FRANCHE-COMTÉ
Seconde Notice.
La longueur du comté de Bourgogne , en la prenant des limites de la Lorraine et de l'Alsace, jusqu'à la Bresse et le Bu- ^ey , «st de 42 lieues. Sa largeur , depuis la Suisse ou le comté deNeufchatel , jusqu'à la Champagne, est de 26 lieues. La superficie que donnent ces deux dimensions contient plus de 5o6 lieues de chemins , dont je présume qu'il peut y avoir 3oo lieues en €tat de perfection , en comparant ce qu'il y en avait de fait à répoque oii la nodce m'est parvenue, avec ce qui a pu l'être depuis ce temp»-là. Tout le monde sera surpris d'une exécution de cette étendue , quand on saura que son commencement ne remonte pas à plus de 3o ans , et qu'à peine il y avait alors quelque route praticable dans toute la généralité; mais ceux-là doivent Fétre infiniment plus , qui connaissent la difiiculté générale du terrain^ tout coupé de montagnes et de coteaux, et qui \ Toyageant aujourd'hui , voient des chariots immensément char-
I gés , franchir sans peine des montagnes qui , jadis , n'étaient a<>-
I cessibles qu'aux seules bétes sauvages. Cest d'un côté cette âpreté
I de terrain , et de l'autre l'abondanca des matériaux propres à U
I ' construction des chaussées , qui ont déterminé le gouvernement \ à ne point donner aux chemins dans un pays si difficile les lai^
, genrs que les ordonn«i£«s Uur ont assignées en général. Les
grandes routes n'y ont que 36 pieds , les moyennes 3o , et les simples communications 24 ; mais en tevancbe les chaussées j occupent presque toute la largeur du sol , laissant à peine trois pieds de berme, entre la cbaussée et le fossé. H serait plus que difficile , même aux directeurs de ces cbemins , de juger si en les réparant à prix d'argent , il en eàt plus coûté à suivre la méthode ordinaire de ne donner que 20 pieds de largeuk* aux chaussées et de laisser le surplus sans revêtement, ou si la dépense en eût été moindre ; et d'ailleurs cette discussion n'intéresse point mon objet 9 dès que je me suis fixé à un prix commun de 20 lîv. par toise courante. Et que mon critique ne dise pas que Testi* mation est ici trop forte à cause de la moindre largeur des chemins : non-seulement je pourrais mettre en question si la plus*largeur des chaussées ne compense pas , et au-delà , celle des bermes ou cbéinins de terre ; ihais tirer encore un avantage sensible de la dépense des escarpemens de roc , telle dans un pays si scabreux, qu'elle pourrait avoir doublé mon évalnation.
En m'y tenant donc , et les 3oo lieues de chemins faits donnant y sur le pied de 2,400 toises chacune , une longueur de 720,000 toises , elles auraient coûté i4y4oo,ooo l.
L'entretien , en continuant de l'estimer au dixième de l'ouvrage neuf, donnerait à joindre à ce total 1 ,440,000 liv. ; mais en ne le tirant que pour moitié , par les raisons susdites , il sera réduit k ' • • ysojooo
Il y ^ aussi dans ce département un grand nombre de ponts, parmi lesquels il en est de très-considérables qui , par la beauté de leur construction, se font admirer des voyageurs : plusieurs de ces ponts , (du premier et du second ordre, ont été faits à neuf. Quand on ne supposerait que 100,000 lîv. employées annuellement à tous ces édifices , si les corvées n*y avaient point contribué , ce fonds pour trente années aurait monté à trois millions , et c'est le mettre au plus bas, ci. • . 3,ooo,ooo
Total 18, 1 20,000 L
Dont la division par ce nombre d'années aurait exigé pour chacune • 604,000
Or, le fonds imposé pour les chemins de la Franche-Comté , n'a été tout au plus que de 60,000 I. ci •••.,..,,.,,,.,, , , « . 60,000
SUR LA VOIRÏEL .(i6;
D^oii il suit que pour faire, tout à prix d'argent, Fouvrage qu'on y a fait avec le secours des communautés , il aurait fallu augmenter l'imposition annuelle de 544«ooo
Voyons maintenant ce qu*il en coûterait pour les 200 lieues restantes, supposées à perfectionner ou à faire totalement a neuf dans un pareil espace de temps. En voici le détail.
Premièrement, pour hi construction des 4^^000 toises de chaussées à quoi montent les 200 lieues estimées comme dessus • 9,600,000
a^. Leur entretien à raison d'un vingtième. « . 4^<)»^^<>
3**. L'entretien des 3oo lieues déjà faites, sur «le pied du dixième • i ,44^9^00
4*. Les ponts à faire, à réparer et à entretenir par proportion à l'article précédent 2,000,000
XOXAL • l3,52O,O0Ol.
Lequel réparti en 3o années donnerait un fonds annuel à faire d'environ 45o,ooo livres , et un excédant de l'imposition ordinaire de • • 390,000 1.
Si ces deiv^. exemples ne suffisent pas k mon critique, pour le convaincre de l'impuissance oii j'ai soutenu que serait l'État de parvenir à la. réparation de tous les chemins, par la voie de l'imposition pécuniaire , étendons nos opérations de calcul sur tous les pays d'élection : peut-être, quend il en verra le résultat , aura-t-il moins de peine à se rendre.
Nous venons de prouver que pour finir en trente années les chemins ouverts et tracés dans le comté de Bourgogne , en supposant qu'ils coûtassent autant qu'auraieqt dû coûter , à prix d'argent, ceux qui sont faits et parfaits, il faudrait une augmentation annuelle d'imposition de 390,000 liv.; et nous avons tiré cette conséquence en comparant Jes fonds connus qu'on impose actuellement, avec l'ouvrage qu'il produirait suivant l'estimation que nous en avons donnée , au prix le plus faihie. Donc pour trouver la quotité de ce 4|u'il faudrait ajouter à l'impositioju généi:a1e du royaume , destinée aux chemi^is des seuls pays
\ d'élection , nous n'avons qu'à prendre pour terme de comparai-
son les quatre millions qu'on y emploie ordinairement , et noi|s
I apprendrons que cet excédant monterait à 26,000,000. Ajou-
tons-y ces quatre millions ordinaires dont le critique trouve la .somme exorbitante pour une nation économe, c''en fera déjà
I trente : n'oublions pas d'observer que dans nos calculs de
^ Fr^cbe-Coii|té,.;iie iO)nt enUrés «oçuas de ces grands tm^aux
«68 SUPPLÉMENT A L'ËSSAt
qui coûtent des sommes immenses , tels que les ponts de Moulins et d'Orléans : n'omettons point les frais de perception de cet impôt excessif, non plus que les frais d'adjudication , et le bénéfice légitimement dû aux adjudicataires ; nous concevrons alors pourquoi il deviendrait indispensable de destiner au seul département des ponts et chaussées, presque autant de fonds qu'il en faudrait imposer en tout, sur les terres, pour ne pas les trop affecter par le tribut. Que seraitrce si, au lieu d'une estimation que j'ai donnée au plus bas prix , j'avais suivi pour la former les descriptions que Bergier nous a laissées des chaussées des Bonuins , auxquelles le critique voudrait que nous conformas» sions les nôtres ? La dépense en aurait doublé ; mais celle que je viens de présenter doit suffire pour effrayer rond des hommes , et lui faire abjurer le conseil qu'il donne de l'imposer sur les seuls propriétaires d'héritages , quand il n'y aurait pour Tea détourner que la crainte d'être excommunié par les moines, malgré la tendre amitié qu'il a pour eux, et d'être maudit par les modernes acquéreurs des anciennes pairies , marquisats et comtés, possesseurs avides d'aune région entière, chacun en droit soi , dans les provinces qu'ils se sont départies.
Des deux propositioiis que j'ai avancées dans ce chapitre , je crois avoir invinciblement prouvé celle qui admet Fimpuissance défaire tous les chemins à prix d'argent. Je tâcherai de n'être ni moins clair, ni moins concluant dans la démonstration de la seconde , qui consiste à soutenir qu'en emplofani, mAne invariahUment , à cetteWparationy les quatre millions supposés fonds ordinaire, sans autres secours, on ne serait jamais par^ %^nu au point ou Ton est de V avancement de cet ous^rage , et que Von n'en verrait jamais la fin.
Pour mettre ces deux vérités hors de toute atteinte , je n'ai qu'à rappeler avec quelle rapidité les départemens d'Alsace et de Franche-Comté ont livré au public , l'un deux cent quarante, l'autre trois cents lieues de routes , belles, solides , pratiquables en tout temps ; et chercher ensuite par l'estimation prise pour base , le peu d'ouvrages que chacune de ces provinces aurait fait , par l'exiguité du fonds que^'imposition accoutumée permet de leur distribuer : je trouve qu'il aurait fallu , à la première de t:es deux généralités , près de deux cents ans pour arriver au terme oii elle est , et trois siècles n'auraient pas suffi à l'autre ; encore, pour leur accorder ce succès, faut-il suppofâer qu'à mesure du progrès des ouvrages, un entretien continuel les eût maintenus en bon état, ce qu'on peut bien admettre comme moralement possible pour les chaussées , mais non à l'égard des ponts et des aqueducs, dont les matériaux n'auraient pu résister
SUR LA YOIRIE. 669
aux injares de Pair dans cette révolution de siècles. J'en atteste les ouvrages de tous les anciens peuples, et notamment ceux des Romains dont il ne nous reste pas même de vestiges, si Ton en excepte un petit nombre dans l'immense quantité qu'ils eu ont faite.
Si toutes ces propositions sont inaccessibles à la dispute de bonne foi par rapport au passé , k plus forte raison le sontelles pour Tavenir, oti l'extrémité d'un dessein si vaste s'éloigne* rait toujours à mesure que la destruction de l'ouvrage fait , le ferait rentrer dans la ligne de l'ouvrage à faire; et c'est aussi après avoir souvent médité sur cet inconvénient , que j'ai osé mettre en principe la nécessité de gagner de vitesse la rapidité du temps , pour atteindre à l'accomplissement d'un système si beau et si essentiel au bien public, dont la France pourra dire aveo raison qu'aucun autre peuple n'a éprouvé le succès , soit qu'ils n'en aient pas assez connu l'importance , soit qu'ils aient man-* que de moyens et de constance pour l'exécuter , soit enfin que leur constitution y formât des obstacles.
Or la conséquence me parait claire que, si le moyen d'exécution n'existant pour nous que dans le secours combiné du travail des communautés , est démontré aussi utile que possible dans le fait , et que tout autre soit démontré impossible , tant par le fait que par le raisonnement, il fMlt recourir à ce pre* mier moyen ; et c'est néanmoins ce que le critique dit ne pou- • voir comprendre (p. 17 ) 9 lai dont la conception , également prompte et tenace , saisit et résout des problèmes que tant d'esprits excellens trouvent insolubles , et dont( à ce prix , il n'est point surprenant que des hommes comme nous, relégués dans le cercle étroit du sens commun , ne puissions même entendre les interprétations.. Je crois néanmoins que par l'expression ne pas cornprendre jU critique affecte de ne pas rendre sa pensée, et que la seule raison qui lui fait trouver ma conséquence obscure , ou peu régulière, est qu'il prétend raisonner beaucoup plus juste eu concluant, comme nous Ta vous dit plus haut, que s*il est impossible d'ouvrir les voies publiques au commerce, sans y employer les corvées , il vaut encore mieux renoncer pour toujours aux avantages que nous pouvons en tirer , que de recourir k un ex- > pédient si funeste. Le zèle avec lequel il s'en explique (p. 148)
' mérite trop de trouver place dans cette réponse , pour que je me
^ pardonnasse de l'avoir oublié. « Que plutôt les montagnes de-
' » viennent inaccessibles, que les vallons s'escarpent, que les
f » plaines se hérissent d'impénétrables forêts. » Nous allons voir
i ù toutes les horreurs dout il continue de charger ce travail^
«ont, Comme il le dit (p. 167 ) , ks effets inévitables (fumncerésultant de la base et des fondemens de la chose; ou si , comme je le prétends , elles ne proyiennent que d'an abua àé râatoritë, dhmt la correeliott est facile.