HISTOIRE DES CAUSES DE LA GUERRE DE
VJOMME je me suis moins proposé d'écrire une histoire en forme , que de laisser des mémoires aux historiens, je suspends pour quelque temps ceux que j'ai commencés, pour passer au plus grand , au plus malheureux et au plus humiliant, événement de ce règne ; je veux dire à la guerre allumée en 1766 par la piraterie des Anglais, et terminée cette année par la paix dont ils ont dicté les conditions.
J[e ne veux pas laisser échapper de ma mémoire les connaissances que j'ai été à portée de me procurer. Je sais que si ces annales paraissent bientôt, elles doivent trop heurter l'opinion commune pour obtenir d'abord la confiance qu'elles méritent. Cer-» tains personnages qui ont paru sur la scène sont trop intéressés à me contredire , pour ne le pas faire avec d'autant plus de vivacité et de fiel , qu'ils rendront intérieurement justice à la vérité é9% fiûts. Je suis encore plus sûr, que lorsque le temps aura levé
le voile qui couvre aujourd'hui taot d'intrigues , lorsque les pièces, les instrumens secrets seront devenus sans conséquence , la postérité vetra que je n'aurai fait qu'anticiper son jugement. Combien d'opinions admises comme vraies par une génération , et dont la fausseté se trouve démontrée par la génération suivante !
La reine de Hongrie , humiliée de n'avoir pu faire la paix avec le roi de Prusse qu'en lui abandonnant la Silésie , en con. serva le plus vif ressentiment , et ne regarda la paix que comme une trêve dont elle comptait bien se servir pour chercher les moyens de reprendre les armes avec plus d'avantage.
Elle cessa dès ce moment de regarder ou de traiter la France comme sa rivale. Une politique flexible lui fit rechercher l'alliance de cette couronne. Blondel était alors chargé des affaires de France à Vienne. La reine lui tint d'abord quelques propos vagues sur la différence qu'il y avait entre la situation actuelle des maisons de France et d'Autriche , et celle qui , deux cents ans auparavaot, les avait armées l'une contre l'autre. Elle ajoutait que l'équilibre était aujourd'hui si parfait entre elles , qu'elles ne devaient plus prétendre à le rompre, et que leur union assurerait la tranquillité de l'Europe, ou que, si quelque puissance du second ordre tentait de la troubler, les deux cours principales seraient en droit et en état de la réduire.
Blondel , flatté d'être le négociateur d'un tel plan , s'empressa d'en instruire le marquis d&Puisieux, ministre des affaires étrangères , qui ne jugea pas à propos d'en parler au roi , et défendit à Blondel de suivre ce projet. Éa reine , voyant notre ministre contraire à ses desseins , en suspendit la poursuite , mais ne les abandonna pas ; et, lorsque le marquis d'Hautefort vint à Vienne en qualité de notre ambassadeur , elle s'expliqua plus ouvertement avec lui qu'elle n'avait fait avec Blondel , dans l'espérance qu'un homme de condition aurait plus de poids qu'un simple agent auprès de nos ministres. Outre les raisons politiques qui pouvaient toucher les deux cours , elle ne dissimula pas son ressentiment contre le roi de Prusse. T ai sacrifié , dit-elle, mes intérêts les plus chers à la tranquillité de l'Europe , en cédant la Silésie; mais, si jamais la guerre se rallume entre nioi et lui, je rentrerai dans tous mes droits , ou jjr périrai moi et le dernier de ma maison.
Le comte de K^unitz qui vint ambassadeur en France en même temps que le marquis d'Hautefort l'était de France à Vienne, avait ses instructions toutes relatives aux vues de la souveraine. Il s'attacha d'abord à persuader les ministres , et surtout madame de Pompadour , dont le crédit lui paraissait le plus important à 4aénager. Elle ne fut pas insensible à l'idée de jouer un rdle
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pl^us noble que celui qu'elle avait joaé sur le théâtre des cabinets. Elle se voyait , en entrant dans la politique, un personnage d*état, et s'en crut tous les talens. Elle adopta donc le projet de Kaunitz, et se flatta de convertir nos ministres; mais elle les trouva tous si opflosés au nouveau système , qu'elle n'osa prendre sur elle de présenter au roi un plan qui serait combattu par tout le conseil, et se contenta de dire au ministre autrichien que notre alliance avec le roi de Prusse était trop récemment conclue pour y déroger, et qu'il (allait attendre un temps plus favorable.
Dès ce moment , le comte de Kaunitz cessa d'insister , étala beaucoup de faste extérieur, s'en dédommagea par une grande économie domestique , et se borna k vivre habituellement dans la classe opulente de la finance , oii je l'ai fort connu.
Le terme de son ambassade étant arrivé , il retourna à Vienne, et fut remplacé par le comte de Staremberg, muni des mêmes instructions , chargé d'en suivre le plan , et d'épier les circonstances. Elles ne tardèrent pas à se présenter. Une escadre anglaise , sans déclaration de guerre , sans même avoir annoncé le moindre mécontentement contre la France, attaqua et prit , au mois de juin 1755, deux de nos vaisseaux , VAlcide et le Lys.
Nous avions alors , pour ambassadeur à Londres , le maréchal de Mirepoix , homme plein d'honneur et de courage , un vrai chevalier de guerre et de tournoi des temps de François I*'. , mais d'un esprit borné ; il demanda justice au ministre anglais de l'acte d'hostilité qui venait d'arriver. Le caractère franc de cet ambassadeur ne servit qu'à /avoriser l'artifice et la duplicité de ceux avec qui il traitait. Le roi Georges ne craignit pas de dégrader la majesté , en partageant les manœuvres de ses mi* nistres , et autorisant leurs réponses. Ils prostestèrent du désir qu'ils avaient d'entretenir la paix, ne comprenant pas, dirent-ils, les motifs de cette aventure ; ils alléguèrent que les contestations que nous avions avec eux , sur les limites du Canada , pouvaient avoir ei; des suites en Amérique , qui avaient occasioné le combat dont il s'agissait ; mais qu'ils attendaient des éclaircissemens qui , sans doute , afifermiraient la paix. Le maréchal , plein de franchise, ne douta pas de celle des ministres, et encore moins de la droiture d'un roi. Il se rendit caution auprès de notre gouvernement, qui se laissa presque atissi facilement abuser.
Il était pourtant fort facile de pénétrer les desseins de l'Angleterre. Nous n'ignorons pas combien cette puissance , notre enne- ' mie naturelle, dont toute la prospérité se fonde sur le commerce, était jalouse du nôtre qui balançait le sien depuis long-temps. Son plan suivi était de u'étruire notre marine , et de s'attribuer privativement l'empire de la mer. Il n'est pas bien décidé si I(^
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premières infractions à la paix en Amérique sont venues de la part des Anglais ou des Français ; mais il est très-certain que les Anglais désiraient la guerre , et que , pour la faire avec avantage , ils étaient déterminés à la commencer par des liostilités imprévues et multipliées qui , diminuant nos forces , augmentassent les leurs, et leur assurassent déjà la supériorité, avant que nous nous missions en état de défense. En effet, pendant qu'on se bornait en France à demander justice aux Anglais , ceux-ci , laissant leur ministère amuser le nôtre par des réponses obscures , se saisissaient de tous les vaisseaux français qu'ils ren-contraient à la mer. Cette piraterie dura six mois avant que nous usassions de représailles. Le maréchal de Mirepoix , dupe jusqu'à l'imbécillité , répondait toujours des dispositions pacifiques du roi d'Angleterre ; et notre ministère , aussi aveugle que le maréchal, attendait humblement justice. On voulait, disait-on , que l'Europe , témoin de notre modération , s'indignât contre l'Angleterre, et applaudit à la justice de notre cause. Ces sentimens pouvaient être méritoires devant Dieu ; mais si une vengeance heureuse ne les justifie pas bientôt , un Kfat se trouve dégradé aux jeux des nations qui n'applaudissent jamais qu'aux vainqueurs. La paix humiliante qui vient de terminer une guerre honteuse a donné atteinte à notre considération en Europe , où la France a peut-être perdu de son rang. Les Anglais nous avaient déjà pris dix mille matel<its, avant que nous tongeassions à les combattre ; et comme la misère ou la violence en fît employer la plupart sur leurs vaisseaux , leurs forces augmentèrent en raison double de nos pertes. Telle fut la première et la principale source de nos disgrâces. Sans rejeter la négociation , si nous n'eussions traité qu'en prenant les armes au premier signal d'hostilité, les malheurs de la guerre se partageant sur les deux nations, il y aurait eu plus d'égalité dans la discussion des droits ou des prétentions.
Il est presque impossible qu'une guerre s'allume entre deux grands Etats , sans que les autres y prennent part. Il était d'ailleurs visible que les Anglais , pour nous obliger à faire une diversion dans nos forces , chercheraient à nous susciter une guerre de terre de la part de leurs alliés. Nous avions alors avec le roi de Prusse une alliance qui devait subsister encore un an (jusqu'au mois de juin i^SG) , sauf à la renouveler. Le baron de Kniphansen , son ministre en France , offrit aussitôt le secours de son maître. Il prétendait que les Anglais s'étaient déjà assurés de la reine de Hongrie ; mais que nous pouvions déconcerter leurs mesures , et que , si la France voulait attaquer les Pays- Bas , le roi de Prusse entrerait en Bohême avec cent mille
hommes. D'un autre côté , Starémberg saisit l'occasion d'ofFrtr l'alliance avec la reine ; cette ofifre dissipait les soupçons qu'on voulait nous donner contre la cour de Vienne , et semblait assurer la paix dans le continent.
Notre conseil , dont les principaux membres avaient leur intérêt particulier , fut très-partage. D*Argenson , ministre de la guerre ^ la désirait ardemment et voulait qu'on acceptât la proposition du roi de Prusse. Machault, ministre de la marine, soutenait qu'on devait se renfermer dans la guerre de mer ; que l'état de nos finances ne suffisait pas en même temps aux dépenses qu'exigeraient la terre et la mer ; que jusqu'ici les Anglais étaient nos seuls ennemis ; que , si l'on cédait aux sollicitations du roi de Prusse, la reine de Hongrie se déclarerait pour TAngleterre ; que , si l'on s'engageait au contraire dans une alliance avec elle , le roi de Prusse la regarderait comme une infraction au traité qui l'unissait à nous ; qu'il n'y avait d'autre parti à prendre que d'entretenir notre union avec la Prusse , de lier avec la reine une négociation qui préviendrait ou du moins retarderait sa jonction avec l'Angleterre , et nous donnerait le temps de porter tous nos efforts contre notre véritable ennemi. Le comte d'Argenson objectait que tous nos ménagemens n'éviteraient pas une guerre dans le continent ; que nous devions donc la commencer avec avantage , agir sur le plan du roi de Prusse , déconcerter la lenteur autrichienne , et mettre la reine hors d'état d'être utile aux Anglais*
Quelles que fussent les raisons d'état du comte d'Argenson, son intérêt personnel était d'engager la guerre de terre , qui , occupant tout ce qui habite ou suit la cour, ferait prévaloir *son département sur celui de Machault , son rival de crédit.
L'attention qu'on donne à la marine a toujours été subordonnée aux faveurs qu'on accorde à une armée de terre. Si la capitale était un port de mer , la marine prévaudrait ; tant le moral et le politique dépendent des circonstances locales et physiques ! Puisieux , Saint-Severin et le maréchal de Noailles se rangèrent à l'avis de Machaiilt. Rouillé et l'abbé comte deBer- ' nis adoptèrent celui de d'Argenson. Le comte de Bernis n'était pas encore du conseil; mais tout lui était communiqué par madame de Pompadour et par les ministres témoins de la faveur dont il jouissait auprès d'elle. Il arrivait de l'ambassade de Venise ; l'on voyait asseï qu'il n'y retournerait pas , et qu'il jouerait bientôt à la cour le plus grand rôle. Ce fut lui qui , penchant pour les offres du roi de Prusse , proposa que , si on ne les acceptait pas, on envoyât du moins auprès de lui un homme considérable, qui fit du goût de ce prince, pût le ménager et pénétrer ses
desseins. Il fît tomber le choix sur le duc de Nîvernois, et Ton n'en pouyail pas faire un meilleur ; mais on ne le fit partir qu'au mois de décembre 1755. Ce retard, involontaire de sa part, nuisit à sa négociation. Lesta^ens les plus rares étaient d'ailleurs assez inutiles auprès d'un prince qui , en distinguant le mérite , discernait encore mieux ses propres intérêts ; et le duc de Nivernois n'arriva k Berlin que pour être témoin de la signature' du traité entre l'Angleterre et la Prusse, au mois de janvier 1756. On s'était borné , en se fixant à la guerre de mer , à remercier amiablement ie roi de Prusse de ses offres , sans accepter celles de la reine de Hongrie. Ce prince , ne doutant p^ que les événemens n'allumassent la guerre dans le continent , craignit d'en être la victime. Il n'ignorait pas les démarches de l'impératrice pour se lier avec la France et changer l'ancien système. Si elle y parvenait, ce ne pouvait être que pour tourner ensuite ses armes contre lui , et recouvrer la Silésie. Quand la reine ne serait restée que dans la neutralité contre la France et l'Angleterre , elle aurait encore été en état d'attaquer avec supériorité un prince peu affermi dans la Silésie , trës-mal avec le roi d'Angleterre , et en faveur duquel la France ne ferait point de diversion. Les Russes , que les Anglais faisaient venir , augmentaient son inquiétude , et il pouvait raisonnablement craindre de se voir écraser entre tant de puissances.
On ne peut donc le blâmer d'avoir cherché sa sûreté dans une alliance avec le roi d'Angleterre. Il la signa pendant qu'on allait dans notre conseil si l'on accepterait ou refuserait ses offres. Il ne lui était pas difficile d'être informé de nos débats. Les maîtresses , les amis , les cliens de nos ministres étaient initiés , suivant notre usage , dans tous les secrets des délibérations ; et Us soupers brillans de Compiègne , où la cour était , furent , pendant tout le voyage , les comités oii les matières politiques , traitées à la française , parmi les jolies femmes , les intrigues galantes et les saillies , se préparaient pour le conseil. Pendant que le roi de Prusse s'arrangeait avec l'Angleterre , Kniphausen, , son ministre, pour en écarter les soupçons et pour justifier son maître après la conclusion , affectait de répandre les propositions qu'il avait faites secrètement à notre ministère. Cette indiscrétion était'trop forte pour n'être pas suspecte ; et , dès ce mcment , le comte de Bernis ne douta plus de l'intelligence du roi de Prusse avec l'Anglais. Il en avertit inutilement les autres ministres. Ils n'étaient pas encore bien persuadés que les Anglais voulussent sérieusement la guerre , et se reposaient tranquillement de l'affaire d'État la plus importante sur une négociation 3. 23
de banquiers , qui la traitaient comme un simple malentendu et
une tracasserie de commerçans.
Il ne fut pas possible de s'aveugler sur les desseins de l'Angleterre après l'ouverture du parlement ; la harangue du roi fut une déclaration de guerre et un manifeste. Le comte de Bernis, dont les soupçons étaient justifiés par l'événement, prit des ce moment plus d'autorité dans les comités. Il proposa donc de faire au roi d'Angleterre une réquisition sur la restitution d« nos vaisseaux ; d'exiger une réponse prompte et précise ; et , sur son refus , de rompre à l'instant toute négociation , et d'attaquer Minorque.
Staremberg*, n'oubliant rien pour nous engager da^s une alliance avec l'impératrice , nous avait souvent avertis de celle que le roi de Prusse négociait avec l'Angleterre par le duc de Brunswick. On commença à écouter plus favorablement ce qui partait de la cour de Vienne. L'impératrice avait eu dessein de s'adresser au prince de Conti , qui , ayant alors un travail réglé avec le roi > semblait avoir un crédit indépendant de, madame de Pompadour. U était d'ailleurs en liaison avec madame de Coaslin qui cherchait à supplanter la favorite. Le goût du roi pour madame de Pompadour était usé : elle avait été obligée de recourir à des fêtes , des ballets , des comédies dont elle était la principale actrice. Ces amusemens, qui n'avaient jamais beaucoup flatté ce prince , étaient épuisés ; l'ennui prévalait toujours. Les agaceries de madame de Coaslin tirèrent le roi de cette langueur. Elle aurait pu réussir; mais, au lieu d'amener son amant par degrés à un hommage d'éclat qui eût fait éloigner sa rivale ; au lieu de fortifier les désirs en les irritant, elfe y céda si vite qu*elle les éteignit; elle se livra comme une fille, et fut prise et quittée de même. Elle ne laissa pas de donner beaucoup d'humeur et de chagrin à madame 'de Pompadour , qui comprit que ce qu'une rivale malhabile n'avait pas fait , serait exécuté par une autre ; elle conclut qu'elle ne se soutiendrait pas long-temps comme maîtresse, et résolut de se faire • ministre. Elle y est parvenue ; les affaires, lui ont procuré une consistance moins fragile^ et les galanteries de passage que le roi a eues n'ont fait qu'assurer à madame de Pompadour l'état d'amie nécessaire.
Elle n'en était pas encore au point oii nous la voyèns depuis bien des années; mais elle y tendait. Le hasard, les circons* tances l'y ont portée, sans projet formé ni plan suivi. Le comte de Kaunitz, informé du tableau de notre cour, qui n'exige, jamais que des yeux et non de la pénétration , jugea que ma-
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dame de Pompadour, toute chancelante qu'elle paraissait, était encore la voie la plus sûre pour déterminer le roi ; et, en l'engageant dans les affaires , il la rendit, ce qu'il désirait qu'elle fût , et ce qu'elle n'aurait encore osé prétendre , maîtresse de la France.
L'impératrice sentait de la répugnance à lier une correspondance qui choquait également «a dignité , sa morale et la hauteur autrichienne ; mais le comte de Kaunitz dissipa ces préjugés par le grand principe de Fintérét, si puissant sur les princes. Il en obtint un billet flatteur pour madame de Pompadour, à qui le comte de Staremberg s'empressa de le rendre.
Madame de Pompadour fut si enchantée de se yoir rechercher ' directement par l'impératrice , qu'elle la regarda sinon comme ' son égale , du moins comme une amie , dont elle résolut de servir les projets à quelque prix que ce fût. Elle connaissait trop l'opposition du ministère pour y recourir. Le comte de Bemis, qui lui devait les commencemens de sa fortune, et dont cette affaire pouvait achever l'élévation , lui parut le seul homme qu'elle pût consulter et prendre pour guide ; mais elle éprouva de sa part plus de contrariété que de tout autre. Aux raisons politiques il joignit l'intérêt de l'amitié. Il lui fit observer qu'il ne s'agissait pas ici de ces traités qui ne roulent que sur de légers objets, mais du renversement total d'un système qui subsistait depuis Philippe II , et faisait la base dé toute la politique ; combien il était dangereux de choquer l'opinion publique , ne fût-elle qu'un préjugé ; qu'une alliance entre les deux premières puissances de l'Europe annoncerait la servitude des autres ; que, dès cet instant , le roi deviendrait suspect au corps germanique , qui l'avait jusqu'ici regardé conrnie protecteur de sa liberté. Sur quel titre se porterait-il désormais pour garant du traité de Westphalie? L'impératrice n'avait d'autre objet que d'attaquer en sûreté le roi de Prusse , de nous engager nous-mêmes dans sa querelle , et de nous faire supporter les frais de la guerre , qui ne sont jamais fournis que par la France et l'Angleterre. Le roi se verrait donc forcé à une guerre de terre qu'il voulait éviter. Si les succès en étaient malheureux , quels reproches n'aurait-elle pas à se faire comme Française y et à essuyer du roi ? Le comte de Bernis finit par i'exhortçr à continuer de plaire à son amant, à l'amuser, à ne lui point montrer d'humeur, et surtout à éviter les affaires qui pouvaient la perdre en la rendant odieuse à la nation.
Madame de Pompadour ne parut pas mécontente du comte de Bemis ; mais elle n'abandonna pas son i4ée , et résolut de hasarder une tentative auprès du roi , sauf à ne pas insister %i
elle sentait trop de résistance : elle n'en trouva point. Ce prince, prévenu d'estime pour la reine de Hongrie, à qui 'nous avons fait une guerre assez injuste , n'avait pas les mêmes sentimens pour le roi de Prusse , hérétique , bel-esprit et avantageux. Le roi était blessé de quelques plaisanteries qui lui étaient revenues de Berlin , encore plus révolté de l'irréligion que le roi de Prusse professait pour le moins avec indiscrétion , et peut-«tre jaloux de la gloire qu'un petit souverain s'était acquise. Il y avait long-temps que le roi désirait une alliance catholique qui pût balancer le parti protestant, déjà supérieur en Europe. li comptait que la réunion de la France et de la maison d'Autriche contiendrait toutes les autres puissances, écarterait à jamais la guerre , et ferait perdre à l'Angleterre son allie naturel. Cependant le roi , avant que de se déterminer , proposa à madame de Pompadour de charger le comte de Bernis d'en conférer avec Staremberg. Madame de Pompadour , connaissant les dispositions du comte de Bernis , et ne voulant pas l'exposer à contredire un système dit goût du roi et qu'elle dé-* sirait ardemment , représenta que le comte de Bernis , n'étant pas ministre , conviendrait moins que tout autre membre du conseil ; mab le roi persistant , elle eut soin de lui faire remarquer, et de le prier de se souvenir qu'elle ne l'avait pas proposé , et que le choix venait uniquement de sa majesté.
Le lendemain , 22 septembre 1765 , madame de Pompadour, les comtes^de Bernis et de Staremberg , se rendirent à Babiole , petite maison au-dessous de Belle vue.
On ne peut pas mettre plus de franchise que le comte de Staremberg en mit des la première conférence. L'impératrice jugea qu'il était de la dignité des deux premières couronnes de l'Europe de traiter sans le moindre détour. Toutes les vues , le&^ prétentions, les propositions de la cour de Vienne furent exposées , et elles étaient telles qu'il était difficile de ne pa? en être touché. On les verra bientôt; mais ce nouveau système «était d'une si grande importance , que le comte de Bernis demanda |iour la décision le concours du conseil ; et , dans tout le cours de cette affaire , il eut la précaution de faire signer par le roi tous les ordres qu'il en reçut.
Pour rédiger l^ plan qui devait être présenté au conseil , et ne le pas laisser pénétrer d'avance , les comtes de Bernis et de Staremberg eurent quelques entrevues dans un logement que j'avais au Luxembourg , et que je n'occupais pas , oii ils se rendaient l'un par la rue deTournon, etl.'autre par la rue d'Enfer.
Le plan proposé par l'impératrice était si séduisant , que le roi ne doutait presque pas de l'approbation du conseil. Cepen—
dant quelques intérêts personnels pouvaient faire hattre des discussions incommodes. Puisieux et Saint - Séverin seraient blesses d'un plan qui était la rectification de leur traité d'Aixla-Chapelle. Le comte d'Argenson serait peu favorable à un ouvrage affectionné par madame de Pompadour. Pour obvier k ces contradictions , le roi voulut que l'affaire , au lieu d'être rapportée en plein conseil , le fût dans un comité coinposé de Machault , de Rouillé , Séchelles et du comte de Saint-Florentin. C'était d'ailleurs le moyen d'admettre dans les conférences le comte ae Bernis , qui n'entrait pas au conseil. Le premier se tint le 20 octobre 1755 , et l'on y fit l'exposé d'un plan qui sepablait détruire tout germe ^de guerre entre la France et la ipaison d'Autriche. L'infant passait d'Italie dans les Pays-Bas ; ^impératrice abandonnait à jamais l'Angleterre ; et les ports que la maison de France acquérait à la porte de la Hollande , empêchaient cette république d'oser se déclarer contre nous en faveur des Anglais ; Mons nous était cédé , et Luxembourg rasé; la couronne de Pologne était rendue héréditaire, en conservant toujours la liberté de la 'république pour ménager . la Porte; la Suède. gagnait la Poméranie. L'arrangement du nord et du sud de l'Europe faisait partie du plan général , et le poids des puissances contractantes semblait en assurer l'exécu* tion. Les avantages qu'on nous offrait étaient si frappans , qu'on ne pouvait être arrêté que pai^ le respect des anciens principes. Est-il sage , dirent quelques uns , de renoncer à un système établi depuis près de deux siècles , suivi par Henri IV , Richelieu , Mazarin , d'Avaux , Servien , et devenu un axiome de politique nationale ? D'ailleurs , comment deux cours , si long- temps opposées et toujours rivales , seront - elles constantes dans leur alliance ? La France peut-elle compter 'sur la fidélité de la cour de Vienne , après l'avoir rendue plus puis* santé ? La France va s'aliéner tous les princes de l'Empiré qu'elle soumet à la maison d'Autriche. Elle perd le parti protestant et le donne à TAngleterre. Après avoir maintenu la liberté de Pologne, on l'expose au démembrement ou à l'asservissement de la part de la Russie , ou de la cour de Vienne qui voudrait dcmner une couronne à l'un des archiducs. De» cet instant , nous perdons la confiance et l'amitié de la Porte , si jalouse de la liberté polonaise.
On répondait à ces objections que , lors de la naissance de l'ancien système , la maison d'Autriche possédait la couronne impériale , celles d'Espagne et de Naples , une partie des Etats du roi de Sardaigne , et la Servie pour barrière contre le Turc. Elle n'a plus aujourd'hui que l'Empire. Par le système pro-
posé , la cour dé Vienae ne s'agrandit pas relativement à la maison de France , qui gagne les Pays-Bas et devient relativement plus puissante , surtout contre les Anglais , par les places maritimes de Flandre. Les deux puissances contractantes se lient directement parles sermens et l'honneur; macs, de plus , leurs arrangemens respectifs , leurs avantages réciproques sont si sensibles , que l'intérêt , la première loi des princes , devient encore lé garant de l'honneur. Le traité de West-* phalie restant inaltérable , les protestans sont rassurés. L'union de la Suède , pour la garantie , est une nouvelle sûreté y et le Danemarck offre d'entrer dans l'union. La liberté des Polonais fait une des bases du traité. La Russie , devenue notre alliée , entreprendra moins sur la Pologne. Notre alliance avec la Russie ne nous oblige de lui fournir aucun secours contre le Turc, ce qui assure la neutralité de la Porte entre les Français et les Anglais. D'ailleurs , il était impossible .que la guefre de mer n'excitât bientôt celle de terre; les Anglais armçràietît infailliblement contre nous l'impératrice. Il lie. nous t*!e^ait donc que le choix de l'ennemi, Déyion^ndius .préférer pour allié le roi de Prusse a l'impératrice qui nous fçtisait; les plus grands avantages ? .
Les différentes alliances que le nouveau système exigeait, étaient si compliquées ,.qu* une défection pouvait faire tout crouler ; mais c'est l'inconvénient de toutes les guerres de ligue, et toutes les puissances étaient intéressées dans celle-ci. L'impératrice renonçait à jamais à l'Angleterre ; le succès de la guerre paraissait infaillible , et n'a manqué en effet que par les généraux. .
Quoiqu'on parût répondre à toutes les objections y le comité resta dans une telle indécision , qu'on se borna à répondre qu'avant de se déterminer ,. on voulait observer les démarches de l'Angleterre et de la Priissé. L'impératrice , assez mécontente , nous fit démander de proposer nous-mêmes un plan » puisque le sien n'était pas accepté. Le comte de Remis proposa alors entre les deux cours un traité d'union et de garantie de leurs États respectifs en Europe , ceux du roi de Prusse y étant compris , l'Angleterre seule exceptée , à cause des hostilités ; et qu'à cet égard l'impératrice garderait la neutrali^é. Tout le comité approuva le projet.
La cour de Vienne fit les plus grandes difficultés sur la garantie des États de Prusse. Le roi même , porté à une alliance plus étroite, cçaigtiit que la négociation ne fût rompue , et en témoigna quelque chagrin. Mais enfin l'impératrice jugea que le traité d'union la mettrait du moins à couvert des hostilités de
la France , et que celles du roi de Prusse pourraient bientôt faire naître la guerre.
Le traité allait être signé , lorsqu'on reçut la nouvelle de celui qui venait de Fétre à Londres, le 16 janvier 1756 , entre l'Angleterre et la Prusse. La cpar de Vienne déclara aussitôt que dans ces circonstances on ne pouvait pas , sans lui inspirer une défiance trës-fbndée, persister danc la garantie des États du roi de Prusse. Elle voulait dn moins une convention de neutra-> lité qui mit les Pays-Bas k couvert. Le comte de JBernis trouvait la demande juste ; Machault ne rougit pas de ;s*y ' opposer , d'autant plus , dit-il , que , si nous avions de mauvais succès contre l'Angleterre , nous pourrions nous en dédommager sur les Pays-Bas. Ce qu'il y eut de plus singulier , c'est qu'un avis si déshonorant pour le roi parut le trait d'une haute politique à plusieurs membres du comité, qui d'abord voulaient qu'on agit .'ofTensivement. contre le roi de Prusse.
Sur; les plaintes que le duc de Nivemois fit à ce prince de son traité avec l'Angleterre, il répondit que cela n'avait rien de contraire a «ehiî. qu'il avait avec la France ; qu'il était même prêt à le renouveler ,' et qu'il ne trouverait pas mauvais qu'elle en fit un de son coté avec là cour de Vienne. Le duc de Nivet» nois eut ordre de revenir , et le marquis de Valory alla le remplacer, sans autres instructions que de veiller sur la conduite d'un prince que nous dévions déjà regarder comme notre ennemi, mais avec qui nous n'avions point encore de guerre ouverte. D'un autre côté , le duc de Duras , à la première nouvelle des hostilités des Anglais , et sans, mission de notre cour , tâcha d'engager celle de Madrid, oti il était ambassadeur^ à se. déclarer contre l'Angleterre. Sa proposition fut fort mal reçue ; et , dans la crainte qu'il ne nous engageât légèrement dans quelques fausses démarches , il eut ordre de revenir. Le comte de Bemis fat destiné à lui succéder. La suite des événemens le fit bientôt après nommer pour aller à Vienne ; mais , comme il était encore plus nécessaire à conduire ici les différentes branches de la négociation, qui prenait h chaque instant plus d'activité , il ne partit point. Le comte d'Aubeterre aâla de Vienne relever le duc de Duras à Madrid ; et le marquis de Stainville , aujourd'hui duc de Œoiseu) , se rendit à Vienne.
Le roi de Prusse n'eut pas plus tôt ratifié le traité de Londres , que l'impératrice en exigea un de nous pour la neutralité des Pays-Bas, et défensif en cas d'hostilité du roi de Prusse. Le comte de Bemis , que le roi chargea de le rédiger, ne voulant
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rien prendre sur lui dans une affaire de cette importance , demanda la réunion de tout le conseil en comité.
Le roi, piqué du procédé du roi de Prusse, et madame de Pompadour, excitée et flattée par l'impératrice, désiraient que le traité fût offensif. Le comte de Bernis fut presque le seul qui s'y opposa. Il sentait que, pour peu que la guerre s^engageât, . tout le fardeau en retomberait sur nous ; que nous n'avions point de généraux en qui l'armée eût de confiance , et que nos finances étaient en fort mauvais état. Il représenta qu'on serait toujours à temps de prendre des mesures offensives; qu'il était dangereux de s'engager avec la cour de Vienne plus qu'elle ne Texigeait elle-m^me. Il parvint enfin à suspendre le ressentiment du roi , à tempérer l'engouement de madame de Pompa* dour pour rim'pératrice , à résister à l'ardeur que tous les militaires avaient pour la guerre. Le traité fut donc fait tel qu'il est imprimé. ( Voj. le Traité, ) *
Le comte de Bernis exigeait que le traité fût secret , persuadé que le roi de Prusse bien armé , et ne doutant pas que l'offensif ne suivit bientôt le défensif , se prévaudrait de sa situation pour attaquer la reine de Hongrie. Il demandait de plus, et comme un préalable nécessaire , qu'on mit le roi de Pologne , électeur de Saxe , en état de défense contre le roi de Prusse. Tout le conseil se récria que ce secret n'était pas de la dignité du roi ; que le roi de Prusse , consterné , n'oserait jamais prendre les armes , et que les précautions pour la défense de la Saxe seraient d'une dépense fort inutile. Le comte d'Argenson fut le seul qui approuva l'avis du comte de «Bernis de ne pas négliger la Saxe , parce que c'était faire agir des troupes, ce qui est toujours da goût d'un ministre de la guerre ; mais il n'appuya point la proposition du secret, parce que la publicité pouvait engager l'affaire. Aussitôt que le traité fut connu , l'applaudissement fut général. Ce fut une espèce d'ivresse qui augmenta encore par le chagrin que les Anglais en montrèrent. Chacun s'imagina que l'union des deux premières puissances tiendrait toute l'Europe en respect. On proposa même dans l'Académie de donner, pour sujet du prix de vers , le traité entre les deux cours ; et [e ne pus l'empêcher d'être admis , qu'eu représentant qu'il fallait du moins, avant aue de se décider, consulter le ministère sur un sujet qui tenait a la politique. Cela en fit choisir un autre. Depuis * les ministres jusqu'aux derniers sous-ordres , tous voulaient avoir concouru au traité. Rouillé , qui n'avait été qu'assistant , proposa naïvement de nommer le traité , Trailé de Jouy, du nom de sa maison de campagne , oii les préliminaires avaient été arrêtés ;
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c'était toute la part qu'il y avait eue. On rit de sa prétention , et on le rappela à lui-même. Il prétendit encore qu'on ne devait pas moins que de faire duc le petit Beuvron , son gendre. Le roi ne fut pas de son avis , et Rouillé fut obligé de se contenter de seize mille livres de pension dans sa famille.
Je sais que les idées ont bien changé depuis ; mais on oublie les époques. Sans vouloir prononcer sur le traité en lui-même, je rapporte les faits , et j'avance que, jusqu'à la bataille de Rosbac , le traité soutint sa valeur. Vojony maintenant comment et pourquoi les choses changèrent si fort de face.
Tout parut d'abord nous réussir. Le maréchal de Richelieu s'empare de Minorque ; La Galissonniëre bat et disperse la flotte anglaise , commandée par l'amiral Bing. On a prétendu que l'attaque du fort St. -Philippe , à Mahon , était une entreprise folle. Il est vrai qu'on ne s'y fût peut-être pas engagé , si on l'eût connu exactement. On s'était déterminé sur un plan fourni par l'Espagne ; mais on ignorait l'état de la place depuis que les Anglais la possédaient , et il n'y eut que l'intrépidité du soldat français qui suppléa à tout. Quoi qu'il en soit, cette conquête produisit un tel effet chez les Anglais, qu'ils craignirent une descente dans leur île, et de voir les Français dans Londres. J'en ai su depuis les détails dans mon séjour en Angleterre. Leurs terreurs n'auraient pas été vaines , si nous eussions eu encore le maréchal de Saxe et Duguay-Trouin : ils ont disparu , et n'ont point eu de successeurs. Les Anglais tirèrent de leur disgrâce un parti que nous ne connaissons point. Bing , malheureux , fut jugé en coupable , et passé par les armes. Cet acte de sévérité dissipa la frayeur de la nation,, lui fît croire qu'elle n'avait été que mal servie , et apprit à leurs généraux la nécessité , et peut-être par là les moyens d'être heureux.
Pour nous , quelques chansons furent lés plus agréables fruits de notre victoire ; le premier de^ nos siiccës en fut le terme , et n'a presque été suivi que de malheurs et d'humiliations.
Des généraux de cabinet , avides d'argent , inexpérimentés ou présomptueux ; des ministres ignorans , jaloux ou malintentionnés ; des subalternes prodigues de leur sang, sur un champ de bataille , et rampant à la cour devant les distributeurs àea grâces, voilà les instrumens que nous avons emplo];;és.
Le seul capable de suivre le système qu'il avait adopté forcément; mais lé seul capable de le suivre, puisqu'il en avait combiné tous les ressorts , n'était pas maître de leur donner le mouvement. Le comte de Bemis, enfin, avec plus de faveur que de crédit, n'avait pas l'autorité active. Rouillé^ jaloux d'un associé qu'il ne peut s'eœpccher de regarder comme sou maître ,
lui dérobe la connaissance de ce qui se passe ches l'étranger ; et, ce qui est incroyable, continue d'agir dans toutes les cours suivant l'ancien système^ quoiqu'il eût été un instrument du nouveau dont il prétendait tirer sa gloire. . Le roi sentit les inconvéniens de cette discordance , et voulut faire entrer au conseil le comte de Bemis, pour le mettre en état de connaître tout ce qui était relatif à son plan. Le petit Rouillé en est alarmé , et le prince conserve encore six mois , «iu détriment des affaires , une représentation de ministre , dont ie seul mérite était d'avoir excité la pitié.
Le comte de Bernis , voulant se prévaloir de la prise de Minorqne , pour finir la guerre sur mer , et prévenir celle de terre , proposa de renouveler à l'Angleterre la réquisition de nous restituer les prises, avec l'affrancbissement de Dunkerque, en offrant à ce prix de rendre Minorque. Les Anglais auraient sans doute accepté la proposition ; mais elle fut unanimement rejetée par notre conseil. Le sentiment du comte de Bernis était de n'agir offensivement contre le roi de Prusse qu'en cas d'agrèssion de sa part ; mais ce prince voyait trës-clairement que la cour de Vienne n'avait rechercbé la France que pour n'être pas inquiétée dans ses desseins sur la Silésie ; il connaissait la haine personnelle que lui portait l'impératrice de Russie, Elisabeth, et son inclination pour la reine de Hongrie. Elles se réuniraient sans doute , et le ressentiment que l'électeur de Saxe conservait contre lui de la dernière guerre, éclaterait alors. Il résolut de les prévenir ; il avait cent cinquante mille hommes bien armés et bien disciplinés ; l'électeur avait consumé , dans des fêtes et des plaisirs insipides , des trésors qu'il aurait dû employer à réparer ses pertes et se faire respecter. Dans cette situation , le roi de Prusse fait notifier à la reine de Hongrie' qu'il est alarmé des préparatifs de guerre qui se font dans l'Empire, et lui demande de déclarer hautement qu'elle n'a aucun dessein de l'attaquer , du moins pendant cette année et la suivante. La reine fait répondre qu'une telle déclaration serait trop irréguliëre , puisqu'elle convertirait en trêve une paix subsistante.
Sur une réponse si peu précise , le roi de Prusse prend un parti prompt. Soixante mille Prussiens^ commandés par le prince Ferdinand de Brunswick , entrent en Saxe , et s'emparent de Leipsick , et le roi de Prusse marche à Dresde. Le roi Auguste lui abandonne sa capitale, et se renferme avec dix-sept mille hommes dans le camp de Pyrna, oii il se trouve aussitôt bloqué. Le roi de Prusse , déclaré à l'instant ennemi de l'Empire , pour toute réponse s'avance vers la Bohême , livre bataille au comte de Brown k Lokowits , le bat , et, sans perdre de temps , revient
sur le camp de Pyma. Le roi Auguste se relire ayec le prince royal dans le château de Konigslein , et abandonne son armée , qui se rend prisonnière de guerre , et qui , à l'exception des ofii-* ciers, fut incorporée et dispersée dans les troupes prussiennes. Auguste fait des propositions de paix , on les rejette. Il demande an vainqueur de prescrire les conditions : Frédéric répond qu'il n'en a point à faire ; qu'i^ n'est pas entré en Saxe comme ennemi, mais comme dépositaire. Auguste le prie de lui rendre du moins ses gardes ; Frédéric les refuse , et prétend qn'il ne veut pas avoir la peine de les reprendre. Toutes les réponses de Frédéric sont des insultes ou des marques de mépris , et toute la conduite d'Auguste semble exe user le vainqueur. Le malheureux prince se borna enfin à demander des passe-ports pour s'éloigner. Ce fut la seule grâce que Frédéric lui accorda ; il lui offrit même des chevaux de poste.
Auguste , exilé de ses propres États, se réfugia en Pologne, oii la république lui témoigna une compassion humiliante , et ne lui offrit aucun secours. La reine de Pologne, au contraire, montra toute la fermeté que sa situation comportait. Jamais elle ne voulut sortir de Dresde ; mais enfin elle succomba sous les. chagrins et les duretés qu'elle eut à essuyer, et mourut.
Nous avions jusque-là suspendu l'exécution du traité de Versailles ; mais , l'agression du roi de Prusse ne nous laissant plus de raisons de différer , on donna les ordres pour faire marcher les vingt-quatre mille hommes , dix-huit mille d'infanterie , et six mille de cavalerie , stipulés par le traité. Le comte de Bernis voulait qu'on s'y restreignit exactement ; ce n^était pas l'intérêt du comte d'Argenson , qui aurait désiré employer toutes les troupes de France pour étendre son département. Appuyé des larmes de la dauphine, qui criait vengeance pour son père, il tâcha de persuader au roi qu'un secours de vingt-quatre mille hommes n'étant pas suffisant , ce serait les sacrifier sans fruit ; qu'ils seraient ton jours les plus exposés; qu'il faudrait continuellement les recruter, et que , sans rien opérer d'avantageux pour l'impératrice , ni de glorieux pour nous, la France s'épuiserait d'hommes et d'argent par des campagnes multipliées : au lieu qu'en déployant d'abord des forces considérables , on arrêterait les progrès du roi de Prusse , etquW le réduirait à accepter les conditions qui lui seraient imposées. Deux campagnes , disaiton, suffiraient pour rétablir la paix dans le continent, et pour faire jouir la France et la reine de Hongrie des avantages respectifs de leur traité.
Le roi fut séduit ^'un plan conforme à ses dispositions personnelles à l'égard de l'impératrice et du roi de Prusse. Il voulut
cependant , avant de se déterminer , que TafFaire fût examinée au conseil ( novembre 1755 ). Machault fut trës-opposé à d'Argenson. Il n'ignorait pas qu'une armée de terre attire toujours l'attention et le soin de la cour , préférablement à la marine. Les courtisans servent presque tous sur terre ; au lieu que les marins fréquentent peu la cour , et valaient encore mieux quand ils y paraissaient moins. Macliault qui , étant contrôleur général, avait tout refusé pour la marine au comte de Maurepas, craignit d'avoir donné un fâcheux exemple pour lui-même. Il fit voir le * danger de ne pas nous occuper particulièrement de la guerre contre les Anglais , nos vrai^ ennemis , et prétendit ne pouvoir soutenir la marine k moins de soixante millions.
Le comte d'Argenson , soutenu de Séchelles , contrôleur général , en offrit soixante- cinq. Cette offre ne dissipait pas les défiances de Machault ; mais elle détruisait ses objections : ainsi le sentiment du comte d'Argenson commençait à prévaloir. Il n'y eut encore rien de décidé , et la question politique fut renvoyée au comité , afin que le com'te de Bernis , qui n'était pas encore du conseil , pût opiner sur la matière. Il n'était pas de l'avis du comte d'Argenson , dont il prévoyait les suites ; mais le penchant du roi pour l'impératrice ; l'engouement de madame de Pompadour pour cette princesse, qu'elle regardait naïvement comme son amie , et dont elle se flattait presque d'être la protectrice ; l'obsession du prince de Soubise , du comte depuis maréchal d'£strées , du duc de Richelieu , et de tous ceux qui , sans être des personnages , voulaient jouer des rôles ; tout fit voir au comte de Bernis que, s'il ne consentait pas à l'augmentation du secours , en le limitant , il serait porté beaucoup plus loin que l'état de nos finances ne le comporterait. Il essaya inutilement de montrer le peu de' confiance que la nation avait dans nos généraux ; enfin , il consentit à porter le secours jusqu'à quarante-cinq mille hommes, pourvu que ce fût des troupes étrangères, la moitié de la dépense d'une armée française sufiisant h cet objet. L'impéra-. trice eût été très-satisfaite de cette augmentation ; mais le comte d'Argenson n'était pas encore content ;. les troupes étrangères ne lui convenaient pas ; il fallait employer les courtisans , sescliens, ses créatures , et surtout ses protégés , en formant une armée de munitionnaires , dont l'État se ressentira long-temps.
Voilà par quels degrés , par quelles intrigues nous parvînmes à dénaturer le traité , et sacrifier les forces et les finances du royaume à des intérêts particuliers.
Le conseil de Vienne ne fut pas trompé comme nous dans son plan , qui était de nous rendre les principaux acteurs de la guerre sous le simple titre d'alliés. Il faut convenir que , depuis Phi-
lippe II, nulle cour n'a mieux suivi son objet. Lorsqu'elle paraît s'écarter de son plan , c'est pour y rentrer par une route .détournée. On y aperçoit le même esprit , un système constant qui se plie aux circonstances , sait les préparer et les saisir.
Ainsi j le cardinal de Fleury avait bien raison de dire ce que je viens de lire dans une de ses lettres, du temps oii nous étions en guerre contre les Autrichiens (juin 1741)- ** ^ reine de » Hongrie est dans le cas d'une boutique , oii la mort du maître » n'apporte aucun change^nent , quand les garçons gouvernent » à sa place ; elle a le même conseil , et agit comme ses ancêtres, i» Dans une autre lettre : « L'empereur est faux , et nous hait » souverainement. Il s'est servi de l'estampille du dernier empe-« n reur pour décider beaucoup d'affaires après sa mort , et cela » est prouvé. »
Pendant qu'on faisait les préparatifs de guerre, le comte de Bemis ( car Rouillé n'avait que le titre de ministre ) négociait avec toutes les puissances de l'Europe. La Russie accéda au traité de Versailles, malgré tous les efforts de Bestuchef, livré à la cour d'Angleterre , oii il avait été élevé page du roi Georges II. La Suède prit les armes pour la même cause. On jeta les fondemens d'une union d'armes avec le Danemarck. On traita avec la Bavière, le Palatinat et le Wirtemberg. La diète de l'Empire empêcha que cette guerre ne fût présentée par le roi de Prusse comme guerre de religion. La Hollande confirma sa neutralité. Ces négociations furent conduites avec tant de promptitude et d'habileté, que toutes étaient consommées au mois d'avril 1 767 ; et les mauvais succès de la guerre ne détachèrent dans la suite aucune des puissances contractantes jusqu'àla mort de l'impératrice Elisabeth.
Le comte d'Estrées partit en même temps pour allev à Vienne concerter le plan des opérations militaires. Cet arrangement ne se fit pas sans difficultés ; nous exigions de l'impératrice qu'elle renonçât pour toujours à l'alliance de l'Angleterre ; et la répugnance qu'elle y montrait ne servait qu'à nous prouver la nécessité de l'exiger. Enfin elle y consentit , pourvu que la France se détachât pour jamais de la Prusse , ce qui fut convenu des deux parts. Il fut ensuite question de la neutralité d'Hanovre. Le comte de Bemis la proposa , et le roi d'Angleterre s'en serait 'd'autant moins éloigné, que nos succès en Amérique lui faisaient craindre que les Anglais , maîtres de l'application de leurs finances , ne préférassent la défense de leurs colonies à celle de son électorat. En effet, les événemens n'avaient pas répondu à leurs projets sur le Canada.
Bradock , suivant les ordres qu'il avait reçus de Londres dès i754> avait compté s'emparer de nos possessions. Bosca-
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venu , en conséquence de pareils ordres du mois d'avril 1^54 , devait nous attaquer sur mer. Ces faits et plusieurs autres des années antérieures , prouvent assez que depuis long-temps les Anglais méditaient l'invasion du Canada ; qu'ils étaient déterminés à nous déclarer la guerre ; et que , pour en assurer le succès , ils devaient , contre la foi des traités , agir dans l'ancien et le nouveau monde par des hostilités ' combinées. Yoyons-en les premiers effets.
En Canada, Jumonville, officier français, va, comme négociateur , porter des paroles de paix aux Anglais , au milieu des Sauvages , leurs alliés ; il est odieusement assassiné par les Anglais, à la vue des Sauvages indignés d'un tel attentat contre l'humanité et le droit des gens. Les Anglais se virent abandonnés de là plupart de ces Sauvages ; d'autres , furieux qu'on eût eu la barbarie de les proscrire , en mettant leurs têtes à prix , se répandirent dans les possessions anglaises , portant partout le fer et le feu.
Le général Bradock périt dans le combat du 5 juillet , et les papiers qu'on trouva dans ses poches dévoilèrent les projets suivis de la coiir de Londres, que des ministres plus éclairés, ou. plus attentifs que les nôtres , auraient dû prévoir. Les marquis deVaudreuil et de Montcalm eurent, dans les commencemens de cette guerre , les plus grands succès en Canada. Il était donc très-probable que les Anglais auraient alors accepté la neutralité d'Hanovre, pour ne s'occuper que de leur pi^opre défense ; ihais notre gouvernement se persuada que le roi d'Angleterre , maître , suivant la constitution de l'Etat , de faire la guerre ou la paix , prendrait ce dernier parti , dès qu'il se verrait dépouillé de son électorat , et que c'était l'affaire d'une campagne.
Ce raisonnement, paraissait décisif à la noblesse qui demandait de l'emploi , et au ministre de la guerre qui voulait la faire. Il n'était pas même sans vraisemblance , si , au lieu de considérer les puissances , on eût fait attention à ceux qui devaient les faire agir ; si , au lieu de compter les troupes , on eût comparé ceux qui devaient les commander.
L'influence que le comte de Bemis devait avoir dans les négociations trouva moins d'obstacles dès qu'il fut entré au conseil, le 2 janvier 1767. Le roi, ennuyé des petit» manèges sourds de Rouillé , avait pris le parti d'appeler le comte de Bemis au conseil ; et , quelques mois après , Rouillé remit le département des affaires étrangères , dont il voyait qu'il n'était que le prête-nom. Ce fut trois jours après l'entrée du comte de Bernis au conseil qu'arriva l'attentat sur la personne
du roi par Damiens. Je ne m'arrêterai pas ici sur cet affreux événement, dont j'ai fait un point d'histoire séparé.
Les discussions entre le parlement et le ministère étaient alors dans leur grande force. Les enquêtes , les requêtes , et partie de la grand'chambre , avaient donné la démission de leurs charges, aussitôt après le lit de justice du i3 décembre. Ce malheur, du 5 janvier, aurait sans doate réuni tous les esprits, si lé premier président de Maupeou et les principaux ministres , d'Argenson et Machault, l'eussent voulu de bonne foi; mais ces trois hommes suivaient la maxime de Tibère : divide et impera. Trois semaines, après ( 2 février ) , les deux ministres furent exilés par des intrigues de cour. Jamais on ne prit plus mal son temps pour renvoyer deux ministres expérimentés , surtout si l'on considère leurs successeurs. Machault fut remplacé par Moras, et le marquis de Paulmy succéda à son oncle d'Argenson. Tels étaient les principaux instrumens de l'ouvrage qu'on allait commencer.
Les arrangemens étant faits, les plans arrêtés et les opérations fixées, on fit marcher, en 1757, en Allemagne, une aVmée sous les ordres du maréchal d'Èstrées, et dans laquelle le prince de Soubise conmiandait une division. Le maréchal , s'avançant vers l'électorat d'Hanovre, traversa la -Westphalie , s'empara d'£mbden , soumit la Hesse , passa le Weser , sans combattre. Le duc de Cumberland qui commandait l'armée anglaise, fortifiée de celle de Brunsvrick et de la Hesse , se retirait toujours devant le maréchal, et finit par se retrancher dans un camp avantageux , près de Hastenbeck. Peut-être le maréchal ne l'aurait pas attaqué , si les plaintes de la cour , Içs plaisanteries des sociétés de Paris , et l'avis qu'il, eut qu'on travaillait à le faire rappeler , ne l'eussent tiré de son indécision. La cabale du prince de Soubise , aidée dés intrigues de sa sœur , la comtesse de Marsan , ne cessait de crier contre la lenteur du maréchal , et demandait un général plus entreprenant. Des misères de cour y déterminent ordinairement les partis les plus graves. Madame de Pompadour était très-mécontente de ce que le maréchal d'Estrées trouvait mauvais que le prince de Soubise , ne commandant qu'une division , fit timbrer ses lettres : armée de Soubise» Outre cet important motif, le maréchal avait eu la sotte hauteur de ne vouloir pas concerter ses opérations avec Duvernay , munitionnaire général , homme nécessaire , plein de ressources , et qui entendait mieux la guerre que la plupart de nos généraux* Duvernay fut sensible à ces ridicules marques de mépris. Il était considéré du roi ,. fort accueilli de madame de Pompadour , à qui il avait rendu
des services dans des temps oii elle en pouvait recevoir de beaucoup de monde. Le maréchal de Richelieu saisit lestement cette occasion de s'offrir. Madame de Pompadour n'aurait encore ose faire commander en chef le prince de Soubise , et le substituer au maréchal d'Ëstrées ;' elle aurait révolté tous les maréchaux de France et les officiers généraux, plus anciens que son ami ; mais le général qui se proposait , lui répugnait plus que tout autre. Elle n'a jamais aimé le maréchal de Richelieu qui , sans la braver ouvertement , avait , par des propos légers sur elle , toujours cherché à la faire regarder du roi sur le pied d'une bourgeoise déplacée , d'une galanterie de passage , d'un simple amusement qui n'était pa^ fait pour subsister dignement à la cour. Ce qu'il y a de plus admirable , c'est que l'opinion du maréchal de Richelieu ne lui était pas particulière ; ce fut long-temps celle de la cour. Il semblait que la place de maitresse du roi exigeât naissance et illustration. Les hommes ambitionnaient l'honneur d'en présenter une , leur parente , s'ils pouvaient ; les femmes , celui d'être choisies.
Peu s'en fallait qu'elles ne criassent à l'injustice sur la préférence donnée à une bourgeoise. J'en ai vu plusieurs douter , dans les commencemens , si elles pourraient décemment la voir. Bientôt elle forma sa société, et n'y admit pas toutes celles qui la recherchèrent.
Le maréchal de Richelieu , devenu plus circonspect k l'égard de madame de Pompadour , eut recours au crédit de Duvernay , le rechercha avec empressement , le combla de caresses et d'éloges , l'assura qu'il ne voulait se conduire que par ses conseils; et Duvernay, peut-être aussi séduit par l'amourpropre que par son ressentiment contre le maréchal d'Ëstrées , entreprit de faire dooner le commandement au maréchal de Richelieu. Pour y parvenir , il pria le comte de Bernis de lui procurer une audience particulière de madame de Pompadour , et lui ajouta qu'il ne lui ferait par long-temps un secret de son dessein , mais qu'il le priait de ne pas l'exiger pour le moment. Le comte de Bernis ne força point Duvernay de questions , et lui procura la conférence qu'il désirait. Le comte de Bernis n'était pas personnellement suspect ; mais sa liaison avec le maréchal de Belle-Isle fit craindre qu'il ne lui Ht part du projet , et que le maréchal , ami de d'Estréës , ne le lui mandât. On verra bientôt que toutes ces petites réserves n'empêchèrent pas l'intrigue de s'éventer.
Duvernay exposa son plan au roi , en présence de madame de Pompadour et de'Paulmy. Celui-ci , petit fantôme de ministre, n'était pas en état de discuter contre Duvernay, ni
•peut-être de Tentendre. Plus fait pour figurer dans quelque cotterie obscure et crapuleuse que dans un conseil, il ne fut qu'assistant. L'objet-était d'attaquer le roi de Prusse par l'Elbe et l'Oder. Les Français et les impériaux devaient se porter sur Magdebourg; les Suédois et les Russes sur Stetin. Les approvisionnemens se faisaient sur la Meuse , le Rhin et le Weser. On prenait toutes les précautions contre les malheurs des guerres éloignées.
Le plan , bien développé , promettait les suites les plus heureuses et les plus sûres ; le roi l'approuva fort. Le concours de Duvernaj était nécessaire pour l'exécution ; et le maréchal d'Estrées ne sympathisant pas avec lui, il fallait absolument un autre général. Duvernay en fit convenir le roi , et tout de suite proposa le maréchal de Richelieu. Il fit valoir la confiance que le vainqueur de Minorque inspirait aux troupes dont l'ardeur se refroidissait sous le temporiseur d'Estrées-. Il ajouta , pour se concilier madame de Pompadour , que le prince de * Soubise aurait sous ses ordres trente-cinq mille hommes , à la tête desquels il entrerait en Saxe , l'enlèverait au roi de Prusse , et se ferait la plus haute réputation. Le maréchal d'Estrées, trës-brave de sa personne, mais toujours inquiet, a paru timide dès qu'il a commandé en chef. Moins oqçupé du désir de vaincre que du soin d'assurer sa retraite en cas d'échec, il craignait de s'engager trop avant. Un autre motif l'arrêtait encore. Le marquis de Puisieux , son beau-père , et Saint- SéVerin , ses oracles en politique , lui avaient inspiré leurs préventions contre le nouveau système ; et l'on exécute très-mal un plan qu'on n'affectionne pas. Cependant il fallait agir , ou ne pas rechercher le commandement. Le roi /presque décidé sur le plan de Duvernay , le communiqua au dauphin , en lui ordonnant d'y réfléchir et de lui en marquer son sentiment par écrit. Ce prince le discuta avec beaucoup de justesse ; et, sur le compte qu'il en rendit, le roi fit assembler le conseil ; et sans y mettre l'affaire en délibération , pour éviter tous les débats sur un parti pris , il ordonna l'exécution du plan proposé.
Le maréchal de Richelieu , qui avait promis à madame de Pompadour tout ce qu'elle avait voulu en faveur du prince de Soubise , fut nommé aussitôt pour remplacer le maréchal d'Estrées , et reçut ordre d'aller prendre le commandement de l'armée. Quelque * secret qu'on eût gardé jusquç-Ià avec le maréchal de Belle-Isle , s^il ne l'avait pas absolument pénétré , il en avait assez soupçonné, par les comités secrets , les mouvemens du maréchal de Richelieu y les déclamations aigres de la 3. 24
comtesse de Marsan, et tant d'indiscrétions de faîtqni en disent autailt et plus que les paroles; il en 'avait, dis-je , assez vu pour écrire au maréchal d'Eslrées, son ami , que , s'il voulait avoir l'honneur de ss^ campagne, il devait se presser , sans quoi un autre lui en ravirait la gloire. Ce fut ce qui lui fit ( 26 juillet ) donner la bataille d'Hastenbeck , oh il remporta une victoire qu'il dut principalement à Chevei;t, au marquis de Bréhan , et à quelques autres officiers distingués. Les suites en furent telles , que l'armée ennemie , forcée dans un camp retranché depuis un mois , se retira à vingt lieues du champ de bataille. Hamelen, pourvu de toutes les munitions débouche et de guerre , se rendit à la première sommation. Minden demanda à capituler , et Hanovre envoya ses magistrats régler les contributions.
Le maréchal de Richelieu arriva peu de j^urs après la bataille , et en aurait eu l'honneur s'il ne se fût pas arrêté à Strasbourg, pour attendre galamment la duchesse de Liauraguais ( Mailly ) , une de ses maîtresses , qui revenait des eaux. Je ne dois pas oublier ici un procédé noble qui ne regarde , il est vrai , qu'un particulier ; mais je n'aurai malheureusement pas assez de ces traits singuliers , pour en fatiguer le lecteur.
Bréhan , colonel du régiment de Picardie , contribua telle* ment par son exemple à la victoire d'Hastenbeck , que la cour , qui jusque-là avait peu reconnu ses services^ lui envoya un brevet de pension de deux mille livres. Bréhan répondit qu'il n'avait jamais désiré de récompenses pécuniaires, et qu'il suppliait le roi de partager cette pension à quelques officiers de son régiment qui en avaient plus de besoin. On lui demanda les noms de ceux qui s'étaient distinguas. Sa réponse, qae j'ai lue , fut : « Aucun de nous ne s'est distingué , tous ont » combattu vaillamment, et tous sont prêts à recommencer, t» Je suis donc obligé d'en donner la liste par ordre d'ancien- )> neté. Quant à moi , ce que j'ai demandé jusqu'ici m'ayant M été refusé, ce n'est pas après d'aussi faibles services [que n ceux du 26 ( jour de la bataille ) qu'on peut se flatter d'ob- M tenir. Je mets et fais désormais consister ma fortune dans » l'estime et l'amitié des soldats que personne ne peut m'ar- T» racher. »» ,
Le nouveau général ne fut pas si difficile sur l'argent. Comm« on connaissait son avidité sur cel article , et qu'on voulait détruire dans les troupes ce vil esprit de rapine , qui en fait plutôt des brigands que des soldats , il ne fallait pas que le général en donnât le scandaleux exemple. Le comte de Bernis avait été chargé de proposer au maréchal de Richelieu , avant
son départ^ <le fixeif* luîrméine ses appoîntemens , et de les porter aussi haut qu'il le voudrait. Le maréchal rejeta absolument toute fixation ; et, colorant son avarice d'un air de dignité, prétendit qu'il ne devait renoncer à aucun des droits de général , tels que les contributions , les sauvegardes , etc. , et qu'il ne serait pas dit qu'il eût donné atteinte aux prérogatives de sa place. Ce fut avec ces dispositions qu'il partit, et jamais général n'y fut plus constant. N'ayant pu recueillir l'honneur de la victoire , il résolut bien de s'en dédommager par les fruits. Il retira , par toutes sortes de voies , des sommes immenses de la Westphalie et de l'électorat. Les soldats, excités par l'exemple et enhardis par l'impunité , pillèrent partout et ne nommaient entr^ eux leur général que le père La Maraude. Loin de rougir ni même de cacher ce brigandage, il déploya le plus grand faste à son retour dans Paris. Il s'imaginait être un de ces triomphateurs qui étalaient les dépouilles des vaincus. Il fit bâtir , aux yeux du public , ce pavillon que le peuple nomma et continue de nommer le Pavillon éCHanos^re,
Le maréchal d'Estrées , après avoir remis le commandement de l'armée à son successeur , revint sans être rappelé , et parut à la cour avec cette noble modestie qui sied si bien au mérite outragé et triomphant.
Les troupes qui restent pendant la campagne à la garde du roi, allèrent en corps saluer et complimenter le maréchal. Sa présence déconcertait la cabale ennemie. Il ne s'en prévalut pas. Il rendit compte au roi de l'état de l'armée , et lui demanda la permission d'aller dans ses terres, sans voir le ministre de la guerre, qu'il nommait cet excrément de Paulmy. Le roi le laissa libre sur tout.
Cependant le maréchal de Richelieu , profitant de la victoire de son prédécesseur , s'avança dans l'électorat , et fit prendre possession de la capitale par le duc de Chevreuse. Tout le temps que celui-ci y fut , les habita as n'eurent qu'à se louer de ses procédés hobles , et ont continué de lui donner des éloges après son départ. Les villes de Brunswick et de WoliTenbuttel se soumirent. Le duc de Cumberland , fuyant toujours devant le maréchal , lui fit faire plusieurs propositions, auxquelles le maréchal répondit d'abord qu'il n'était pas envoyé pour négocier , mais pour combattre. Sa réponse fut approuvée du roi , et on le lui marqua. Il serait à désirer qu'il eût persisté dans les mêmes sentimens.
A peine eut-il appris qu'on approuvait sa conduite, qu'il en changea. Le duc de Cumberland , réfugié dans Stade avec des troupes effrayées , et près de se voir écraser , fit entamer avec le
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maréchal qne négociation par le comte Lynard , ministre de Danemarck , et pensionnaire des Anglais. Ce négociateur vint offrir la médiation du roi de Danemarck, donna les plus grands éloges au maréchal sur la gloire qu'il aurait de terminer la guerre sans effusion de sang. On lui rappela les titres brillans de pacificateur, de conservateur de Gènes, de vainqueur de Minorque. Le roi ^e Prusse , dans une lettre que j'ai lue en original , l'enivra des mêmes éloges.
Le maréchal écrivit alors au comte de Bemis qu'il avait des sein d'enfermer l'armée hanovrienne dans Bremen , Yerden et Stade , ajoutant qu'il en avait déjà fait part au président Ogier, notre ministre en Danemarck. Celui-ci , ne doutant point que le maréchal ne fût autorisé par notre coui* , avait agi en conséquence auprès du roi de Danemarck.
Peu de jours après la lettre écrite au comte de Bemis (8 septembre) et sans en attendre de réponse, le maréchal conclut la fameuse convention de Closter-Seven , par laquelle les Français restant maîtres de l'électorat d'Hanovre , du landgraviat de Bremen et de la principauté de Yerden, les troupes de Brunswick , de Hesse , de Saxe-Gotha , et généralement tous les alliés d'Hanovre , devaient se retirer dans leurs pays respectifs, garder la plus parfaite neutralité jusqu'à la fin de la guerre, et que les Hanovriens passeraient au delà de l'Elbe.
Il faut observer que le duc de Cumberland et le maréchal n*étaient autorisés, ni l'un ni l'autre, de leurs maîtres; aussi les événemens réduisirent-ils bientôt ce(te convention à sa juste valeur , en la rendant illusoire. C'est la faute la plus capitale qui se soit faite dans cette guerre , et qui fut la source de tous nos malheurs. La cour de Vienne et la Suède la blâmèrent hautement. Nous aurions dû prendre le même parti , rappeler le maréchal , qui n^en fiurait pas été quitte pour cela<chez les Anglais, et lui substituer un vrai général. Le comte de Mailleboîs, qui servait sous le maréchal , obéit en silence à tout ce qu'il voulut , et se garda bien de s'opposer à une faute qui devait naturellement perdre son général dont il aurait alors pris la place. C'est ainsi que nos officiers généraux en ont usé les uns à l'égard des autres , dans le cours de cette guerre. Tous se sont montrés ignorans ou mouvais citoyens. Ceux qui auraient supposé que le traité de Closter-^even devait perdre le maréchal de Richelieu , auraient fait beaucoup trop d'honneur à notre gouvernement. Le comte de Bernis vit clairement que le ma-> réchal avait donné dans un piège ; mais qu'à la fin d'une campagne, il n'y avait d'autre remède que d'autoriser le général , dans la crainte qu'en le désavouant on ue fournit aux ennemis
le prétexte de violer la convention à la première circonstance favorable. On lai envoya donc sur-le-champ les pouvoirs de ratifier , en lui recommandant surtout de prendre les précautions nécessaires pour faire exécuter un traité qui aurait dû être une capitulation militaire , et qu'il avait eu la sottise de rendre une convention politique , dont l'exécution dépendrait de la bonne foi des Anglais, puisqu'elle avait besoin de leur ratification.
Lorsque les suites malheureuses de cette convention la firent reprocher au maréchal , il prétendit qu'on lui avait trop fait at^ tendre notre ratification , et que par là on lui en avait fait perdre le fruit. Il est vrai que le parallèle de la conduite du roi et de celle d'Angleterre, que notre ministère fit imprimer quelques mois après , charge peu , ou même ne charge point le maréchal ; mais on avait alors intérêt d'établir l'authenticité d'une convention dont nous voulions reprocher la violation aux Anglais. Ajoutons que l'ouvrage a été fait par Bussy , créature et jadis secrétaire du -maréchal.
D'ailleurs oh n'ignore pas les ménagemens que notre cour a toujours pour les grands coupables. Ceux qui pourraient les faire punir sentent qu'ils ont ou aiïront eux-mêmes un jour besoin d'une pareille indulgence. ^
Le duc de Duras, que le maréchal envoya porter à la cour ce grand ouvrage , fut accueilli. Il sollicitait depuis long-temps la place de premier gentilhomme de la chambre : croirait-on que d'être porteur d'une telle pièce fut ce qui lui fit donner la préférence sur son concurrent le duc de Nivemois, à qui il aurait peut-être dû la céder en reconnaissance des procédés qu'il en avait éprouvés , et qui depuis a fait la paix la plus difficile , sans en avoir eu d'autre récompense que l'estime publique ?
Pendant que nous perdions en Allemagne le fruit de nos iuo-. ces , les Anglais tâchaient de réparer leurs pertes. La mort de Bing , exécuté le i4 mars à la vue du peuple , lui persuada que le malheur de Minorque n'était que le crime d'un particulier.
Une flotte formidable , commandée par l'amiral Hawke , et portant vingt mille hommes de débarquement , sous les ordres du général Mordaunt, parut, sur les cotes d'Aunis le 21 septembre , et mouilla le 23 à l'ile d' Aix , à l'embouchure de la Charente. Depuis long-temps le vieux Dubarail , un de nos vice* amiraux, qui ne pouvait plus servir sa patrie que par ses conseils, sollicitait notre ministère de mettre cette île en état de défense. Il en présentait des plans qui n'exigeaient pas une grande dépense ; mais il ne fut pas écouté , ou l'argent qu'il fallait parut peut-être plus nécessaire à quelque fille de cour. Nous avons éprouvé les effets de cette négligence y et l'on ne songera pas
à la réparer à la première guerre. Les Anglais se proposaient de détruire les magasins de Rochefort , de s'emparer de la R<^ chelle, de porter le fer et le feu par toute la c6te. Ils pouvaient réussir dans une partie de leurs projets ; mais la contenance du peu de troupes ramassées sur les cotes les tint en respect. Us n'osërent tenter la descente , et après avoir jeté quelques bombes perdues , ils reprirent le i*'. octobre la route d'Angleterre. Milord Holdernesse , long-temps ministre , avec qui j'en ai parlé depuis à -Londres, m'a dit que de toutes les entreprises qui s'étaient faites sur nos côtes , c'était la seule qu'il eût approuvée, et qui dût réussir si elle eût été mieux conduite.
Les Anglais n'étaient pas plus heurei;x dans le Canada. Le marquis de Vaudreuil détruisit leurs forts sur la Belle-Riviëre , brûla plusieurs bâtîmens et magasins oii ils avaient des munitions pour quinze mille hommes. Il chargea le marquis de Montcalm d'assiéger le fort St. -Georges , pourvu de tout et défendu par trois mille hommes , partie dans le fort , partie dans un camp retranché joignant le fort. Montcalm s'en rendit maître après cinq jours de tranchée ouverte, 'et le rasa aussitôt. L'amiral Holbourne tenta le siège de Louisbourg; mais il fut accueilli d'une si furieuse tempête , qu'un de ses vaisseaux de soixantedix pièces de canon fut brisé contre les rochers. La partie la plus maltraitée de sa flotte se réfugia dans les colonies, l'autre revint en Angleterre.
Jusqu'ici nous avions fait des fautes, nous n'avions pas tiré avantage de nos succès ; mais nous n'avions pas éprouvé des malheurs. Les affaires changèrent bientôt de face. Le roi de Prusse , laissant un corps de troupes pour garder la Saxe , marcha dès le mois d'avril vers la Bohême. Le 5 mai , il se trouva en présence de l'armée autrichienne , commandée par le prince Charles de Lorraine, beau-frère de l'impératrice-reine , ayant sous lui le feld-maréchal comte de Brunn. Le lendemain 6 , H attaqua , à la tête de cent mille hommes , le prince Charles qui en avait environ cinquante mille. La victoire se déclara pour les Prussiens ; mais* ils ne purent empêcher que les débris de l'armée vaincue se réfugiassent au nombre de trente -cinq à quarante mille hommes dans Prague , assez bien pourvue de munitions. Une garnison si nombreuse n'imposa point au roi de Prusse : il en forma le siège. Brunn , quoique mortellement blessé dans le dernier combat , donnait , avec la plus grande tranquillité d'esprit, les ordres pour la défense de la place ; mais Frédéric n'en pressait le siège qu'avec plus d'activité. Il fit jeter une prodigieuse quantité de bombes , et tirer tant de boulets rouges que tout était embrasé ou boule ve** ' " ' ville. Le
siège durait depuis six semaines , lorsque le maréchal , comte dc^Daun , ayant rassemblé une armée y s'avança pour dégager Prague. A la vue de celle de Prusse , il fit une marche rétrograde , pour donner à quelques troupes le temps de le joindre , et pour n'attirer contre lui qu'une partie des Prussiens. Frédéric prit cette manœuvrç pour une marque de timidité ; et , laissant au maréchal Keith la conduite du siège , marcha avec le prince de Bevern au-devant du comte de Daun. Celui-ci, avantageusement posté k Costernitz, attendit les Prussiens sans branler. Ils l'attaquèrent avec impétuosité à quatre reprises différentes, et quatre fois ils furent repoussés avec perte. A la cinquième attaque , Daun s'apercevant que les assaillans se rebutaient et perdaient du terrain , saisit ce moment pour les attaquer à son tour. Il les chargea si vigoureusement , qu'il les culbuta les uns sur les autres , et les mit en déroute. Le roi de Pru»se , ne pouvant rallier ses troupes, se retira précipitamment.
A cette nouvelle , le prince Charles sort et attaque le maréchal Keith dans ses Kgnes , force les retranchemens (20 juin), tue plus de deux mille hommes , et met le reste en fuite. Six jours après, Brunn mourut dans Prague des blessures qu'il* vait reçues à l'action du 6 mai , avec la consolation d'avoir vu venger sa défaite. Le roi de Prusse ne pouvant pas tenir la campagne , distribua son armée en Silésie et dans la Saxe , et abandonna la Bohême. Cet échec fut suivi de plusieurs autres. Les Kusses entrèrent dans la Prusse ducale. Le général Haddik, k la tête d'un corps d'Autrichiens , pénétra dans le Brandebourg , poussa jusqu'à Berlin, et y leva des contributions. La terreur fut telle à son approche , que la famille royale , craignant d'être enlevée , se réfugia dans Spandaw , et, ne s'y croyant pas encore en sûreté ^ alla se renfermer dans Magdebourg.
Les États de l'empire , qui , d'abord consternés des conquêtes rapides du roi de Prusse , n'avaient osé se déclarer , s'empressèrent de fournir leur contingent. Cette armée combinée , sous le commandement du prince de Saxe-Hilpershausen , joignit en Saxe celle que commandait le prince de Soubise»
D'un autre côté, les Suédois étaient entrés dans la Poméranie prussiemne, dont ils occupaient plusieurs places.
Tout annonçait la perte du roi de Prusse. Les différentes
— '^ées qui le pressaient, sans rien hasarder qui piU lui fotir-
casiou de déployer ses taleus militaires , l'auraient ré-
?mander la paix aux conditions qu'on eût voulu lui ira-
fut dans cette détresse qu'il contribua par ses éloges
le maréchal de Richelieu , et à le porter à la conyen-
ster. Aucun prince ne connaît mieux les hommes que
lui , n'a plus Tart de les corrompre y ou de tirer parti de leur corruption. J'ajouterai (car je dois une justice impartiale à no ennemis comme à nous ) que les situations fâcheuses oii le roi de Prusse s'est trouvé ne lui ont jamais fait perdre le courage, ni la présence d'esprit qui sait l'appliquer. Il conservait au milieu de ses revers un ton de plaisanterie qui marque un homme qui jouit pleinement de son âme. Si je suis dépouillé de tout , disait-il , je nie flatte du moins quil n*jr a point de soui^erain qui ne veuille bien méprendre pour son général d'armée.
Ayant su que le roi d'Angleterre, étonné de nos succès, mon» trait du penchant pour la paix , il lui écrivit , et (it répandre cette lettre fibre, dans laquelle il le rappelle à leurs eugagemens mutuels , et lui parle en supérieur. Je voudrais pouvoir donner les mêmes éloges à sa morale qu'à ses qualités brillantes. Cellesci ont fait une telle impression sur l'imagination française, que la plupart de nos officiers , en marchant contre lui , tenaient tous les propos qui pouvaient refroidir le courage de leurs soldats. Lorsque ce prince eut repris l'ascendant , on rencontrait dans les sociétés , les cercles , les promenades , les spectacles de Paris , plus de Prussiens que de Français. Ceux qui s'intéressaient à la France étaient presque réduits à garder le silence. Il est vrai que , dans la guerre précédente contre la reine de Hongrie , ces partisans de Frédéric avaient également été Autrichiens ; au lieu que , dans les disgrâces de Louis XIV, nous ressentions nos malheurs ; mais les vœux de tous les Français étaient toujours pour la nation. On n'entendait point retentir dans Paris les éloges d'Eugène et de Marlborough. Peut-être le gouvernement doit-il s'imputer le changement qui est arrivé. Quand un peuple manifeste son estime pour un ennemi , quelque estimable qu'il soit , c'est togjours la preuve du mécon-» lentement national. Le ministre ne doit s'en prendre qu'à soitnéme : quand le cœur des sujets se détache , il commet le plus grand des crimes .
Le roi de Prusse , sans trop se flatter de triompher de tant d'ennemis puissans , n'oubliait rien pour y parvenir. Il tâchait de persuader aux protestans que leur religion était trës^intéressée dans cette guerre. Malgré l'indifférence , ou même le mépris qu'il affichait pour les différentes communions, il se portait peur le protecteur du protestantisivie. Il est certain que les protestans ne pouvaient s'accoutumer à regarder comme tel l'électeur de Saxe , depuis que le roi Auguste , et son fils ensuite , avaient abjuré leur religion pour obtenir le titre précaire de rois de Pologne , que leur postérité ne gardera pas.
Les protestans de l'armée de Fenipire ne marchaient qu'à re-
gret contre Itroi de Prusse. Ce prince, toujours mattre de la Saxe , avait rassuré son armée et se tenait en état de défense , en attendant l'occasion d'attaquer 1 elle ne tarda pas à se présenter.
Le pUn de campagne prescrit au prince de Soubise était de harceler les Prussiens , sans engager d'actions , et il n'était pas fort porté à outrepasser ses ordres. Il demandait depuis l'ouverture d6»la campagne le renfort que le maréchal de Richelieu s'était engfgé de lui fournir , et qu'il ne se pressait pas d'envoyer. Celui-ci , malgré les fureurs de madame de Pompadour , prenait toutes les mesures possibles pour faire échouer le prince de Soubise. Apres avoir si mal à propos fait la convention de Closter-Seven , il l'assurait encore plus mal. Au lieu de rester en force pour la faire exécuter , il laissa Yillemur avec six bataillons et six escadrons, pour contenir quarante-cinq mille hommes, qui certainement saisiraient la première occasion de violer le traité. Sous prétexte d'aller lui«méme secourir Soubise , il marcha pendant quatorze jours à Halberstadt , et y demeura six semaines. Ce qui prouve qu'il y avait dans sa conduite autant d'incapacité que d'artifice , c'est qu'il fut tout ce temp$*là oisif à six lieues de Magdebourg', oii il savait qu'il n'y avait pour toute défense que deux mille hommes de recrues. Il se déter-i mina enfin à envoyer trente bataillons au prince de Soubise , en garda cinquante avec un corps de cavalerie , et sépara le reste qu'il mit en quartier sur les bords du Khin , sous prétexte du défaut des subsistances qu'il avait vendues ou dissipées.
Depuis que le prince de Soubise eut joint son armée à celle de l'Empire , il se trouva, comme simple auxiliaire , subordonné au prince de Saxe-Hilpersbausen , général de l'armée impériale. Il fut sur le point d'être enlevé par un parti prussien , et ne fut manqué que d'un quart d'heure. La France n'eut pas ce bonheurlà ; mais il ne tint qu'au prince de Soubise de s'apercevoir qu'il était trahi par la cour de Gotha et par Hilpershausen livré d'inclination, et peut-être vendu au roi de Prusse.
Frédéric, attentif à tout ce qui se passait, jugea qu'il avait peu à craindre de l'armée de l'Empire , composée de parties discordantes, mal organisée et encore plus mal affectionnée à la cause commune. Il s'avança en se postant toujours avantageusement. D'un autre côté , Paris et la cour criaient contre la conduite timide du prince de Soubise. Sa sœur , la comtesse de Marsan , avait peine à la défendre.
Laréputaion dugénéral français n'imposaitpas plus àFrédéric, qu'elle n'inspirait de confiance à nos troupes. Après avoir vaincu plusieurs fois les Autrichiens , il aurait été très-flatté de remporter quelque avantage sur les Français ; mais il ne voulait rien
risquer légèrement. Il savait combien un premier snccès, bon ou mauvais , influe parmi nous sur la suite d'une guerre. Ce fut avec ces dispositions , et les mesures les mieux prises , dans le poste le mieux choisi , qu'il se campa en face de Tarmee impériale.
Soit imprudence , soit présomption , soit intelligence avec le roi de Prusse , le prince d'Hilpershausen voulut l'attiquer. On tint plusieurs conseils , et le prince de Soubise , fîdële à ses instructions , répugnait beaucoup à risquer la bataille. Kevel , cadet du duc deBroglie, emporté par la valeur naturelle à leur famille, appuyait vivenoient l'avis d'Hîlpershausen. Le prince de Soubise résistait encore. Ce qui le décida , fut un billet que le marquis de Stdiûville , depuis duc de Choiseul , notre ambassadeur de Vienne , lui écrivit, et par lequel il lui conseillait et le pressait de combattre. Je tiens ce fait d'un ministre à qui Stainville l'a dit , dans un de ces momens d'indiscrétion qui lui sont plus familiers cpe la sincérité , et qui la trahissent quelquefois.
Le prince de Soubise consentit donc à la bataille de Rosbac , et la perdit avec toutes les circonstances dont il y a tant de relations. Revel , n'ayant pu vaincre , s'y fit tuer. Je ne m'arrêterai pas sur ce malheureux événement , ni à peindre l'embarras des courtisans , la honte des favoris , les cris du public , l'indignation des bons citoyens. Pourquoi j disaient les plus indulgens, le prince de Soubise ne se borne^t^il pas à sa réputation d'honnête homme ^ respectueux pour le roi dont il est aimé , ciffable , obli-géant , inaccessible à la cupidité y au lieu d^ ambitionner un com" mandement dont il est incapable ? La seule consolation était que cette première campagne serait la dernière , et qu'il se ferait lui-même justice. On se rappelait qu'après la déroute de Ramillies , Louis XIV avait assez respecté la nation pour rappeler le maréchal de Villeroi qu'il aimait et qui était soutenu par madame de Maintenon. Madame de Pompadour n'eut pas la même discrétion ; elle voulait porter son ami à la place de connétable ; mais il fallait du moins une victoire , et la faveur n'en fait remporter qu'à la cour. On ne rougit point de calomnier les troupes pour disculper le général. L'incapacité prouvée du prince de Soubise ne l'empêcha pas d'être maréchal de France l'année suivante , et de continuer de commander. Pendant que le roi de Prusse triomphait à Rosbac , il perdit la Silésie. Le général Nadasti avait pris Schweidnitz, et le prince Charles , secondé de ce général , attaqua le 22 novembre le prince de Bevern , le força dans un camp retranché près de Breslaw , lui fit beaucoup de prisonniers , et deux jours après entra dans Breslaw même.
Le roi de Prusse , à la tête de son armée , part avec une dili—
gence incroyable , arrive en Silésie y joint Bevern , attaque le prince Charles près de Lissa , le 5 décembre , et remporte la victoire la plus complète. L'action dura peu ; mais près de qua* rante mille hommes furent pris ou dispersés , et Frédéric rentra dans Breslaw. T>e% ce moment , I« roi de Prusse parle en vainqueur, et annonce des projets de vengeance contre les États de l'empire qui avaient fourni leur contingent. Il se proposait surtout de ravager les électorats ecclésiastiques , ce qu'il appelait Jiaire une course dans la rue des prêtres. Ces trois États , qui font nombre dans les diètes , n'en valent pas un en campagne. Le comte d'Argenson , dans son exil , instruit de tout par son neveu Paulmy , saisit Ce moment pour faire répandre dans Paris un mémoire assez bien fait contre le traité de Versailles , et qui le paraissait encore mieux par les circonstances oii l'on affectait de le produire. Le petit nombre de ceux qui n'avaient pas approuvé le traité , déclamèrent hautement contre ceux qui l'avaient regardé comme le chef-d'œuvre de la politique , oublièrent ou désavouèrent leurs éloges , et le gros du public, qui ne peut se décider que par les événemens , le regarda comme la source de nos malheurs.
A la première nouvelle de la déroute de Rosbac , le comte de Bemis , qui n'avait pas été le plus vif partisan du traité , quoiqu'il l'eAt signé, jugeant que rien ne pouvait réussir avec un conseil divisé et des généraux incapables , déclara ouvertement au roi qu'on ne devait pas se flatter de faire la guerre plus heureusement qu*on ne l'avait commencée ; que la France ni l'impératrice n'avaient point de généraux k opposer au roi de Prusse et au prince Ferdinand de Brunswick ; qu'il fallait donc se presser de faire la paix , et réserver pour des conjonctures plus favorables les effets du traité d'amitié qui pourrait encore subsister.
Madame de Pompadour, regardant le traité comme son ouvrage , et l'impératrice comme une amie , se révolta contre la proposition du comte de Bemis , pour qui , dès ce moment , elle commença à se refroidir. Elle se récria sur la honte et le danger d'abandonner l'impératrice , qui, dans ce moment, venait de recouvrer presque toute la Silésie ; car l'affaire de Lissa n'était pas encore arrivée. Elle ajoutait que cette princesse pourrait , dans son mécontentement , traiter avec le roi de Prusse , et s'unir avec l'Anglais contre nous. Le roi , plus piqué que découragé de l'affaire de Rosbac , n'était pas porté pour la paix , et venait d'écrire une lettre de consolation au prince de Soubise. Il sentait de plus la difficulté de déterminer l'impératrice a la paix ou même de la lui proposer.
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Sur ces entrefaites ^ on apprit la déroute des Autrichiens à Lissa. Le comte de Bernis profita de cette circonstance , et représenta au roi que , dans la consternation oii se trouvait la cour de Vienne , il ne serait pas impossible dç la déterminer à la paix. Les Hanovriens , les Hessois et leurs alliés , enbardis par nos disgrâces et par les succès du roi de Prusse , rompirent la con— ^'ention de Closter , et fournirent au comte de Bernis de nonveaux moyens de solliciter pour la paix ; et , le conseil se trouvant du même avis , le roi permit d*entamer la négociation avec l'impératrice ; nous verrons quel en fut le succès.
Le maréchal de Kichelieu , voyant les suites de sa convention, en craignit encore de plus funestes , et passa de la confiance à la crainte. Il fit proposer par Dumesnil , son protégé , au prince Ferdinand , une neutralité pour l'hiver entre les Français et les Prussiens. L'impératrice en fut indignée , en écrivit au roi , et le maréchal eut défense de passer outre. Le roi de Prusse ne laissa pas de se servir de la proposition seule pour inspirer contre nous des défiances que nos projets de conciliation pouvaient encore augmenter.
Le maréchal de Kichelieu partît alors d'Halberstadt avec ce qu'il avait de troupes , et rappela celles qu'il avait envoyées en quartier sur le Rhin. A peine y étaient-elles arrivées , que la longueur des marches , la rigueur de la saison , au mois de décembre , en fit périr une partie. Lorsqu'elles furent rassemblées, il tint conseil de guerre sur le parti qu'il y avait à prendre. Tous les officiers , voulant se rapprocher de la France , opinaient pour l'évacuation de l'électorat : le maréchal seul s'y opposa , et marcha , le 25 décembre , au prince Ferdinand , qu'il fit reculer. •
Les deux armées rentrèrent alors dans leurs quartiers. Le maréchal manda , avec sa confiance ordinaire , que les siens étaient inattaquables , et revint à la cour , où la crainte de sa cabale , dont les femmes ont toujours fait la force , le firent recevoir mieux que le publie ne s'y attendait. Il ne tarda pas à s'apercevoir qu'il ne commanderait pas la campagne suivante , et crut remarquer qu'une mauvaise disposition à son égard perçait à travers l'accueil qu'on lui faisait. Les propos publics $ur ses exactions ne lui donnèrent ni remords , ni honte ; il alla dans son gouvernement de Guyenne , et obéra encore cette province par les dépenses et les profusions qu'il en exigea pour sa réception et son séjour. Au défaut des victoires , il se procurait des triomphes.
Lorsqu'il partit pour la Westphalie , il aurait trouvé bon que^ je le suivisse ; le cardinal de Bernis m'en dissuada ^ et lui saavar
DE LOUIS XV. 38i
le ridicule d'arolr emmené Thistoriographe qui n'aurait eu que des fautes à écrire. ,
Pendant qu'on prenait des mesures pour amener l'impératrice à une conciliation , le comte de Bernîs , au cas que Ton ne pût persuader la cour de Vienne , négociait avec la cour de Danemarck une union d'armes. Elle se traitait de cabinet à cabinet par le président Ogier , et sans la participation de Yedelfrise , ministr^ de Danemarck h notre cour. Les conditions étaient de céder rOst-Frisè à cette puissance avec six millions d'avance et en déduction des subsides ordinaires. Lorsqu'il faillit les payer , le contrôleur général manqua totalement à la parole qu'il avait donnée. Nous eûmes , à la vérité , l'avantage d'empêcher par là le Danemarck d'accepter les offres des Anglais; mais cela ne fit pas honneur à notre gouvernement.
On engagea aussi le duc de MWKlembourg à nous donner un passage sur l'Elbe et une communication avec les Suédois.
On ne pouvait pas alors être plus mal que nous ne l'étions en ministres de la guerre et des finances , le marquis de Paulmy et Moras : celui-ci , absolument nul ; l'autre incapable , et quelque chose de pis. Ils se firent eux-mêmes justice , et se retirèrent. On a vu des ministres chassés par l'intrigue ou par la haine publique ; ceux-ci le furent par le mépris , ce qui les priva de l'honneur de l'exil. Le public ne fait pas les ministres , mais quelquefois il les renverse. Les gens en place , au lieu de payer les délateurs , devraient avoir des agens fidèles qui leur rendissent compte des jugemens du public , au lieu de calomnier des particuliers.
Le contrôle général fut donné à Boulogne , et le ministère de la guerre au maréchal de Belle-Isle , qui prit pour adjoint Crémille , lieutenant-général , honnête homme et instruit , frère de La Boissière, trésorier des états de Bretagne, où il sera long-temps regretté.
Pour fortifier le conseil dans ces difiërentes parties , le cardinal de Bernis proposa le rappel de l'ancien garde-des-sceaux , Chauvelin , et du comte de Maurepas ; le premier fut rejeté par le roi, l'autre par madame de Pompadour. Le comte de Bernis essaya du moins de faire admettre Gilbert pour les affaires concernant le parlement , ou il jouait alors un grand rôle ; madame de Pompadour fit adjoindre Berryer , dont elle voulait faire son homme d'affaires. Il est sûr qu'il les fit mieux que celles de l'État ; elle en fit depuis un ministre de la marine. Dans cette place , à force de grossiètetés , il parvint à se faire détester, sans avoir l'honneur de se faire craindre ; il eut enfin celle de garde-des- •ceaux , au scandale de la haute magistrature ^ & la dérision de la
cour, et sans mérite qui pût réparer sa naissance. Il est mort en faveur , et il n'était pas fait pour la perdre. Madame de Pompadour l'avait tiré de la police de Paris pour le transplanter à la cour , oii il parut toujours étranger. On a remarqué que la lieatenance de police est un grand titre de faveur auprès de madame de Pompadour, par les secrets qu'on peut dévoiler. Je crois pourtant qu'un lieutenant de police réussit autant par les choses qu'il lui cache sur elle, que par celles qu'il lui confie sur tout le reste. On prétend que Berryer n'a pas peu contribué à la disgrâce du comte d'Argenson , par l'interception d'une lettre à la comtesse d'Estrades , oii madaiiie de Pompadour était maltraitée et le roi peu ménagé.
Le comte de Bernis essaya inutilement de faire entrer au con^seîl le duc de Nivemois ; la connaissance qu'on avait de ses talens ne put triompher de la répugHtaiçe que madame de Pompadour a toujours eue pour ceux qui sont liés de sang ou d'amitié avec le comte deMaurepas, et le duc de Nivemois avait ce double titre de réprobation.
Quoique le comte de Bernis eût reçu l'ordre de traiter de la paix entre les cours de Vienne et de Berlin , ou du moins de nous dégager de cette guerre , il sentait bien que cet ordre n'était qu'une permission arrachée au conseil. Le conseil et surtout le dauphin désiraient la paix ; mais le roi n'y était pas fort porté , et madame de Pompadour en était tres-éloignée. Elle désirait toujours, contre le vœu public, de faire commander^son cher Soubise qui prétendait effacer la honte de Rosbac.
On avait arrêté qu'il y aurait un corps de deux mille quatre cents hommes avec lequel il joindrait le général Daun.
Le comte de Clermont , prince , fut nommé pour remplacer le maréchal de Richelieu. On crut qu'un prince du sang, respectable par sa naissance, estimé par sa valeur, inspirerait de la confiance aux troupes , ou du moins rétablirait la discipline et proscrirait le caractère de brigandage qui avait passé du général aux soldats. Il se rendit dès le commencement de février à Hanovre, et, dès le 28, n'étant pas en état, avec des troupes ruinées par les maladies , de faire face au prince Ferdinand , il évacua rélectorat, pour se rapprocher du Rhin et des subsistances.
Le prince Ferdinand commandait les Hanovriens , unis aux troupes de Hesse et de Brunswick , depuis la rupture de la convea tion de Closter.
Le roi d'Angleterre avait désavoué le dut de Cumberland , son fils, quoique le roi de Danemarck fût dépositaire des paroles données. Le duc de Brunswick , fidèle à la sienne , donna ordre à son fils de ramener ses troupes , et par là condamnait hautement
les infractions de la convention. Le prince Ferdinand n'ent aucun egârd aux ordres de son përe , et força les Brunswickois de s'unir aux autres. Le premier exploit de ce prince avait été de prendre fiarbeurg oii Pereuse fit la plus belledéfense , et , résolu de s'ensevelir sous les ruines, obtint du prince la capitulation la plus honorable.
Les places que les Français abandonnaient successivement , inspiraient de plus en plus la confiance aux ennemis. Le prince * Ferdinand poussa le comte de Clermont jusqu'au delà du Rhin, lui livra bataille à Crevelt (23 juin) , et resta maître du champ de bataille. Cette affaire fut d'autant plus malheureuse, que, si le comte de Clermont ne se fut pas retiré , les ennemis se retiraient eux-mêmes. Le comte de Gisors , fils du maréchal de Belle-Isle, y fut tué à vingt-cinq ans. Ce fut une perte nationale. Ce jeune homme , dans un âge oii les meilleurs sujets ne donnent que des espérances , était regardé comme un capitaine e^>érimenté et un homme d'État.
Je vais présenter rapidement les principaux faits militaires , dont les écrivains des différentes nations et les mémoires particuliers donneront assez de détails. Je m'étendrai davantage sur des intrigues de cour , qui sont les vrais ressorts des plus grands événemens, et dont j'ai été à portée de m'instruire.
Le prince de Soubise, pour obliger le prince Ferdinand à repasser le Rhin , et venir au secours de son pays , entra dans la Hesse, et battit (23 juillet) un corps de troupes commandé par le prince d'Isenbourg.
Le premier succès du prince de Soubise fut suivi d'un autre (lo octobre) près de Lauterbourg, et fournit le prétexte de lui donner le bâton de maréchal. Il le dut principalement au lieutenant général Chevert , officier de fortune , et qui aurait le même honneur , si ceux dé ses concurrens qui n'ont que de la naissance , n'étaient parvenus à persuader qu'elle doit l'emporter sur le mérite. Il faut du moins que l'histoire le dédommage en lui rendant justice.
Le comte de Clermont fut si consterné de sa défaite , qu'il voulait toujours ramener son armée en arrière , et abandonner les Pays-Bas aux Prussiens. Le roi le lui défendit , et le rappela, sous prétexte de lui permettre de revenir pour sa santé. Contades prit la place , et pour lui donner plus d'autorité , on le décora de la dignité de maréchal de France.
Dans le cours de cette guerre , chaque général en faisait désirer un autre pour le remplacer , sans qu'on sût oii le prendre, et nous n'étions pas plus heureux sur mer que sur terre. La Clue, sans autre mérite que d'avoir été gouverneur du duc de
PeDthiëvre, amiral de France^ est chargé An commandement d'une escadre approvisionnée de tont , et , après s'élre laissé bloquer dans Carthagene pendant près de six mois , il rentre dans Toulon avec la moitié de son escadre en désordre ; ce qui ne serait pas arrivé ^ si le commandant et la plupart de ses officiers se fussent conduits aussi vaillamment que le comte de Sabran. J*ai vu le roi , au retour de cet officier à Versailles , le présenter à toute la cour , en disant: F'oilà un des premiers gentilshommes et des plus braves de mon rc^aumei Cet accueil est sans doute une récompense précieuse et digne d'un Français ; mais aucun des autres officiers n'a éprouvé la moindre marque de mécontentement. Les rois d'Angleterre et de Prusse , en conséqnence de leur traité , renouvelé le 1 1 avril de cette année , faisaient les plus grands efforts pour attaquer en même temps et de toutes parts la France et l'impératridlT. Louisbourg , qu'une tempête avait défendu l'année précédente contre les Anglais, tomba celle-ci en leur pouvoir. Cette place , pour laquelle on avait employé ou fourni des sommes immenses , était si peu fortifiée y que les bêtes de somme y entraient aussi facilement par les brèches des murailles que par les portes.
En Europe , l'amiral Anson parut sur les côtes de France , avec une flotte de vingt-six vaisseaux de ligne , douze frégates, une quantité de brûlots et de galiotes à bombes , et cent vaisseaux de transports qui portaient seize mille hommes de débarquement commandés par le lord Marlborough. Anson, avec vingt vaisseaux , bloqua le port de Brest , et Marlborough , avec le reste de la flotte, vint débarquer à Cancale , le 7 )uin , s'avança vers St.-Malo , et , le 7 , s'empara du faubourg de St.— Servan , qui n'est séparé de la ville que par le port. Il brûla les corderies , les magasins, et près de quatre-vingts bâtimens marchands ou corsaires ; mais il n'osa attaquer la ville ; et, sur la nouvelle que les troupes de la province s'avançaient au secours , il se rembarqua ( 10 juin ) , fut retenu par les vents jusqu'au 22 à Cancale , et repassa en Angleterre.
La même flotte repartît d'Angleterre peu de temtps après ( 3o juillet). Anson bloqua une seconde fois le port de Brest, et l'amiral Howe vint mouiller ( 6 août) devant Cherbourg, commença par bombarder la ville , et le lendemain débarqua ses troupes, sous le commandement de Bligh, qui avait succédé dans ce poste au lord Marlborough. Bligh entra sans obstacle dans une ville ouverte , enleva ce qu'il yavaitde canons, brûla vingt-cinq à trente vaisseaux marchands , obligea la ville de se racheter du pillage par une forte contribution , ravagea les campagnes voisines, et se rembarqua le 4 septembre à St.-Lunaire à deux
li«ues de là ville , dont Hs étaient séparés par la rivière de Kance. Les forts avancés empêchant les Anglais de rien tenter contre la place , ils pillèrent et ravagèrent les campagnes avec férocité. Marlborough avait exercé des rigueurs que la guerre autorise ; mais Bligli se conduisit en brigand , et il acheva dans sa fuite d'en montrer le caractère.
Quoiqu'il eût dans une forte armée l'élite des troupes anglaises, un corps de volontaires de la première qualité , parmi lesquels se trouvait même le prince Edouard , frère du roi d'aujourd'hui, Georges III , il prit l'épouvante aux approches de quelques régimens et des milices formées de gardes-côtes , de paysans ramassés à la hâte , et conduites par des gentilshommes bretons, et ne songea plus qu'à se rembarquer précipitamment. Si le duc d'Aiguillon , commandant en chef dans la province, eût répondu au zèle des habitans , il ne se serait pas rembarqué un Anglais. II craignit de se commettre dans une occasion ou une gloire facile venait s'offrir d'elle-même. Je n'ai jamais eu qu'à me louer de lui ; je voudrais avoir à lui rendre une justice plus favorable ; mais je dois encore davantage à la vérité et à la patrie. Quand il fut à portée de combattre , il ne voulait profiter de la terreur de l'ennemi que pour en hâter la retraite. Il ignorait combien une attaque audacieuse peut augmenter la frayeur d'un ennemi qui , se croyant une ressource pour la fuite dans ses vaisseaux , y court en désordre, et ne cherche pas son salut dans le désespoir.
Les Anglais se pressaient de s'embarquer, et les Bretons frémissaient de voir échapper de leurs mains la vengeance qu'ils pouvaient tirer de leurs ennemis. M. d'Aubigny, qui servait ious le duc d'Aiguillon , las de demander et impatient de ne point recevoir l'ordre d'attaquer , engaga l'action en faisant mai^ chef en avant le régiment de Boulonnais. Les gentilshommes bretons , qui formaient un corps de volontaires , se joignirent au premier rang des grenadiers.
Le chevalier de La Tour-d'Auvergne, colonel de Boulonnais , voyant la manœuvre des gentilshommes, quitta son poste du cen* tre , '0t vint leur demander la permission de se mettre à leur tête. Les régimens de Brie , de Marbœuf , le bataillon de milice accourent. Les Français , attaquant les Anglais dans leurs retranchemens , malgré le feu de la mousqueterie et celui du canon de la flotte, les dépostent, les poussent jusque dans la jner,y entrent jusqu'à la ceinture , oii l'on combat corps à corps. Le carnage y fut grand ; plus de vingt mille Anglais furent tués ou noyés ; un pareil nombre , qui ne put regagner la flotte , cher- 3. a5
chait à fuîr en grimpant à travers les rochers , et fut pris après le combat.
On vit, dans cette occasion, ce que peut la persuasion la pi as légère d'avoir une patrie.
Les Anglais , dans leur descente en Normandie, province qui fournit autant qu'aucune autre d'excellens soldats, ne trouvèrent aucune défense de la part des habitans. En Bretagne , les paysans s'assemblent ; quarante-cinq embusqués dans des haies arrêtent un corps de troupes anglaises à un passage, coupent ou retardent leur retraite , donnent le temps aux nôtres d'arriver, et contri* buent à la victoire. Des écoliers de droit, à Rennes , forment une compagnie de volontaires , engagent un ancien officier retiré du service à* les commander, et marchent à l'ennemi : des bourgeois, des gens de robe se firent tuer en combattant. Si le même esprit eût régné partout , et principalement dans les troupes , cette guerre aurait été glorieuse pour la nation ; ' au lien qu'elle a perdu de sou éclat dans l'opinion des étrangers. L'impératrice, en apprenant nos défaites, s'écriait : Les Français ne sont donc imnncibles que contre moi ! La plupart de nos officiers refroidissaient le courage des soldats , en les étourdissant des éloges du roi de Prusse et du prince Ferdinand. Au lieu de chercher à en mériter de pareils , de ne voir en eux que des ennemis et des modèles estimables , ils se livraient à un luxe scandaleux que ces princes se gardaient bien d'imiter ; mais leurs soldats n'étaient pas dans la disette que les nôtres éprouvaient quelquefois.
Le comte de Bemis , songeant toujours à négocier la paix , voulut du moins , s'il n'y réussissait pas , connaître , par l'état de nos finances , quels moyens nous avions de fournir aux dépenses de la guerre. Le roi ordonna à Boulogne de communiquer cet état, souvent ignoré de celui qui les gouverne. Tel qu'il ^ait, le comte de Bernis en fut effrayé. Il négocia en conséquence, et obtint de l'impératrice la réduction de la moitié du subside , et la quittance de ce qui était dû de l'ancien.
n entreprit en même temps une opération plus difficile , et oii les ministres ont toujours échoué : c'était une réforme dans la dépense de la maison royale ( en Juin 1768 ). Il n'y a point de genre de déprédation qui trouve plus de protecteurs. Chaque valet est en droit de crier, et sûr d'être appuyé par quelque grand, aussi valet et plus en crédit, pn abus, tranchons le mot , un brigandage domestique, qu'une longue durée ne rend que plus punissable , devient un titi*e. Le roi, importuné des clameurs, avait la complaisance de solliciter lui-même contre se»
ii|téréts ; on se borna à de frivoles retranchemens , dont les courtisans plaisantent , et qui en effet annoncent plus la misère qu'ils n*y remédient. Le comte de Bernis , devenu ministre des affaires étrangères , par la retraite de Rouillé , trouva dans son plan d'économie plus de facilités à la cour de Vienne qu'à celle de France. Il y fît approuver une seconde diminutu)n de subsides, dont le duc de Choiseul , dès qu'il fut en place, usurpa hardiment rhonneur, et qu'on eut la bonté de lui laisser. Toutes les réductions ne mettaient pas encore en état de faire face aux dépenses , et ne créaient pas des généraux. Le comte de Bernis résolut donc de faire tous ses efforts pour conclure la paix. Mais, pour ne pas choquer madame de Pompadour, et même pour qu'elle l'aidât aussi à déterminer le roi , il eut avec elle une conférence ou il lui démontra , sans pouvoir la persuader, l'impossibilité absolue de continuer la guerre. La conversation devint vive ; il trouva plus de résistance qu'il n*en éprouva ensuite delà part de l'impératrice. Il lui représenta inutilement que toutes nos disgrâces étaient imputées à eux deux seuls. iLe public n'était pas instruit de Topposition qu'il avait mise à la première proposition du traité avec la cour de Vienne, des objections qu'il avait faites, des précautions qu'il avait prises, des préalable^ qu'il avait exigés, qu^on lui avait promis, et qu'on n'avait pas tenus, le tout avant que de signer. Le public ignorait les articles secrets du traité , si avantageux à la France , et dont le succès était infaillible avec d'autres généraux que les nôtres. Les ministres qui avaient le plus applaudi au traité s*en défendaient , depuis que les événemens ne répondaient pas à leurs espérances. Sans se démentir comme eux dans les propos, il fallait céder au temps. Il représenta que ce public savait seulement que lui , comte de Bernis , avait signé un traité dont les suites étaient si malheureuses ; qu'il en était regardé comme le seul auteur ; et qu'elle était accusée, avec plus de justice , de L'avoir suggéré , et de vouloir continuer la guerre pour faire commander le prince de Soubise. Madame de Pompadour , loin de se rendre à ces raisons , ne les écouta pas tranquillement ; et , sur ce que le comte de Bernis ajouta que, s'il ne pouvait déterminer le roi à la paix, il était résolu de se retirer , pour se disculper de vouloir continuer la guerre, elle lui répondit que ce serait manquer de reconnaissance , et qu'après toutes les grâces dont il avait été t comblé , il ne paraîtrait pas faire un grand sacrifice à son hon-
j ncur.'Lc roi, répliqua-t-il , et le public en jugeront plus favora^
f bletnent que vous ne le pensez, quand on me verra remettra mes
\, abbajres, renoncer à la promesse du chapeau , et me borner au
simple prieuré de la charité, auquel tout abbé de qualité pourrait prétendre sans ai^oir rendu le moindre service.
Le comte de Bernis , ayant fait tout ce qu'il devait à Tégard de madame de Pompadour , parla en plein conseil avec la même franchise. Il fit voir que le traité ne pouvait se suivre, quant au moment présent ; que la bonne intelligence subsisterait cependant entre les cours de France et de Vienne ; mais que le coup était manqué des deux côtés , par la différence des généraux, par la rupture de la convention de Closter, par l'anéantissement de la marine. Il ajouta que l'armée rétrograderait infailliblement derrière le Rhin, et que l'impératrice ne pourrait agir que faiblement , faute de subsides ordinaires ; qu'il n'y avait plus d'autre parti que d'engager l'Espagne à être médiatrice armée. Quoique le roi parût incliner à continuer la guerre , tout le conseil , et surtout le dauphin , fut pour la paix. En conséquence , le roi autorisa le comte de Remis à négocier sur ce plan avec la cour de Vienne.
L'impératrice eut un chagrin très-vif d'être obligée de suspendre son ressentiment contre le roi de Prusse ; mais , ne pouvant combattre nos raisons , elle donna son consentement aux négociations de la paix. Le marquis de Stainville , notre ambassadeur à Vienne , par qui l'affaire se traitait avec l'impératrice, avait exactement suivi les intructions du comte de Bemîs , tant qu'il l'avait regardé comme le ministre favori de madame de Pompadour, et qu'il n'avait pas imaginé qu'elle et le comte de Bernis pussent penser différemment. Mais , quoiqu'il eût négocié et envoyé le consentement de l'impératrice pour la paix, dès qu'il s'aperçut, par les lettres de madame de Pompadour , combien elle regrettait les premiers engagemens , étant d'ailleurs à portée de voir que l'impératrice ne donnait qu'un consentement forcé , il comprit que le comte de Bernis ne devait plus être dans la même faveur. Il savait avec quelle facilité madame de Pompadour passait de l'engoûment au dégoût. Il profita de l'instant , et forma le plan de perdre le comte de Bernis , dont il avait été jusques alors le plus flexible instrument, et de s'élever sur ses ruines.
Il dit à l'impératrice, et manda à madame de Pompadour^ que le comte de Bernis perdait trop aisément courage ; qu'il n'y avait rien de désespéré ; et qu'il était encore aisé de nous relever avec avantage. Ces idées s'accordaient si fort avec les désirs de l'une et de l'autre, qu'elles furent aussitôt adoptées. Madame de Pompadour n'était pas en peine de ramener le roi à un parti qu'il n'avait abandonné qu'à regret. Il fut donc arrêté de continuer la guerre. i
. Le comte de Bemîs, persuadé qu'on ne ferait qu'aggraver nos n^aux, le représenta inutilement. Voyant qu'il ne pouvait avec honneur demeurer l'instrument d'un système qu'il désapprouvait, il offrit la démission de son département, qui serait plus convenablement entre les mains du marquis de Stainville ; puisqu'il jugeait si facile le rétablissement des affaires, il savait sans doute les moyens d'y réussir.
Apres toutes les petites faussetés d'Usage à/la cour pour faire croire à celui qu'on va chasser qu'on veut le retenir , il fut con > venu que le marquis de Stainville prendrait le département des affaires étrangères , et que le cardinal de Bemis ( car il venait de recevoir la calotte ) concourrait , agirait de concert avec le nouveau ministre , et serait de plus chargé en particulier de ce , qui concernait les parlemens , dont les démêlés avec la cour exigeaient presque un département séparé. Le cardinal de Bernis sentait bien que l'union , même apparente, entre lui , son collègue et madame de Pompadour, ne subsisterait pas long-temps. Il s'aperçut qu'il les gênait ; et, pour les mettre à leur aise, voulut s'expliquer devant eux avec candeur, leur parla de la contrainte oii il les mettait, leur déclara que, ne pensant pas comme eux sur les affaires , il paraîtrait toujours les traverser en opinant au conseil ; que le meilleur moyen de rester amj était de se séparer pour un temps , et qu'il allait demander au roi la permission de s'absenter quelques mois, sous prétexte de sa santé , qui en avait effectivement besoin.
Madame de Pompadour et Stainville, fait duc de Choiseul des le premier conseil oii il assista , se confondirent en protestations d'amitié , en instances de demeurer avec eux ; et peu de jours après le firent exiler.
II. semble que cette perfidie était de trop, et qu'ils devaient être contens d'une retraite; mais cela ne les rassurait pas. Mada&e de Pompa4our avait souvent dit qu'elle n'avait jamais vu le roi se prendre d'un goût aussi vif que pour le cardinal de Bemis. Le duc de Choiseul en craignait les effets. La marquise et lui imaginèrent qu'il n'y^vait rien de mieux, pour les prévenir , que de faire exiler le cardinal par une lettre du roi dont ils firent ensemble le modèle, persuadés que le prince ne voudrait jamais revoir un homme qu'il aurait maltraité ; du moins n'y en a-t-il point encore eu d'exemple. Le cardinal était disgracié 1/2 petto plusieurs mois avant son exil , et même avant qu'il reçût la calotte ; mais ayant déjà fait au roi des remerctmens publics sur l'agrément que sa majesté avait donné à la proposition du pape, Benoît XTV, il ne fut pas possible aux ennemis du cardinal désigné de faire rétracter l'agrément^ ni
3gê BÉGNE
d'empêcher Clément XIII ( Rezzom'co ) d'acquitter la parole de son prédécesseur, quoiqu'on y ait employé toutes les noirceurs ecclésiastiques. M. Girard, qui tenait la feuille des bénéfices, et recevait à ce sujet les sollicitans sous le cardinal de FIcurj, m'a dit qu'on ne pouvait donner l'idée des horreurs que les concurrens imaginent. Dans les autres classes de la société , on ne trouve sur la rivalité que des enfans en comparaison des ecclésiastiques. Quelques raisons concoururent encore à faire différer l'exil du cardinal. Le clergé était extraordinairement assemblé au sujet d'un nouveau don gratuit ; le cardinal y servait trèsbien le roi, et le clergé en fut si content , qu'il aurait demandé un archevêché pour le cardinal , si celui-ci ne s'y était opposé. De plus , le ministère voulait faire passer au parlement un édit bursal , et comme cette compagnie affectionnait fort le cardinal, on craignit qu'elle ne prit de l'humeur sur l'exil du seul homme à qui elle devait la réunion de ses membres.
Le cardinal étant déplacé , madame de Pompadour donna toute sa confiance au duc de Choiseul. Ce nouveau ministre, ^%^i devait rétablir les affaires , et relever l'honneur de nos armes , ne prolongea la guerre de quatre ans que pour nous plonger dans de nouveaux malheurs , et finir par une paix honteuse. S'il eût eu autant de politique et de vues que d'ambition , il aurait profité des mesures que le cardinal avait prises pour la paix, l'aurait conclue à des conditions supportables, et aurait . été regardé comme le réparateur des disgrâces dont on imputait le germe au traité signé par son prédécesseur.
Le duc de Choiseul aurait , à la vérité , paru contredire les promesses qu'il avait faites à l'impératrice et à madame de Pompadour.; mais il aurait allégué que , voyant les objets de plus près, il en jugeait mieux , et il aurait encore usurpé la réputation d'un vrai citoyen, qui ne craint point de se rétracter pour le bien de l'État. Le public ignorait alors que le crime du cardinal fût d'avoir voulu la paix. Il était trop fratchement disgracié pour que sa justification l'eût fait rappeler , ou même eût été reconnue, et encore moins avouée. Dans l'engoûment oii madame de Pompadour était pour le duc de Choiseul, il n'y avait rien qu'il ne pût lui faire croire , puisqu'il lui avait persuadé qu'il était la plus belle âme qu'elle eût connue ; car c'était ainsi qu'elle s'en expliquait. On va voir pourquoi j'ai déjà déclaré que je ne m'étendrais pas sur les opérations militaires. Ces grands., tristes et uniformes événemens, dont les histoires «ont pleines , n'intéressent pas les lecteurs comme ceux qui en ont été les victimes. Les faits me serviront d'époques pour dé— Yclopper quelques ressorts qui entrent dans l'histoire de l'hu-
manité. C'est dans cet espoir que je vais exposer la situation , les intérêts et le caractère des principaux acteurs.
La marquise de Pompadour , s'étant soutenue contre l'ennui du roi parles fêtes, les dissipations, et ce qu'on nomme vulgairement les plaisirs, se flatta de régner par les affaires. Elle avait réellement eu quelque part à la paix précédente. Le rot faisait alors les campagnes ; ces longues absences chagrinaient la favorite ; elle avait donc un grand intérêt à dé^rer la paix. Mais dans la guerre présente , le roi ne la faisant que par ses généraux , madame de Pompadour se trouvait flattée d'influer dans le choix des ministres et des commandans ; d'être , enfin , au lieu d'une maîtresse d'amusement, un personnage d'état. D'ailleurs cette guerre était son ouvrage; elle se croyait l'amie de l'impératrice, et il aurait fallu une t^te plus forte pour n'en pas être enivrée. /
Le duc de Ghoiseul connut le faible de madame de Pompa*** dour, et en tira un grand parti. Il est d'une naissance distinguée, d'une figure petite et désagréable, avec de la valeur, de l'esprit et encore plus d'audace. Il choisit, en entrant dans le monde , le rôle d'homme à bonnes fortunes , ce qui pi^uv» que tout le monde y peut prétendre. Il ambitionnait en même temps une réputation de méchanceté pour laquelle il avait de merveilleuses dispositions , et en tirait vanité. On ne laisse pas avec cela d'imposer aux sots, et de s'en faire craindre. Ses procédés le servaient pourtant mieux que ses saillies. Ou se plaignait des uns, on ne citait pas les autres; je l'ai connu, et assez pratiqué des sa jeunesse , jusqu'au temps oii il est entré dans le ministère. Avant qu'il jouât un role^ je l'ai vu écarté de plusieurs maisons ; il s'en fallait peu qu'on ne le regardât comme une espèce ; je l'ar une fois entendu défendre sur cette imputation qu'il n'a jamais méritée ; mais il était du moins fort humiliant pour lui que cela fit question. Sa première liaison avec madame de Pompadour vint d'une perfidie qu'il fit k la comtesse de Choîseul ( Romante ) qui avait avec le roi une intrigue de passage. Elle l'avait pria pour confident et guide dans cette affaire, et comme il avait une grande sagacité dans ce genre de négociation , il &'aperçut que sa cousine n'aurait pas un long règne ; ce qui lui fit prendre le parti de la sacrifier à madame de Pompadour. Il lui rendit compte de tout , lui communiqua les lettres qui circulaient entre le roi et la comtesse de Choiseul , et fournit par ce manège les moyens d'abréger l'interrègne. Telle fut l'origine de sa première faveur auprès de madame de Pompadour. Le comte de Bernis en
Sçia RÈGNE
avait alors une si décidée, que le duc de Choiseul, ne jugeant
pas qu'il fût temps de l'attaquer, rechercha son amitié.
Le comte de Bernis est homme de qualité y d'ancienne race , aussi bonne et non moins illustrée que celle des Ch9iseu]. Destiné à l'église dès son enfance , il fut d'abord chanoine comte de Brioude.
Apres avoir passé quelques années de sa jeunesse au séminaire de St.-^ulpice , avec aussi peu de fortune que tous les cadets de noblesse qui tendent et parviennent à l'épiscopat , il entra dans le chapitre de Lyon, et n'y alla que pour s'y faire recevoir, et revint à Paris.
De la naissance, une figure aimable, une physionomie de candeur, beaucoup d'esprit, d'agrément, un jugement sain et un caractère sûr, le firent rechercher par toutes les sociétés; il y vivait agréablement; mais cet air de dissipation déplut au vieux cardinal de Fleury , ami du père , et qui s'était chargé de la fortune du fils. Il le fit venir , et lui déclara qu'il n'a-> vait rien à espérer, tant que lui cardinal de Fleury vivrait. Le jeune abbé , faisant une profonde révérence , répondit : Mon^' seigheur , f attendrai, et se retira. Le vieux ministre sourit de la réponse , la rapporta même à plusieurs personnes , n'en fit pas davantage , et ne jugea pas qu'une bonne plaisanterie valût un bénéfice.
Pour l'abbé de Bernis, il continua de vivre comme il fai sait, sans avoir rien à se reprocher vis-à-vis de ses concurrens, que d'être plus fêté et de manquer d'hypocrisie. Sa réponse au cardinal de Fleury était plaisante ; mais , pour la rendre bonne, il ne fallait pas se tromper dans son attente. Le car* dinal de Fleury était mort , et la fortune de l'abbé de Bernis n'avançait point. Il ne s'en occupait nullement , et ne doutait point que parmi les grands , dont plusieurs étaient de ses parens, et qui le recherchaient, il ne s'en trouvât quelqu'un qui le servit utilement ; mais aucun ne s*y portait. On se contentait de dire que jamais^omme de condition n'avait supporté la pauvreté de son état avec plus de dignité, sans humeur et même avec gaieté ; c'est qu'il n'y faisait pas seulement attention.
Le hasard l'ayant lié avec mada^ie de Pompadour , elle prit pour lui l'estime et l'amitié les plus vives. Le premier usage qu'il fit d'un si puissant crédit, fut pour les autres. Il était de l'Académie Française , et le titre d'académicien était la seule chose qui , sans lui donner précisément d'état, lui en tenait lieu. Il rendit service à tonsceuxde ses confrères qu'il put obliger , procura de l'aisance ^plusieurs , et en tira quelques uns de Tindigence. Ses amis
DE LOUIS XV. 3i)3
furent obligés de TaTertir de penser pourtant un peu à lui-même. Ce qui prouvait son peu d'ambition , c'était la borne qu'il y met* tait. Boyer, l'ancien évéque de Mirepoix, avait alors la feuille des bénéfices 9 etjamais aucun ministre, n'a été si maître dans ;son départemeiit que ce mince sujet, sans naissance , d'une dévotion peu éclairée , et tiré du cloître pour Tépiscopat , par la protection de quelques vieilles dévotes de la cour. L'église et l'État se ressentent aujourd'hui des choix imbéciles qu'il a faits.
Le roi daigna lui recommander l'abbé de Bernis ; Boyer, ne pouvant se dispenser de déférer à une recommandation qu'il apurait dû prendre pour un ordre , trouva moyen de l'éluder. Il proposa à l'abbé de Bernis de prendre la prêtrise, en lui promettant de le nommer bientôt évéque., L'abbé répondit que, ne se sentant pas les dispositions nécessaires pour cet état , il se bornait à une abbaye. Boyer le refusa , et fit entendre au roi que les biens de l'église ne pouvaient absolument se donner qu'à ceux qui la servaient actuellement; mais il vanta fort la franchise de l'abbé , qui n'était pas hypocrite. Il semblait que Boyer n'en avait jamais vu d'autres, tant il paraissait surpris. Le roi, ne pouvant rien obtenir, donna à l'abbé une pension de quinze cents livres sur sa cassette. Cela ne suffisant pas au nécessaire de son état , il chercha à se procurer quelques petits bénéfices particuliers , et „ s'il avait pu porter toute sa fortune à six mille livres de rentes , il n'eût prétendu à aucune autre. Ne trouvant que des obstacles dont j'ai été souvent témoin , il résolut de faire une grande fortune , puisqu'il ne pouvait parvenir à une petite , et il n'y trouva que des facilités ; il y en a eu peu d'aussi rapides. Il se fit nommer à l'ambassade de Venise , oii il se fit aimer et estimer. Bientôt il fut fait conseiller d'état pendant son absence. Le marquis de Puisieux, Brulart, alors ministre des affaires étrangères, ne lui fut pas contraire ; il ne haïssait pas les gens de qualité, parce qu'il en est. Saint-Contest ( Barherie ) , ayant succédé au marquis de Puisieux , ne fut pas si favorable à l'abbé de Bernis , par une raison contraire à celle de Puisieux , et surtout par la haine secrète que les sols ont pour les gens d'esprit. Saint-Contest mourut avant le retour de l'abbé, et fit bien pour les affaires et pour la société. Son père était homme de mérite , et c'était tout ce qu'on avait pu employer pour faire valoir le fils. Je ne m'arrêterai pas davantage sur lui, ni sur la nombreuse liste de ses pareils , qui ont rempli ou plutôt occupé les différentes places du ministère. Si l'on faisait Oes portraits de chacun , la galerie serait longue et peu intéressante ; je les citerai simplement lorsque les faits l'exigeront. Pendant que l'abbé de Bernis était encore à Venise , ses envieux affectèrent de faire imprimer quel-
ques ouvrages de sa jeunesse qui, suivant nos préjugés, sont des ridicules dans les grandes places, et qui font honneur en Angleterre , en Italie , où les grands ont renoncé à la grossièreté gothique. Il n'en est pas ainsi parmi nous , oii le plus inepte de nosseigneurs se pique d'esprit , en ambitionne vivement la réputation, et veut être même soupçonné de grands talens qu'il renferme par dignité* Yoilà ce qui surcharge nos académies de tant de sots ou bizarres honoraires. J'en pourrai donner un jour la liste avec des notes.
L'abbé de Bemîs , à son retour de Venise , prit , comme on l'a vu, le plus grand vol du crédit dans toutes les affaires. Celle du chapeau mérite que je m'y arrête , parce qu'elle entre dans mon dessein de faire connaître la cour et les hommes.
Parmi les emplois qu'on destinait à l'abbé de Bemis, on avait proposé l'ambassade de Pologne ; mais le roi , conseillé par quelque ministre , ou de lui-^même , ne le voulut pas , dans l'idée que cette ambassade procurerait à l'abbé une nomination au chapeau , plutôt que sa majesté ne le jugerait à propos. On fait plus d'attention aux ambassades d'Elspagne et de Pologne qu'aux autres. L'espoir de la grandesse dans l'une, et du chapeau dans l'autre, peut inspirer aux ambassadeurs plus de complaisance qu'il ne faudrait pour ces deux États. Une négociation dans l'intérieur du royaume procura le chapeau à l'abbé de Bemis, plus promptement que n'aurait fait la Pologne (i). Les démêlés du parlement avec la cour n'avaient jamais été plus vifs qu'ils l'étaient , lorsque l'abbé de Bemis entra au conseil le a janvier 1^57. Cette lutte du parlement contre le ministère a commencé dès la régence du duc d'Orléans , subsiste encore, et il serait difficile d'en prévoir ni la fin ni la manière de finir. Les trêves , qui se font de temps en temps , n'étouffent pas une fermentation sourde ; un feu caché éclate à chaque occasion sur les affaires de l'église on celles de l'État; sur les entreprises des prêtres ou celles des magistrats; sur un refus de sacremens ; un plan de finances; sur le choix d'un supérieur d'hôpital ; enfin sur des misères saisies et exagérées par l'humeur. La querelle que l'abbé de Bemis fut chargé de pacifier , était née à l'occasion du lit de justice , du 1 3 décembre 1756, pour l'enregistrement de deux déclarations du 10 , et d'un édit du même mois.
(i) La Pologne a droit , comme les autres puissances catholiques , de donner sa nomination an chapeau dans la ^romoiion des couronnes ; mais elle ne la donne jamais à d'autres Polonais que rarchevéque de Gncsne^ primat du royaume. Lorsque celui-ci est cardinal , elle choisit ton)onr& des étrangers. La raison en est que les sénateurs ne céderaient pas la prcscance aux cardinaux ^ or rarchevéquc de Gncsoe Payant ddjà comme priratit , le chapeau de cardinal n^ ajoute rien.
DE LOUIS XV. 3q5
Les làînistres se sont avisés, sous ce rëgne, de multiplier les lits de justice pour leurs intérêts particuliers, toujours contre le gré du roi , et sans s'embarrasser de compromettre son autorité. Il s'agissait, dans celui dont il est question, d'imposer un silence impossible sur des disputes de religion, et de supprimer deux chambres des enquêtes. Le parlement protesta contre l'enregistrement ; les cinq chambres des enquêtes , les deux des requêtes, et partie de la grand'chambre remirent la démission de leurs charges au chancelier, de Façon que le parlement se trouva dans le jour réduit aux présidens à mortier et à douze conseillers de grand'chambre. Ceux-ci demandèrent au roi la réunion de leurs confrères ; le miniaire répondit , par la bouche du roi, que, les démissions étant acceptées, les ofEces étaient Tacans, et seize des démissionnaires ayant été exilés, les lettres de cachet leur furent portées par des gens du guet , pour leur montrer qu'on ne les regardait plus que comme de simples bourgeois. Ce fut pendant ce schisme qu'arriva lattentatdu 5 janvier, contre la personne du roi. Cétait la circonstance la plus propre à la réunion du parlement. Elle se serait faite si l'on eût suivi le sentiment du président de Méniëres, excellent citoyen et magistrat éclairé ; mais le premier président et les ministres s'y prêtèrent si mal, qu'il n'était pas possible de ne les regarder que comme maladroits. La grand'chambre , fortifiée des princes et des pairs, jugea le scélérat Damiens ; mais toutes les affaires des particuliers furent suspendues pendant plus de sept mois. Quelques conseillers, foit crainte, soit besoin , ou par avis de parens , redemandaient leurs démissions ; mais on était encore bien loin d'entrevoir un parlement en forme. Les murmures du public , qui fait la loi aux ministres les plus insolens qui affectent de le mépriser, inquiétaient la cour. On y était plus embarrassé des démissions que ceux qui les avaient données n'étaient em<pressés de les recevoir. Dans ces circonstances , le roi chargea i'abbé de Bernis de chercher les moyens de rapprocher les esprits. L'abbé se conduisit avec tant d'habileté , que tout fut pacifié, et que le parlement réuni reprit ses fonctions.
La cour de Rome avait alors avec la république de Venise une discussion qui tendait à un schisme ouvert, à une séparation totale. Le pape Benoît JfJV fut si frappé de la sagesse avec laquelle l'abbé de Bemis avait terminé l'affaire du parlement, qu'il écrivit en France, au nonce, de concerter avec l'abbé les moyens de ramener la république de Venise. L'abbé, qui avait laissé à Venise la meilleure opinion de sa candeur, fut à l'instant avoué de la république. Il ménagea tellement les intérêts de part et d'autre, que tout fut arrangé et conclu à la satisfaction des
deux partis. Le pape conçut tant d'estime pour l'esprit de conciliation du négociateur, qu'il écrivit aussitôt au cardinal de Tencin, à Lyon, et au marquis de Staînville, notre ambassadeur à Vienne et qui l'avait précédemment été à Rome , et les consulta pour savoir si le chapeau de cardinal , donné proprio moiu à l'abbé de Remis , ferait plaisir au roi. Le cardinal de Tencin , quel que fût son dessein , envoya au roi la lettre du pape sans en prévenir l'abbé , et ce fut certainement le plus grand service qu'il eût jamais pu lui rendre. Le marquis de Staiaville, sans prendre l'ordre du roi, ne consulta que son zèle pour un ministre qu'il croyait inébranlable, et qui, par reconnaissance, n'oublierait ri%n pour faire duc celui qui l'aurait fait cardinal, répondit de son chef directement au pape que cette promotion flatterait infiniment le roi , et manda ce qu'il venait de faire à l'abbé de Bernis. Celui-ci, ne doutant point que le roi n'imaginât que ce chapeau ne fût une affaire d'intrigue entre Stain- Tille et un ambitieux qui voulait forcer la main à son prince , alla sur-le-champ trouver sa majesté , lui dit combien il était affligé ; qu'il le suppliait de croire qu'il n'avait aucune part au procédé du marquis de Staînville , dont il blâmait fort la démarche et dont il n'avait pas eu la moindre connaissance. Le roi, instruit par le cardinal de Tencin de tout ce que l'abbé ignorait , le laissa parler, et lui répondit en souriant : IJabbéy soyez Iran" quille , je sais que vous VLavez aucune part à ceci. Si le pape veut vous faire cardinal, il faudra bien quil m'en demande Vagrément y encore une fois soyez tranquille. L'abbé de Bernis , fort soulagé par la réponse du roi , s'en remit aux événemens. Bientôt, le roi ayant donné son agrément, l'impératrice et le roi d'Espagne donnèrent le leur, et le pape fit annoncer à l'abbé de Bernis que sa promotion ne tarderait pas. Rien n'avait encore transpiré à la cour; et l'abbé de Remis voulait en garder encore le secret , pour ne pas éveiller l'envie ; mais l'abbé de Laville , premier commis des affaires étrangères , lui déclara qu'il n'y avait nen de plus pressé pour assurer l'effet de la promesse, que d'en faire un remercîment public ; que cette publicité serait la plus forte barrière contre Fenvie ; que le secret cesserait bientôt de l'être, et qu'alors l'envie pourrait faire suspendre jusqu'à la mort du pape l'exécution d'une promesse que le successeur n'acquitterait peut-être pas ;au lieu que le roi , ayant reçu un remercîment public, croirait sa gloire intéressée à la promotion. L'abbé de Bernis suivit le conseil , et fit bien : car, peu de temps après, sa persévérance pour la paix l'ayant rendu incommode, le roi pressa même la promotion pour sacrifier le ministre à la maîtresse. Benoît XIV mourut à la veille de la faire ; mais Clé-
ment XIII, Rezzonico, son successeur, respecta l'engagement de Benoit. La reconnaissance v contribua encore : Rezzonico devait en partie la tiare à l'abbé de Bernis. Cavalchini allait être élu, lorsque l'abbé lui fît donner l'exclusion, et détermina les suffrages en faveur de Rezzonico , qui , étant Vénitien', mit par son élection le sceau à la réconciliation de la cour de Rome avec la république.
Les plus grands obstacles à la promotion vinrent de Versailles. Tout ce que peut l'envie des ministres , la rage des prélats , la malignité des indifférens , fut mis en œuvre. On alla jusqu'à faire passer au pape les vers les plus scandaleux , dont on faisait l'abbé de Bernis l'auteur. L'excès de la calomnie en empêcha l'effet. Le pape s'en expliqua ouvertement.
Au milieu de toutes les traverses qu'on employait contre l'abbé de Bernis , et , dans le temps même oii il voyait déjà baisser son crédit , il déclara hautement , en plein Conseil , que les retardemens qu'on mettait à sa promotion le touchaient moins que le manque d'égards de la part du pape pour la recommandation du roi ; qu'il renonçait donc au chapeau. Pour qu'on n'en doutât point , il lut la lettre par laquelle il l'annonçait au pape , la remit au roi en le suppliant de l'approuver et de donner ordre qu'elle partît. Le roi prit la lettre , et dit que, si la promotion ne se faisait pas avant le 3 d'octobre , il lui permettait d'y renoncer. Le roi était apparemment instruit de ce qui se passait à Rome ; car la promotion se fît le 2. Je ne m'arrêterai pas davantage sur cette intrigue de cour. J'aurai encore occasion de dévoiler quelques uns de ces manèges vils des courtisans , qui les regardent comme des chefs- ' d'œuvre de politique , parce qu'ils ne sont ni capables , ni dignes d'employer la vérité et la droiture , qui déconcertent cependant toujtes les petites finesses. Combien en ai-je encore vu , en d'autres circonstances , qui , par un amour-propre risîble, et un secret sentiment de leur nullité, s'annoncent comme étant faits pour le grand , sans en fournir d'autres preuves que l'aveu naïf de ne pouvoir saisir les moindres détails !
Je ne m'étendrai pas non plus sur nos malheurs y que nos ennemis célébreront assez.
Récapitulons seulement nos sottises ; car nous n'avons presque rien à imputer à la fortune ; et nous verrons pourquoi un système , bon ou mauvais , mais approuvé par tout le conseil, approuvé du public , ou chacun voulait d'abord avoir eu part , a échoué dans l'exécution.
Commençons par la jalousie de Rouillé , ministre des affaires étrangères , qui , ne se voyant plus que le représentant dans
lia syslëme dont Tabbë de Bernîs est le vrai mobile , continue à donner à nos ministres dans les cours étrangères des instructions , sinon contraires , du moins peu conformes au nouveau plan.
Macbault voit avec chagrin dans Tabbé de Bemis un rival qui partage , ou va lui ravir la confiance du roi et de madame de Pompadour.
D*Argenson , ministre dé la guerre , uniquement occupé d'étendre son département , voulait armer toute la France sur terre , et ruiner par là le ministre de la marine. Hardi dans ses projets , timide dans les moyens d'y tendre , il veut faire son fils officier général ; et , n'osant le faire passer par-dessus ses anciens , ce qui n'aurait pas fait crier long-temps , il fait une multitude d'officiers généraux qui surchargent , embarrassent les armées , dévorent les approvisionnemens par le luxe, et ruinent les finances. Tous les gens du métier l'accusent d'avoir perdu le militaire. Il faudra bientôt imaginer un titre supérieur à celui de maréchal de France , devenu trop commun. Sans être avide d'argent pour lui-même , il a obéré l'ÉUit par les fortunes immenses qu'il a procurées dans les vivres, les hôpitaux , à mille de ses créatures , indépendamment du brigandage de sa famille. Avec beaucoup d'esprit^ et le goût qu'il avait inspiré pour lui au roi , il aurait pu se maintenir en place. D'ailleurs, dégagé de tout principe moral, le bien et le mal lui sont indifférens ; mais , par faiblesse de caractère, il obéit souvent à la passion d'autrui , et s'est perdu. Il a voulu concourir avec la comtesse d'EIstrade pour détruire la marq[uise de Pompadour , à qui la comtesse devait tout. Il s'est cru si aflermî auprès du roi , qu'il s'est refusé aux avances de la marquise. Elle a fini par le faire exiler le même jour que le fut Machault , par d'autres motifs qui n'avaient pas plus de rapport à l'État que ceux de la disgrâce du comte d'Argenson. L'abbé de Bemis eut le courage de représenter que, dans la situation des choses , deux ministres expérimentés étaient une perte considérable.
Le comte d'Argenson avait des talens dont il faisait usage quand son intérêt le permettait.
Machault , avec moins d'esprit et plus de caractère , était estimé dans la marine ; il s'y était même fait aimer. Cet homme fier et glacial avait accueilli les marins plus que n'avaient jamais fait ses prédécesseurs. Il avait aussi un avantage qu'ils n'ayaient pas eu , le crédit de se faire donner l'argent nécessaire à ses entreprises. Les marins , qu'on voyail très-raremen^t à la cour, commençaient à s y montrer, e( ne sont
peut-être aujourd'hui que trop assidus dans un lieu dont l'air est dangereux pour tous les genres de devoirs. Ils en emportent chez eux ce goût de luxe qui les. oblige à préférer l'argent à l'honneur.
Ces deux ministres furent remplacés par les sujets les plus incapables , Moras pour la marine , le marquis de Paulmy pour la guerre.
Le maréchal de Belle-Isle , qui succéda au marquis de Paulmy, suspendit, à la rérité, l'inclination secrète qu'il avait toujours eue pour le roi de Prusse ; mais son indiscrétion habituelle a souvent nui à un plan dont le succès dépendait du plus grand secret.
Berrjer, avec la grossièreté de son caractère, passe de la police de Paris à la cour , dont il prend la fausseté , sans la politesse. Il est chargé de la marine. La marquise de Pompadour , passionnée pour le nouveau systèaie , en veut l'exécution et en traverse les moyens. Elle devient jalouse de l'abbé de Bemis , dès qu'elle voit le roi avoir pour lui une estime personnelle. Il est le seul agent politique , et peut se faire instruire des choses nécessaires. L'état des finances ne lui fut communiqué que peu de mois avant son exil. Mâcha ul t ,Séchelles, Moras, Boulogne, tous les contrôleurs généraux qui se sont succédés , n'ont songé qu'à enrichir eux ou leurs créatures.
Tels ont été les premiers acteurs; voyons les instrumens. Le maréchal d'Estrées , nommé général , craint que le prince de Soubise , qui commande une réserve, ne lui soit substitué par la faveur ouverte de madame de Pompadour. Soubise, qui aurait toujours eu à la cour la considération due à un grand seigneur estimable par sa probité , respectueux pour son maître dont il est aimé, s'il se fàt borné à cette existence honnête, veut, sans talens militaires, devenir maréchal de France , connétable, s'il peut, et ministre. La protection, malgré ses fautes , l'a aussi avancé que des victoires l'auraient pu faire. Le maréchal d'Estrées gagne, presque malgré lui, la bataille d'Hastenbeck ; il craint de s'engager trop avant ; il ne suit qu'avec timidité un plan contre lequel il est prévenu par Puisieux , son beau-^père , et par Saint-^everin qui n'avaient adopté qu'avec répugnance un système qui rectifiait le traité d'Aix-la- Chapelle , leur ouvrage.
Ajoutons l'impatience du courtisan français dans les guerres qui l'éloignent de Paris pendant l'hiver. Les généraux ont toujours désiré de porter la^guerre en Flandre pour leur commodité. La plupart de nos officiers se prêtaient à regret à des opérations dirigées contre le roi de Prusse qu'ils s'étaient fait
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un tic d'exalter, au lieu d'en imiter la vigilance et l'économie. Le pul>lic f depuis long-temps frondeur de la cour par la faiblesse et les fautes réelles du gouvernement , devint prussien , comme il avait été autrichien dans la guerre précédente.
Maillebois , ennemi de la marquise pour son compte et pour celui du comte d'Argenson , son oncle , homme d'esprit et de talent, favorise toutes les fautes des généraux pour les remplacer.
Le maréchal de Richelieu, ennemi actif et passif de la marquise , jaloux de Soubise , général de ruelle , protecteur et modèle en grand de la maraude , applaudi par le soldat dont il est l'exemple , chanté par Voltaire , sent qu'il ne peut réaliser ce fantôme de gloire ; traite avec le roi de Prusse , au lieu de le combattre ; ne veut que de l'argent , détruire le système , décrier la marquise , déplacer l'abl^é de Bernis , parvenir au ministère , pour gouverner par l'intrigue.
Oontades voit froidement , ou avec complaisance , les sottises d'autrui , qui peuvent le faire arriver au commandement. Il perd une bataille qu'il devait gagner ; du moins le roi de Prusse , bon juge en cette partie , a-t-il dit , après avoir examiné depuis les différentes positions des armées , qu'il ne concevait pas comment G)ntades avait été battu. Celui-ci prétend avoir été trahi. Malheureusement pour nos généraux, ils se font croire dans leurs accusations réciproques , et jamais dans leurs apologies.
Broglie , né avec le talent militaire , veut perdre tout con^ current, et cet esprit a été celui de tous nos généraux. Son frère , homme incompatible avec tout collègue , oblige le comte de Saint-Germain , bon officier , mais tout aussi exclusif, à s'expatrier.
Nous ne nous sommes pas mieux conduits sur mer que sur terre. Pendant six mois nous avons laissé nos vaisseaux en proie k la piraterie des Anglais , sans oser faire de représailles.
Notre ministère prétendait , disait-il , faire éclater notre modération aux yeux de toute l'Europe; mais la modération est la vertu du fort et la honte du faible. Lorsque nous avons voulu recourir à la vengeance , jaous avions déjà perdu dix mille matelots. La victoire de La Galissonnière a été pour nous un exemple sans émulation.
Le sacrifice , injuste ou non , que les Anglais ont fait de Bing aux cris de la nation , a ranimé l'esprit de leur marine , et nous â montré ce que nous devions faire avec plus de justice* Les coupables ne nous manquaient pas.
Le maréchal de Cooflans perd notre flotte , celle des Anglais
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^Bt tont aa plas égale à la nâtre ; il briUe un vaisseau qui était une citadelle flottante; il ose s'en vanter comme d'un exploit. Quel 'est son châtiment? De n'être point présenté au roi, et d'aller journellement en public affronter les mépris qu'on ose lui marquer. Il se plaint des officiers qui servaient sons lui; ceux-ci récriminent, et tout se borne là. Sur terre et sur mer, nulle rivalité de gloire; ce sont des procès par écrit. Les mesures sont partout aussi mal prises que mal exécutées. Les vaisseaux de transport sont séparés de la flotte, parce que le petit orgueil du duc d'Aiguillon ne lui permet pas d'être subordonné dans Brest. Voilà ce qui l'engage à mettre les vaisseaux de transport à Quiberon, pour y commander seul , au hasard de tous les périls de la jonction. Cest par une présomption pareille qu'il a fait perdre Belle^Isle. Les états de Bretagne, voyant l'importance de cette place, l'avertissent un an d'avance de pourvoir à sa sûreté , et offrent les approvisionnémens nécessaires. Il répond avec ,une vanité puérile et une ironie amëre , à une députation qu'il ào\\ respecter , qu'il est obligé aux états de vouloir bien lui apprendre son métier. Il en avait pourtant besoin , puisqu'il a laissé prendre Belle-Isle , faute des précautions offertes. Il n'a pas même profité de qua-* 'torse jours que l'échec des Anglais, à leur première descente , lui avait laissés, pour jeter des troupes dans l'île , qui n'est qu'à quatre lieues de la terre ferme. On a vu ailleurs lé peu de part qu'il a eu à l'affaire de Saint-Gast , qui lui a cependant procuré une médaille à sa gloire. Les médailles modernes rendent bien suspectes les anciennes.
Dans nos colonies , les gouverneurs et les intendans ne s'accordent que pour exercer les monopoles les plus scandaleux. Le cri public oblige enfin d'en rechercher quelques uns ; la protection payée sauve la plupart ; et ceux dont une mort in- 'Ame devait faire un exemple, subissent des peines si légères, qu'elles ne peuvent effrayer personne.
On confie la défense de Pondichéry à |in étranger avide d'argent, et d'une tête mal-saine, Lally. Il n'exerce sa férocité que contre ceux qu'il doit défendre. Il livre ou vend la place , â refuse même la capitulation offerte par l'ennemi. La trahison est si visible qu'on est obligé en France de le mettre en prison. N'avons-nous pas vu des capitaines de vaisseau éviter le combat, ou se mettre hors d'état de le soutenir , parce que les mai^ chandises dont ils faisaient commerce chargeaient leurs navires au point de rendre inutile leur plus forte batterie ?
Malgré tant de fautes, d'inepties, de brigandages, d'intrigues et de disgrâces , le système politique devait «voir une basr 3. a6
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bien posée , poûqu'il a subsiste dans son entier jusqu'à la mfftï de l'impératrice de Russie, Elisabeth. Le roi de Prusse, couvert de gloire, jugeait lui-même que sa perte n'était que différée, lorsque la mort de cette princesse donna pour alliés k Frédéric ceux qu'il avait pour ennemis. .
Mais ce n'a pas été uniquement à la cour de France que les in- . téréts particuliers ont contrarié ceux de l'État. Les Autrichiens étaient aussi opposés à l'alliance , des son origine , que noqs avons pu l'être après nos disgrâces. L'impératrice elle-même s*est trompée en portant la guerre eii Silésie, sous prétexte . que c'était le véritable objet. Son ressentiment précipite contre le roi de. Prusse l'empêchait de voir qu'en prenant Magdebouiig . et Stetin , on réduisait ce prince à demander la paix en offrant la Silésie.
Quoique les projets de l'impératrice n'aient pas réussi , ses mauvais succès n'ont pas été sans gloire, parce que le comte de Kaunits a toujours dirigé seul le système politique auquel le militaire a constamment été subordonné , comme instrument ; au lieu que tout ce qui a été employé parmi nous a pu, sinon gouverner , du moins traverser le gouvernement.
Ce n'est pas que la cour de Vienne n'ait quelquefois déféré à de petits intérêts de cour.
Le commandement a été donné au prince Charles , par égard pour l'empereur , son frère, et k Daun, dont la femme est la favorite de l'impératrice. On ne lui conteste pas les talens militaires ; mais sa lenteur , 'son indécision , les ménagemens réel» proques du prince et du général, ont souvent tenu les ordres en suspens , et Tarmée était alors gouvernée par les subaltemca.
L'impératrice de Russie, avec le dessein d'aocabler le rei de Prusse , était traversée dans ses projets par la jeune coiir.
Le grand-duc instruisait le roi de Prusse de toutes les me* sures de la csarine ; et les alliés se communiquant leurs desseins respectiBi , le roi de Prusse les apprenait par la Russie.
Bestuchef, élevé à Londres, et livré aux Anglais, gonver- , nait et trompait facilement une princesse ennemie des aflUres et abandonnée à ses plaisirs. Uike excellente milice sans généraux, sans art pour les subsistances, ne pouvait famak tirer parti de son courage. •
En Suède , le roi était gouverné par la reine , sœur dn roi de Prusse, et du même caractère., qui traversait toutes les opérations.
Le Danemarck fut toujours flottant entre ta jalousie contre la cour de Vienne , les puissances Catholiques | et l'iaqaiétude. sur le roi de Prusse.
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Dans rJSmpire , le roi Ae Prusse et lès Anglais excitaient les pnneslans , et Ton avait AA s'y attendre , et que l'armée impénale auci^t ahsploment l'esprit prussien ; on lui donne pour général le prmce de Saxe^Hîlpershansen , partisan presqfoe on^Fert du roi de Prusse.
La. reine d'Espagne , gouremant le roi son mari , Ferdinand yi , l'etmpécbe it ae déckner dans le tenqps où cela pouvait être utile au système. Le duc' de Choiseul engagea depuis le roi Charles III , successeur de Ferdinand , par le pacte de famille , lorsque TEspagne ne pouvait plus unir que sa faiblesse à la notre , et partager nos pertes.
Les Anglais craignent si peu cette réunion, qu'ils voulaient , même avant le pacte , déclarer la guerre à l'Espagne. Aussi le public appela-t-il ce traité les folies éCEspagne, Cette puissance y a perdu sa marine et des richesses immenses qui ont fourni à nos ennemis les moyens de continuer la guerre , et de dicter impérieusement les conditions de la paix.
Tel est le tableau raccourci de Torigine , du cours ^ et de la fin de la guerre.