‹ Œuvres complètes de DuclosChapitre 44 sur 67 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

L'entretien des chemins est une suite indispensable de leur cons^ truction; mais la charge en est très^légere quand ils ont été bienfaits.

Xje temps dévore tout : les édifices des Romains , avec toute leur solidité , n'ont pas été à couvert de cette loi imposée aux ouvrages de la main des hommes. L'unique moyen d'en reculer la destruction , a été de les entretenir si régulièrement par un renouvellement des matières qui périssent , qu'on les perpétue , pour ainsi'dire , en les régénérant; et cette maxime est surtout applicable à toute espèce de bâtimens : d'oii il suit que , si la chaussée sur laquelle le critique passe tous les ans n'avait pas été entretenue depuis sa construction , et qu'elle eût été fréquentée par les Romains depuis la conquête de César, les Francs l'auraient trouvée en mauvais état; et que si... « elle est saine et « entière , et tellement ferme que le temps ni le poids de nos « voitures quelconques n'y ont fait . encore aucune ornière >• (p. i33) , il faut que ce soit de voitures fées, dont il entend parler , ou qu'il n'y en passe guères , ou qu'enfin celte chaussée ait été continuellement entretenue. S'il avait plu au cntique d'indiquer le pays et le lieu oii elle est assise, j'aurais pu trouver

SUR LA VOIRIE. ;7?.i

le moyen de la faire examiner par des personnes de l'art, assez intelligentes , pour m'en faire un rapport exact et circonstancié ; mais comme Bergier nous donne à peu près la même ide'e des chaussées romaines , et qu'on me reproche d'avoir refusé à son certificat la confiance que j'ai donnée à celui du sieur Gautier , homme de la profession , qui , quoique borné , comme je l'ai fait entendre, s'y connaissait certainement mieux qu'un avocat, j'ai eu la curiosité de faire vérifier ces mêmes chaussées de Champagne, que l'historien des grands chemins de l'empire nous dit avoir fait déterrer. La copie que je vais donner du rapport qui m'en a été fait , prouvera au censeur , d'un côté , que ma défiance n'était pas sans fondement , et de l'autre, que Bergier n'aurait pas trouvé tant d'épaisseur aux chaussées dont'il décrit la construction , si elles n'avaient été entretenues par leurs auteurs. Il n'est pas surprenant qu'ayant été, par la suite, enterrées jusqu'à neuf pieds de profondeur , on les croie encore tout entières, quand le hasard fait qu'on en découvre ; ce qui arrive si rarement , qu'il m'a été assuré , par gens très-dignes de foi , que dans tous les environs de Lyon , centre des plus grands chemins de la Gaule , on a vainement fouillé pour déterrer une de ces chaussées.

Extrait de F Histoire des grands Chemins de T Empire romaùiy par Nicolas Bergier.

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