CHAPITRE V
Des ousnrages du pavé de Paris, et des moyens qu on y emploie.
Kjia ne se sert que de pâvé de grës pour les rues de la capitale , et on y en emploie de trois qualités : le plus dur se tire des carrières de Pontoise , Sergi , Meri et autres lieux situés au couchant de Paris. Celui de Ta seconde sorte se prend a Orsai , Palaiseau et autres cantons du midi. Le moins dur, et parmi lequel il s'en trouve beaucoup de tendre , vient de la forêt de Fontainebleau ou d'autres carrières du confluant de la Seine an levant. Le premier appartient aux rues les pins passantes , oix aucune autre matière ne saurait résister; mais c<stte dureté empêche qu'il soit taillé aussi régulièrement que les autres : le second est plus franc , se fend mieux , et conséquemment est plus beau , mais il dure moins ; on le destine aux rues du second ordre : on met le dernier sur les passages qui sont le moins fréquentés. Ce pavé serait le plus commode qu'on pût souhaiter, s'il était possible d'assujétir les carriers â le bienéquarrir, et les paveurs à le serrer davantage. Il faut croire, après tontes les précautions qu'on prend pour réussir â J'un et à l'antre, qu'il est hors de toute espérance qu'on en vienne jamais & bout, et la raison en est toute naturelle , puisqu'elle se trouve dans l'intérêt des ouvriers. Celui des carriers est de fournir beaucoup de pavés, parce qu'ils les vendent au cent; celui des parenis est , tout au contraire , d'en employer peu , à cause qu'iU travaillent à la toise , et que plus les joints sont larges plus IWvrage court , le vide faisant autant de superficie que le plan : il arrive cependant que ces deux défauts sont les causes principales, et de l'immense quantité de pavés neufs qui se consomment à l'entretien , et de la promptitude avec laquelle ils s'arrondissent ; les joints en sont si grands , que les roues des voitures limant les bords des pavés les usent bientôt , et qu*alors la superficie devient d'un glissant sur lequel les gens de pied ne peuvent tenir quand elle est humide , ni les chevaux dans les temps secs ; malgré cela on prétend qu'il n'y a pas de ville au monde aussi bien pavée que Paris , ni oii la police porte si loin les attentions sur cette partie. Ce qu'il y a de plus difficile et de plus essentiel à observer , ce sont les niveanx de pente , pour prévenir l'engorgement des égoAts dans les temps de ploie. Paris s'étant agrandi pièce à pièce , ainsi que Rome , chacun s'est assujéti dans les commencemens k la situation naturelle du terrain » sans trouver aucun obstacle dans !">.
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police , qui, pour lors , existait d'autant moins à cet ^ard , qu'avant Philippe^Auguste il n'y avait point de pavé. Ceux qui ont bâti à la suite des premiers ont été forcés de se régler sur leur exemple ; et insensiblement ce défaut, devenu général , est aussi devenu incorrigible , et en a produit un second , en ce que les propriétaires de l'héritage inférieur, cherchant à se garantir des eaux de celui qui les dominait , ont rehaussé le plus qu'ils ont pu les seuils de leurs portes. On a remédié autant que le local l'a permis à ce dernier inconvénient ; mais la crainte des puissans , ou la complaisance, n'ont fait que trop d'exceptions à la règle de suivre indistinctement , dans toutes les rues , le niveau de pentes sur toute leur largeur , et de n'y laisser aucun de ces heurts dangereux , qui ne se bornent pas à renvoyer les eaux sur les maisons opposées , mais qui peuvent occasioner la nuit , et la chute des passans , et le versement des voitures.
Nous devons présumer que le premier pavé de Paris fut fait aux dépens des propriétaires des maisons , proportionnément à leurs des/antures et faces j comme on s'exprime encore aujourd'hui , du moins n'ai*fe rien trouvé qui contredise cette opinion. Le commissaire Lamarre qui, dans 3on Traitéde la Police, parait avoir épuisé les recherches sur celte matière , rapporte un passage de Rigord, médecin et historiographe de Philippe-Auguste , qui contient précisément , que l'an 1 184 , « ce prince ne pou- » vaut résister aux insupportables exhalaisons qui sortaient des » immondices des rues , et qui pénétraient jusque dans son M palais , ordonna au prévôt de Paris de faire paver de pierres » dures^ toutes les rues et toutes les places publiques de la ville, m Mais ce passage n'apprend point sur quels fonds la dépense de cet ouvrage fut prise ; il laisse au contraire quelque doute que ce fût sur les bourgeois , « parce qu'elle était si forte que cette w seule considération avait empêché les rois prédécesseurs de » l'entreprendre. » Il faut donc recourir à l'usage , le meilleur intâ7>rète des lois , quand l'histoire ni les registres publics n'en ont pas conservé la lettre , et conclure que cet usage qui subsiste encore , n'ayant point varié dans les temps subséquens à Philippe-Auguste , il fut le même à l'origine du pavé.
Nous ne sommes pas dans la même incertitude à l'égard de l'entretien. Il fut d'abord mis et resta pendant plus de deux siècles à la charge des propriétaires, ainsi que le nettoiement des rues ; mais ce service ayant été négligé par cette raison qu'il était à leur charge et à leurs soins , le pavé tomba dans le dépérissement. Les guerres qui troublèrent l'État pendant le règne de Charles Y, agravèrent le mal au point que Charles VI fut obligé de rendre, le i*'. mars i388; des lettres*patentes pour
rétablir Vancienne règle. Elles enjoigaaient au prévoi de Paris de coutraiadre tous les habitans, chacun en droit soi , sans aucune distinction de rang , noblesse , autorité ni privilège , k Tenlëvement des boues et immondices , et à la réfection du payé y à la seule exception des lieus et places qui étaient à la charge du, domaine et de la ville; « mais les princes , les seigneurs M haut-justiciers , et les gens d'église , furent les premiers à in- » ierrompre ce bon ordre. Ils prétendirent être privilégiés et » exempts de la contribution au pavé : il y eut à c^ sujet beau- » coup de procès dont le parlement fut saisi; mais comme » dans le cours des contestations le pavé était abandonné, M. le >» procureur général eut recours au roi. » Ce prince , par de uouvelles lettres du 5 avril jSgg» plus pressantes que les premières , réitéra les mêmes injonctions , même contre les gens d'église défaillans , dont il ordonna que le temporel serait saisi.
On distinguait alors le pavé des rues, qui était à l'entretien des bourgeois , de celui des chaussées des avenues de Paris et de la banlieue ; le produit du barrage avait été destiné de tout temps à l'entretien de celui-ci ; mais , par un abus qui serait incroyable s'il n'y avait q^e- trop d'exemples de tous les genres d'infidélité , le visiteur du pavé , qui avait la dispensation du produit de ce droit, en était le fermier; au moyen de quoi toutes les tromperies qui peuvent masquer un ouvrage et le rendre vicieux , tombaient sur celui-ci. Elles sont rapportée dans une déclaration du 28 mai i4oo , par laquelle Je même prince réprima cette criminelle administration.
La dépense du pavé des rues, des chaussées d'avenue et de la banlieue de Paris, se prenait donc sur quatre natures de îonds. 1"*. Sur ceux du domaine , pour ce qu'on nommait la croisière « qui comprenait une asses grande étendue; a*, sur l'hôtel-deville , pour les places et quais qui la regardaient ; 3**. sur les bourgeois , pour les rues ; 4*- sur le barrage , pour les chauspsées des abords et la banlieue.
Cet arrangement subsista jusqu'en 1609, auquel ' temps Henri IV pourvut de fonds suffîsans , tant à l'entretien du pavé qu'au nettoiepient des rues , et déchargea les bourgeois de leurs engagemens.
Mais Louis XIII , par un^ déclaration du 9 juillet 1637 , rétablit la contribution des habitans sous une autre forme , en la leur faisant payer en deniers , suivant les rôles des taxes qui en devaient être arrêtés par les juges , appelés avec eux deux bourgeois^de chaque quartier.
Enfin , par arrêt du 21 août i638 , et un édit du même mois , le roi augmenta les aBciens et nouveaux droits du barrage qui
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se percevaient aux portes y et ceux dont la ville jouissait sur les avenues des cbaussëes de Paris , les unit et les incorpora tous ensemble , et en destina le produit à Teotretien du pavé ; par oii le domaine 9 la ville et les propriétaires des maisons furent tous décharges de cette dépense , et les choses sont toujours demeurées depuis ce temps-Ià dans le même ordre. J'ai extrait tout ce précis du Traita de la Police , déjà cité ; mais je dois y ajouter qu'il y a des exceptions à cette décharge générale : les banquettes des quais» ports et ponts, sont k la charge du domaine et de la ville , et les cloîtres k celle des chapitres. Il n'y a plus d'autre distinction. .
Les chaussées des banlieues sont comprises dans le mime bai], faites et entretenues du même pavé; non-seulement à cause que le grès y est plus commun que toute autre matière « mais encore parce qu'elle est d'un plus facile entratien sur des pa»sages aussi fréquentés que les abords de la capitale , oii souvent les voitures se touchent. J'ai pourtant ouï dire que depuis quinze à vingt ans , on avait construit une chaussée de cailloutîs entre Paris et Versailles, etqu'eHe avait été rendue trës-solide.
Quoiqiie le bail dont je viens de parler ne soit causé que pour l'entretien , on y emploie en dépense deux mille toises de pavé neuf y dont la destination est réservée au ministre ; ce pavé sert ou à faire de nouvelles communicatîcms dans la banlieue pour l'approvisionnement de Paris, ou à élargir les chaussées des abords, étant tout naturel qu'elles soient plus sanfics que hors des banlieues où le concours. des voitures est infiniment moindre. ,
Sans vouloir d'une magnificence outrée comme celle des Romains pour les avenues de la capitale , je souhaiterais qu'elles fussent uniformes dans le cours d'une lieue sur toutes les grandes routes, et réglées -sur le modèle de l'avenue de Saint-Denis, c'est-à-dire, plantées d'un double rang d'arbres, et terminées par un bel arc , accompagné de deux portes latérales , comme ceux des portes Saint-Denis et Saint-Martin , avec cette différence que ceux-ci seraient fermés de grilles , à l'exemple, de la barrière de la Ginférenoe , et non de ces planches grossières qui respirent la bassesse et la pauvreté d'un village, et doivent exciter la raillerie des étrangers. Mœccùie est urbs dicenies filia magni régis. On pourrait même se réduire k de simples grilles de fer comme à la barrière qui conduit à l'Étoile du Cours , et alors il serait facile de trouver sur-le-champ le fonds de cette dépense , sans qu'il eu coûtât rien k la ville déjà sur^ chargée , au domaine ni à l'État : il n'y aurait qu'à l'imposer aux fermiers généraux par focme de potrde-vin , comme ttn#
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charge très-juste de la jouissafice d'un domaine qui les enrichît. Je sais que cette proposition a été faite il y a près de trente ans; mais c'était alors le puissant règne de la finance , et le ministère la refusa. Si néanmoins il est vrai que l'opulence des meubles et la dignité (i) intérieure du palais d'un grand roi , imposent aux étrangers qui viennent le voir , quel effet ne doit pas faire sur eux un premier abord qui annonce sa puissance? Celui de Versailles est dans ce cas : il se sent de la grandeur de Louis XIV , qui la répandait sur tous ses ouvrages ; mais quelle route entre l'avenue et Paris ! Partout , hors du village de Sèvres , elle devrait avoir soixante pieds de largeur entre quatre rangs d'arbres. La source de Chaville, qui forme ua ruisseau ( pourrait être conduite par un canal qui servirait de décharge aux étangs de Versailles , et se jeterait dans la Seine )>ar l'embouchure d'un aqueduc. La montagne qui est entre Sèvres et Chaville étant aplanie , fournirait asses de terres pour adoucir ses rampes des deux côtés. A Sèvres , un vaste abord en demi-lune ouvrirait l'entrée à un pont magnifique, orné de trottoirs et de supports pour des lanternes ; de la sortie de ce pont, un seul alignement conduirait jusqu'à la Savonnerie, en reculant les murs des Bons-Hommes ; et cet alignement da pont à la naissance du quai de Cfaaillot , serait bordé de deux rangs -d'arbres, tant sur le terre-plein que sur la levée. O paii! favorable paix! venez fournir à notre nouveau Colbért les moyens d'exécuter ce grand projet; c'est à un pareil ouvrajpe qu'on pourrait occuper des troupes rassemblées , tandis qn'oa attacherait les pauvres valides à la montagne de St.-Germaio; et les criminels à la descente dans Fontainebleau.