V. — VII
réussir, et il avait fini par placer le général au nombre de CCS divinités redoutables, auxquelles on accorde la crainte et le respect, faute de mieux.
Les premières années de Téducation d'un enfant, le développement successif de ses facultés et de son caractère seraient un sujet d*étude aussi intéressant pour ses parents qu'ennuyeux pour le lecteur, et nous passerons rapidement sur les temps classiques de notre héros. Il arriva cepen* dant, à cette époque, un fait tellement important, que, dans notre conscience d'historien, nous nous ferions scrupule de le passer sous silence.
Les chevaux paraissaient à Oswald la plus belle chose du monde. Il s'était mis au mieux avec le cocher et les palefreniers, qui, lorsqu'ils étaient sûrs de ne pas être vus, plaçaient l'enfant sur le dos de Bticéphale, de Bliicher ou du Prince Charles, et lui faisaient faire ainsi quelques pas dans la cour où Ton pansait ces nobles coursiers. Mais qu'il y avait loin de là à une promenade en plein air et au grand galop, comme celles auxquelles le général se livrait tous les jours! C'était là l'ambition, le rêve d'Oswald; chaque âge a les siens, et l'enfant, après de longues réflexions, crut avoir enfin trouvé le moyens de satisfaire ses désirs.
Le général avait un chien superbe et qu'il aimait beaucoup, c'était un chien qui lui venait des Erzgebirge, montagnes de mines, situées entre la Bohème et la Saxe. Il était d'une haute taille, d'une garde excellente, et n'obéissait qu'à une seule personne, au général, qui en était extrêmement flatté, et cela entrait pour beaucoup dans la faveur dont Cerberoff jouissait auprès de son maître.
C'est ce fidèle et farouche serviteur qu'Oswald avait entrepris de corrompre et de séduire. Il est vrai que, pendant tout un mois, il y employa la moitié de son déjeuner ; l'enfant ne mangeait plus ; mais il se faisait un ami, et un ami tellement souple et dévoué que l'animal indompté, oubliant sa fierté et sa dignité de chien, avait consenti à faire pour Oswald le métier «e clieval. Il laissait le jeune écuyer
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s'élancer sur sa croupe obéissante et remportait ainsi, au grand galop, dans les allées du parc.
Il va sans dire que, pour se livrer à ces exercices d*équitation, Oswald choisissait les jours où son oncle était hors du château, certain de n'être trahi par aucun des domestiques de la maison. Quant à la comtesse Amélie, dont la santé s'affaiblissait chaque jour, elle ne sortait presque plus de sa chambre. Le curé était à son presbytère et le docteur à ses malades.
Un jour donc, Oswald faisait un thème ou une version dans une des tourelles du château qui lui servait de chambre et de cabinet de travail, lorsqu'il entendit un galop de cheval... il ne se trompe pas. On lève la herse du château : c'est son oncle qu'il a aperçu habillé, éperonné, la cravache à la main et prêt à partir ; c'est son oncle qui se rend à Prague où il est attendu. La matinée est superbe, le soleil brille et le parc étincelle de verdure. Oswald abandonne les thèmes et les versions qu'il a toujours loisir de retrouver les jours de pluie. Il court à la loge de Cerberoff qu'on tenait toute la journée enchaîné, et pour cause ; il le délivre, et le chien bondit de joie, en le remerciant d'une liberté que le jeune tyran compte bien confisquer à son profit.
Il faut voir Oswald s'élançant intrépidement sur ce cheval
improvisé, ce cheval sauvage, sans bride et sans frein ; jamais cavalier numide, dans les déserts de TAfrique, jamais Mazeppa dans les plaines de l'Ukraine, n'a pressé avec plus d'ardeur les flancs de son coursier. Il dévore l'espace, il fait voler en tourbillons le sable des allées. Il anime, du geste et de la voix, son coursier dont les aboiements lui répondent... lorsque tout à coup... ô terreur! ô apparition inexplicable! au détour d'une allée, Oswald aperçoit son oncle, le général lui-même, dont le formidable hop! hop! arrête tout à coup le cheval et le jeune écuyer.
Le chien s'arrête et roule aux pieds de son vrai maître, de l'ancien, entraînant dans sa chute son infortuné cavalier, qui, la jambe engagée sous son coursier, ne peut se relever
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et s'enfuir. Il ressaierait en vain, une main de fer vient de saisir son oreille et la secoue jusqu'au sang.
Que de crimes à la fois! abandonner, à l'heure du travail, sa version commencée, labourer les allées du parc ! courbaturer le chien de monseigneur! plus encore : avilir et apprivoiser un chien de garde que la nature de ses fonctions obligeait à être féroce! il n'y avait pas de pardon à espérer! le coupable sentait bien qu'il allait être condamné... et se résignait d'avance au châtiment ; mais il ne s'attendait point à celui qu'on allait lui infliger!... le fouet!... Tel fut l'arrêt du général, et ce fut le palefrenier qui reçut l'ordre de l'exécuter. Pauvre Oswald! Malgré son indignation, malgré sa colère, ses larmes de rage et sa résistance désespérée, rien ne put le sauver de cet affront ! Hâtons-nous de dire que le cocher chargé de compter les coups en escamota la moitié, que le palefrenier ne frappait qu'à regret, et que le chien hurlait de douleur.
Dès ce moment, toute affection pour son oncle devint impossible dans le cœur d'Oswald, et la comtesse Amélie, désolée du désespoir de son fils et froissée dans sa fierté maternelle, sentit renaître contre son frère tous ses anciens griefs.
Quant au général, rentré dans son appartement, il eut un accès de goutte terrible, qui dura deux mois et qu'il ne pardonna jamais à son neveu.
Le docteur Mœnch, en apprenant tous ces désastres, comprit que lui seul encore pouvait les réparer et ramener la paix au sein de la famille. L'entreprise était difficile ; mais le général souffrait, et nous avons vu que, dans ces moments-là, le médecin était tout-puissant.
Il obtint donc, non sans peine, le pardon du neveu et l'oubli de tout ce qui s'était passé. 11 fit plus.
Le comte de Donnersberg avait de l'orgueil. C'était la base de son caractère. Aussi c'était toujours à cet auxiliaire que le docteur s'adressait. Nos défauts bien exploités rap-* portent souvent plus que nos bonnes qualités. M. Mgench fit
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