‹ Œuvres complètes de Eugène Scribe (volume 2)Chapitre 16 sur 54 · LA SEPARATION · texte numérisé non relu

LA SEPARATION

En rentrant chez lui, Oswald trouva une lettre de son ami Godfried. II avait payé sa charge de notaire ; il était installé dans son étude, dont il avait pris possession, et où il s'estimait le plus tranquille et le plus heureux des hommes.

« En parcourant mes minutes, disait-il à son ami, j'ai « trouvé le testament que ton oncle avait dépose, il y a sept « ou huit ans, chez mon prédécesseur. Ce testament était tt cacheté, et je ne pouvais le lire, mais mon père en connaît « le contenu. C'est lui qui avait déterminé le comte de « Donnersberg à l'écrire, un jour où il souffrait et où il avail « conliance en son médecin.

« Ce testament, écrit sous l'influence de mon père, te <( nomme unique héritier de la fortune de ton oncle et fait « passer sur ta tête tous les titres de la famille. Mon porc « croyait que, l'année dernière, lors de notre campagne a universitaire, ton oncle avait, dans sa fureur contre loi, u retiré ce testament des mains de son notaire et l'avait « anéanti. Puisqu'd n'en a rien fait, c'est qu'il a conservé « encore pour loi quelque affection et qu'il ne serait pas « impossible de l'amener un jour à une réconcihatiou.

« Mon père n'en a pas perdu l'espérance. Il compte sur « les sentiments de famille du général et sur sa prochaine « attaque de goutte; mais pour cela, il faut que tu le « secondes un peu. Tu ferais bien, selon lui, d'écrire à lou « oncle une lettre de respect, de regret, de repentir; si ta

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« première épître n'est pas bien accueillie, ne pas le dé- « courager, renouveler de temps en temps la dose en Taug- « mentant un peu à chaque fois. C'est là son ordonnance « qu'il me charge de t'cnvoyer avec toutes ses tendrcs- « ses, etc. »

Oswald, tout en reconnaissant la sagesse de ces avis, répondit à Godfried qu'il lui était impossible de les suivre; que rien au monde ne pourrait le décider à s'avilir et à demander grâce dans un but intéressé.

La semaine suivante, il recevait une seconde lettre où Godfried lui disait :

« Cela va mal, mou cher ami, cela va Irùs-mal; le gou- « verneur de Prague est venu diner dernièrement au « château de Donnersberg. Le docteur Mœnch, mon père, « assistait à ce repas. Il ignore comment le gouverneur est « si bien renseigné sur ton compte ; mais il connaît jus- « qu'aux plus petits détails de tes derniùres aventures.

« Il sait que tu es ouvrier sculpteur en bois, chez maître « Nikiaus, marchand tabletier à Leipsick, dans le quartier « Saint-Thomas; il sait que tu fais des statuettes, à raison « de quinze florins la pièce. Il sait que maître Nikiaus a « une johe fille, que tu aimes et dont tu es aimé ; il sait que « celle jolie fille, qui s'appelle mademoiselle Fridohne, a, « ainsi que son père, des idées répubhcaines et socialistes, « et que c'est pour cette raison que tu ne quittes point leur « boulique.

« Il sait, de plus, que tu fais des statues compromettantes : « est-ce vrai? que tu as exécuté une statue de la Liberté: « est-ce vrai ? statue qui a eu un tel succès, que les niagis- « trais de Leipsick s'en sont alarmés et ont manqué en « interdire la vente. Est-ce vrai? car mon père ne peut « croire à une police si bien faite, 11 prétend que c'est « effrayant et qu'il faut que le gouverneur de Prague ait « des aflîdés non-seulement en Autriche, mais à l'étranger; « aussi, en me racontant cela, il semblait me dire avec « effroi : Prends garde ! Mon pauvre père me croit toujours

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