‹ Œuvres complètes de Eugène Scribe (volume 2)Chapitre 19 sur 54 · V. — VII. Jti · texte numérisé non relu

V. — VII. Jti

« tout, (lit-il en s'interrompant, cela ne me regarde pas; je « garde mes secrets.

« — .Non, non, tu parleras, dirent tous les jeunes gens (f en se pressant aulour de lui ; nous serons discrets... nous « te le promettons.

« — Eh bien ! dit-il à demi-voix, mais je ne vous* garantis « pas l'authenticité de l'anjecdotej'e répèle ce qu'on m*a dit.

« — Va donc ! va donc 1 dit l'auditoire avec impatience, ' « — Eh bien! vous savez que, d'abord, Thécla Labenska « avait refusé la main du général ; on a prétendu que c'était « à cause d'une inclination antérieure, et des gens bien in- « struits m'ont affirmé que cette inclination avait pour objet « le neveu même de son mari, Oswald I

« — Oswald î s'écria Gandolf, il est de fait que ce serait <( bien plus intéressant, bien plus dramatique !

« — Allons donc ! répondis-je, la comtesse n'était jamais « venue au château de Donnersberg, et Oswald, d'ailleurs, « n'y était plus depuis plus de six mois.

« — Justement, répliqua Ulrich ; c'est dans cet intervalle « qu'ils se sont vus, qu'ils se sont rencontrés à Vienne.

« — C'est de la calomnie, m'écriai-je.

({ — Qu'en sais-tu?... Tu as dit tout à l'heure que tu ne « savais rien I et, en effet, tu ne pouvais rien savoir, lo « qui, pendant tout ce temps, n'as pas quitté ton étude de « notaire.

« J'allais me récrier encore et réclamer, quand d'autres « jeunes gens accoururent, en disant :

« — La polka, messieurs ! la dernière polka ! Enlendeztt vous la ritournelle ?

« — Et moi qui ai invité une cliarmaiite danseuse ! sécvia ff Ulrich en s'élançant vers le grand salon.

« Tous les autres le suivirent, et je restai seul près ilc h (f i)orte du boudoir, déplorant avec quelle légèreté on ré- « pand ainsi, en se jouant, les calomnies les plus absurdes, « réflexions qui m'effrayaient d'avance pour le temps où je « serais marié ; mais, ne l'étant pas, je me déterminai aisé-

« ment à en prendre mon parti, et j'entrai dans le boudoir « pour chercher mon chapeau.

< Le boudoir avait servi de champ de bataille à une partie « de whist, car la table élait encore dressée ; les cartes « éparses et les jetons en désordre attestaient que les joueurs « venaient de s'éloigner... non pas tous cependant ; car, en « m'approchant, j'en vis un, encore assis dans un fauteuil, a non loin de la porte à laquelle il tournait le dos. C'était « un militaire qui dormait, et juge, mon ami, de ma sur- (f prise, juge de mon effroi ! c'était ton oncle, ton oncle lui- « même qui, éveillé, aurait dû tout entendre, car un rideau « de soie séparait seulement le boudoir du salon ; mais par « tin bonheur, par un hasard providentiel, il y a un Dieu « pour les maris ! il dormait f

« Et c'était tout naturel : un vieux mari peut bien, chan- « géant toutes ses habitudes, mener sa femme au bal, mais, « quand sonne minuit, le sommeil reprend ses droits... c'est <t ce qui était arrivé. Il dormait 1 grâce au ciel ! cela ne « m*erapôcha pas, je te le jure, de sentir sur mon front « couler une sueur froide, qui me rappela le but de ma vi- « site que j'avais totalement oublie. Je m'avançai avec pré- .< caution sur la pointe des pieds, et j'eus le bonheur de « retrouver et de reprendre mon chapeau, sans que le géu nt^ral s'éveillât.

« Adieu, mon ami, j'espère d'ici à deux ou trois jours « avoir encore de meilleures nouvelles à t' apprendre.

« Ton ami,

a GODFRIED,

« Notoire impérial. »

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