‹ Œuvres complètes de DuclosChapitre 27 sur 67 · CHAPITRE VL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VL

Des ouvrages des turcies et lestées,

Oi tout ce que j'ai dit dans la première partie de cet Essai sur sur les turcies et levées, prouve leur antiquité, cette antiquité

ne prouve pas moins qu il ne faut être surpris ni de la vaise disposition de cet ouvrage , ni des vices de ta construction. L^ignorance de ces siècles reculés était extrême en ce genre ; celle des temps qui leur ont succédé jusqu'à M. CoIbert, n'était pas moindre dans les hommes à qui la direction de ces travaux était confiée; et par une fatalité qui n'est que trop commune , cette ignorance a prévalu encore dans la suite des temps sur les lumières des hommes d'art attachés k ce département ; aa (i) Testament politique du caxdin^ de Bichelieo , chap. VU.

moyen clé quoi tout ce qu'on y avait fait, jusqu'en 1733 , pour garantir des inondations le plus beau , dit-*on , un des plus fertiles pays de la France , était précisément la cause qui les rendait mille fois plus ruineux qu'ils ne l'eussent été s'il n'y avait point eu de levées. Tout ce que \e dirai sur ce sujet sera tiré d'un Mémoire fait de main de maître, qu'un ami m'a communiqué , et au style ni à l'ordre duquel je ne changerais rien, s'il pouvait cadrer au plan et à la précision de cet écrit.

Il n'est pas douteux que le commerce n'ait été le premier objet des ouvrages construits dans le lit et sur les bords des rivières de Loire et 4' Allier. La quantité prodigieuse de sable qu'elles entraînent dans leurs crues y aurait rendu la navfgation impossible ou d'une extrême difficulté , si en resserrant leurs lits on ne les avait forcées à pousser et à emporter nécessairement dans leur état ordinaire, une partie des sables qu'elles apportent par leur gonflement. C'est pour cela que dans l'étendue de l'Allier et dans la partie de la Loire au-dessus de Gien , on s'est borné de tous les ten;ips à ne faire que les seuls ouvrages qui peuvent assurer la navigation : les vallées oii elles coulent sont étroites , la plaine, de part et d'autre, d'une médiocre largeur, et l'on s'inquiète d'autant moins de l'inondation des pays situés sur leurs rives , que les bords en sont élevés de dix À quinze et seize pieds au-dessus des basses eaux. D'aitfèqrB ce» rivières, la Loire principalement , déposent sur les terres qu'elles inondent , un limon qui les fertilise et qu'on nomme

Au-dessous de Gien et jusqu'à Angers, la même raison du commerce exigeait plus d'ouvrages pour resserrer le. lit de la Loire , beaucoup plus large dans cette partie. A cet intérêt se joignait celui de conserver les biens de la terre , d'autant que les bords du fleuve y sont peu élevés au-dessus des basses eaux , et que^ les moindres crues inondant des plaines immenses , faisaient perdre des fruits d'autant plus précieux , que la lajre bienfaisante , déposée par chaque crue , fécondait prodigieusement les terres. Si les périodes de ce bienfait eussent été aussi heureusement réglés que ceux du débordement du Nil | il eût été de l'intérêt des propriétaires riverains , qu'on assujétît la hauteur des levées au seul usage de la navigation, et que leurs héritages, exposés à l'inondation lorsqu'ils n'étaient pas ensemencés , leur eussent promis une moisson plus abondante ; mais, par malheur, ces inondations n'arriv,ent communément qu'aux mois de mai ou de juin , en sorte qu'à la veille de la récolte ce pays était entièrement submergé. La commisération pour les peuples et l'intérêt de l'État, firent régler la hauteur des levées à quinze

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pi^s i sans aacutt€ distinction ni de là. largeur du lit ni de s«s pentes. Tel était leur état à la fin du siècle passé , pendant le cours duquel elles avaient souvent éprouvé des ruptures qui firent des désordres prodigieux.

On s'aperçut enfin, après un semblable accident survenu en 1706 , que la Loire n'avait pas entre les levées l'espace que pou— vait occuper son volume dans te temps des grandes crues; mais an Heu d'en conclure que la restitution de cet espace était le senl remède convenable, on se détermina après bien àe% réflexions , sur lesquelles les ingénieurs seuls ne furent pas écoutés, à exhausser de six pieds les levées, ce qui les portait au total à vingt-un pieds, et rassurait mal à propos le public contre les plus grandes crues , qu'on n'avait vu monter qu'à dîx-buit pieds.

A cette précaution on ajouta celle de former des déchargeoirs de superficie à quinze pieds de bauteur au-dessus des basses eaux d'été; mais outre qu'on les construisit misérablement, on ne leur donna que cent toises de longueur , ce qui ne suffisait pas dans les temps de crue à détacber du volume principal de la Loire une cinquantième partie.

Les levées étaient dans cette situation en 1 733 , lorsqu'une crue , arrivée au mois de mai , fit des ravages affreux dans h Touraine, tant par une infinité de brèches que par fa démolition de ces fragiles déchargeoirs. Sur le rapport ^u'on avait hit au gouvernement, dès 1727 , du péril continuel oii étaient les provinces que baigne la Loire , tant par la mauvaise dispositioa des levées que par l'infidélité avec laquelle étaient exécutés k^ ouvrages qui leur servaient de défense et de revêtement, h direction avait formé la pins forte résolution' d'y Remédier jutant que la prudence humaine et les secours que le roi accor* dait à ce département pourraient le permettre ; on avait pris h parti d'ordonner que cette carte , dont il a été parlé au chapitre VIII de la première Partie , fût levée; alors on fit dresser par le célèbre ingénieur attaché à cette matière , un mémoire exact des causes auxquelles il fallait attribuer tant de calamités , et il les trouva telles que je les ai rendues en abrégé.

Il serait inutile de raisonner ici sur l'aveuglement qui , pendant tant de siècles, a fait ajouter faute sur faute et vice sur vice dans ce département; mais il ne doit pas l'être de dire qu'on a reconnu en 1 733 , par une expérience faite au-dessus de la Charité , qu'il était très-facile de calculer exactement , comme on l'a fait , tout le volume d'eau que la Loire , grossie par l'Allier, peut donner dans ses plus grandes crues , et de déterminer sur ce repaire quelle devait être la hauteur des levées aux endroits oU il était possible et nécessaire d'en construire , en

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conciliant ces rues gën^rales avec la situation cle quelques villes au bord de la rivière , et avec l'étendue des arches des ponts dont elle est traversée. Il était aussi aisé , en consultant la pente naturelle du terrain, de les disposer de telle façon qu'elles ne pussent être dégradées ; mais toutes ces attentions n'ayant pu vraisemblablement être faites jusqu'au dix-septième siècle , par l'ignorance de^ précédens, il serait inconcevable que , même pendant le ministère de M. Colbert , tant d'intérêts réunis n'eussent pas inspiré la moindre curiosité de faire cette épreuve, dont la facilité saute aux yeux, si je n'avais annoncé à quel genre d'inspection une partie si essentielle était confiée; du moins devait-on reconnaître en 1706 la source^ du mal. Et si pour lors on s'était déterminé à détruire des levées nuisibles , à reculer celles qui resserrent trop le lit de la rivière , et k donner à toutes la hauteur relative aux principes d'oii on serait parti , je suis très-persuadé que cette hauteur , à jamais invariable , n'aurait pas coûté jusqu'à présent les sommes immense$ qu'on a dépensées à réparer les accidens arrivés par l'ignorance et l'infidélité. 11 n'est plus temps, l'entreprise serait trop con^^id érable pour ne pas effrayer , et peut-être trop longue pour réussir ; quoiqu'en matière d'État , le courage qui enfanterait un semblable projet fût plus dig^e de louange que de soupçon de témérité t le principe reconnu au point où il l'est , les lumières du génie portées au degré oii elles sont ne pourraientelles pas produire des plans certains des emplacemens et des dispositions qu'il faudrait donner aux nouvelles levé^ dans les endroits les plus pressans ? Leur éloignement des anciennes qui pourraient subsister , serait-il partout si Considérable qu'on ne pût les coudre? Je ne m'étendrai pas davantage sur cette idée, persuadé que si elle avait quelque lueur de convenance et d'utilité , elle serait bientôt cavée à fond par de meillenres têtes que la mienne.

Les ouvrages qu'on fait depuis trente ans pour garantir les levées, sont réduits, je crois, autant que je l'ai ouï dire, à des revétemens de pieux , charpente et maçonnerie , qu'on nomme perrés avec bâtis ou sans bâtis , crèches et autres , dont le dessin ou un devis en forme peuvent seuls faire entendre les différentes constructions : on y faisait autrefois des murailles , des talus et autres ouvrages déplorables qui ne pouvaient résister aux moindres efforts de l'eau.

On fait aussi des pavés à la superficie ; mais plus ordinairement on n'y met que des ensablemens.

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