CHAPITRE IL
Des opérations qui précèdent la constructibn des chemins,
Jua première opération de l'art qui conduit k la confection d'une nouvelle route , ou à la réparation d'un ancien chemin , est celle d'en lever un plan exact , et de tirer les niveaux des pentes sur lesquelles la nature et la disposition du terrain per> mettront qu'on les mette. Mais si , par la connaissance qu'on m , ou qu'on prend de cet ancien chemin , on voit qu'il en coûterait plus de le réparer que d'en faire un nouveau ; alors il faut étudier avec soin toutes les raisons de convenance qui peuvent déterminer à le faire plutôt passer à droite qu'à gauche. L'intérêt du commerce doit être le premier motif de la détermination générale , relativement aux villes et bourgs par lesquels on pas» sera , et qui formeront autant de points capitaux auxquels il faudra s'assujétir pour la distribution des parties. Il pourraii
néanmoins arriver que les obstacles q ui contrediraient la meilleure de ces convenances fussent tels qu'ils forçassent à y renoncer ; car s'il y avait plusieurs rivières assez considérables pour exiger des ponts dispendieux, des montagnes inaccessibles aux voitures , dont l'adoucissement dÀt occasiouer des travaux excessifs ; des qualités de terrain impraticables , telles que des marais ; ou une si grande rareté de matériaux , qu'on fût obligé de les tirer de trop loin ; en ce cas il faudrait prendre un autre parti , et chercher à dédommager le commerce des pertes qu'il ferait d'un côté par les avantages qu'il trouverait ou qu'on pourrait lui procurer de l'autre. La connaissance de la longueur des deux trajets est iodispensablement nécessaire pour cette comparaison , parce qu'une route qui présente au premier aspect des obstacles febutans , peut tellement abréger , qu'en cette seule considération la préférence lui soit due par le gain Wsible qu'on trouverait dans la diminution des frais du tran»port des marchandises et des denrées. Quoique j'aie dit qu'il en est d'un État comme d'un particulier , qui doit toujours proportionner ses dépenses à ses facultés , et que cette maxime soit exactement vraie, l'application en est souvent trës^iBFéFente. Ici le particulier sujet à la mort ne peut fonder le succès da ses entreprises que sur sa propre économie et sur un terme mesuré à son âge. L'État ne mourant point ne doit se désister de poursuivre ses avantages, ni par égard à la vicissitude des choses humaines , ni par rapport k 1« durée du temps qu'exigera l'exécution. Il y a long-temps que le Louvre perfectionné serait un objet d*admiration pour tout l'univers , si depuis la mort du grand G>lbert, on avut seulement employé un mil«lion par an à finir son magnifique ei utile projet, par lequel le roi pourrait revendre les matériaux et remplacement du Palais ou y faire une place publique digne de Paris et de l'effi-* gie de Henri lY, en faisant tout à la fois de cette vaste en- - ceinte du Louvre, le temple de la justice, le portique des sciences, et l'Aoadémie des beaux arts. Et si parva îtcet componert Tnagnis } la route d'Orléans, impraticable en 1727, n'a été mise à neuf et toute en pavé carré , que par un travail non interrompu de onze années compris en un seul marché* Il est donc certain que le plus sûr et le plus louable moyen d'avancer le bien public dans la partie que je traite, c'est de former de grands projets et de les attaquer par tant d'endroits , que les successeurs , si l'on n'a pas le temps de les finir , soient forcés^ pour leur propre honneur , de les suivre et de les achever.
Je suppose que , par tous les motifs qui doivent déterminer le choix d'une routç , la construction générale en soit résolue
5ro ' ESSAI
clans l'état actuel où est la directioa de ce département ^ on ordonnera anx ingénieurs en chef de toutes les généralités, sur lesquelles celte route devra passer , d*en lever le plan sur retenue de leur district , en suivant les aboutissaus de cha<)u<'. partie qui leur auront été indiqués , et il leur sera prescrit d y comprendre à droite et à gauche les terrains sur lesquels leur avis sera , ou de conduire le redressement de l'ancienne route , si Ton juge à propos de la conserver , ou d'aligner la nouvelle , si Ton veut abandonner l'ancien chemin. Quand ces plans seront tous levés , on les remettra à l'inspecteur général chargé de ces provinces : il se transportera sur les lieux avec les iogcnieurs en chef, pour examiner si les lignes du nouveau pian ont été sagement tirées eu égard à la nature du sol , à l'abondance et à la facilité du transport des matériaux , à la commodité des voyageurs par rapport aux gttes, à leur sûreté par rapport aux bois et lieux déserts qui pourraient servir de retraite aux voleurs, à l'exploitation des manufactures, à la quantité de ponts , pontaux ou aqueducs qu'il faudra bâtir , et enfin eu égard à toutes les autres considérations que la prudence humaine peut suggérer. Si l'inspecteur général approuve tout le projet il l'adoptera ; s'il <^iBe qu'il faille j changer , il dressera un mémoire de -ses observations, et il fera rapport du tout au commissaire général. Je supplie qu'on veuille bien se rappeler ici tout ce que )'ai décrit dans la première partie , des précautions qu'on prend pour ne rien laisser échapper de tout ce qui pourrait attirer une juste censure du public sur l'exécution 4es projets : on examinera celui-ci non-seulement dans cette wie, mais encore pour éviter les moindres défauts dont les savaai pourraient seuls s'apercevoir. Supposons maintenant le piau général approuvé : les opérations préliminaires vont devenir plus détaillées.
Comme le magistrat aura décidé avec l'agrément du ministre par quels des intervalles il veut commencer dans chaque généralité , il chargera les ingénieurs en chef de lever sur une plus grande échelle les plans particuliers de ces intervalles et d'y joindre les différens profils , tant des niveaux de pente sur la longueur, que des glacis (i) et des bermes (2) sur la largeur, afin de faire voir les emplacemens des déblais (3) et remblais (4) qui seront indiqués par le devis pour réduire ou
(i) P«nte douce des terres qui bordent un cbemia en conircmoac ou ca cODlrcban.
(a) Chemin de terre entre la bordure de la cLausȎe et le fosse.
(3) Retranchement dô tencs.
(4) Rapport de terres.
pdur rehausser le terrain. Enfin à ces plans et profils seront [Oints en grand les dessins des ouvrages de maçonnerie ou de charpente nécessaires à l'accomplissement du projet. Voilà bien du travail ; et cependant le plus difficile reste à faire c'est le deyiset le détail estimatif de tons ces ouvrages à exécuter tant à prix d'argent seulement qu'en tout ou partie par le secours des communautés. Non-seuleriient Ces devis exigent beaucoup de lumières , d'ordre et de netteté , mais les détails sont d'une discussion pénible et difficile par la précision avec laquelle il . faut évaluer l'extraction des matériaux, la fouille des terres et le transport des uns el des autres ; ce qui exige un calcul exact de tous les solides, celui des distances , et du nombre de journées d'hommes , de voitures ou bétes de somme qu'il faudra y ertiployer ; enfin la main-d'œuvre des ouvrages d'art le prix des outils à fournir, et tous les autres frais indispensables. C'est néanmoins par ce détail qu'il faut commencer par ^incertitude où Ton est que l'objet de la dépense ou d'autrel motifs ne fassent différer le travail , et que tout le temps quooarurait employé à dresser un devis qui souvent compose im volume , ne soit perdu ou n'ait fait remettre âes occupations plus .pressantes. Tout ce nouveau travail essuie encore les mêmes inspections , examen et contredits dont j'ai fait ailleurs la description , après quoi l'on fait part de la décision aux intendans, et le ministre leur enjoint d'y tenir la main.