénitent qu'il n'y avait rien de si dangereux que ces vertus extérieures qui couvrent le poison de l'hérésie. Le lieutenant de police , d'Argenson , qui fut depuis garde des sceaux , ami des jésuites , et dont on peut faire des portraits différens et tous vrais, fut chargé de cette exécution militaire. Port-Royal fut détruit avec la fureur qu'on eût employée contre une ville rebelle , et le scandale qu'on déploie dans un mauvais lieu.
Tellier, voulant affermir de plus en plus son empire sur l'esprit du roi parles démarches 011 il l'engagerait, entreprit de perdre le cardinal deNoaitles, archevêque de Paris. Son premier crime était de ne rien devoir aux jésuites , et de s'être élevé par sa naissance et sa vertu ; le second , de jouir dans le public d'une considération qui lui donnait, auprès du roi, beaucoup d'influence dans la distribution des bénéfices , département qui procure tant de courtisans à celui qui en est chargé (i). Tellier manœuvra tant à Rome par ses agens , qu'il y fit condamner les Réflexions morales du père Quesnel, sur le Nouveau Testament,
sëes, Le Nain de TîUemont, Le Maître de Saci, et le célèbre avocat Le Maître, EUmont, Hermant, Lancelot, aatenr des meilleures grammaires et méthodes générales, française , latine , grecque , italienne, espagnole, dites de Pon-Koyalj Bàrcos de Saint- C3fran , Bourseis , Le Toamenz , Sainte* Marthe et quantité d^aotres ; sans compter ceux qui leur dcTaient leur éducation, tels qnele duc de Beaovilliers, le duc de Lujmes, ponr qui fut faite la LfOgique de Port-Royal.
(i) La feoiUe de» bénéfices a toajoors été administrée snÎTant le caractère de celui qui Ta eue. Le père La Chaise les donnait volontiers aux gens ci^ condition; le mérite s'y trouvait quand il pouvait^ mais, rn tout, les choix faisaient moins crier. Le père Tellier donnait au fanatisme ^ le régent , aux sollicitations de tonte espèce; le cardinal de Flcury, à la politique, aux convenances bien on mal jugées; Boyer, évéqnc de Mirepoix, au cagotisme; le cardinal de La Rochefoucauld chercha communément la vertu et le mérite, dans le peu de temps qu'il a gouverné ce ministère ; l'évéque d'Orléans d'aU' jonrd'hui est celui qui a en et qui aura toujours le moins d'autorité dans sa place, qu'il ne doit qn'à son peu de consisunce. On y voulait quelqu'un qn'ou pût déplacer sans choquer le pnblic; et c'était, h cet égard, le meilleur choix qu'on pût faire. Il y en a en de plus haî que lui , aucun de si méprisé. Le régent fit souvent des choix scandaleux ; les antres nominatcurs ne les ont pas toujours évités; mais les plus pernicieux à l'église et à l'État, ont été ceux de Boyer, parce que la sottise et l'ignorance choisissent encore plus mal que le vice écUiré.
dont le cardmal avait été l'approbateur. Ce prélat retira aussitôt
son approbation ; mais sans condamner Touvrage , qui , depuis
nombre d'années , faisait l'édification de l'église , et avait fait
celle du pape même. Clément XI , que les jésuites forçaient à le
condamner.
Teliier commença par faire attaquer le cardinal par deux on trois éveques de bas ordre , sans naissance ni mérite , qui aspi* raient à des sièges plus relevés que les leurs y et dont l'ambition était une insolence.
Le schisme entre le cardinal et Teliier fut bientôt public. Le roi, voulant rétablir la concorde, chargea le duc de Bourgogne de cette affaire. Le cardinal serait allé au-devant de la paix ; mais le jésuite n'en voulait point. Madame de Maintenon , dont la nièce avait épousé le neveu du cardinal , s'intéressait fort à cette éminence, et , pour éclairer les menées du confesseur , engagea l'évéque de Meaux , Bissi , à se lier avec lui , comptant en faire son espion; mais Teliier en fit bientôt le sien auprès d'elle. Besoin de perdre le cardinal , il prit la voie la plus courte et la plus sûre , qui fut de l'accuser de jansénisme auprès du roi. Le livre de Quesnel avait déjà été condamné à Kome par un décret ; Teliier entrepritdele faire condamner par une constitution. Tous lesévéques, valets de la société , reçurent du confesseur des ordres et des modèles de lettres ou de mandemens. Malheureusement pour le jésuite , une lettre originale sur ce sujet tomba entre les mains du cardinal de Noailles,.et devint publique (i). Le duc de Bourgogne, qui, dans son attachement à la religion, savait en séparer les ministres , dit aussitôt qu'il fallait chasser le père Teliier. LeVoifutprcsde le faire; mais sa répugnance à changer un confident aussi intime qu'un confesseur, le retint ; en peu de jours , tout fut oublié; et le duc de Bourgogne , par respect pour le roi , prit le parti du silence.
Teliier, étant échappé de cet orage, n'en fut que plus furieux contre le cardinal , et chercha dans le livre de Quesnel les propositions dont il pourrait faire le sujet de la constitution. Il eut soin d'en choisir qui fussent contraires à la doctrine moliniste ; mais comme elles se trouvaient conformes à celles de S. Paul, de S. Augustin et de S. Thomas , un de ses ouvriers lui représenta le danger d'attaquer ainside front les colonnes du christianisme. S. Paul et S, Augustin, dit le fougueux jésuite, étaient des têtes chaudes quon mettrait aujourd'hui à la Bastille. A T égard de S.
(i) Ceuc matière serait si ennuyeuse pour la plupart des lecteurs , que je renvoie ceux qui voudraient en être plus particulièrement instruits , aux Mémoires sur la consiitulion, an Journal de Tabbé Dorsanne, etc.
Thomas, vous pouvez penser quel cas je fais d'un jacobin , quand je m embarrasse peu dun apôtre*
Pour rendre Tœuvre agréable aa pape , on eut soin de favori-ser , dans ce projet de bulle , les maximes ultramontaines. Le tout fut envoyé au père d'Aubenton, assistant du général des jésuites , pour y mettre la dernière main avec le cardinal Fabroni , pensionnaire de la société; et Tellier engagea le roi à demander lui-même au pape cette constitution désirée , disait le confesseur, par tous les évoques de France.
La bulle étant dressée, Fabroni et d'Aubenton allèrent la com* munîquer au pape. Quelque rapide qu'en fût la lecture , le S. Père crut entendre un manifeste contre l'Écriture et les Pères, Il en fut effrayé; mais Fabroni, qui avait toujours été le docteur consultant du pape, avait conservé sur lui l'ascendant d'un précepteur sur son disciple. II le prit donc avec sa hauteur ordinaire , tandis que d'Aubenton , d'un ton modeste , faisait observer au pontife combien cette bulle était favorable aux maximes de la cour de Rome, et quel honneur ce serait de les voir canoniser en France par une constitution demandée par un roi absolu, qui Ja ferait enregistrer dans tous les tribunaux du royaume.
Quelque flatté que fût le pape d'une si belle victoire en France, il craignait l'opposition des cardinaux sur le dogme. La congrégation, nommée pour en juger , n'avait pas encore été consultée. Le roi, d'ailleurs, avait exigé que la bulle serait examinée, quant à ce qui concerne les libertés de l'église Gallicane , par le cardinal de La Trémouille , notre ambassadeur à Rome, et on ne lui avait rien communiqué en forme. Le pape se rendit enfin, •ur la promesse positive que toutes ces conditions seraient remplies avant que la constiiulion parût.
Les consuîteurs les plus^imides s'absentèrent , les pins instruits et \es plus fermes furent éloignés. On ne montra que le dispositif et Ja fin au cardinal de La Trémouille. Il pouvait demander plus, sans y entendre davantage; les cardinaux Carpegua et Cassini , que le pape consulta avant la signature , n'oublièrent rien pour l'empêcher. Fabroni et d'Aubenton l'emportèrent, et le S. Père céda avec des remords sur le fond , et des craintes sur les suites.
La révolte des esprits à Rome, fut générale; les cardinaux crièrent hautement que la doctrine de l'église était renversée. Le S. Père en versa des larmes ; mais à chose faite dans cette cour , il n'y a point de remède. Albani , neveu du S. Père , et ses créatures firent sentir aux cardinaux opposans , combien il •«rait dangereux de se séparer de Iqur père commun , de donner atteinte à son infiûllibilite , et au contraire l'avantage de faire
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adopter en France les maximes de Rome. Ce qui acheva de les décider , fut la confidence qu'Albani leur fit d'une lettre que Tellier avait suggérée à Louis XIV , et par laquelle ce prince promettait au pape de faire rétracter par le clergé les quatre célèbres propositions de l'assemblée de 1682. En peu de jours, les ignorans crurent à la bulle , les politiques la soutinrent. Cette bulle présentée au roi , le 3 octobre , reçut d'abord en France le même accueil qu'à Rome. 3issi même en parut indigné ; Tellier lui ferma la bouche : ce prélat avait la promesse du chapeau de cardinal ; mais la nomination n'était pas faite ; il craignit de le perdre , et cette crainte en fit le plus vif apôtre delà bulle.
Le parlement ne fut pas docile. Il n'y a rien de si embarrassant , pour la cour , que ces hommes qui ont leur honneur à conserver, peu de chose à perdre, et rien à prétendre, quand ils se renferment dans leur devoir.
La quatre-vingt-onzième proposition condamnée est si vraie , que la proposition contraire est une hérésie politique danstous les gouvernemens. La créante d'une excommunication injuste, disait Quesnel , ne nous doit jamais empêcher défaire notre dev^oir. Si ce principe , condamné par la bulle , est faux , il n'y a aucun souverain qui soit en sûreté contre un sujet superstitieux.
Tellier, pressé sur cet article , cherchait à distinguer l'excommunication injuste de la fausse ; mais ces subtilités scolastiques ne sont pas faites pour les bons esprits , et sont inintelligibles ou dangereuses pour le peuple.
Aussitôt que la constitution fut traduite , et entre les mains de tout le monde , chaque société devint une école de- théologie. Toutes les conversations furent infectées de la fureur de dogmatiser; et comme le caractère national ne perd pas ses droits, une dissertation dogmatique était coupée par un vaudeville.
A voir l'opposition des parlemens , la division du haut clergé , la résistance du second ordre , Ya révolte de presque tous les corps séculiers et réguliers , il eût été impossible de prévoir la fortune que cette bulle a faite. Il est pourtant à désirer aujourd'hui, pour le bien de la paix , que cette constitution , ayant triomphé du mépris , soit l'objet d'un respect universel. C'est l'unique moyen de la faire oublier.
Tellier sentait bien que la plupart des évéqu es qu'il avait à ses ordres , donnaient moins de poids à sa cabale qu'ils n'en recevaient eux-mêmes. Bissi ne procurait pas un grand éclat au parti; Tellier entreprit de le décorer d'un nom qui pût balancer la considération personnelle du cardinal de Noailles.
Il n'y avait , à cet égard , personne à préférer au cardinal de Rohan , prélat d'une naissance illustre , formé par les Grâces
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pour l'esprit et la figure , magnifique dans sa dépense , avec des mœurs voluptueuses et galantes, dont une représentation de grand seigneur couvrait le scandale. Cet éminent prélat se reposait de la doctrine sur des savans dont il était le bienfiiiiteur , et des fonctions épiscopales sur un domestique mitre. Ces premiers princes de l'église ne regardent pas autrement les évêques in partibuSf quoique souvent très-estimables, qui leur sont attachés (i).
Le cardinal de Rohan, comblé de biens et d'honneurs , paraissait n'avoir rien à prétendre , lorsque la mort du cardinal de Jan« son fit vaquer la place de grand aumônier (2).
Tellîer profita de la conjoncture pour engager le cardinal. Il alla le trouver, et lui proposa brusquement d'entrer dans la ligue, et la grande aumônerie pour prix de l'engagement. Le caractère du cardinal l'éloignait des intrigues qui pouvaient troubler ses plaisirs. D'ailleurs il était attaché d'inclination , de respect et de reconnaissance au cardinal de Noailles , qui l'avait élevé comme son fils , le chérissait, et qui , ne pouvant en faire un saint , le laissait un homme aimable dans la société , et un prélat tranquille dans l'église.
Rohan fut effirayé de la proposition; mais sa douceur naturelle l'empêcha de répondre avec la hauteur qui lui convenait , ou avec l'indignation que méritait l'insolent jésuite. II chercha des excuses dans la reconnaissance qu'il devait au cardinal de Noailles,
(i) Le cardinal d'AuTergnc , qui n'avait qa'one ranîtë d'ëdacation , car il ëtait aa-dessoas de l'orgueil , di^aic un jour naiTcment , je l'ai entendu : Tous mes domestiques, excepté l'ëréque de Mécènes, ont été malades cet hiver. ^
(a) Le cardinal de Janson , Toussaint de Forbin , avait été pauvre dans sa jeunesse , comme le sont presque tous les cadets de noblesse, que recrute le corps épjscopal. U n'avait eu long- temps , pour subsister, que la chapelle du château de VAigle en Normandie, valant huit cents livres , que lui avait donnée le marquis de l'Aigle. Janson , dans sa plus haute fortune , garda , par reconnaissance, cette cbapelh;, dont il laissait le revenu à un desservant. Eunt grand aumônier, il disait noblement, devant tonte la cour , qu'il était toujours l'aumônier du marquis de l'Aigle. Sa fortune commença par la coadjutorerie de l'évéché de Digne. U faut que ce sicge porte bonheur, mérite ou non : l'évéque d'Orléans, Jarente , l'a occupé. Janson fut ensuite évéque de MarJoiQe, puis de Beauvais. Étant ambassadeur en Pologne, il contribua beaucoup à l'élection de Jean Sobieski , dont il eut la nomination au cardinalat. U fut sept ans chargé des affaires de France à Rome , grand aumônier à son retour, et mourut en mars 17 13, laissant la réputation d'un grand négociateur et d'un politique honnête homme. Le roi dit plusieurs fois qu'il aurait fait Janson ministre , s'il ne savait pas qu'il ne fallait jamais de cardinaux, ni même d'ecclésiastiques dans le ministère. Céuit du cardinal Makarin même qu'il . tenait cette leçon ; le cardinal de Fleurj a , dit-on , donné la même à soi| élève.
fe RÉGNE
et que la princesse, sa mëre, lui avait recommandée en mourant* Tellier traita ses sentimens d'enfances. Le cardinal , pressé de plus en plus , offrit la neutralité ; le jésuite la rejeta , déclarant qu'il fallait opter, prendre parti pour ou contre la société. Le cardinal demanda du temps pour y réfléchir. Je vous donne trois jours, reprit Tellier en le quittant , pour y penser; mais pensez iaussi que la grande aumônerie ne peut pas être long-temps va* cante.
Le cardinal , interdit de l'audace du jésuite , en alla rendre compte au maréchal de Tallard , dont le fils avait épousé la nièce du cardinal. Le maréchal , qui prétendait se servir des Rohan pour entrer au conseil , ne vit dans l'impudence du jésuite , quela preuve d'un énorme crédit , et dit au cardinal qu'il devait être flatté du poids qu'on donnait à son nom | qu'il lais* serait à des prélats subalternes les disputes et les platitudes sco— lastiques ; qu'il ne serait qu'un grand seigneur de représentation; qu'il devait à son honneur, et par conséquent à sa conscience > de ne pas laisser échapper la place de grand aumônier; que , s'il cédait à de vains scrupules, il se verrait éclipser par Bissi fait pour le suivre partout. Le maréchal , qui ne croyait pas aux consciences de cour, ni à la reconnaissance, traita de fausse délicatesse celle dont le cardinal se piquait dans une occasion unique. Il le séduisit par des louanges, l'effraya delà puissance des jésuites, et le livra enfin au përe Tellier. Ce fut ainsi que le cardinal de Rohan devint , malgré lui , le chef d'une cabale. Une compassion , assez voisine du mépris , le sauva de la haine publique. Il ne prêta guère que son nom , son palais et sa table aux prélats du parti , et sa voix au père Tellier dont il recevait bénignement les ordres , et l'avouait quelquefois avec humilité.
Comme je n'écris pas une histoire ecclésiastique, mais celle des hommes de mon temps, je ne rapporterai que des faits purement humains.
Le roi , voulant faire recevoir une bulle que son confesseur lui faisait croire qu'il avait demandée , il ordonna une assemblée des évéques qui se trouvaient à Paris. Il y en avait quarante-huit, non compris le cardinal de Noailles , et ils s'assemblèrent pendant quatre mois, sans pouvoir parvenir à l'unanimité def sentimens. £nfin quarante , à la tête desquels était Rohan , et derrière eux Tellier , acceptèrent la bulle } et huit, unis à Noailles , demandèrent des explications.
Les acceptans ne s'accordaient pas trop entre eux , du moins quant aux propos qu'ils tenaient dans les cercles, oii la politique, la théologie, la philosophie, la morale, etc., se traitent plus gaiment que dans les lieux qui y sont consacrés.
BIssi et qnelqaes autres criaient que la constitution était admirable. L'évéque de Soissons , Brulart de Sillery , un des acceptans , avouait en soupirant , que toute l'affaire , du commencement à la fin , n'avait été qu'un mystère d'iniquité contre le cardinal de NoaiiJes ; que , quelque parti qu'il eût choisi , à moins qu'il n'eût été déshonorant pour lui, on eût pris l'opposé. L'évêque du Mans, du Crevy , disait : Je n* ai jamais lu le livre de Quesnel, mais j'en ai entendu dire beaucoup de bien; et, si par notre acceptation de la bulle nous avons mis la foi à couvert, nous ny avons pas mis la bonne foi. Grillon, évéque de Yence , et depuis archevêque de Narbonne , demandait à de Langle , évéque de Boulogne , un des opposans, s'il prétendait corriger le pape : Croyez-^ous , répondit de Langle , que h pape soit incorrigible?
Le cardinal de Noailles , ayant donné un mandement pour suspendre l'acceptation de la bulle , les acceptans en devinrent furieux. Rien ne peint mieux l'opinion qu'on avait des acceptans , même à la cour , qu'une plaisanterie de la duchesse de Bourbon , fille naturelle du roi. Ce prince se plaignant devant elle , chez madame de Maintenon , du chagrin que lui causaijt la division àes évéques : Si Fon pouvait , disait-il , ramener les neuf vpposans, on éviterait le schisme ; mais cela ne sera pas facile» Eh bien ! sire , dit en riant la duchesse , que ne dites^ vous aux quarante de revenir à Tavis des neuf! ils ne vous refu^ seront pas. On voit quelle idée on avait de la souple conscience des quarante prélats.
Cette orageuse constitution ne put être enregistrée au parlement qu'avec des modifications , et cela ne satisfaisait pas les )ésuites, qui voulaient renregistrcmenl pur et simple.
Tellier eut un nouveau désagrément. L'évêque de Soissons , Sillery , mourut. Dans ses derniers momens , l'horreur des intrigues dont il avait été complice , frappa son imagination ; il déclama contre la bulle , exhalant ses remords par des hurlemens qu'on entendait de la rue.
Le pape n'était pas plus content des modifications de la bulle, que d'une opposition formelle ; on lui proposa un concile national , qu'il goûtait encore moins. On lui envoya cependant Amelot en qualité de ministre plénipotentiaire , pour en tirer du moins quelques explications, ou demander la tenue d'un concile national.
Cest avec dégoût que je m'arrête sur une matière qui n'intéressera personne un jour ; mais ayant été la seule affaire dont le roi ait été occupé et tourmenté dans les derniers temps de sa. vie , je fais céder le dégoût au devoir d'hbtorien. >
La seule dislractîon que Louis XIY ait eue dans ses malheurs domestiques , fut l'audience qu'il donna à un ambassadeur de Perse, qui venait , disait-on , témoigner l'admiration du roi, son maître , pour le plus grand monarque de la clirétienté. Jamais le roi n'avait paru avec plus de magnificence que le jour qu'il reçut cet honmiage. Il portait dans sa parure toutes les pierreries de la couronne ; sa vieillesse , son air d'abattement même , inspiraient une sorte de pitié respectueuse, et ajoutaient à sa majesté.
Beaucoup de personnes prétendirent que cet ambassadeur n'était qu'un aventurier, produit pour tirer le roi de sa mélancolie , en lui rappelant sa grandeur passée. Ce qu'il y a de certain , c'est que Dipi , interprète des langues orientales , étant mort subitement, entre le jour de l'entrée et celui de l'audience, on trouva un curé de campagne qui , ayant voyagé en Perse , fit les fonctions de Dipi ; et ce curé , d'après les conversations qu'il eut avec cet ambassadeur , en porta le même jugement.
Il fallut en revenir au désagréable objet de la bulle. Tuilier voulait absolument qu'elle fût enregistrée sans la moindre modification , et persuada à son pénitent de tenir à ce sujet un .lit de justice. Le roi, pour s'en dispenser, manda je premier président de Mesmes , le procureur général d'Aguesseau , les trois avocats généraux, Joly de Fleury , Chauvelin et Lamoignon y aujourd'hui chancelier. Le premier président et les deux derniers avocats généraux étaient livrés aux jésuites. D'Aguesseau , le plus instruit des magistrats du royaume , plein de probité , de candeur et de religion , était jaloux des droits de l'église et du roi ; mais la douceur de son caractère fit craindre à sa femme (Ormesson) qu'il ne se laissât intimider par la présence du monarque. Allez ^ lui dit-elle en l'embrassant, oubliez, dei^ant le roi ; femme et enfans ; perdez tout , hors Vhonneur. Il n'écouta que son devoir, et parla au roi avec autant de lumière et de force que de respect. Fleury le seconda , et les autres n'osèrent les contredire. Le roi, moins touché des raisons que blesse de la résistance , fut près de priver d'Aguesseau et Fleury de leurs charges. ' . . ,
Le confesseur , ayant vu l'inutilité de cette conférence , dit au roi qu'il ne restait d'autre moyen qu'un lit de justice, pour réduire un parlement rebelle et un prélat hérétique ; qu'il fallait faire enlever le cardinal de Noailles, le conduire à Pierre-Encise, et de là à Rome , oii il serait dégradé en plein consistoire ; suspendre d'Aguesseau de ses fonctions, et en charger par commission Chauvelin qui ferait le réquisitoire.
Le roi répugnait à tant de violence ; mais le fougueux confes-
senr effraya son pénitent da grand intérêt de Dieo , et le projet fut au moment de s'exécuter. Tel lier en douta si peu , qu'il écrivit à Chauvelin pour lui détailler le plan de Topération ;'mai$ Chattvelin ayant été ce jouV-là même attaqué de la petite vérole dont il mourut , la lettre tomba en main tierce , et il s'en répandit des coptes.
J'ai sous les yeux, dans le moment oii j'écris , ce qu'on pré^ tend être l'original de cette lettre , et j'avoue que la signature ne m'en parait pas exactement conforme à celle des trois lettres de Tellier , auxquelles jtf viens de la confronter au dép6t des affaires étrangères.
Je soupçonne cette lettre une de ces fraudes pieuses que les dif* férens partis se permettent , et dont l'usage remonte à la primt«tire église.
Quoi qu'il en soit , je n'en suis pas moins certain du projet de T«Ilier, et de la manière dont il échoua, qui a été ignorée du jésuite même. Mademoiselle Chausseraie en eut tout le mérite. Il est à propos de la faire connaître.
Elle était fille d'un gentilhomme poitevin, nommé Le Petit de Vemo, et d'une Brissac , veuve du marquis de La Porte*Yesins. Ayant perdu père et mère, elle serait restée dans l'indigence ou du moins dans l'obscurité , si le marquis de Vesins , son frère utérin , n'en eût pas eu pitié. Il lui procura de l'éducation , et engagea par son exemple les Biron , les Yilleroi , les Brissac à s'intéresser pour une orpheline qui leur appartenait de fort près du côté maternel , et dont ils ne voulaient pas d'abord entendre parler. Elle leur fut enfin présentée ; bientôt elle leur plut par sa figure et ses manières , et ils la firent entrer chez Madame ^ belle-soenr du roi , en qualité de fille d'honneur. Grande, bien faite , et d'une figure agréable , elle avait beaucoup d'esprit et encore plus de jugement , et une physionomie de candeur et une naïveté dont elle eut l'adresse de conserver l'extérieur et le ton , lorsque l'usage de la cour lui en eut fait acquérir toute la finesse. Le roi , qui la vit souvent chez Madame , prit pour elle le goût qu'inspirent naturellement celles qu'on nomme vulgairement de bonnes créatures , espèce si rare dans les cours , et a qui ce titre , une fois confirmé , permet des familiarités que d'autres n'oseraient pas prendre. Elle eut des amis dans tous les temps , dans toutes les classes , dans les partis les plus opposés , et obligea les ministres ii des égards pour elle , sans les rendre ses ennemis. Ils lui firent une fortune considérable , qu'elle augmenta encore dans la fégence. Elle se retira à un certain âge de che2 Madame , dont elle conserva les bontés , et continua d'aller de temps en temps faire sa cour au roi , qui lui donnait 3. 5
toutes les audiences particulières qu'elle voulait. Elle a passe toute sa vie dans Tiotrigue ,' et Thabitude lui en avait fait tin besoin. Elle a rendu gratuitement mille service»^, ignorés de ceux qui les recevaient et qu'elle ne connaissait pas , souvent par le seul plaisir d'intriguer , ou pour traverser des intrigantes à gages ; elle en fît renoncer au métier. Ce fut elle qui sauva le cardinal de Noailles.
Quand elle allait passer quelques jours à Versailles , elle longeait chez la duchesse de Yentadour , son amie , le rendez-vous de la cabale jésuitique. L'intimité qui régnait entre la duchesse et elle , l'indifTérênce , l'inattention que celle-ci avait et affectait encore davantage pour les affaires de la constitution , faisaient que , sans lui confier précisément ce qui se machinait , on ne se cachait pas d'elle. Mais , pour cette fois , le cardinal de Rohan , supposant que tout ce qui se trouvait dans la société ne pouvait pas avoir d'autres intérêts que les siens , confia le secret à la Chausseraie : Afin , dit-il , qu'étant notre amie , elle jouisse d'avance du triomphe de la bonne cause. Il lui déclara donc que l'ordre d'enlever le cardinal de Noailles , devait s'expédier le lendemain. Elle applaudit à cette sainte violence avec un transport dont Rohan fut la dupe , et conçut à l'instant le projet de sauver Noailles , pour qui elle avait un respect que lui avait inspiré l'abbé Digne , son parent et son ami.' Elle se procura le jour même un téte-^à-téte avec le roi. Elle avait avec lui cette liberté qu'on prend avec quelqu'un qu'on a bien persuadé qu'on , l'aime.
Sircy lui dit-elle^ je ne vous trouve pas aussi bon visage quhier ; vous avez Vair triste ; je crois qu'on vous donne du chagrin. Tu as raison, répondit le roi , j'ai quelque chose qui me tracasse ; on veut wl engager dans une démarche qui me
répugne j et cela me fâche Je respecte vos secrets^ sire ^
poursuivit-elle ; mais je parierais que c'est pour cette bulle oà je n'en tends rien . Je ne suis qu'une bonne chrétienne qui ne m'em^ barrasse pas de leurs disputes. Si ce n'est que cela, vous êtes trop bon : laissez'les s'arranger comme ils voudront. Ils ne pensent qu'à eux, et ne s'inquiètent ni de votre repos, ni de votre santé. Voilà ce qui m'intéresse , moi , et ce qui doit intéresser tout le royaume. Tu fais bien , mon enfant , reprit le roi en secouant la tête ; j'tii envie de faire comme toi. Faites donc , sire , ditelle ; au diable toutes ces - querelles de prêtres! reprenez votre santé; et tout ira bien.
Ce fut avec de pareils propos que la Chausseraie dérangea toute la machine. Le lendemain , dès quatre heures du matin, elle monta en chaise de poste , et se fit précéder à l'archevêché
par un homme de confiance y un peu plus que son ami , et de qui je tiens ce détail. Elle rendit compte de tout au cardinal , lui recommanda de ne point sortir de Paris , où Ton craindrait de révolter le public par un acte de violence , repartit aussitôt pour Versailles , et rentra dans sa chambre avant que personne eût encore paru. Vers midi , elle trouva chez la duchesse la cabale fort consternée , ' et sut qu'après la prière , le roi avait dit au père Tellier , qu'il ne fallait plus penser au parti proposé ; que le confesseur ayant voulu insister, le roi avait coupé court si sèchement et avec tant d'humeur, qu'il n'y avait pas lieu d'y revenir, sans s'exposer à se perdre. La Chausseraie en instruisit le cardinal par un exprès , et tout fut fini à cet égard.
Tellier n'en fut que plus ardent à presser le lit de justice ; mais il n'y réussit pas niieux. Tout allait bientôt changer de face.
Le roi dépérissait à vue d'oeil ; cependant , le 9 août , il cou* rut encore le cerf dans sa calèche , qu'il mena- iuii-méme. Le dimanche, 1 1 , il tint conseil , et se promena ensuite dans les jardins de Trianon ; mais il en revint si abattu , que ce fut sa dernière sortie. Le mardi , i3 , il fit effort pour donner l'audience de congé à l'ambassadeur de Perse. . Il ne cessa de s'habiller que le 19 ; mais il continua jusqu'au a3 de tenir conseil , de travailler avec ses ministres, et de manger en présence des courtisans qui avaient les entrées. Les soirs , madame de Matntenon , les dames familières de Caylus , d'O , de Dangeau et de Levi , les légitimés, le chancelier et le maréchal de Vitleroi , se rendaient chez le roi oii il y avait concert. Cela dura jusqu'au 25 , jour de S. Louis.
Le roi , qui avait fait venir la gendarmerie , s'était flatté , jusqu'au aa , d'en faire la revue lui-même , et s'était fait préparer un lit ; mais , se trouvant trop faible , il en chargea le duc du Maine. Le duc n'aurait pas. laisse d'être embarrassé de remplir une telle fonction aoxyeux du public , par préférence au^ duc d'Orléans , et en sa présence. Pour éviter le parallèle , il fit suggérer au jeune dauphin, par la duchesse de Ventadour, sa gouvernante, l'envie de voir la revue,. afin que le duc du Maine ne parût la faire que sons les ordres du dauphin. Le roi y consentit , et il fallait que l'arrangement .eût été préparé de loin ; car le petit uniforme de capitaine de gendarmerie se trouva fait à point nommé pour l'enfant , qui , depuis quelques jours , venait de quitter la robe. Le duc d'Orléans affecta de paralitre à la tète des compagnies de son nom ; il y salua le dauphin , et se retira ensuite.
Le 25, jour de la S. Louis, sur les sept heures du soir,
les musiciens s'arrangeaient déjà pour le cencert , lorsque le roi se trouva mal ; on les 6t sortir , et l'on appela les médecins ,qui joiBèrent qu'il était temps de £dre recevoir au roi les sacremens. Tellier vint anssit6t le confesser ; et , sur les onie heures , le cardinal de Kohan et le curé de la paroisse arrivèrent , et 1 on administra au roi le viatique et Textrême-onction.
Cette cérémonie achevée , le roi fit venir le duc d'Orléans, et lui parla bas environ un quart-d'heure.
Le duc d'Orléans prétendit depuis , que le roi , en lui témoignant autant d'amitié que d'estime » 1 avait assuré qu'il lui conservait tous les droits de sa naissance , lui avait recommandé le royaume et la personne du roi futur, et avait ajouté: S'il vient à manquer , vous serez le maître , et la couronne vous appartient. Toi fait les dispositions que j'ai crues les plus sages; mais comme on ne saurait tout prévoir , s'il y a quelque chose qui ne soit pas bien , on le changera. Ce qu4l y a de sàr , c'est que personne n'entendit un mot de ce que dit le roi. Le lende^ main , 26, le roi, après la messe , fit- approcher de son lit leS cardinaux de Rohan et deBissi, en présence de madame de Maintenon , du père Tellier, du chancelier , du maréchal de Yilleroi, et des officiers du service intérieur : Je meurs , dit«il , en s'adressent aux deux prélats , dans la foi et la soumission à VégUse; je ne suis pas instruit des matières qui la troublent; je n'ai suix^i que vos conseils; j'ai fait uniquement ce que vous ai^z voulu ; si fai mal fait , vous en répondrez devant Dieu, que j'en prends à témoin. Les deux cardinaux ne répondirent que par des éloges sur sa conduite; car il était destiné à être loué jusqu'au dernier instant de sa vie.
Le moment d'après , le roi dit : Je prends encore Dieu « té-moin que je n'ai jamais haï le cardinal de Noailles ; j'ai toujours été fâché de ce que j'ai fait contre lui: mais on m'a dit que je le devais faire. Là dessus Blouin , Fagon et Maréchal se demandèrent à demi-haut : Ne laissera-t^on pas voir au roi son arches véque , pour marquer la réconciliation A Le roi , qui les entendit^ déclara que , loin d'y avoir de ia répugnance, il le désirait , et ordonna au chancelier de foire venir l'archevêque , Si ces mes^ sieurs, dit -il en regardant les deux cardinaux, n'j- trouvent point d'inconvénient. Us n'en trouvaient que trop pour eux : le moment était critique , et la réponse embarrassante. Laisser le vainqueur de Thérésie mourir entre les bras d'un hérétique , était d'un grand scandale à leurs yeux. Ils se retirèrent dans l'eittbrasure d'une fenêtre^ pour en délibérer avec le confesseur, le chancelier et madame de Maintenon. Tellier et Bissi jugèrent l'entrevue fort dangereuse , et la firent juger telle à madame de
Maintenon. Eohan et le chancelier , portant lears vues dans l'avenir , ne contredirent ni n'approuvèrent ; et tons se rap^irochant du lit , recommencèrent leurs éloges sur la délicatesse de conscience du roi , et lui dirent que cette démarche pourrait exposer la honne cause au triomphe de ses ennemis ; qu'ils ap^ prouvaient cependant que l'archevêque pût venir , s'il voulait donner sa parole au roi d'accepter la constitution .
Le timide prince se soumit k leurs avis , et le chancelier écrivit en conséquence à l'archevêque. Noailles sentit douloureusement ce dernier trait de ses ennemis , répondit avec respect ; mais n'accepta pas les conditions , et ne put voir le roi. ^V^^
Dès lors ce ne fut qu'un ingrat , un rebelle , et l'on n'en parla plus , afin que le roi mourût en paix.
Dans la même matinée , le roi se fit amener le dauphin par la duchesse de Yentadonr , et lui adressa ces paroles que j'ai copiées littéralement d'après celles qui sont encadrées au chevet du lit du roi , au dessus de son prie-Dieu :
Mon cher enfant, vous allez être bientôt roi d'tin grand royaume ; ce que \evous recommande le plus fortement , est de
n'oudker jamais les obligations que vous avez à Dieu
Souvenez'-^fous que vous lui devez tout ce que vous êtes...
T'dchez de conserver la paix avec vos voisins.
Tai trop aimé la guerre ; ne m'imitez pas en cela , non plue que dans les trop grandes dépenses que j'ai faites.
Prenez conseil en toutes choses , et cherchez à cormaître le meilleur , pour le suiire toujours.
Soulagez vos peuples le plus tôt que vous pourrez , et faites ce que j'ai eu le malheur de ne pouvoir faire moi^-méme.
N'oubliez jamais les grandes obligations que vous avez à madame de j^entadour. Pour moi, madame, en se retournant vers elle, je suis bienfdché de n'être plus en état de vous en mar» quer ma reconnaissance.
Il finit, en disant à monsieur le dauphin ; Mon cher enfant, je vous donne de tout mon cœur ma bénédiction; et il l'embrassa ensuite deux fois avec de grandes marques d'attendrissement.
La duchesse de Yentadonr, voyant le roi s'attendrir , emporta le dauphih. Le roi fit entrer successivement les princes et les princesses du sang , leur parla à tous ; mais séparément au duc d'Orléans et aux légitimés qu'il fit venir les premiers. II remercia tous ses officiers domestiques des services qu'ils lui avaient ren-* dus , et leur recommanda le même attachement pour le dauphin.
L'après-dSnée , le roi, s'adressant à tous ceux qui avaient les entrées , leur dît t Messieurs , je vous demande pardon du mauvais exemple q^ejevout m donné ; j* ai bien à vous remer^
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cierde la manibre dont vous m'avez toujours servi , de V attache^ ment et de la fidélité que vous m'avez marqués : je suis bien fâché de n'avoir^pas fait pour vous tout ce que j'aurais bien voulu. Je vous demande , pour mon petit'fîls , la même application et la même fidélité que vous avez eues pour moi» J'espère que vous contribuerez tous à l'union, et que si quelqu'un s'en écartait, vous aideriez à le ramener. Je sens que je m'attendris , et que je vous attendris aussi; je vous demande pardon: adieu ^ messieurs, je compte que vous vous souviendrez quelquefois de moi.
Le mardi , 27 , le roi , n'ayant auprès de lui que madame de Maîntenon et Je chancelier,' se fît apporter deux cassettes dont il fit tirer et brûler beaucoup de papiers, et donna pour les autres ses ordres au chancelier. Il fît ensuite appeler son confesseur , et , après lui avoir parlé bas, il fît venir le comte de Pontchartrain , et lui ordonna d'expédier Tordre de porter son cœur aux jésuites , et de l'y placer vis-à-vis celui de Louis XIII , son père.
Ce fut avec le même sang-froid , qu'il fit tirer d'une cassette ]e plan du château de Vincennes, et l'envoya à Cavoie, grand maréchal des logis , pour faire les logemens de la cour et y conduire le jeune roi, ce furent ses termes. Il lui arriva même quelquefois de dire : Dans le temps que j'étais roi. Puis , s'adressant à madame de Maintenon : J'avais toujours oui dire^ qu'il est difficile de mourir; je touche à ce dernier moment , et je^ne trouve pas cette résolution si pénible. Madame de Maintenon lui dit que ce moment était effrayant quand on avait de l'attachement au monde et des restitutions à faire. Je ne dois, comme particulier, reprit le roi, de restitutions à personne; pour celles que je *dois au royaume , j'espère en ia miséricorde de Dieu, Je me suis bien confessé, mon confesseur veut que j'aie une grande confiance en Dieu, je l'ai toute entière. Quel garant que le père Telliér pour la conscience d'un roi !
Le mercredi , 28, le rôi , s'entretenant avec son confesseur, ' aperçut dans la glace deux domestiques qui pleuraient au pied de son lit. Pourquoi pleurez-vous , leur dit-il , m'avez-vous cru immortel? mon âge a dd vous préparer à ma mort. Puis, regardant madame de Maintenon : Ce qui me console de vous quitter, c'est l'espérance que nous nous rejoindrons bientôt dans l'éternité. Elle ne répondit rien à cet adieu , qui parut lui répugner beaucoup. Bolduc , premier apothicaire , m'a assuré qu'elle avait dit en sortant : Voyez le rendez-njous qu'il me donne! cet honipie^Ià n'a jamais aimé que lui. Ce propos , que je ne garafflirais pas , parce que les principaux domestiques ne raimaient point , serait plus de la veuve de Scarron que d'une reine. Elle alla tout de suite à St.-Cyr, comptant y rester.
Un empyrique de Marseille, nommé Le Brun, se présenta. avec un élixir qu il annonçait comme un remède sûr contre la gangrène , qui faisait beaucoup de progrès à la jambe du roi. Les médecins, n'espérant plus rien de son état, [lui laissèrent prendre quelques gouttes de cet élixir , qui parut le ranimer ; mais il ' retomba bientôt. On lui en présenta une seconde prise, en lui disant que c'était pour le rappeler à la yie. A la vie ^ ou à la mort , dit-il en prenant le verre , tout ce quil plaira à Dieu, Il demanda ensuite une absolution générale à son confesseur.
Depuis que le roi s'était alité , la cour se rapprochait sensiblement du duc d'Orléans; bientôt la foule avait rempli son appartement ; mais le jeudi , 29, le roi ayant paru se ranimer , ce mieux apparent fut si exagéré , que le duc d'Orléans se trouva seul.
Le roi , s'étant aperçu de l'absence de madame de Maintenon , en montra du chagrin , et la demanda plusieurs fois : elle revint aussitôt , et lui dit qu'elle était allée unir he^ prières à celles de ses filles de St.-Cyr.
Le lendemain, 3o, elle demeura auprès du roi jusqu'au soir, que, lui voyant la tête embarrassée, elle passa dans sou appartement, partageasses meubles entre ses domestiques , et retourna àSt.-Cyr , d'oii elle ne sortit plus.
Depuis ce moment, le roi n'eut que de légers instans de connaissance , et passa ainsi la journée du samedi , 3 1 . Sur les onze heures du soir, le curé , le cardinal de Rohan, et les eccl^as-* tiques du château, vinrent dire les prières des agonisans. Cet appareil rappela le mourant à lui-même ; il répondit d'une voix forte aux prières ; et reconnaissant encore le cardinal de Rohan , il lui dit : Ce sont les dernières grâces de l'église. Il répéta plusieurs fois : Mon Dieu , venez à mon aide ; hàiez'^ous de me secourir! et tomba dans une tigome^ qui se termina par sa mort, le dimanche , i"*. septembre, ;à huit heures un quart du matin.
Le lecteur qui aura vu le journal historique du père Griffet , jésuite, copié d'après celui du marquis de Quincy, trouvera quelque différence entre la relation qu'il a faite de la dernière maladie du roi , et ce que je viens d'en écrire. Le père Griffet en donne lui-même la raison. Cette relation, dit-il, avait été communiquée au père TeUier qui, n'ajfioit presque pas quitté le roi pendant sa dernière maladie , élevait être instruit mieux que personne de tout ce qui s'était passé dans la chambre. Je le crois. Il ajoute : Ce père ^ àj;ant examiné cette relation ,jrfit quelques , observations , que nous avons vues écrites de sa main. Je le crois encore, comme si je l'avais vu moi-même. Le marquis de Quin-
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€^ , poarsoit-il y fit plusieurs ekan^emens à son nut/mscrit y pour le conformer à ces obsen^ations. Je le vois bien.
Pour moi , )'ai écrit d'après les mëmoireâ les plus exacts , et les témoins oculaires les plus fidèles-^ mais je n'ai communiqué ma l'elation à personne qui eût intérêt de l'altérer. Aussi le père Griffet et moi ne sommes pas ea contradiction : nous diflerons seulement par nos omissions. Griffet , d'après Tellier , supprime ce qui concerne le cardinal de Noailles. Ils ont supposé , saiw doute , que d'autres s'en chargeraient, et ne se sont pas trompés. J'ai omis l'exhortation du cardinal de Rohan au roi, en lui administrant le viatique. On supposera aisément que le cardinal fit un discours très-pieux , et l'on en trouvera des modèles daas les rituels.
Revenons un peu sur nos pas , et voyons les divers mouvemens qui agitaient la cour , depuis qu'on prévoyait la mort prochaîne dû roi.
Quelques avantages que le duc du Maine put attendre du te^ tament , il ne pouvait se dissimuler ceux que le duc d'Orléans tirerait de sa naissance. Il n'ignorait pas que l'éditde 1714 > V^^ donnait aux légitimés le droit de succession à la couronne » n'avait pas eu l'applaudissement de la nation ; que les princes du sang réclameraient un jour contre l'édit ; que h testament de Louis XIII ayant été annulé (i) , celui de Louis XIV pourrait avoir le même sort ; et qu'au point d'élévation oii il se trouvait » il avait autant à craindre qu'à espérer de l'avenir.
Le duc d'Orléans ne .pouvait pas douter que le testament ne lui fût défavorable ; mais il ne doutait pas davantage du parti qu'il tirerait de sa naissance et de ses qualités personnelles. Il se regardait donc déjà comme régent du royaume , et prenait d^avance des mesures sur la forme du gouvernement. Il se proposait d'établir des conseils pour les différentes parties de l'administration. Nous verrons bientôt comment il exécuta ce plan. Celui qu'il approuva sur les jésuites , mérite d'être rapporté , quoiqu'il soit resté sans exécution. Le procureur général d'Aguesseau, appuyé du duc de Nouilles et de l'avocat général Fleury , propo^ aèrent de chasser absolument du royaume toute la société des jésuites y cooame on venait de faire en Sicile. Le duc de Saint- Simon y qui ne les aimait pas, prétend, dans ses mémoires, que ce fut lui qui fit rejeter ce projet , comme ne convenant pas\
(1) Loraqfue le te«utnent de Louis XIII fot cass^ au Ht de jastice'de i643 , le président Barilloii, soit deriftion, soit excès de flaUerie pour la reine» mère Anne d' Autriche, proposa d'alkr jusqu'à ôtec ce ttsument des registres.
dans un tenfips de régence , où Ton devait ménager Rome et r£spagne (i).
On proposa ensuite de mander à Versailles , aussitôt après l'établissement de la régence , les supérieurs des trois maisons de Paris. Le régent les recevrait avec bonté , leur témoignerait de l'estime pour leur compagnie , leur recommanderait de ne s'oocuperque de leurs exercices, les exhorterait avec une douceur mêlée de fermeté à concourir à la paix , leur parlerait enfin de façon , que , sans menaces directes , on leur fit comprendre qu'ils auraient tout à craindre , en s'écartant de la route qu'on leur traçait.
L'instant d'après , le régent devait faire venir le père Tellier seul y lui déclarer que ses fonctions étant finies, il était temps pour lui de se reposer ; que les circonstances exigeaient qu'il se retirât k la Flèche , oii il trouverait tout ce qui peut contribuer à lacommodité et à l'agrément , outre six mille livres de pension , payées d'avance ; et le congédier sans attendre sa réponse.
Au sortir de cette courte audience , deux hommes sûrs , fermes et polis, devaient s'emparer du père Tellier et de son frère compagnon , les faire monter en carrosse , et les conduire tout de suite à la Flèche , pendant qu'on enlèverait les papiers du jésuite.
L'intendant de la province , prévenu des ordres du régent , aurait reçu et installé Tellier indépendant des jésuites , en loi défendant , de la part du roi , d'écrire ou de recevoir aucune lettre que par la voie de l'intendance 011 elle serait vue. L'intendant devait encore laisser ou changer k son gré le frère servant , et les autres valets de Tellier, pajés par le roi; et répondre enfin d« toute sa conduite. ^
Dans rintervalle du vojage des trois supérieurs à Versailles , les pères Toumemine , Doucin et l'Allemand , devaient être enlevés et leurs papiers saisis ; les deux derniers mis au cachot, dans des prisons séparées , ignorées du public , et à la place d*un grand nombre de malheureux qu'ils avaient fait périr ; Tourne-* mine , traité différemment en considération de sa naissance , confiné pour le reste de ses jours dans le donjon de Vincennes , avec tous les secours pour la vie animale ; mais sans encre , ni papier , ni la moindre espèce de correspondance extérieure. En renvoyant de Versailles les trois supérieurs , on les aurait avertis
^ (i) Cette conférence se tint à Versailles, chez le duc de Noailiet , U dimanche 18 août. Le tnc-moire doit se trouver dans les porte-feuilles du maréchal de Noailles , et des hc'ritiers de d'^Aguesseaa et de Fleury. J''en ai parlff aa iàèê dn dernier r mais , comme les Fleury d*aiijotird^hui ne pensent pas cosifae hur pm eu 171a y je nVa m pas tiiv des r^onses neues.
de ne tirer aucune conséquence fâcheuse pour la compagnie, âe ce qu'ils apprendraient à leur arrivée à Paris , ni du traitement fait à trois brouillons pernicieux à TËtat , tyrans de leurs confrères , à qui ils n'étaient pas moins odieux qu'au public.
A l'égard du pape et de sa constitution , le duc d'Orléans se proposait de prodiguer les termes de respect et de soumission au S. Père; de lui représenter qu'un temps de minorité , et l'autorité précaire d'un régent n'étaient pas capables d'opérer ce que le roi le plus absolu n'avait pu faire ; l'exhorter à donner la paix à l'église; laisser cependant voir toute la fermeté d'un parti pris ; enfin , en employant les expressions les plus respectueuses , tenir la cour de Kome elle-même en respect. La faiblesse de Clément XI , qui lui avait fait donner la bulle , l'aurait empêché de la soutenir ; il l'eût ou retirée ou regardée comme non avenue.
Le procédé était encore moins embarrassant avec le nonce Bentivoglio , homme sans mœurs , d'une vie scandaleuse , qui entretenait publiquement une fille d'opéra , dont il avait un enfant, que nous avons vu depuis sur le théâtre ,^ous le nom de la Duvalj et que le public n'a jamais voulu nommer autrement que la Constitution , à cause de son père , porteur de la.j^ulle. Il ne s'agissait que d'instruire le nonce du nouveau plan de gouvernement; lui accorder des audiences rares et courtes; le renvoyer communément au ministre des affaires étrangères; et, pour peu qu'il voulût cabaler , ou élever le ton , le menacer de mander le débordement de sa vie au pape , et de lui faire perdre ainsi le chapeau de cardinal ; donner en conséquence de nouvelles instructions au jésuite Lafiteau , aujourd'hui évcque de Sisteron , chargé alors de cette affaire à Rome , oii il vivait comme Bentivoglio à Paris; avertir les jésuites que leur conduite serait éclairée à Rome , à Paris et dans les provinces ; renvoyer tous les évéques chacun dans son diocèse, les contenir par leurs parens qui cherchent à s'avancer , et faire tenir la main à la 'résidence par le procureur général ; remettre en vigueur la règle qui ne s'était relâchée que depuis l'affaire de la constitution. Par cette règle, toute correspondance avec Rome était interdite aux ecclésiastiques. Tellier en avait affranchi les prélats , et jusqu'aux moines de son parti, auparavant, aucun évéque n'y pouvait écrire que par la voie du ministre des affaires étrangères , qui devait voir les lettres et les réponses ; et cette permission s'accordait rarement. Le commerce nécessaire pour les bulles et pour les dispenses , se faisait uniquement par les banquiers. Il y avait peu d'années ( en 170$) , que l'archevêque d'Arles, Mailly , . depuis archevêque de Reims , et cardinal , avait été sévèrement réprimandé par le roi , pour avoir écrit de lui-même au pape ,
et en avoir reçu un bref, quoiqu'il ne fût question que d'un présent de reliques. Les liaisons avec le nonce n'étaient pas moins interdites; prélats, prêtres ou moines, ne le voyaient que pour causes connues du ministre. Les bonnes lois ne manquent pas en France; mais il n'y a point de ministre en faveur, qui, pour étendre son pouvoir , n'en ait fait plier quelqu'une ; et la longue compression d'un ressort en fait perdre l'élasticité.
Le gouvernement des affaires ecclésiastiques était destiné au cardinal de Noailles. Ce triomphe de %fardochée éloignait les cardinaux de Rohan et de Bissi. Peut-être n'anraient-ils pas fait beaucoup de résistance. Koban aurait préféré la vie voluptueuse d'un grand seigneur, au commerce dégoûtant que la constitution le forçait d'avoir avec un tas de pédans , qui , sans cela , n'étaient pas faits pour passer au-delà de ses antichambres. Bissi , affranchi du joug du père Tellier , et n'ayant pins rien à prétendre , n'aurait pas été fâché de faire oublier par quelles votes il s'était élevé.
Tous ces projets pouvaient être bons , et le duc d'Orléans les approuvait ; mais , pour les exécuter , il fallait d'abord qu'il fût régent, et il y avait très-grande apparence que Louis XIV nommait par son testament un conseil de régence, et non un régent; mais ce qui était encore' plus difficile , il aurait fallu au duc d'Orléans un caractère plus ferme et plus suivi qu'il ne l'avait.
Le président de Maisons vint lui donner un conseil , qui , s'il n'était pas d'un traître , était au moins d'un fou. Il lui conseilla de venir à main armée au parlement , au moment de la mort du roi , de forcer le dépôt , et d'enlever le testament. Le duc d'Orléans le remercia de son xële, et rejeta un parti qui aurait indigné et aliéné toute la nation .
On lui suggéra un autre dessein , qu'il fut près d'adopter , et qui , conduit avec prudence et fermeté , pouvait réussir.
Comme il n'y avait encore que les deux dernières régences oii le parlement fût intervenu , il fallait , disait-on , par un coup d'éclat , lui faire perdre l'idée qu'il pût prétendre à les donner.
Pour y parvenir , on se proposait d'assembler dans une des pièces de l'appartement du roi, au moment de samort , les pairs , les ducs héréditaires , les officiers de la couronne , et les secrétaires d'état. Tous étant en séance , le duc d'Orléans , ayant h cûté de lui le duc de- Bourbon , seul prince dn sang en âge , le duc du Maine et le comte de Toulouse , aurait , d'un air de confiance et d'autorité , déclaré que , vu la nécessité pressante de pourvoir à l'administration de l'État, et son droit à la régence , il prenait dès ce moment le timon du gouvernement ^ et les priait
^e l'aider de leurs lumières ; qu'il ne soupçonnait pas que pei^ sonne pût ni voulût s'j opposer. Si le duc du Maine , ou quelques uns de ses amis secrels dussent pris la parole , et^ montre de l'opposition , les autres auraient applaudi à une action qui relevait leur dignité , les associait au gouvernement , et auraient imposé au peu de mécontens.
L'acte dressé , faire rassembler les troupes , et marcher tout de suite au parlement , non pour faire approuver , mais pour notifier la régence ; y déclarer le plan de gouverner par des conseils , sans nommer encore ceux qui devaient y entrer , et tenir ainsi chacun en respect , par l'espérance ou la crainte de s'en ouvrir ou de s'en fermer l'entrée ; flatter le parlement d'y être admis y et prodiguer ces éloges qui persuadent si aisément la tourbe, mais d'un ton qui ne lui permet que l'approbation ; faire lire ensuite le testament , pour en approuver les dispositions qui ne regarderaient pas la régence , et annuler le reste. Le duc du Maine , encouragé par le chancelier et le premier président , ses amis , supposé qu'ils fussent demeurés tels après l'opération de Versailles , aurait peut->étre entrepris de réclamer ; le duc d'Orléans devait lui imposer silence avec hauteur. On était sur dii lieutenant de police d'Argenson , qui , disposant de la populace , aurait fait recevoir le prince avec des acclamations sur le chemin , aux abords et dans les salles du palais.
Reinold , colonel des gardes suisses , était alors mécontent du duc du Maine ; et le duc de Guiche, colonel des gardes françaises j qui se vendit six cent mille livres an duc d'Orléans, pour le soutenir y en cas de besoin , le jour qu'il vint demander la régence au parlement , se serait donné pour moins à un régent déjà reconnu parles pairs.
Leduc d'Orléans méditait encore , dit-on , la réforme de quantité d'abus , l'abolition des 2»uryivances , le remboursement successif des brevets de retenues , et beaucoup d'autres réglemens que le public désire , et n'aura jamais. Il y a long-temps que de bons Français en sont réduits à souhaiter Pexcès du mal , d'où sortira peut-être le remède. Je vois dans tous les temps les mêmes sottises et les mêmes clameurs ; je n'espère pas que la réformation nous soit réservée.
La reine de Pologne , d'Arquien , veuve de Jean Sobîeski , vint se retirer à Mois. Elle avait voulu autrefois se faire voir en France , sa patrie , sous prétexte de prendre les eaux de Bourbon , et aller de là à la cour ; mais elle rompit sbn voyage , sur ce qu'elle apprit que la reine ne lui donnerait pas la main (i). Le
(f) La reine mère cîc Louis XIV donna la main à Marie de GonwguCj rcint de Pologne , le jour de son mariage. '
dépit la rendit ennemie de la France ; elle eut grande part à la ligue d'Aosbourg. Après la mort dé Sobîeskî , elle alla à Rome , où , n*ajant pu obtenir le traitement qu'avait eu Chriitiae , reine héréditaire , elle en sortit , et vint se fixer à Bloisen 1714*
Sa sœur, qui épousa le marquis de Béthune, était grand'mëre de la maréchale de fieUe-Isie.
Avant de nous engager dans le récit des événemens du règne présent , rappelons quelques traits de la vie privée de Louis XI V, qui le feront mieux connaître que des portraits tracés par la passion pour ou contre lui. Sa taille , son port , sa beauté dans sa jeunesse , la noblesse de ses traits dans un âge plus avancé-, ses grâces naturelles , la dignité de ses propos , la majesté de sa personne , l'auraient fait distinger au milieu de toutes les cours. Tel fut l'extérieur de Louis XIV , dont j'ai vu les restes dans mon enfance. Voyons son intérieur. Ce prince avait l'esprit droit, un jugement sain , un goût naturel pour le beau et pour le grand , le désir du vrai et du juste. Une éducation soignée pouvait étendre son esprit par des connaissances , on ne pensa qu'à le resserrer; fortifier son jugement par Tusage des affaires , on ne cher^ cha qu'il l'obscurcir , en l'écartant du travail ; dévolopper ou rectifier son caractère , on désirait qu'il n'en eût point. Une . mère, aussi avide qu'incapable de gouverner, subjuguée pak- le cardinal Mazarin , s'appliquait k perpétuer l'enfance de son fils , qui ne fut , jusqu'à vingt-trois ans , que la représentation de la royauté. Élevé dans la plus grossière ignorance , il n'acquit pas les qualités qui lui manquaient , et ne conserva pas tout ce qu'il avait reçu de la nature.
A la mort du cardinal Mazarin , Louis annonça qu'il allait gouverner par lui-même ; et , des qu'il ne fut plus ostensible ment asservi , il crut régner. £n butte alors à tous If s genres de séduction , il se laissa persuader qu'il était parfait , et , dès ce moment I il lut inutile de l'instruire. Il céda toujours aux impul-^ lions de ses matti'esses , de êes ministres ou de son confesseur. Il croyait voir une obéissance servile à ses volontés , et ne voyait pas que ses volontés lui étaient suggérées. Quelquefois les choses n'en allèrent pas plus mal. Par exempte , Colbert fait supprimer la charge de surintendant des finances , et le roi croit les gou-*vemer , parce qu'il se charge de toutes les signatures que faisait Fouquet. Cependant Colbert s'empare heureusement de la véri«> table administration. Il égale la recette à la dépense ; forme une marine ; éteudle commerce; établit et multiplie, peut-être Irop, les manufactures; encourage les lettres, les sciences et lès arts. Tout fleurit , c'est alors le siècle d'Auguste : voici le contraste.
LouTOÎs , d'un génie puissant , d'une âme féroce , jaloux des succès et du crédit de Colbert , excite la guerre j dont ii a le département. Il persuade au roi de s'emparer de la Franche-Comté et des Pays-Bas espagnols, au mépris des renonciations les plus solennelles. Cette guerre en amène successivement d'autres , que Louvois avait le malheureux talent de perpétuer. Celle de 1688 dut sa naissance à un dépit de l'orgueilleux ministre. Le roi faisait bâtir Trianon ; Louvois , qui avait succédé à Colbert dans la surintendance des bâtimens , suivait le roi qui s'amusait dans ces travaux. Ce prince s'aperçut qu'une fenêtre n'avait pas autant d'ouverture que les autres , et le dit à Louvois ; celui-ci n'en convint pas , et s'opiniâtra contre le roi , qui insistait , et qui , fatigué de la dispute , 6t mesurer les fenêtres. Il se trouva qu'il avait raison , et comme il était déjà ému de la discussion , il traita durement Louvois devant tous les ouvriers. Aman (1) , humilié , rentra chez lui la rage dans le cœur , et là , exhalant sa fureur devant ses familiers , tels que les deux Colbert , Yillacerf et Saint-Pouange , Tilladet et Nogent : Je suis perdu , s'écria- t-il, si je ne donne de V occupation à un homme qui se transporte sur des misères. Jln'jr a que la guerre pour le tirer de ses bâtimens ; et par dieu ! il en aura , puisqu'il en faut à lui ou à moi,
La ligue d'Ausbourg , qui se formait , pouvait être désunie par des mesures politiques. Louvois souffla le feu qu'il pouvait éteindre ; et l'Europe fut embrasée , parce qu'une fenêtre était trop large ou trop étroite. Voilà les grands événemens par les petites causes. On doit distinguer deux hommes dans Louvois , ce fondateur du despotisme des secrétaires d'état. C'était sans doute un ministre supérieur pour conduire une guerre ; ce qu'il fit pour faire réussir le siège de Gand , est admiré par tous les ' militaires ; mais , si on le considère comme citoyen , c'était un monstre : il eût immolé TËtat à son ambition , à son humeur , au moindre élan de l'amour^propre. £b ! que nous importent des talens dont on aurait pu nous épargner le malheureux emploi ! En lisant l'histoire , je ne rencontre point d'éloge ahi poule d'un prince ou d'un ministre , que je ne m'attende à quelque disgrâce pour l'État. Nous admirons quelques unes de leurs opérations , et nous n'entendons plus les gémisseraens des malheureux qu'ils ont faits , et qui étaient nos pères. Préférons à ces météores brillans et destructeurs , l'administration d'un honnête homme , qui regarde un État comme une famille dont il fait partie , et meurt sans laisser aux historiens une matière intéressante pour les lecteurs. Si le temps me permet d'écrire, ces mé-
(t) C'est sous ce nom qae Racine a desigaé Louvois dans la trag^îe d'Estber.
moires jusqu'à' nos jours , i*aurai occasoin de parler de certains ministres aussi coupables que Louvois , et à qui je ne pourrai pas donner les mêmes éloges. Le chancelier Le Tel lier , père de louvois y qui connaissait les talens de son fils , et Topinion que le roi avait des siens y l'avait proposé à ce prince comme un jeune homme d'un bon esprit , quoiqu'un peu lent , mais propre au travail , et capable de s'instruire , si sa majesté prenait la peine de le diriger. Louis , flatté d'être créateur , donna des leçons à Konvois y qui les recevait en novice. Ses progrès furent graduels, mais rapides. Le roi s'étant une fois persuadé que c'était lui qui faisait tout , le ministre fit bientôt faire tout ce qu'il voulait luimême ; il se rendit maître absolu du militaire ; et comme l'extérieur de la puissance en procure souvent la réalité , il s'attribua des honneurs et des privilèges jusqu'alors inconnus. Il assujétit les généraux à lui rendre compte directement. Le vicomte de Turenne fut le seul qui , ayant par lui*même une trop forte existence pour s'y soumettre , conserva avec le roi une correspondance directe ; ce qui n'empêchait pas le ministre de voir toutes les lettres , et de concerter avec le roi les réponses.
De la part d'un ministre puissant , une prétention vaut un droit ; et l'usurpation le confirme , au point que le plus mince des successeurs, dans quelque département que ce soit , en jouit, et en peut librement aJ>user.
La plus digne action de Louvois donna la première atteinte à sa faveur. Louis XIY lui ayant communiqué , peu de temps après la mort de la reine (i) > le dessein d'épouser madame de Maintenon , il n'oublia rien pour l'en détourner ; et , voyant que c'était un parti pris , il tira du moins parole du roi , que le mariage ne serait )smais déclaré. La cérémonie se fit dans une chapelle des cabinets , par Varchevcque de Paris , Harlay , en présence de Louvois f de Montchevreuil et de Bontems , premier valet de chambre , qui servit h messe , dite par le père La Chaise.
Quelque temps après , Louvois sut que le mariage allait se déclarer. Il en donna avis à l'archevêque, qui avait aussi reçu la parole du roi , et le pria de venir s'unir à lui , pour représenter
(i) Elle moarac le 3o iainet i683. Quelques uns fixent , ed 1686 , le ma^ nage da roi avec madame de Maintenou. U y a apparence qu'il se fit plus tôt. Louiê ayait etscorc besoin de femme, cUit dérdi; et madame de Maintenon trop prude et Urop ambitieuse pour n'eue pas sage. La marcchale de Noailles, • mère du maréchal d'aujourd'hui , (-tait si persuadée de la nécessite d'un se* coud mariage, qu'elle dit à ^madame de Montcspan , après la mort de la reine : ^i fata te presser de marier conuenablement cet homme- In , sans quoi il épousera peui-^tre la première blanchisseuse qui lui plaira, La maréchale « tenn ce propos à plusieurs penoanes , et catrc autres au président Iléoaut , d« qui je le tiens.
8o REGNE
ks engagemens pris avec eux. Avant même Tarrive'e du prélat , Louvois, se jetant aux pieds du roi , le conjura de lui 6ter la vie , plutôt que de faire cet affront à la couronne. Louis voulut l'écarter ; mais Louvois , lui serrant les genoux , ne le quitta point qu'il n'en eût obtenu une ratification de sa parole ; et l'archevêque , qui vint ensuite , la fit confirmer. Madame de Maintenon employa inutilement tous les ressort» de la séduction , le roi la pria de ne lui en plus parler. On conçoit le ressentiment qu'elle en conserva ; elle résolut de perdre Louvois , d'en préparer les moyens , et d'en saisir les occasions.
Les fureurs exercées dans le Palatinat en 1689 , excitèrent une indignation générale. Madame de Maintenon n'eut pas besoin d'en exagérer l'atrocité ; la religion était inutile : l'bumanîté suffisait pour servir de texte, Louvois , après avoir fait incendier Worms et Spire , eut encore la barbarie de proposer de brûler Trêves , pour empêcher les ennemis d'en faire leur place d'armes. Le roi en fut révolté , et le lui défendit. Deux jours après , Lou*- Tois revint à la charge , et dit au roi qu'une délicatesse de conscience l'empêchait ^ sans doute , de consentir à la destruction de Trêves ; mais que guerre et pitié ne s'accordant pas , lui , Louvois , pour en décharger la conscience du roi, avait pris le tout sur soi , et venait d'envoyer l'ordre de cette exécution militaire. Le roi , ordinairement si maître de lui , se transporte de colère, saisit les pincettes , et veut en frapper Louvois. Madame de Maintenon se jette an-devant , et laisse échapper le ministre effrayé. Le roi le rappelle , et ,, les yeux enflammés : Dépéchez un caur^ rier , qu'il arris^e à temps ; s'iljr a une seule maison de brûlée , "DOtre tête en répondra. Il ne fallut point de second courrier , le premier n'était pas parti. Les dépêches étaient prêtes; mais Louvois , déjà sur se* garles , par la façon dont la première proposition avait été reçue, avait suspendu le départ jusqu'à ce qu'il eût vu le succès de sa tentative. Le premier courrier passa , dans l'esprit du roi, pour avoir porté l'ordre sanguinaire; et le second , pour en avoir empêché l'exécution.
Cependant le roi s'aliénait de plus en plus ; des choses moins graves comblaient la mesure ; et quelquefois des actions louables du ministre achevaient d'aliéner madame de Maintenon. Voici un exemple de l'un et de l'autre.
Le roi voulut faire en personne le siège de Mons. Lou Vois, préférant avec raison d'appliquer les fon^s aux dépenses nécessaires, dissuada ce prince d'emmener madame de Maintenon et ses familières, et Louis partit seul. Pendant le siège , Louis, se promenant un matin autour du camp , trouva une garde de cavalerie mal placée , et la plaça autrement. L'après-dînée , il retrouva
^ DE LOLIS XIV. 8i
ceile^garde changée de poste , et demanda à Tofilcier qni l'avait ■lis \k. Il répondit que c'était M. de Louvois. Lui avez-vous dit que c'était moi qui vous avais placé? — Oui , sire, — N'admireZ" vous pas^Lom^s? dit le roi à ceux qui le suivaient ^ H croit saiH>ir la guerre mieux que moi. Que cela fût , ou non , le ministre oe devait pas en faire montre si publiquement. Le roi en fut apparemment piqné ; car il en reparlait encore après la mort de Louvoie.
Au retour de Mons , le roi continuait de travailler avec son ministre ; maisc'était avec un froid, une humeur qui ne laissaient pas douter d'une disgrâce, qui ne fut prévenue que par la mort de Louvois. Le i6 juillet, au milieu d'un travail avec le roi , chez madame de Maintenon , il se trouva si mal , qu'il n'eut que le temps de se retirer et de rentrer chez lui. Son fils , qu'il demanda ««^arrivant , accourut , et >e trouva mort (i).
ïyes que le roi Tappnt , il envoya chercher Chnmiay , et lui offrit la place de secrétaire d'état de la guerre , quoique Barbe- «ieuiTen eèt la surveillance , depuis six ans qu'il travaillait sous son père. Chamiay avait toujours passé pour le meilleur maré<^ chai des logis d'une armée. Recherché par tous les généraux , estimé dnroi, et, qni plus est, de Turenne, il n'en était pas moins cher à Louvois ; ce qui prouve qu'il était nécessaire à tous. Le roi , ne pouvant faire un meilleur choix pour le département de la guerre , le pressa fort de s'en charger. Mais Chamlay fit valoir les titres de Barbesieux, et finit par dire : Si votre majesté ne veut pas absolument donner la place au fils , je la supplie de namrher tout autre que moi , qui ne puis me re\^étir de la dépouille de son phre , mon ami et mon bienfaiteur. L'action de Chamlay étonna tout le monde, excepté lui, qui ne fut étonné que des éloges. Un tel procédé mérite bien sa place dans l'histoire; de pareib faits ne surchargeront pas ces mémoires. Barbesieux fut nommé le soir même. II n'était pas encore ma-^
(i) On sot, par l'onrertarc de son corps, qa^'l avait ete empoisonne ; et Ton prétendait que le poison avait cte mis dans un pot à Teau qu'il avait tonionrs sur sa dieminée , dont il buvait , quand il se sentait échaulTc par le travail. Gomme il faisait alors très-chaud, il avait bu un coup de cette eau, avant d^aller chez le roi. Ou arrêta un frottenr; mais, peu de jours après, il fut rel&chc ; et la famille garda U-dessus nn silence qui fit beaucoup parler. JLes propos commençaient 2i se calmer , lorsqu'ils furent ranimés par la mort singulière d'un iulien nommé Seroni , médecin , domestique de Louvois , et qni ciûit demeuré ches Barbesieux. Serom , s'éunt enfermé dans sa chambre, jeta les hauts cris , comme an homme tourmenté de convulsions , sans vouloir ouvrir sa porte , et criant k ceux qui voulaient lui apporter du secours , qu'il n'avait que ce qu'il mériuît. U expirait , quand on força la porte. Les bruits, étouffés avec le même soin que la première foîi , finnt naître mille soupç<ni8 \ mais on ne sarait sur qni les porter.
jeur; maïs le rof, qui' s^imagina avoir créé le përe, déclara qu'il .iomierait e'galement le fils. Avec beaucoup d'esprit, il avait pour le travail une facilité qui devient inutile , quand elle est sans suite et saus application. Il fut dix ans décoré du titre de ministre, poursuivi par les affaires, et courut après les plaisirs qui le tuèrent. A sa mort en 1710, Chapdillard , déjà contrôleur général, eut de plus le département de la guerre. Le roi , en le nommant, s'expliqua encore comme il avait fait sur Barbe>icnx. La création de Chamillard était plus difficile ; il n'avait pns l'e^^prit de Barbesieux ; et avec des vertus qui manquaient à Louvois , on aurait dévsiré qu'il en eût les talens. On a vu comment, et pourquoi il fut sacrifié à madame de Maintenon.
. Depuis la mort de Louvois , la guerre continuée pendant six ans avec assez de succès, n'en avait pas rendu la paix moins nécessaire à l'État. Par le traité de Riswick, oii elle fut conclue , Louis, obligé de renoncer au projet de rétablir Jacques II sur le trône d'Angleterre , et d'en reconnaître pour roi le prince d'Orange, sous le nom de Guillaume III, n'en conserva que plus d'aversion pour ce prince. La baine de Louis venait de ce que le prince d'Orange , petit-fils de Charles I«'. , roi d'Angleterre , avait refusé d'épouser la fille naturelle du roi et de la duchesse de La Vallière. Louis ne concevait pas qu'un prince d'Orange pût dédaigner une telle alliance. Celui-ci n'avait d'abord rien négligé pour ramener le roi ; ibais ne pouvant réussir : Si je ne puis, dit-il , avoir son amitié, f aurai du moins son estime. Il la méritait à bien des égards , et ne parlait de Louis qu'avec dignité. Un jeune lord, à son retour de France, ayant dit à Guillaume , que ce qui lui avait paru de plus singulier à la cour de Louis , était que ce prince eût une vieille maîtresse ( madame de Maintenon) et un jeune ministre (Barbesieux), il lui répondit: Cela doit vous apprendre, jeune homme, quil n*a besoin ni de Vun ni de Vautre (1).
Louis ne pouvait pas ignorer combien il avait fallu négocier pour conclure la paix, et gagner le duc de Savoie , que l'orgueil
(t) Guillaume nVaitpas toujours é\fi si circonspect. NVtaot encore que italbouder , et se uouvant h la reprësenution d'une pièce, à peine eut-il entendu le début d'un prologue à sa louange, qu'il fit retirer l'acteur. Ce coquin , dit-il , me prend pour le roi de France, On soupçonna cette scène d'aToir éx.é concertée. Le prince Eugène en osa , après la bataille d'Hochstet» d'une manière encore pins offensante. Il invita les prisonniers français à un opéra ; et , an lien d'une pièce suivie, fit chanter cinq prologues de Quinanlt, pleins d'«loges pour Louis XIV. f^oi» vojres, ditril aux FnmçaiS; que j'aime à entendn Ut louanges de votre maître.
DE LOUIS XrV. 83
làe Loovois arait si fort aliéné. Il devait savoir que tous les ressentimens ne s'éteignent pas à la paix. Au lieu d'en profiter pour soulager les peuples, et réparer les malheurs de la guerre, on donna à Compîègne le spectacle d*un camp de Darius; et cette image de la guerre exigea les mêmes dépenses que la réalité. Depuis que le roi avait prétendu goufemer par lui-même , il n'avait admis dans ses conseils aucun prince du sang. Il ne voulait élever que ceux qu'il pouvait anéantir, comme il les avait créés. Un ministre étaittout dans la faveur , et rien après sa chute. .Le premier maréchal de Villeroi , gouverneur de Louis XlV, tenait à ce sujet un propos qui, pour être bas , n'en était que plus ex^ pressif. Il faut , disait-il , tenir le pot de chambre aux ministres, tant qu'ils sont en place, et le leur verser sur la téte^ quanttits n'y sont plus. Il ajoutait : Quelque ministre des finances qui' vienne en place , je déclare d'avance que je suis son sert'ileur, son ami, et même un peu son parent. Voilà de grandes qualités de courtisan ; je doute que ce soit celles d'un homme propre k élever un roi.
Louis n'aimait que l'esprit qui pouvait contribuer à l'agrément de sa cour , à ses plaisirs , à ses fêtes , h la gloire de son . règne; l'esprit, enfin, dont il ne pouvait être ni embarrassé, ni jaloux. Il protégea Molière contre les faux dévots ; mais la dévotion , Traie ou fausse , n'avait pas encore alors percé à la cour. A l'égard de ceux qui l'approchaient et qui pouvaient le juger , il préférait la soumission aux lumières ; et disait quelquefois ^ qu'il craignait les esprits : crainte assez ordinaire aux princes ^ et à la plupart de ceux qui les représentent , à moins qu'ils n'aient eux-mêmes assez d'esprit pour ne pas craindre le parallèle. Il goûtait une satisfaction puérile à voir baisser les jeux à ceux qu'il regardait. Tout fléchissait devant un monarque , dont la plus forte passion était d'être absolu et de le paraître. Son fils, sans aucun crédit, fut toujours devant lui, autant dans la crainte que dans le respect. Tout mérite qui pouvait le blesser , lui portait ombrage. Son frère. Monsieur, ayant remporté une victoire à Cassel, reçut un froid éloge , et ne commanda plus. Il n'oubliait rien de ce qui inspirait une sorte de vénération pour sa personne. Lorsque Monsieur venait lui faire sa cour au dîner, il y restait debout, jusqu'à ce que le roi lui ordonnât de s'asseoir sur un tabouret, et quelquefois il le faisait mettre à table, pourvu qu'il arrivât avant que le roi fût assis. Si Louis faisait sentir sa majesté aux grands de sa cour, il la déposait dans sa domesticité intérieure. Nul maître ne fut plus aisé à servir; il laissait volontiers prendre à ses valets une espèce de familiarité; et plusieurs en usaient avec beaucoup d'adresse : il n'était pas indiffé-^
rent de les avoir pour amis. Us ont élevé ou renversé bien des fortunes; et peut-être en est-il ainsi dans toutes les cours. Louis aimait à leur voir marquer des égards par les seigneurs. Ayant envoyé un valet de pied porter une lettre au duc de Montbason , ce duc , qui la reçut au moment oii il allait se mettre à table , força le v^Iet , aux yeux de la compagnie , d'y prendre la première place\ et le conduisit ensuite jusqu'à la cour , comme étant venu de la part du roi. Ce prince ne s'attendait pas , sans doute ', à cet excès de politesse , qu'un autre eût pu prendre pour une dérision ; mais il en sut gré y puisqu'il ça parla quelquefois avec complaisance.
Tout ce qui pouvait rappeler à Louis XIV un temps de faiblesse da^s le gouvernement, révoltait son âme. Cest ce qui lui rendit toujours désagréable le séjour de la capitale, d'oii il avait été obligé de sortir dans son enfance pendant les troubles de la fronde. (Cette répugna9ce pour Paris a coûté des milliards au royaume pour les bâtimens du superbe et triste Versailles , qu'oi^ nommait alors un favori sans mérite ; assemblage de richesses et de chefs-d'œuvre , de bon et de mauvais goût. £n fuyant le peuple dont la misère n'aurait blessé que ses yeux > il voulait que sa cour fût également nombreuse et brillante. Il remarquait exactement l'assiduité et les absences des courtisans. Si l'on deqiandait une grâce pour un homme peu assidu , et fait pour la cour , il n^ donnait souvent d'autre raison du refus, sinon que ne le voyant jamais, il ne le connaissait pas. S'il adressait la parole à quelqu'un qui ne fût pas de ses familiers, c'était une distinction qui faisait la nouvelle du jour. Il choisissait parnii ceux qui se présentaient pour Marly; mais il voulait toujours qu'on le demandât, dût-on être refusé.
Si Louis n'habita pas sa capitale , il voulut être instruit de tout ce qui s'y passait; et les rapports ténébreux de la police étaient souvent des délations. Une autre espèce d'inquisition dont Lo^vois fîit l'inventeur , et qui s'est conservée , est la violation du secret de la poste , attentat contre la foi publique. Tout citoyen est comptable de ses actions ; Ip gouvcmeuient a le droit de les éclairer; mais il n'en a aucun sur la pensée écrite, et une lettre est la pensée écrite. On ne doit pas entendre ce qui se dit à l'oreille d'un a;ni. On ne peut donner atteinte à cet égard à la liberté du citoyen 9 que lorsqn'il s'est rendu justement suspect à l'État.
Un autre motif éloignait encore XiOuis XtV de sa capitale ; il craignait d'abord d'exposer le scandale de ses amours ^ux yevx de la bourgeoisie, la' seule classe de la société oii la décence des mœurs subsiste ou subsistait encore. Mais bientôt il se lassa
3e tant de circonspection. Madame de La YaHiêre fîit la première maîtresse déclarée , et il la fit ducbesse de Yaujour. Cette femme d'un caractère doux, incapable de nuire , même de se venger , en cédant à sa faiblesse pour le roi ,' regrettait sa Vertu. Sei remords , encore plus que les dégoûts causés ^ar une rivale , la conduisirent aux Carmélites , oii elle vécut trente-sir stns dans la plu» dure pénitence. Elle n'était pas enbore retirée de la cour, que la marquise de Montespan (i) lui avait déjà enlevé Ib cœur du roi.
Le scandale d'un double adultère fit le plus grand éclat ; et le roi s'en inquiéta si peu , qu'il ^e fit suivre dans ses caknpagnes et dans les villes frontières par ses deul maîtresses , Tune et l'autre dans le même car rosse que la reine. Les peuples accouraietit pourvoir, disaient-ils , les trois reines. Louis ne gardait plus de mesures. La cour se tenait cbez la nouvelle favorite. Les coucbes^ de là première avaient été secrètes , sans être ignorées ; celles de la seconde étaient publiques. La marquise de Tbianges , sa' sœur , faisait avec elle les bonneurs des fêtes brillantes que lé roi donnait sans cesse. L'abbesse de Fontevrault, autre sœur pleine d'esprit , de grâces et d'érudition , aimée et respectée dé tout son ordre , y maintenait la règle par son exemple , tant' qu'elle était dans le cloître ; ce qui ne l'empêcbait pas de venir par intervalles montrer son voile et sa croix dans cette cour de volupté. Personne n'y trouvait d'indécence, et l'on en aurait été édifié , si le roi l'avait voulu. En effet, il est le seul prince dont ^exemple n'ait pas fait^ autorité pour les mœurs publiques. Les courtisans les plus dissolus étaient encore obligés à une sort^ de décence extérieure; autrement ils auraient craint dfe lui déplaire. Quelques uns n'osaient pas même juger intérieurement leur maître. Ils respectaient en Ibi ce qu'ils se seraient crus coupables d'imiter; semblables à certains payens que la pureté' de
(i) Ë]]« rejeta d'abord Us jfirûponùons dû roi, et conseilla k son mari de remmener dans SCS terres. Montespan s'opiniâtra à demeurer &- la cour ; et, lors* que sa femme entende ans poursuites du roi, il fut exilé en Guyençe, après avoir éié qndquc temps k la Bastille pour les propos qnSl tenait , et la foK« qu'il fit de prendre le deuil comme veuf. La femme, de son c6t«, quitta les armes et les livrées de son mari , et prit celles de sa maison , qui e'taitRocbechouart. Cet exemple fut suivi depuis par madame de Maintenon , et Ta éié de nos jours. Le roi , croyant ne pouvoir pas faire ducbesse madame de Montespan , du vivant de son mari, qu'il ne vonlait'ou n'osaic faire dD<r, et qui même eât refuse de l'être par un tel canal , la nomma surinteudanie de la maison de la reine , et par là lui dbnna le tabouret. On n'a pas été depuis si embarrassé.
La place de surintendante avait été créce pour là comtesse de Soissous^ Mancini , qui fat forcée de donner sa démission.
leurs mœurs n'empêchait pas d'adorer un Jupiter séducteur et adultère.
Madame de Montespan, belle, et avec* ce tour d'esprit alors , dit-on , particulier aux Hochèchouart , était haute , capricieuse , dominée par une humeur qui n'épargnait pas mêfne le roi. La reine en éprouvait des hauteurs, et disait souvent: Cette ... me fera mourir ; au lieu que la duchesse de La \alliëre, par ses respects , ses soumissions , par sa honte même , semblait lui demander pardon d'être aimée : aussi en fut-elle toujours traitée avec bonté (i).
Je ne parle point de madame de Fontange, dont la vie fut si courte. Je ne réveille point les bruits sur madame de ^oubise » qui fortifia souvent les soupçons par son affectation à les écarter. Je ne rappelle les galanteries du roi que pour mieux faire connaître ce prince et sa cour. Je ne m'arrêterai point sur les corn* mencemens de madame de Mainlenon, si connus par tant de mémoires. Je n'envisagerai que le changement de scène qui se fit à la cour par elle , ou à son occasion.
Tant que le roi avait été occupé de ses amours , la cour avait été galante ; aussitôt que le confesseur s'en fut emparé , elle devint triste et hypocrite. Oi^ s'était empressé aux fêtes , aux spectacles : on courut à la chapelle ; mais le roi était toujours le dieu à qui s'adressait un nouveau culte. Il ne tint qu'à lui de s'eu apercevoir quelquefois. Un jour que ce prince devait venir au salut , les travées étaient pleines de dévots et dévotes de cour. Brissac, major des gardes du corps, entre dans la chapelle , dit tout haut aux gardes , que 1^ roi ne viendrait point , et les fait retirer. Les travées se vident à l'instant ; il n'y reste que la marquise de Dangeau et trois ou quatre autres femmes. Un quart d'heure après , Brissac replace les gardes. Le roi , en arrivant , est étonné d'une solitude si extraordinaire : Brissac lui en dit la raison ; le roi en rit , et peut-être excusa-t-il l'indifférence qu'on marquait pour le salut , par le respect et la crainte qu'on téuioignait pour sa personne.
Le roj , ayant commencé à tourner vers la dévotion , madame de Maintenon l'y porta de plus en plus. Dans les situations fâcheuses et subalternes oit elle avait passé sa vie , elle avait affiché la pruderie ; il ne s'agissait pas de changer de rôle à un âge oii
( i) La reine , ëuot alUe la toit aux Carmdites , voulut la faire asseoir eomme ducheste \ niais cet honneur lui rappelant ses faiblesses , elle pria la reine de l'en dispenser. Je ne suis et ne dois plus , dit-elle, être que religieuse. Lorsqu'elle apprit la mort de son fils le duc de Vermandois : // fau^ donc , dit-elle, que je pleure sa mort ayant d'avoir achevé de pleurer sa naissance*
tant d'autres le prennent. Ce n'était plus que par là qu'elle pouvait s'assurer du roi. Née iaus la misère, elle avait souvent été obligée, pour en sortir, de se plier aux différens caractères: cette habitude lui fiit d'un grand secours auprès du roi. Elle savait que le faible de ce prince , jaloux de son autorité , était de paraître tout faire par lui-même ; elle en tirait jusqu'aux moyens de le faire vouloir ce qu'elle désirait. Toujours dans la cont^rainte, d'abord pour subsister, ensuite pour s'élever, enfin pour régner, elle ne fut jamais heureuse, et n'a mérité l'excès ni des satires ni des éloges dont elle a été l'objet.
Le travail des ministres et. des généraux avec le roi , se faisait chez elle et en sa présence. Ils comprirent qu'ils ne lutteraient pas de crédit contre elle ; ne pouvant la renverser, ils se soumirent , et discutaient avec elle les affaires avant de les rapporter devant le roi. Jamais elle ne prenait la parole qu'il ne l'interrogeât, et elle répondait avec une réserve, un air de désintéressement qui écartait toute apparence de concert entre elle et le ministre. Si le roi venait à soupçonner quelque intérêt de leur part , il prenait le parti opposé , et s'ils osaient insister , il leur faisait une sortie terrible. Il se repaissait alors de l'opinion de son indépendance 9 et quand il avait bien savouré celte idée, femme, ministres, ou confesseur, avaient pour long-temps la faculté de lui faire adopter les leurs.
Si le roi était flatté de l'air soumis de madame de Maintenon dans les affaires, il l'en dédommageait par plus de marques de respect et de galanteries , qu'il n'en avait jamais témoigné à ses maîtresses , ni à la reine. Aux promenades de Marly , enfermée dans une chaise pour éviter les moindres impressions de l'air , elle voyait le roi marcher à côté , se découvrant chaque fois qu'il se baissait pour lui parler. C'était encore ainsi qu'on la vit placée sur uneéminence, au camp de Cpmpiègne, entourée de toute Ia cour , Je roi debout à c6té , pour répondre à ses questions , et la duchesse de Bourgogne assise sur un des bâtons de la chaise.
Dans l'appartement, il était encore moins possible demécon-> naître une reine : assise dans une espèce de confessionnal , elle se levait un instant, quand Monseigneur ou Monsieur entraient^ et parce qu'ils venaient rarement dans cet intérieur. Elle ne se dérangeait nullement pour les princes et princesses du sang , qui n'y étaient admis que par audiences demandées , ou lorsqu'elle les envoyait chercher pour quelque sèche réprimande. Jamais elle n'appela la duchesse de Bourgogne que mignonne , et celle-ci ne la nommait que ma tante. A l'égard des fils er petits^-fils de France , c'était toujours, et même en présence du-
roi , le dauphin » la. dauphine , le duc de Berri, etc. , aaiu addition de monsieur ni de madame , bagatelles qui ne mériteraient pas d*etre rappelées , si elles ne servaient à constater l'état de madam.e de Maintenon. Le roi lui laissait tout l'empire qui ne le gênait pa^ lui-même » car , sur cet article , il était sans aucun égard. S'il arrivait chez madame de Maintenon, et qu'il la trouvât incommodée 9 quelquefois avec la fièvre, cela ne l'empêchait pas de faire ouvrir les fenêtres, parce qu'il aimait l'aiir. Il ne souffrait pas la moindre contrariété sur ses voyages. On essaya en vain de rompre celui de Fontainebleau , à cause de la grossesse de madame de Bourgogne « ou de la faire au moins dispenser du voyage : représentations inaUiles , il fallut partir. Elle fit ui^e fausse couche, et il en fut consolé par la satisfaction d'avoir été obéi. L'âge et la dévotion semblaient endurcir u& cœur naturellement peu sensible.
La révocation de l'édit de Nantes fut Taete le plus terrible àe cette dévotion fanatique. Louis prétendait régner sur les consiciences. La France , déjà ruinée par la guerre , le luxe et le» fêtes , fut dépeuplée par les proscriptions ; et les étrangers se sont enrichis de nos pertes. Louis ne fut que l'instrument aveugle de tant de barbarie. On lui peignait des couleurs las. plus noires ces hérétiques , à qui son aïeul Henp i devait princi^ paiement la couronne ; on ne lui parlait point de la ligue. Madagie de Maintenon , née dans le sein du calvinisme , craignit de rendre sa foi suspecte, en intercédant pour ses premiers frères. Louvois , qui frémissait de devenir inutile , s'il n'entretenait comme un feu sacré , celui de la guerre , espérait enflan»mer tout le protestantisme de l'Europe. Il n'eut pas même pooi? excuse l'aveuglement du fanatisme , il ma fut que barbave. D'autre part, des moines ignorans, des prêtres forcenés, des évéques ambitieux , criaient qu'il ne fallait qu'un Dieu » un rei, une religion , et persuadaient à un prince enivré de sa gloire , que ce prodige lui était réservé. Une telle entreprise paese le pouvoir des rois. Les esprits se séduisent , les. cœurs fr'avilisseot ; mais les consciences se révoltent.
Deux religions sont saas doute im malheur daas im État ; mais un gouvernement éclairé , sage , femBie et vigilant , est le seul et sur moyen de les contenir. Si l'on se bornait à donae* les places, les dignité&, les distinctions à la religion nationale et dominante, la secte SMprisée tomberait d'eUe-raême. Si ^tun religions ne peuvent rester absokmaent tranquilles dana un^Étot, le seul rra^ède est de les tolérer teute», subordonnées à 1» déminante. Les ha^ies pavtagjées. s'afiaibltaseni ; ime étwilaCioa de
régularité tt dt mœurs peut naître de k dîwion. L'Angleterre et la Hollande doivent peut-être autanf leur tranquillité religieuse à la multiplicité des sectes qu'à leur police.
Il est £àchettxpour l'honneur ^eBossnet , dont lenom était d'un si grand poids dans les affaires de religion , qu'il n'ait pas employé son éloquence à défendre l'e^nt de l'Évangile centre les furieux apôtres du dogme. Au lieu de ces volumes théologiqnes qu'on ne lit plus, il aurait donné des exemples du cfarisliianisme. Ce përe La Chaise , d<Mit on vantait la douceur, ne pouvai^il persuader à son pénitent qu'il n'expierait pas le scandale de sa vie passée 9 par des actes de fureur. Mais ce confesseur était nn ^ ministre qui craignait de hasarder sa place , un prêtre timide qui tremblait devant celui qu'il vojait à ses pieda. Loin dfentr^ prendre de les excuser , avouons que l'un et l'autre fuvent eomplices de la persécution. Le ministre de la gverre fut un de» casuistes du roi. Le chancelier Le Tellier , digne peve de Low» vois, signa l'édit de sang qui proscrivait trois millions de citoyens^ et prêt à descendre dans le tombeau ^ ae fit l'application sacrilège du cantique de Siméon.
Les gémissemens des vrai» chrétiens étaient étouffé» perde» acclamations de louanges fanatiques. Les thèses d'apparat étaient dédiées au vainqueur de l'hérésie. La fureur du panégyrique avait passé du théâtre dans les chaire». Le» jésuites, surtout , se* signalèrent , en exaltant la puissanee et 1» piété dn Louis ; il» flattaient son orgueil et prévenaient ses Démords. Ol» ne lui parlait que de conversions opérée» à sa voix, et des dragon» étrient ses missionnaire», portant le fin; et 1» flamme. Il se croyait un apôtre, et se voyait canonisé au milieadb8»monnmen» dttse» adultères*
Le )é<Miite Teïlier en usa dao»k »nit» ponr k constitution*, comme Louvois avait fait contxelies protestms. llft^e»intrigwe»^ même inquisitio»,. mêmes séductions^ menaces ettouraien». Si Ib' tyrannie fut plus sourde , elle n'en fut pas moins cruelle; et Louis en fut toujours l'instrament.
Tel fut ce prince surnommé le Grand , titre si prodigué aux princes tant qu'ils vivent , et que la postérité confirme si rarement. Louis le dut à ses premières prospérités ,. au concoucsdes homme» célèbres en tous genres qui ont illustré son nègne. Çnaadt il n'en serait que L'époque, un prince en »ecueille le gloire , et l'on peut en rapporter beaneonp à Louis XIY. Son ardeur pour la gloire , son goèt pour le grand et le noble , le désir de lui plaire , dont il faut encore hii faire honneur, puisque ses qualités pe»sonnelles l'inspiraient en partie , les récompense»,, les distinctîoii» qu'il accorda souvent au mérite ; tout concourut k rendre son
règne le plus brillant qu'il y ait eu depuis Auguste. Les lettres , les sciences , les arts , tous les talens naissaient à sa voix , et portaient son nom. au delà de l'Europe ; ses bienfaits allèrent cher^ cher le mente chez les étrangers. On se glorifiait alors d'être Français , ou d'être connu en France. Les louanges idolâtres que des gens de lettres lui prodiguaient , n'étaient pas absolument fausses de leur part , et pourraient être excusées. La majesté de sa personne , le faste même de sa cour , le culte qu'ils lui voyaient rendre , saisissaient leurs imaginations ; l'enthousiasme devenait contagieux ; l'encens des adorateurs les enivrait euxmêmes (i).
Cependant, les rayons qui partent du trône n'échauffent que ceux qui en approchent.* Ils éblouissent au loin , et n'y portent point cette chaleur vivifiante , qui anime une nation. Tout fleurissait à la cour ; et la substance du peuple était l'aliment du luxe. Les grâces, disons mieux , la reconnaissance du monarque, car il en doit , ne s'étendait point sur un peuple, dont il tirait sa force et son éclat ; sur les cultivateurs , genre d'hommes plus précieux que des artistes , des poètes et des orateurs. Malheureusement , ceux-ci flattent l'orgueil des princes , leur dispen— sent la gloire, trompent la postérité, et presque les contem* porains. On ne connaîtrait pas la vérité , si des écrivains désintéressés, amis de l'humanité, n'avaient le courage de réclamer pour les hommes contre leurs oppresseurs. Je crois remplir ce devoir sacré. Je suis très-éloigné de vouloir dépriser les talens par leurs abus. C'est le premier, le plus beau, le seul luxe utile d'un grand État ; mais dans un édifice on ne doit pas préférer les ornemens à la base.
Je n'ai dissimulé ni les bonnes qualités, ni les défauts de Louis XIV ; mais il serait injuste de lui reprocher toutes ses fautes. Nous avons vu le peu d'éducation qu'il avait teçu. Ajoutons le soin qu'on avait pris d'altérer les vertus qu'il pouvait
(i) Tous ne sont pas de si bonne foi. Quelques «krriyains ne se prostituent que trop à ceux dont ils espèrent on qu'ils craignent. Le plus médiocre des princes , avec huit ou dix pensions rqiandues sur des écrivains de différentes nations, serait sûr de se faire célébrer comme un grand homme. Ces trompettes de la renommée ne sont pas chères. J*ai eu la curiosité de relever , dans les mannscriu de Colbert , l'état des pensions que Louis XIV donna aux geoa de lettres français ou étrangers. Le total ne monte qu'à soixante-six mille livres , savoir, cinquante^eux mille trois cents livres aux Français , et qua torse mille livres aux étrangers. Tous ceux qui en furent gratifiés , recon* nurent sans difficulté ce prince pour Louis-le^rand. Léo AUatius , bibliothécaire du Vaticati , refusa noblement la pension de quinze cents livres , pour laquelle il était nommé , parce que la cour de Rome éuit alors brouillée avec qellc de Fraace.
avoir 9 %t voyons ce qu'on doit imputer à ceux qui rapprochaient. Jamais prince n'a été l'objet de tant d*adoration$. Les hommages qu'on lui rendait , étaient un culte , une émulation de servitude , une conspiration d'éloges , qu'il ne rougissait pas de recevoir, puisqu'on ne rougissait pas de les lui donner. La dédicace de sa statue à la place des Victoires fut une apothéose. Les prologues d'opéra l'enivraient de l'encens le plus infect , au point qu'il les chantait naïvement lui-même. L'évéque de Noyon, Clermont-Tonnerre , si glorieux et si bas y foi^de un prix à l'Académie, pour célébrer à perpétuité les vertus de Louis XIV, comme un sujet inépuisable. On venait le matin dans la chapelle du Louvre, entendre le panégyrique de S. Louis ; et le soir, à l'assemblée, on assistait avec plus de dévotion à celui de Louis XIV. Ce n'était point à son insu ; on allait sans pudeur lui communiquer le sujet de chaque éloge. Ce n'a pas été sans contradiction de la part de quelques serviles académiciens , que je suis venu à bout de dénaturer le sujet du prix : tant l'âme qui a rampé, a de peine à se relever (i). Le duc de Grammont, . fils du premier maréchal de ce nom , demanda au roi un brevet d'historiographe , pour être un flatteur en titre. Si on lui en préféra d'autres , la vérité n'y gagna pas davantage.
Faut-il s'étonner qu'au milieu d'une cour d'empoisonneurs^ Louis ait pu tomber dans un délire d'amour^propre et d'adoration de lui-même ? Les maladies seules pouvaient lui rappeler qu'il était un homme. Il ne concevait pas qu'on pût séparer l'État de sa personne ; on ne lui avait pas appris que , pour accoutumer les sujets à confondre ces deux idées-, le prince ne doit jamais •éparer leur intérêt du sien. Loovois , en inspirant k Louis XTV un esprit de conquête , lui avait persuadé qu'il pouvait disposer des biens et du sang de ses peuples. De là sortirent ces armées immenses , qui forcèrent nos ennemis d'en opposer de pareilles , mal qui s'est étendu, et qui continue de miner la population de l'Europe. J'ai observé, dans ma jeunesse , que ceux qui avaient le plus vécu sous son règne, lui étaient le moins favorables. Ces impressions se sont effacées, à mesure que les malheureux qui gémissaient sous lui , ont disparu. Mais comme il subsiste des
(i) Rien ne peint mieux rimprestion que la prëience dn roi faisait dans les espriu , que ce qui arriva à Henri-Jules de Bourbon, fils du grand Condé. Il éXMt snjetà des Tapeurs, que, dans tout autre qu'un prince^ on aurait appelé folies. Il s'imaginait quelquefois être transforme en chien, et aboyait alors de tontes ses forces. Il fut un jour saisi d'un de ces accès dans la cliambrc du roi. La présence du monarque imposa à la folie sans la détruire. Le malade se retira yers la fenêtre ^ et metunt la tête dehors , étonfla sa voix le pins qu'il pnt, CD faisant tontes les grimaces de l'aboiement.
fp RÈGNE DE LOUIS XIV.
monument àe sa gloire , son règne sera toujours otie époqaf remarquable dan» les fastes de la monarchie.
On peut regretter une certaine dignité qui faisait dors respecter les hommes en place. Il y » aujourd'hm moins de dëcence dans nos mœurs. Je sais que de tout temps on a exalté les vertus antiques. Ces discours répétés â*âge en âge , prouvent que les hommes sont au fond toujours les mêmes. Cependant il y a des siècles oii le vice se montre plus ou moins à découvert , et jamais on ne s'est moins caché que pendant et depuis la dernière régence ; on pourrait m'objecter l'hypocrisie , ce vice méprisable et odienx, si connu dans les dernières années dé Louis XIV; mai» il y avait de moin» le» vicieux que fait nattre l'exemple.
Qoelie que soit ma façon- de voir et de juger , j'ai exposé si lldëlement les ftiits , que je ne prive pas le lecteur de la faculté de porter un jugement différent du mien.