L. II, chap. XVIU, pag
« Ayant fait fouir dans le jar- « Dans les différentes coupes ,
» din dudit monastère ( des ca- ». qne l'on a faites aux environs
» pucins de Reims ) jusques à » de Reims et ailleurs , de ces
» neuf pieds de profondeur , » anciennes chaussées , il ne
» parut la terre ferme, sur la- » s'est point trouvé de couche
» quelle ledit chemin est assis, » de ciment : on a seulement
» et fut, trouvé sur icelle un » reconnu que le terrain sur
» ciment de chaux et d'arène » lequel sont posées ies pre-
B de l'épaisseur d'un pouce seu- ». mières assises , avait été dressé
» lement , qui est aussi blanc »» de niveau. » » que s'il venait d'être fait. »»
« Sur ce ciment étaient as- « Ces assises ont en effet dix
» sises, pour première couche »» à douze pouces de hauteur,
» dudit chemin, des pierres >» et sont des plus grosses pierres
» larges et plates, couchée^les >» des carrières dont on se sert
» unes sur les autres de l'épais- »» pour les chaussées nouvelles.
Réponse du Vérificateur,
M seur de dix pouces et jointes » ensemble avec un ciment qui » rend cette couche de tel alliage »» et fermeté, qu'il est bien dif- %> ficile d*en avoir des pièces. »
« Vient après la seconde » couche , faite et composée de w pierres qui tiennent plus de « la figure cubique j ronde ou M ovale , que de la plate et dî- » latée. Les^ moindres sont n comme pour remplir la paume » de la main, et il n'y a rien qui » ressemble mieux au statumen » des pavés domestiques, ou plus» tôt à la rudération. Ces pierres » sont pi us tendres que le caillou .
» Ce n'était pas à la main qu'on »> les posait, on les épandaità la » pelle , puis y étant arrangées, M on les frappait à coups de batte ^ dans le coiToi qui servait à les.
» allier. Cette seconde couche ne »» s'élève sur la première que de » huit pouces d'épaisseur. »
« Pour troisième couche , un » corroi 'un pied d'épaisseur , » non de tuile battue , mais de » certaine matière gluante , at- » tachante et mollasse, que l'on » appelle en Champagne du " crouin (crayon ), on les mas- " sivait à coups de batte , en le • mêlant avec de la chaux. »
» Elles ont été posées de même w sans ciment. »
* La dernière couche de six
M Cette seconde couche est
> faite également de menues » pierres que l'on ramasse sur la » montagne de Beru , à deux » lieues de Reims. Elles n'ont » point été cassées parce qu'elles » sont de moyenne grosseur, ni » garnies de corroi. Il j a au
> contraire beaucoup de vide » entre elles et celles qui se
> trouvent garnies. C'est par les \ couches de tuf ou de grève
> des assises supérieures qui ont filtré avec les eaux, que cellesci out reçu le prétendu ciment. M
«( Ce prétendu corroi, pour \a troisième couche , n'est autre chose qu'une espèce de grève de craie de peu de consistance , qui se trouve asseï ordinairement dans les plaines de Champagne. Dans les terrains pierreux on se servait du ckalùi qu'on y trouve. Ce chaliu étant un assemblage de parties pierreuses et de laf , qui se détruisent et se mastiquent aisément, a fait croire qu'on y avait employé de la chaux* »
« Cette dernière couche était
SUR LA VOIRIE » pouces de hauteur, était com- » composée » posée de gravois mastiqués , » ou cimentés. Le tout allait k M trois pieds d'épaisseur. >»
de gravois qu'on » nomme dizes , et qu'on tire, » pour les chaussées nouvelles, »> des environs de Monbrai , à » une lieue de Reims ; il y a » apparence qu'on ne s'en est n servi qu'après qu'on a re- » connu que la troisième couche » n'avait pas assez de consis- >» tance. C'est ainsi qu'on en » use sur le nouveau chemin » de Rheims à Rethel , sur le- » quel on avait employé une » pareille matière , qui rendait » le chemin très - mauvais en » temps humide. »
Second exemple d'une autre Autre réponse de F observateur construction de chaussée ro^ à ce second exemple,
maine.
« La fondation double de deuxcouches de pierres plates, dont la première, massivée de ciment , était de dix pouces d'épaisseur, la seconde de onze pouces , composée de pierres sèches sans alliage de terre ni de ciment. Le noyau, immédiatement par -dessus , était composé de certaine terre rousse , de l'épaisseur de quatre à cinq pouces seulement, bien étendue et massivée sur les pierres sèches. Sur le noyau était posée la rudé^ ration épaisse de dix pouces , composée de cailloux ronds et lisses , de pareille nature à ceux dont la surface était faite ; mais beaucoup plus minces et ^lus petits. A peine s'en trouve-t-il aucun qui sur-
Ce second exemple fait connaître que les Romains construisaient leurs chaussées avec les di£rérentes matières du pays.
Cette construction plus chère que la première, à cause de l'éloignement des matériaux , n'en diffère guères que par le moins de chauxetcimentdésigné dans le premier exemple , qui est relatif à l'ouverture qu'on avait faite d'une chaussée qui s'est trouvée plus à portée du tuf , ou autres matières plus grasses qu'on y a employées , et que des gens peu connaisseurs prennent encore aujourd'hui pour du mortier. On voit tous les jours la même chose sur les parties de chaussées construites depuis trente ans, qu'on est obligé d'ouvrir. On y trouve
» passe en grosseur une noix même , lorsque les matières » commune, et la plupart sont sont à peu près semblables, H comme noyaux de cerises, beaucoup plus de dureté que >» Tous ces petits cailloux sont dans celles des Romains : la n allies d'un ciment ou corroi raison en est, qu'ayant été plus » de si ferme consistance, qu'il coupées par les roues , ces ma* u est bien difficile à rompre et tiëres broyées en parties , de- » entamer. Cette couche sou- venues un peu ferrugineuses » tient sur soi la dernière et par l'usure du fer des bandages 9 plus haute , faite contre l'or- des roues et des pieds des cbe- » dinaire, de plus gros cailloux vaux, sont entrées dans les w que ceux de la rudération , vides : les rouages ayant 'été » et n'a que deux pouces d'é- remplis et les chaussées recbar- M paisseur ; en sorte que tout le gées successivement , elles se » chemin pris ensemble, n'a en * sont serrées et durcies par Ja » ses quatre couches que trois pression des fardeaux des voiw pieds et demi de haut en bas.» tures, de manière à ne faire
qu'un corps plus difficile à rompre, que lorsqu'il est divisé par des couches égales.
Les Romains ont employé, autant qu'il a été possible, les matières les plus dures et les plus propres pour leurs chaussées , comme on le pratique aussi pour les nôtres ; mais lorsqu'elles se sont trouvées à des éloignemens trop considérables, ib oat employé les matières du pays. .
A quatre ou cinq lieues de Reims , la chaussée qui conAuvsait à Trêves , et celle qui conduisait à Langres , lesquelles avaient plusieurs embranchemens, sont construites en craie et grève de rivière . Lorsqu'après avoir traversé les plaines de Champagne , il se trouvait , comme dans les environs de Chaumontet Langres , des pierres blanches et plates , les premières couches étaient posées de champ.
L'observateur ajoute à ces réponses claires et décisives , des réflexions toujours fondées sur l'expérience. Par les coupes qu'il a fait faire de différentes chaussées des Romains, « il a reconnu » que quand ils découvraient des matières dures à une distance » raisonnable , telle que d'une lieue jusqu'à cinq ou six , ils s'en » servaient; mais que si le terrain sur lequel ils voulaient tra-
* vailler était trop éloigne de ces matières , ils employaient la » craie et le gravier. <^ue, par la vicissitude attachée à tous les
• temps , ces chaussées ayant été tantôt bien et tantôt mal en* » tretenues, on y voit des différences de couches^ans un arran- » gement contraire à la solidité ^ et qui n'aurait pa& été tel ^ si
k elles aTaient été construites du même coup, parce qu'il u'est pas » à présumer qu'on eût Toulu corrompre l'ouvrage, en mettant » des matières tendres sur des matières dures.
M 2®. La dureté qu'on trouve dans ces anciennes chaussées , » et l'espèce d'alliage qui parait unir les matières dont elles sont » formées , ont fait croire à gens peu connaisseurs en ces sortes n d'ouvrages , qu'on y avait employé du ciment et de la chaux. » A quoi , dit-il , l'un et l'autre auraient-ils servi , avec la » craie de Champagne , qui est moins dure , et qui ne s'y allie »» pas si "bien ? Ce prétendu corroi n'est autre chose que le » broiement des différentes couches de pierres , de grève ou de » tuf, qui se sont serrées successivement, et durcies par la » marche des chevaux , et le poids des voitures.
» 3^. Il a fait trancher plusieurs de nos chaussées faites de- » puis vingt à trente ans : il y a trouvé le même surcroît de » l'épaisseur originaire opéré par l'entretien , le même mélange » des matières , et autant de difficultés à les ouvrir que les » anciennes.
» 4^. Si par cette vicissitude des choses humaines , l'entretien >» de nos chaussées n'est pas fait, par la suite, avec autant d'at- » tention qu'on en exige aujourd'hui , et qu'on se borne à les » recharger de mauvais matériaux , elles deviendront aussi » élevées que celles des Romains ; et si on les ouvre alors , on y » trouvera la même variété de couches , mais plus de perfec- » lion , attendu qu'elles ont été faites , pour la plupart , sur des » pentes réglées , que les Romains n'observaient pas. » Je dirai , en passant, qu'il s'en faut bien que cette attention, exigée pour la recharge des chaussées , soit remplie dans tous les départemens , et qu'au contraire , il y en a peu 011 les ordres , à cet égard , soient exécutés. Dans les règles de Fart , il faudrait faire des arrachemens jusqu'au vif, partout ou la chaussée aurait fléchi ou tassé , afin que les nouvelles matières , qui devraient être rangées à la main, fissent corps avec les anciennes. Au lieu de cette opération , dont l'effet serait de diminuer infiniment , pour la suite} l'objet de l'entretien , on fait , par les rechargemens, une seconde chaussée sur la première , à laquelle , par ce moyen , on donne une forme extérieuf-e aussi neuve que si on la construisait de fond en comble. De là une foule d'inconvéniens qu'on ne répare jamais, et dont le remède est ruineux , •oit qu'on l'applique à prix d'argent, soit qu'on en charge \es communautés. En premier lîeu , la superficie de l'ancien cailloutis n'ayant pas été dégorgée , les boues y entretiennent une humidité pernicieuse : détrempées par les pluies ; elles fondent et occasionent d^ nouveaux tassement. Deuxièmomcut,
les pierres dont on recharge la chaussée , tombant sur une surface lisse , ne peuvent jamais s'y amalgamer. Pour troisième de- ' faut , ces pierres étant jetées en bloc et simplement éparses avec la pelle , il en reste de grosses à la superficie , oii elles ne peuvent être broyées par les roues des voitures. Enfin , ce blo* cage haussant à Texcës la chaussée , les chemins de terre baissent en proportion : il faut les recharger , toujours aux dépens des terres voisines, qui en souffrent une diminution ou une dégradation 9 l'une et l'autre sujettes à l'indemnité , préjudiciables à l'agriculture , et encore plus aux communautés dont le travail est doublé par cette ruineuse opération.
Je ne me suis pas borné aux éclaircissemens que j'ai rapportés sur la Champagne, pour savoir s'il était vrai que \a construction des chaussées romaines fût telle , que leur solidité pâC braver quinze à seize siècles , sans le secours de l'entretien. J'ai porté mes recherches jusqu'en Franche«Comté , et j'y ai trouïé les mêmes preuves négatives de ce prétendu miracle. La chaux et le ciment s'y sont convertis en sédiment de pierre et en un mastic naturel , formé par la pression du massif des matières : en un mot , tout y est pareil à ce qu'on a lu ci- dessus , à la différence de la qualité des pierres , infiniment plus dures daos cette province qu'eu Champagne , et beaucoup plus k portée des ateliers puisque le pays est en général très-montueux et qu'il présente communément des rochers immenses à faire sauter par la mine. Les Romains , qui n'avaient pas le secret de /a poudre , étaient privés des secours qu'elle procure souvent a peu de frais , pour tous les ouvrages qui concourent k la construction des ponts et à la réparation des chemins , surtout à l'adoucissement des rampes ; mais ils se servaient, pour leurs chaussées, dans la Franche-Comté , de deux sortes de matières que la nature y fournit abondamment. La première est une pierre plate qu'on y appelle lave, assez commune dans le pays pour y être employée à couvrir les maisons : la seconde , nommée groize, est de la pierre que la gelée a calcinée et qui tombe du haut des roches entraînée par les eaux. Elle diffère du gravier en ce qu'elle n'est pas ronde , mais elle est aussi bonne et même meilleure. Or , H est facile d'entendre comment cette groize , fondue par les pluies , a cédé au frottement et aa tassement continuel , et de quelle manière , coulant au travers des joints des pierres jusqu'au plafond des chaussées , elle y a formé , à la longue, un crément pareil à celui que les véri^cateurs de Bergier ont pris pour dé la chaux. Sur cela le physicien du comté de Bourgogne, que j'ai consulté , demande plai* samment d'oii les Romains auraient tiré asset de bois pour
faire cuire toute la chaux que leurs chemins auraient con- ' sommée, surtout en Champagne , oii il a toujours dû être rare, '" par la raison qu'il y croît difficilement. ^ Je ne me suis pas donné tant de soins , précisément pour
argumenter contre la chaussée de César, citée par le critique , mais plutôt pour dissuader le public du faux préjugé oii l'ont ^ jeté les extases du docte Bergier : comme s'il résultait de la ^' magnificence des pavés que les Romains ont faits en Italie , oii '* ils semblent avoir plutôt travaillé pour satisfaire leur ostenta- ' lion que pour l'utilité commune ; comme , dis-je , s'il sui-
f vait de cette singularité, qu'ils aient pu et voulu porter la même profusion dans tous les pays soumis à leur empire , et assujétir f les chaussées de cailloutis à la même manœuvre des pavés
* publics et domestiques. Je suppose même cet excès de super-
f fluité que l'art ne conçoit point , et aux dépenses duquel n'au-
' raient pu suffire ni la tyrannie des impôts , ni celle des corvées
! dont ils accablaient les peuples subjugués ; elle n'en eût pas
moins été la proie de la voracité du temps , qui , encore un coup , détruit toutes choses, si l'on ne répare continuellement les ravages qu'il y fait sans cesse. Cette vérité se démontre d'elle-même ; aussi ne trouvera-t-on ni loi ni règlement concernant les chemins , qui n'en comprenne la réparation comme une suite nécessaire de la construction. Jnslruciionem et répara-tionem disent les lois romaines : et , en eil'et , il serait inutile de faire des chemins , si l'on ne voulait les entretenir. Le célèbre auteur de l'Esprit des Lois , dans une critique dont Vami des hommes n'aurait pas mal fait d'imiter la modération et la politesse , a dit quUlfaut éclaircir Vhistoirepar les lois et les lois par Vhistoire, J'ai cru , en profitant de cette leçon , devoir combattre par les lois et par des rapports de savans experts , nonseulement l'opinion de mon censeur, mais encore les relations de Bergier et de Gautier que j'ai citées dans mon Essai. Le premier , savant en jurisprudence^ ne perdra rien du mérite de son ouvrage , quand j'avancerai que son ignorance en architec-*ture l'a fait errer dans l'application des termes usités parmi les anciens maîtres de cet art , et qu'il a été trompé par de mauvais examinateurs des chaussées qu'il a fait ouvrir en Champagne. Le second , assez versé dans la pratique de la construction , mais au-dessous du médiocre pour le raisonnement, a bien jugé l'état de ce qu'il voyait , et n'a su discerner la cause de l'extrême épaisseur de la chaussée dout il avait le profil sous les yeux , ni conclure , de ce qu'il n'y avait point à proximité des matériaux pareils à ceux dont elle était composée , qu'il fallait qu'on les eût tirés de loin. On m'a d'ailleurs fait observer que
du temps de cet ingénieur , Tusage des cailloulis n'avait pas encore été introduit dans les ponts et cliaussées , du moins pour la généralité de Paris oii il servait, ce qui lui avait ôté les occasions de reconnaître les lieux oii il y avait des matières propres à ce genre d'ouvrage. C'est l'assemblage de ces circonstances , et la petite vanité de se donner un air d érudition , qui lui ont £ait embrasser l'illusion que s'est faite Bergier , quand il lui a pla d'adapter , contre toute vraisemblance , aut différentes couches des chaussées de cailloutis , les dénominations que les Romains donnaient aux différentes assises de leurs pavés inténeurs et extérieurs. J'ai donc eu raison de me défier des extases de Bergier, et j'ai dû accorder plus de croyance sur le fait, à la déposition d'un homme de Fart ; mais les doutes oii celui-ci m'a laissé sur les causes de son ébahissement , m'ont paru assez dignes d'être éclaircis , pour me déterminer aux recherches que j'ai faites ; et j'espère que le public m'en saura gré.
J'ai dit , et c'est la seconde partie de ce chapitre , que l'entretien n'exige qu'un travail tfibs-léger , quand les chaussées sont solides dans leur principe , ce qui dépend de la dureté âe$ matières, et de la régularité de leur arrangement suivant l'art ; car je ne garantis la durée, ni de celles qui ont été faites à prix d'argent par des entrepreneurs infidèles ,.ni de celles dont quelques intendans ont été les directeurs artistes , et j'en pourrais citer un assez grand nombre de celles-ci , pour donner lieu au critique d'en tirer un puissant argument contre l'institution des corvées, si ces malheureux exemples étaient plus communs-, et il en naîtrait une forte objection contre moi-même , qui soutiens l'utilité de ce travail , si je n'avais tant de fois exprimé l'amertume que me causent les abus qu'on y commet. Oui, je l'ai peut-être déjà dit trop souvent , mais je le répéterai encore , ne fût-ce que pour l'édification de mon critique : tant qu'il y aura, je ne dis pas autant de régîmes que de têtes, comme cela n'est que trop et depuis trop long-temps, mais deux systèmes , deux méthodes , deux règles , ce sera toujours a recommencer ; et si je n'espérais la correction de cette espèce d'anarchie , je me tournerais dès à présent du c6té de Vomi des hommes , pour crier à tue-tête , comme lui , que F intendance est le plus tj-rannique de tous les établissemens , et la con^e la plus cruelle de toutes les servitudes. Mais les veilles que j'ai consacrées au soin d'annoncer tout ce que je crois le plus propre à étouffer la manutention arbitraire, et à cimenter les meilleures règles par une loi invariable , sont de sûrs garans dé l*espérahce où je vis , qu'au rétablissement des travaux publics , les choses changeront de face.
Pourquoi la monarchie est*e11e regardée, en général, comme 1^ plus parfait de tous les gouvernemens ? C'est à cause qu'elle n'ad-^ met qu'une seule volonté dirigée par les lois et secondée des lumières d'un bon conseil. Son autorité se distribue sur plusieurs têtes dont chacune est aidée par d'autres qui en ont à leur tour plusieurs sous leur conduite , et qui leur répartissent la portion d'autorité nécessaire à leurs fonctions. Les volontés de ces sousordres doivent se rapporter inviolablement à celle du monarque, ou pour mieux dire , ce ne sont pas des volontés , ce sont des actions qui tendent toutes à l'exécution d'une seule volonté , et qui , en remontant à cette origine , doivent répondre uniquement au centre dont elles sont parties. Il peut arriver, par des causes , qui heureusement sont très-rares , que cette harmonie soit dérangée par le relâchement unanime de tous les exécuteurs ; mais un moment inopiné de cette volonté suprême suffit pour rétablir l'ordre propice que je viens de crayonner : et les peuples affligés, qui vivent sous un pareil gouvernement, doivent toujours attendre cet heureux retour des bienfaits de la Providence ; au lieu qu'une république 4iorrompue ne peut être corrigée que par la refonte de sa constitution, et par son passage à l'état monarchique , oii elle est contenue par le frein de l'autorité.
Suivant les prindpes que fe viens de déduire , toute^ matière d'état, dans la monarchie , doit être traitée suivant la loi qui lui est propre ; et le premier caractère extérieur de cette loi est la publicité , par laquelle seule les sujets apprennent à quoi ils sont tenus envers \p souverain , comme aussi les dépositaires de son autorité savent à quoi ils doivent astreindre les contrevenans , sans qu'il soit permis à ceux-là , dans aucun cas , de rien ajouter ni diminuer aux dispositions de la loi. Si jamais les sujets furent dans le cas de réclamer cette règle constitutive, c'e^t , sans doute, celui où l'on dispose, tout à la fois , de leur bien et de leur liberté. Par la même raison , il n'est point de circonstances oii il puisse être plus essentiel de restreindre l'autorité du 'juge , au point oii il ne puisse , saus prévariquer, faire le moindre changement k la loi , ni se tirer, quant k l'exécution , de la règle commune que le souverain aura prescrite.
Or , la première de ces règles, par rapport aux chemins , est indubitablement la méthode suivant laquelle ils doivent être faits et entretenus; l'économie et l'intelligence dans l'emploi des fonds qui leur sont destinés ; les soins , les précautions à prendre pour empêcher que les peuples me soient foulés , et f l'agriculture altérée par le travail des corvées ; l'attention qu'il
faut avoir k soulager et même à gratifier les communautés
;^3o SUPPLÉMENT A L'ESSAI
qui d'y partent àrec le plus de tek ; «afin U diacipliae à iiiâtn^ tenir sur les employés et entre eux. Si rinCendamt répond que ce n'est pas lui qui fait coasirnire, il a raison, si l'arl est tel qa'il doive passer êes lumières; mais il a tort quant aux chaussées , si l'ouvrage n'est pas fait de la manière présente , à canae qu'il doit s'j connaître au moins comme tout particulier qui &it liAtir, et qui , sans être architecte , voit bien si on le sert fiilrlcmcpt ; et il serait d'autant plus inexcusable dé se refitsar à cette vérifia* cation , que l'ingénieur et tous les enaplojés lui sont directe* ment subordonnés. Si , tout au contraire , des plaintes parvenues •u premier ou au second tribunal apprennent qu'il j a des abos dans les aUgnemens et dans la construction , et que rinçénieur inlerrogé r^K>nde que la direction lui en est interdite par l'intendant, qu'on défait et qu*on refait , qu'on travaille mal pour stter plus vite , qu'on foule les peuples , etc., }e dis qu'après d«s avertîssemens sérieux , le premier sous-ordre , bien et dAmeat informé, en doit rendre compte à l'ordonnateur , l'otdonnateiir au prince , et que la révoeaj^ion de l'intendant doit veiner le pubHc et le peuple maltraite.
Je ne puis trop souvent faire entendrç k mon censeur que ce sont là les conditions sous lesquelles je me suis déclaré YapSirc de la corvée, et que j'ai principalement écrit dans la vue d'en procurer l'exécution. Si Dieu permet que noies intentions soient déçues , )e proteste , pour la seconde fois , d'adopter les sentimens du critique , avec quelques tempéramens ; et déjà je conviens avec lui ( p. lai ) qu'a traiter ce travail de U manière dont il l'a été jusqu'à présent dans quelques généralilés , « on ne ferait qiiun vaste cimelibte de tout le territoire de F Etat. • Mais dusse -je encore être repris de la multitude de mes si, je répéterai que si , par le frein du pouvoir , l'arbitraire et le péculat sont réprimés ; si les présens oormpteurs soat défendus , verbo et exemph ; si l'on fait sur quelque snbdélégaé l'épreuve que Y ami des hommes (i) a demandée contre les entrepreneurs in6dëlei ; si après une construction solide , l'entre-* tien clés chaussées est conduit avec l'intelligence et les attentions que j'ai exigées , je me rends garant que tout coulera de aource dans ce service public , et que l'entretien ne prendra pas deux jours à chaque paroisse. J'en ai la preuve sous^mes jeux par des étals de travail dont la fidélité ne peut m'étre suspecte , et dont l'expérience m'a démontré la possibilité.
Nous avons , au plus haut degré , l'art et les moyens de faire des chaussées aussi fermes que celles des Romains. Les principaux abus qui s'y opposent sont ceux que je viens de tocicker;
(0 T. pATt. il, p. 556. Qa'oB le pende saas mif^ricorde.
SUR LA VOIRIE. ^Zi
P d'antres dérivent de Figiiorancc , k rezdusûm de laquelle le
,i ministère a pourvu, autant que la faveur insidieuse a pu le per*
i mettre : avssi doîs^-je croire que c'est aujourd'hui le plus rare
0 de tous les obsUcles à vaincre. Celui de l'éloîgnenient des ma»
„ tières dures est bien plus fréquent ; et le seul remède que j'aie
H trouvé contre cet accident pour remplir le précepte donné par
^ le critique , de ne faire ^ s'il était possible , que des ouvrages
, étemels ; ce remède , dis-je , serait de faire vx>iiurer ces maté-
^ riaux par relais , depuis la carrière ou depuis les murgées oii
j ils auraient été empilés , jusqu'au dépôt qui aurait été indiqué à
deuK lieues de la première charge. D'autres communautés les prendraient à ce dépôt pour les porter à un second , ou pour les rendre à l'atelier s'il n'y avait pas plus de deux lieues. Un dernier 4»bstacle enfin , c'est le cèle mal entendu qui fait entre-i prendre 9 tout à la fois, plus d'ouvrages qu'on n'en peut conduire méthodiquement et avec ce soin qui influe tant sur la solidité. Moins embrasser, et plus étremdre , est une maiime très-sage. Le grand objet , l'objet cj|A»T» doit être d'éublir une régie solide , éclairée et juste ; de fa cimenter par la viiigance , par la douceur unie à la fermeté , par la récompense et par les punitions sagement appliquées : ce qui n'est pas si aisé qu'on le croit. La safgesse du pouvoir qui dispose des bienfaits con-* siste, non-seulement è ne les distribuer qu'en proportion du degré de mérite relatif , mais encore à les régler sur l'état et •ur le grade du sujet. On doit être encore plus réservé sur les peines, en ne leê infligeant que pour l'exemple , et, s'il se peut, pour la correction du défaillant , sans priver l'Etat de ies ser->^ vices, s'il y a quelque moyen honnête de l'y retenir. Il n'en est pas de même du crime , dont on ne saurait trop tôt purger la société. Je reviens à l'excès des projets. Ce n'est point dans la confusion qu'entraîne la multiplicité des entreprises qu'on peut fonder l'ordre : ce n'est point en faisant mouvoir sans cesse des ingénieurs en chef, qu'on les met à portée de critiquer à propos les défauts du travail , d'instruire leurs subalternes , etc. Je n'ai pu , à ce sujet , retenir mon admiration en lisant cette ordonnance Àe% états de Bretagne , que j'ai déjà citée. L'article XYI dispose que tous les chemins de cette province seront laits en quatre ans , ce qui emporte l'une de ces deux conséquences, ou que l'on se bornera au plus petit nombre de chemins , ou qu'on y emploiera tous les habitans de la campagne ^ •ans disconttnuation , et cette dernière idée est si effrayante que je ne puis l'adopter. Ce n'est pas, je crois , trop avancer que de porter à û% cents tieues les diemins nécessâ^ires au commerce de Ja Bretagne , sans compter les petites communications souvent
indispensables. Or , à ne supposer la valeur pécuniaire des ou-* vrages que cette étendue exigerait , qu'à vingt livres la toise courante de chaussée , comme nous l'avons fait pour les autres
provinces , ces six cents lieues coûteraient 28,800,000 1.
L'estimation la plus sobre à laquelle on puisse porter les ponts moyens et les ponteaux de ces iix cents lieues de chemins sera de 3ooo livres,
par lieue i ,800,000 1.
Itotal 3o,6oo,ôoo 1.
Ce qui serait pour chacune des quatre anaées une imposition extraordinaire de sept millions six cent cinquante mille livres. J'ai cru d'abord qu'il j avait faute dans l'impression , et qu*aa lieu de quatre années on avait voulu mettre quarante , mais le texte de l'article ne m'a pas permis de m'en tenir à cette ojh* nion. « La première année (porte-t-ii) on tirera tous les maté- » riaux ; la seconde on fera les fossés ; la troisième on fera l'ea* » caissement et l'empierrenient , jusqu'à la superficie ; la qiia-
• trième et dernière est destinée à la perfection des rechaiiges , I» des fossés et des banquettes. »
• Les réflexions qu'il y aurait à faire sur ces dispositions n'auraient point de bornes , et je ne les cite que pour faire entendre combien il est important et nécessaire qu'avant de mettre la main à de pareilles entreprises , on ait eu l'attention d'en mesarer toute l'étendue par des plans fidèles et des détails t%\immiifsy formés sur la plus parfaite connaissance des lieux; sans quoi. Von tombe dans des erreurs dont la découverte fait souvent reculer , quand l'expérience montre, d'un côté, l'inunensité du travail auquel il faudrait assujétir les peuples pour satisfaire l'exécution d'un projet mal conçu , et de l'autre , l'excès des dépenses aux* quelles monteraient les matériaux et la main-d'œuvre des ouvrages qu'on ne peut faire qu'à prix d'argent. Je donne volontiers à la Bretagne quarante ans pour faire ses chemins, pourvu qu'ils soient bien plantés et bien dirigés; que les ponts et les chaussées en soient si solides qu'il ne faille y revenir que pour en éviter les dégradations , et j'ose dire que le public ne m'en désavouera pas.
Mais si tout ce qui me revient des mauvais principes et de l'exécution encore plus défectueuse des travaux de cette province; de l'inutile multiplication des routes parallèles, qui par-» tent d'un même lieu pour arriver à la même fin ; de l'incapacité des conducteurs; de la négligence des supérieurs à se porter snr les travaux ; enfin , de l'ignorance universelle qui règne dans cette manutention , et y met les peuples aux abois : $i ^
dîs-je , toutes ces circonstances sont vraies , comme je dois le croire sur le rapport de personnes respectables , je déplore le sort de cette province , et ne suis plus surpris de la témérité qui a fait croire que, dans le court espace de quatre années, la totalité, des chemins pourrait y être commencée et finie.
La lenteur avec laquelle les états de Languedoc procèdent k la confection de leurs cbemins ne m'indispose pas moins. Le critique m'accuse mal à propos (p. 2o3) d'avoir fait une mauvaise querelle à cette assemblée , que je respecte , et dont j'admire en. d'autres points la sage administration. Il tire ce re« proche de ce que je me suis plaint qu'un chemin proposé depuis plus de trente ans , et dont la nécessité n'est pas équivoque , ne fut pas encore résolu en i75g. « £t quelles sont , me dit-il , les » trois provinces dont cette suspension arrête tout court le » commerce ? » On les nomme Vuéuvergne, le Vis^arais et le Languedoc. Ajoutons-y la Provence , et voyons si la communication de Clermont-Ferrand avec le Puy , n'ouvrira pas un commerce trës-considérable entre ces quatre provinces , au lieu de trois auxquelles je m'étais restrefnt» comme aux plus intéressées, sans parler du Quercy et du Rouerguç qui s'y embranchent naturellement. La raison la plus apparente du retardement est , sans doute , la somme tres-forte que cet ouvrage coûtera , telle qu'on l'estime trois millions; ce qui peut en dire quatre, en lan«* gage de bâtiment , lorsque toute la prudence humaine ne sau* rait prévoir des accidens de force majeure , dont les causes sont cachées dans le sein de la terre.
J'ai dit à ce sujet que si le Languedoc, à l'exemple de U Bourgogne et de la Bretagne , avait jugé à propos de faire travailler par corvée , cette route si utile serait achevée depuis long-temps, et le critique traite de rage cette proposition ( p. 202). Il regarde comme un double crime « que je veuille introduire » cet usage dans un pays oii l'on ne le connaît pas, après avoir w fait tous mes efforts pour le perpétuer dans ceux oii il est » établi . M Apparemment les terres immenses de F ami des hommes sont situées dans le Languedoc : sans cela quel intérêt aurait-il d'en vouloir soustraire les peuples à une conl^bution commune ? S'il n'en parlait qu'en qualité de citoyen , il devrait la solliciter autant que moi , persuadé que l'excellence de l'administra tioa que les états y établiraient , servirait d'exemple aux pays d'élection , et nous autoriserait à crier encore plus haut contre ceux qui refuseraient de l'imiter. (
Il n'esta pas moins injuste quand il m'accuse d'attenter aux privilèges de cette province. Je n'ai jamais prétendu soustraire aux états la direction des corvées, ni aucune des circonstance^
qui eh dépendent , telles qae rimposilion et U répurtition des charges. Il n'y a qu'à me lire pour en couTenir , et il n'est pais concevable que le critique ne s'en soit pas aperçu , ou que y s'il y a fait la moindre attention , il ait osé m'imputer des faits que le texte sur lequel il les fonde dément hautement.... « Qu'ils (les M états } se régissent pour rimpositioo et la répartition des » charges, pour l'administration de leurs denier»^ etc. » Tels sont les termes dans lesquels je me suis exprimé. Le critique ne disconviendra pas que la corvée ne soit une imposition et une charge; donc, )'ai seulement prétendu , et je crois encore que, sujette, comme les autres j à la loi générale, sans autre différence que celle des formes dans l'exécution , la province de Languedoc aurait dû répondre amc intentions du souverain, eu usunt y ainsi que les autres pays privilégiés , des expédôens les pins prompts pour le rétahlissement des chemina. Et quand le critique taxe ceux-ci ( p. 204 ) « d'avoir eu leurs raisons d'obéissance oa d'im- » péritie , en laissant tomber dans des mains étrangères cet ar* » ticle si essentiel de leurs droits et de leurs de\H)irs , » il m'autorise i| présumer qu'il n'a pas pris la peine de s'instroire àt% détails de cette manutention. L'ordonnance des états de Bretagne que j'ai citée ci-dessus , et plusieurs autres des états de Bourgogne que )e pourrais rapporter, lui auraient appris que les seuls ofiBciers municipaux de ces provinces s'y mrient de la voirie, et que, si les intendans influent sur leurs délibéra tiwÈS j ce n'est que pour leur faire entendre, de la part du roi , à f[wieU objets il conviendrait au bien général qu'ils donnasaenl \a préférence , ce qui , à la vérité, vaut des ordres ; mais auxquels )e ue vois pas que les pays d'états aient le plus léger prétexte de se refuser , puisqu'ils n'o£fensent nullement leurs privilèges ; aussi xn'a-t-on assuré que le Languedoc se conduit à cet égard par U règle et par l'exemple , et que les avis de l'intendant y prévalent en cette partie , autant et peut-être plus qu'ailleurs. £n quoi les droits et les devoirs des uns et des autres seraient-ils blessés , quand on les assnjétirait à des principes de construction conformes à ceux qui seraient établb pour tout le reste du royaume, dont ils sont une portion et non une limite étrangère ? Cependant les chemins du ^Languedoc contrastent avec la règle générale , et même avec l'objet précieux de leur durée et d'e leur conservation.
Cest , dit le critique (p. 3o5), « la province la plus commer- » çante qui soit dans le royaume quant à la vivification , an n transit et k la fabrication : » le passage des voitures y est donc plus fréquent que partout ailleurs ; et il suit de là que la lar« geur des chemins devrait^ au moins, y être égale à celle de«.
autres pays. Plas ce Commerce est vif et abondant , plus la continuité du rouage et celle du passage des chevaux j latîguent les chaussées 9 et par conséquent, quelque solides qu'y puissent être et le sol et les matériaux , la province avait un intérêt sensible à pratiquer des bermes ou des chemins de terre ponr ménager ces chaussées pendant Tété. Je n'en parle que sur le rarppmrt de gens tcès^onnaisseurs ; ils en louent la gentillesse et la propreté ; mais ils prétendent que si elles avaient à sontenir le poids des voilures qui fréquentent nos routes de Bretagne, de Guyenne, de Flandres , de Lorraine et de Lyon à Paris , elles auraient peine k rénster , et qu'elles ne se conservent en bon état qu'à la »favear des sages ordonnances qui règlent le nombre des chevaux dont les voitures peuvent être attelées daos> les différentes sai- * sons : précaution que j'approuve in^niment, loin de la critiquer; mais qui j^ouve que les états n'adoptent point l'hérésie du cen- . seur sur le chapitre de l'entretien. C'est d'ailleurs, de la part da critique, une observation très-déplacée , pour prouver la solidité des chaussées de cette province , que de nous rappeler « qu'elle » est le siège du canal de la jonction des deux mers ; >> puisque voulant réveiller notre juste admiration pour cet ouvrage incomparable, il nous fournit , sans y penser , un argument cobtre la fréquence des voitures par terres , et qu'en effet ce canal est le plus grand déboochement du Languedoc.
Je consens néanmoins que ces chemins « aient depuis près d'un » siècle servi d'admiration à tous les étrangers : » ce privilège leur appartenait autrefois, à bon droit , exclusivement i tout le reste du royaume , et iî n'est pas moins juste qu'il partage aujourd'hui cette admiration avec les routes qui aboutissent k la capitale. Les prémices même letir en sont dues par les Italiens , les Espagnols et les Portugais ; et c'est , en général , un > tribut que nous doivent toutes les nations, parce qu'il n'y a royaume ni république en Europe qui aient donné des soins pareils aux nôtres k cette partie de l'administration. Qu'un homme des régions méridionales arrive en Languedoc ; je conçois sans peine qu'il doit être frappé d'étounement à la vue et à l'effet de oes chaussées roulantes dont les bornes étroites forment h ses yeux nn ornement , et dont les sinuosités ne peuvent le choquer , parce que le mérite des alignemens lui est inconnu , et que , d'ailleurs , ces nouveautés se présentent k lui sous un ciel si beau , qu'il pare également les productions de l'art et celles de la nature ; mais que cet étranger vienne à Paris par les routes d^Orléans ou de Fontainebleau , s'il trouve quelques lacunes rebutantes par leur imperfection il en est bientôt dédommagé. Son admiration pour les jeux de boule du Languedoc diminue à me*
sure qu'il avance. Elle achève de s'éteindre à cinquante et.soa« ^▼ent à cent lieues de la capitale , quand , au lieu de ces lisières de vingt à trente pieds de largeur, il parcourt rapidement des avenues spacieuses plantées d*arbres des deux côtés , et au bout desquels sa vue se perd. Il contemple ces chefs-d'œuvre dn génie qui ont changé en rampes douces des précipices autre» fois terribles au seul aspect y et inabordables. Teb étaient ceux de Tarare , de Torfou , d'Étrechi , d'Arpajon y la montagne sablonneuse dans la forêt de Fontainebleau, et une infinité d'autres qu'il serait trop long de rapporter. C'es^ li, c'est à ces travaux que l'ancienne Rome n'a point connus, et auxquels le Languedoc n'a sûrement pas servi de modèle, que s'arrête radmiration de l'étranger. C'est de telles voies qu'Û dit avec un illustre Ci) savant du siècle , qu'elles surpassent en magnificence les fastueux monumens de l'ancienne Rome , quoiqu'elles ne soient bordées ni de temples , ni de sépulcres.
JVune mihi Tarpèias quantumvi» , Jupiter, arces Objice , et tui mœnia Martis ait*