CHAPITRE II
JJe r impuissance ou est F État défaire réparer ^ à prix d! argent^ tous les chemins du royaume ; dCoU résulte la nécessité d*jr employer les corvées en temps opportun,
JuE critique me reproche ( p. 44 ^^ ^ réponse ) y « que j'ai mal » pris mon temps pour vanter les avantages des chemins, et le » besoin de détourner, par force, les hommes et les animaux n de la charrue , pour y travailler sans rétribution , aujourd'hui M que nous ressentons si vivement les funestes effets du dépéris- » sèment des revenus des biens-fonds, »
Si, lorsque j'ai écrit au mois de septembre '759, nous avions été réduits aux extrémités où des événemens funestes nous ont jetés depuis ce temps-là, et que , malgré la misère du pen^e, qui s'en est suivie , j'eusse proposé de continuer le trarai/ des corvées , je me serais cru digne de punition : mais comme , au contraire, lorsque mon Essai sur la Voirie fut publié, tout \e royaume avait conçu l'espoir le plus vif de voir renaître la confiance ; qtie les déclarations les plus flatteuses , de la part du souverain , soutenaient cette opinion , et que la preuve en éclata par l'espèce de fureur avec laquelle on donna dans la première opération de finance qui suivit cette déclaration , je puis me plaindra qu'on me Casse penser , en décembre 1 760 , comme les circonstances que je viens de me rappeler m'autorisaient à penser et à parler, quinze mois auparavant. Il s'en faut bien cependant que je me sois émancipé à dire mon sentiment sur l'opportunité ou l'importunité de conunander les corvées : à l'époque où j'écrivais , nlon unique , ou du moins mon principal objet , a été de consigner au public les principes inconnus d'une matière importante, dans la vue de les perpétuer pour le bien de l'État. J'ai dit mon avis sur les moyens dont j'ai cru qu'il faudrait user pour réprimer des abus trop communs , dans la manutention du travail des communautés , et pour le rendre aussi utile qu'il peat le devenir. Du reste , je m'en suis rapporté y comme je le devai» ,
à la pradence du gonvemement , content de faire le bien pour le bien j sans en attendre ni honneurs , ni récompense , puisque je me suis sévèrement tenu sous le voile de l'incognito.
Je ne me suis pas borné à prêcher la nécessité de modérer les corvées, et d'y établir une police sévère, qui mit les peuples à couvert de toute vexation ; j'ai fait sentir la convenance qu'il j a de laisser en tout temps un fonds suffisant aux ponts et chaussées; et ce que je n'ai fait, alors , qu'insinuer, je me crois plus fondé à le soutenir par des argumens propres à le persuader. Aujourd'hui que la continuation de la guerre^a fait excessivement augmenter les impôts , et que cette augmentation a' déterminé la sagesse du souverain à faire suspendre le travail des corvées , pour tout autre objet que celui des entretiens , il serait h souhaiter que dans la réduction des dépenses de l'État , dont tout le monde sent le devoir et la nécessité en temps de guerre , on retranchât absolument tout ce qui ne tend qu'à un faste aussi onéreux qu'inutile, et qu'on conservât assez de fonds au département des ouvrages publics , protecteurs du commerce , pour empêcher la ruine de ceux qui sont commencés ; pour prévenir la chute des ponts et ponteaux , ou l'obstacle des passages impratiquables, dont l'interruption peut l'arrêter, et causer par là des pertes décuples de la dépense qu'on cherche à éviter. L'épargne des fonds nécessaires à ces objets , opère d'autant moins un secours sensible pour les frais immenses de la guerre , qu'on ne saurait , sans tout perdre, porter le retranchement jusqu'à 2,o«o,ooo, et que cette somme répartie à l'infini , par la circulation , rentrant nécessairement au trésor royal par l'imposition dont elle aurait produit le payement, remplirait d'un côté le vide que la misère creuse dans le recouvrement par l'insolvabilité des mercenaires, et produirait de l'autre , à l'agriculture et au commerce, une impulsion qui les aiderait aussi à s'acquitter du tribut. En un mot, je tiens la préférence due aux chemins, en temps de guerre, aussi privilégiée que celle de la guerre même , dont elle tend à diminuer les frais ; et il ne me parait pas plus indispensable d'avoir des caissons de vivres, que de les faire marcher, avec promptitude et sûreté , à leur destination , d'autant plus que ces deux circonstances devraient influer sur le prix de la ration du pain , et sur celui des munitions de guerre ; mais c'est aussi le cas ou il faut se réduire à l'indispensable , et diriger les fonds aui objets les plus essentiels ; détail dans lequel j'entrerais, pour en montrer l'application par des exemples , si je n'étais retenu par le juste respect que je me suis imposé.
Je conviens , en même temps , que l'ordre doit toujours présider aux dispensations économiques; et que les proportions élaut
]'àine de Tordre , il faut que le fonds nécessaire à chaque objet ^ soit relatif à la masse de la recette . réglée sur les facultés des contribuables , et que cette règle soit établie sur le principe naturel et juste, de ne leur rien imposer qui ne soit nécessaire au bien de l'État. Or» en suivant ces maximes raisonnables, îl peut se faire y sans que je le sache , que le fonds ordinaire des ponts et chaussées fût , actuellement , et même pour long-temps, assez fort à quatre millions ; mais je m'engage à prouver qu'en se barxi«ant à ce moyen , il serait impossible , à jamais , de parvenir au rétablissement des ponts indispensables , à la réparation ou k la construction de ceux qu'on peut appelernécessaires, relativement au profit que le royaume en retirerait ; à l'édification de ceux qui seraient infiniment utiles , eu égard aux nouvelles communications qu'ils ouvriraient; en un mot , à la perfection, et k la conservation des chemins qui doivent opérer la circulation générale du commerce , et qui , par là , sont tous dép«ndans l'un de l'autre , comme le critique l'observe très-r judicieusement (p. 216).
Des raisons sur lesquelles je fonde cette impossibilité, la diversité d'opinion dans lesdiiférens ministres n'est pas la moindre : nous avons ouï , de nos jours , poser en principe , que la France n'avait pas besoin de marine : l'instant qui verrait édore une pareille hérésie sur les. chemins, serait celui de leur anéantissement au présent et au futur; parce que le ministre qui aurait eu le mallieur de l'adopter pourrait soustraire à leur AestÎBâtûm les fonds dçs ponts et chaussées , malgré l'imposition que /es peuples en souffriraient, etqu'çn cela il croirait opérer pour uupWs grand bien , p^r l'illusion qu'un zèle mal entendu lui aurait faite. Cependant cinq ou six années d'une telle suppression , donnant à refaire à neuf tout ce qui aurait péri , il ne se trouverait point de successeur qui osât l'entreprendre ; nous n'avons que trop d'exemples à l'appui de cette réflexion , et il a fallu pour en excepter le Louvre, après un siècle d'abandonnement , qu'il se trouvât un citoyen dont le crédit égalât le courage et rintelli* gence ; encore le malheur des temps est-il venu s'opposer à ses projets, et vérifier contre ses prédécesseurs la maxime que \e soutiens ; c'est-à-dire , qu'en matière d'ouvrages publics, Tinterl-uption est toujours ruineuse , et qu'il faut se hâter de les conduire à leur fin , quand même la rareté des moyens force à se hâter lentement. Si ce principe est vrai, quant aux ouvrages publics de décoration , combien ne l'est-il pas à l'égard des travaux indispensables ?
Une autre raison non moins décisive , de ne pas borner au se-^ cours des finances l'accomplissement du système des chemins ,
est l'impuissance réelle dans laquelle on serait , en se réglant sur la proportion des revenus ordinaires , de se régler sur celle des besoins, d'autant que pour les remplir il faudrait, si j'ose m'ex* primer ainsi , gagner de vitesse la rapidité du temps, pour prévenir la ruine des édifices , dont la réparation retardée entraine la réédification ; et que pour remédier à la fois à tant de cas urgens , quand même il serait possible de recouvrer les fonds nécessaires, on ne trouverait pas asses de bras pour exécuter, du moins sans interrompre les travaux de l'agriculture.
Ce que j'expose ici acquerrait aux yeux du public toute la force d'une démonstration arithmétique , si je pouvais rassembler un état des trois genres de ponts dont j'ai parlé avec des devis estimatifs de ce qu'ils coûteraient à réparer ou à construire , et un toisé général tant des chemins achevés et mis à l'entretien, que de ceux qui restent à faire , prévus ou non prévus jusqu'à présent, avec une pareille estimation de ce qu'ils coûteraient à prix d'argent. Mon critique lui-même verrait alors si « quatre millions » de fonds annuel , appliqués à faire et entretenir les chemins » d'un royaume tel que la France , sont une somme considérable , » et qui paraîtrait exorbitante à toute nation économe (p. i6 ). » J'ai tenté de donner une idée du total auquel monterait ce calcul par l'exemple d'un seul département ; mais outre que j'ignore ^41 y a eu jusqu'ici un ingénieur assez curieux pour faire , à vue de pays , une pareille estimation sur sa partie , je n'ai pas même les secours nécessaires pour en approcher , et il vaut mieux renoncer à mon dessein que de l'offrir purement idéal , et par là trop défectueux pour mériter la moindre croyance. Je suis donc réduit à donner celte idée relativement aux seuls chemins , à la faveur de quelques notices qui me sont restées du temps oii je faisais mon apprentissage. Il sera facile à tout homme médiocrement versé dans la topographie de la France , de comparer, sur la carte , les généralités que je ne cite point , à celles dont je rapporte l'itinéraire , et de voir en gros l'immense étendue de nos chemins essentiels , de laquelle résultera la prodigieuse dépense de leur réparation faite et à faire. Mon critique , surtout , pourra plus aisément que tout autre former ce résultat , et quand il ne porterait ses opérations de calcul que sur les généralités oii sont situés $e9 vastes domaines , il reconnaîtrait l'erreur de ses préjugés, et serait surtout étonné du vide immense que les JR.omains ont laissé sans chaussées dans l'étendue Je ce peut jardin des Gaules , quoiqu'ils l'aient paisiblement occupé pendant plus de trois siècles. Oui , je suis persuadé qu'en mettant bout à bout tous les chemins qu'ils ont faits dans le royaume , suivant le dénombrement de Bergîer, quatre de nos provinces du preuiier
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et du second ordre remporteraient ponr la longueur , à plus forC« raison pour la superficie. De là et de ce que j'ai dit sur la Décès* site d'aller de suite pour prévenir la ruine des ouvrages anciens, suivent de nouvelles raisons de conclure que si notre diligence sur ce sujet ne surpassait pas celle des conquërans du monde , nous préparerions à la voine une révolution qui la replongerait dans l'état oii était celle des Allobroges au temps d'Annibal , idée d'autant phis effrayante pour la nation et pour le gouvemenient , que la perte qui en suivrait serait incomparable k toute autre. Quel moyen , toutefois , d'aller vite dans l'exécution d'un si vaste dessein en n'y employant qu'un fonds très-modique relativement à son objet, tel que celui de trois ou quatre millions , quoique cette somme rapprochée des autres charges de l'État soit très-considérable ?
Sans doute , dans toutes les sociétés policées , la principale dépense des ouvrages publics , a été de tout temps prise sur les revenus publics , comme le critique l'observe ( p. 26 ) ; maïs ce fut toujours , contre ses principes , par des genres d'imposition analogues à la constitution de chaque gouvernement , à la nature de son prodnit , à son commerce , à ses mœurs , à ses usages , et aux- formes de son administration. Les plus sages ont destiné à chaque nature de travaux publics des fonds dont l'emploi ne put être interverti par aucun autre genrede besoin, de sorte qu'en comparant l'objet total de la construction et de la réparation prc^^rv^ sive qu'elle entraînerait, il leur était facile de supputer /a «forée ~ de l'imposition primitive, et la réduction dont elle serait susceptible après la perfection du projet ; mais outre que cette opération serait très*incertaine pour un grand État à l'égard des chemins et des ponts qui les lient l'un à l'autre aux passages des fleuves et des rivières, quand même cet État serait régi par les lois delà république la plus sage et la mieux fondée , personne n'ignore , et je l'ai fait observer , que cette forme d'économie n'est pas suivie chez nous dans la pratique , quoique deux grands ministres en aient jeté les fondemens ; en sorte que la dispcnsation des revenus publics y étant purement arbitraire , les moyens dé procurer l'avantage de l'État les moins sujets à l'instabilité seront toujours les meilleurs, quand ils ne s'opposeront point à la maxime sacrée de la proportion aux facultés. Or , il sera sensible k tout oeil équitable qu'eu égard aux principes qu'on suit en France pour former la masse des revenus publics, elle deviendrait insop- |)ortable à toutes les classes des sujets, s'il fallait la grossir de ce qu'exigeraient la réparation et l'entretien des chemins faits à prix d'argent , quand même on en répartirait la dépense en deux siècles. Peut-être dira-t-on qu'il y aurait un expédient de sup-
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pléer à cette insuffisance par des ressources qui n'influassent point sur la partie pauvre des sujets , et qui portassent uniquement sur des produits volontaires ou sur les riches citoyens qui ne contribuent pas assez par les formes de l'imposition commune. Je conviens que ce moyen serait également juste et facile : il parait que les Romains j avaient recours. Auguste ajoutait aux fonds publics , invariablement assignés aux chemins , des sommes considérables tirées de son trésor impérial uniquement formé des revenus de son domaine. Il invitait ses favoris à de semblables libéralités ; et non content de les y exhorter il les imposait comme un devoir aux sénateurs qui étaient assez riches pour faire ce sacrifice au bien de la société ; ce qui , à la venté , ne leur plaisait pas toujours, et doit me faire peu compter sur Tespérauce que nous donne le critique, quand il dit ( p. 40 ^ qu'après » le rétablissement de l'agriculture nous trouverons de riches » contribuables qui pour leur propre intérêt s'imposeront eux- 1» mêmes pour payer le travail à la tâche ou à la journée. » Il serait bien-plus naturel d'attendre cette aide d'une imitation de la conduite d'Auguste , en y apportant un léger changement qui serait celui de l'application aux personnes , c'est-à*dire , en imposant à tous ces gros possesseurs de la richesse concentrée les #contributions que l'empereur imposait aux magistrats. Soit dit en passant et sans que je veuille être le dénonciateur de la cohorte pécuniaire. Mais l'idée de ces deux expédiens porte à faux par les changemens survenus à notre constitution. Autrefois le domaine de nos rois, digne de leur majesté , suffisait à soutenir l'éclat du trône. Maintenant anéanti par des aliénations à vil prix , et par des échanges frauduleux , ce domaine n'est plus qu'une carcasse décharnée , dont la substance suffit à peine au soutien de sa charpente. Delà, par un étrange renversement de la nature des êtres , il a fallu que le patrimoine royal étant devenu la proie des sujets, le patrimoine des sujets devint le domaine du prince, en sorte qu'il n'y eût plus pour l'État qu'une seule nature de revenus , dont on formerait une masse commune , sur laquelle le gouvernement prend la portion qu'il juge nécessaire aux besoins publics , par conséquent nulle ressource pour les chemins dans la libéralité de nos rois. Encore moins dans le retour d'une partie des fonds assignés k chaque dépense , si à l'exemple d'Henri H (1) on voulait destiner aux ponts et chaussées les revenant-bons d'État.
Celle qu'on fonderait sur l'opulence des gens d'affaires ne serait pas plus solide. Il ^st vrai que la justice la moins rigoureuse, en les réduisant au bénéfice dû k leurs avances et k leur <i) Cod, Hmuy , (ol. a46, v».
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traTail, trouverait dans l'excédent qu'ils en ont tire, des secours abondans. La ferme des postes , surtout , ce riche patrimoine réparti par tribus comme jadis la terre promise ; ce Pérou dont Tînépuisable mine , tour à tour fécondée par nos besoins j nos devoirs et nos passions y grossit à mesure qu'on la fouille ; cette ferme, disje , devrait d'autant plus contribuera la réparation des chemins, qu'elle en retire deux bénéfices sensibles par la diminution des frais : l'un en ce que les malles qu'on portait autrefois sur des chevaux , font aujourd'hui leur traite sur des chariots, portent le triple et arrivent plus t6t. L'autre par l'abréviation des postes que les alignemens réduisent souvent d'un tiers ou d'un qnart, et de laquelle , loin de faire profiter le pubhc , tout l'avantage reste aux maîtres des relais. Mais les barrières que tous les favoris de Plu tus ont élevées entre eux et les recherches dn inhiistëre sont insurmontables : le renversement des êtres n'est pas moins complet dans cette partie que dans la précédente. Lia plus haute noblesse s'est associée avec ce corps opulent après s'j être alliée ; et en se couvrant l'un par l'autre , ils se sont réciproquement rendus inattaquables: nul prétexte, suivant les lois, de comprendre l'honmie de qualité dans un rôle intitulé pour la maltote. Nul moyen d'y cotiser le maitôtier sans lui donner on juste recours contre le seigneur son croupier et participe : ce qui* ne se pourrait sans couvrir d'infamie le corps le plus respectable de l'État.
L'exemple des Romains serait-il encore imitable pour jn^os Jaos l'établissement d'un péage général , dont nous trouvenons même la justification ches quelques uns de nos voisins ? Malheur a quiconque oserait le proposer! et que plutôt les voix de tous les citoyens se réunissent pour obtenir la suppression de ce funeste tribut dans ce qu'il y en a d'autorisé : tribut imaginé parmi nous par l'avare domination des puissans ; perpétué par la violence, légitimé par la surprise faite à la religion de nos maîtres^ étenda et multiplié parla fraude , compagne ordinairedela faveur ; iiapuui dans ses exactions et dans la soustraction de ses charges, par une lâche défection des examinateurs qui devaient le poursuivre sans relâche. £h ! quoi, il n'y aura pas de citoyen assez fidèle à sa patrie et à son roi pour couper, avec le glaive de l'autorité qui lui sera confiée, les têtes énormes de cette hydre dévorante? Je supplie mon critique de me pardonner cette exclamation : que n'osé-je dire comme lui h i7 en est un dans ce cabinet ! » Mais il n'appartient point à la classe moyenne d'aspirer k l'exerdee de ce pouvoir suprême , si le hasard ne s'en mcle , quand le sujet qu'elle aurait élevé dans son sein réunirait aux lumières néce»aires toute la pureté de l'inaltérable vertu ; i plus fyrXe raiioor
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le zèle doit-il se taijre quand il est placé dans un individtf dont r esprit rCa ni sagacité ni subtilité (p. 1 14 }• Le point de vue le plus favorable pour l'État sur lequel ce zèle puisse se porter, c'est que la confiance du gouvernement allât chercher ce citoyen éclairé dans le cabinet oii l'ami des hommes nous a dit qu'il résidait. Sans que j'aie l'honneur de le connaître autrement que par ses œuvres et par le malheur de lui avoir déplu , j'oserais bien le garantir inconruptible , inaccessible aux appas de l'or et des grandeurs ; il aurait toujours devant les yeux la solitude de tant de beaux chemins que la chute du commerce a fait déserter par plus d'un triste motif, dont la tyrannie des péages n'est pas le moins coupable; il considérerait la navigation de nos rivières abandonnée par la même raison , et son cœur gémirait de voir nos provinces ne pouvoir s'entr'aider de leurs productions les plus précieuses^ Il ferait tomber sous sa main tous ces titres caducs , obreptices et subreptices , de péages surpris, scandaleusement confirmés; comme nous voyons tomber sous le bras destructeur d'un publicain , ces châteaux gothiques qu'il ne laisse subsister que jusqu'à l'expiration de l'année du retrait, et dont il dévaste les villages trop voisins pour agrandir son parc et prolonger ses avenues.
Mais je forme des vœux superflus : la corruption ferme tontes les avenues du trône des bons rois, et le rend inabordable à la vérité.
Voyons si les impositions volontaires seront plus favorables à notre objet : il y aurait trop de témérité à s'en flatter. Les deux plus fortes branches de ce produit sont le tabac et le café ; deux consommations qui tiennent k une espèce de rage , dont les sujets des deux sexes jusqu'aux plus pauvres et aux plus abjects , sont également possédés , et dont, par conséquent ,' les produits doivent itre immenses. Je conviens que si l'État en tirait un revenu proportionné , la masse de sa recette en serait assez grossie pour favoriser les ouvrages publics ; mais ces deux produits sont engagés , et les cessionnaires vous prouveront que ce qu'ils y gagnent de trop ne compense pas ce qu'ils perdent sur d'autres parties.
Dira-t-on que la capitation assise, comme elle est^ sur un tarif ajusté aux professions, ne rend pas, en favorisant le riche au préjudice du pauvre , la moitié de ce qu'elle devrait produire si elle faisait justice à tous les deux , et qu'il plût au gouvernement de la régler par l'état extérieur des contribuables ? Ajouteres-vous, pour favoriser cette opinion, que nous ne sommes plus «a temps oii ce tribut ayant été établi comme momentané, chacun se piquait , par orgueil, d'y contribuer à l'envie ^ selon
le rang qu'il avait ou qu'il usurpait, même bien soaTent pour justifier sa dignité par le taux de sa taxe ; au Keu qu'aujourd'hui oii l'honneur est dévolu à l'argent au préjudice de la nai»^ sauce, du mérite et du rang , on n'est plus dupe de Ta chimère , et qu'on est bien aise que la bassesse de la condition justifie la modicité du tarif malgré l'opulence, tandis que le magistrat, avili de fait, est encore accablé par sa distinction : on vous répondra que cette idée n'a rien de neuf, et qu'on Ta rejetée après de mûres délibérations, principalement parce qu'elle attaquait le luxe qu'il faut soutenir et même fortifier en créant des êtres nouveaux qui le défendent , comme l'unique rempart de la consommation.
J'espère que mon critique voudra rendre justice aux efforts qu'a faits ma petite Minerve pour mettre en œuvre une partie des notions politiques que j'ai acquises en lisant ses ouvrages ; mais je compte aussi qu'il reconnaîtra tout à la fois l'éloignément oii nous sommes de pouvoir compter sur de pareilles re^ sources, et l'insuffisance dont elles seraient pour mettre l'État au-dessus de ses besoins pressans , d'oii naîtrait la difficulté, quand même elles seraient plus fécondes , d'en détourner une seule goutte en faveur de la voie publique.
Je persiste donc dans le sentiment qui m'a fait avancer qu'en ne travaillant qu'à prix d'argent à la réparation des chemins , elle ne serait jamais achevée. Il pourra bien répondre que/e ie dis , mais que ce n'est pas assez pour le croire, T^cbons de le lui démontrer : je ne puis mieux j parvenir que par des exemples tirés des notices que j'di annoncées. Je n'en rap^Tterai cependant que des extraits , pour ne pas allonger inutilement mon travail, et ne point fatiguer la patience de mes lecteurs.