OSWALD
Le ravissement complet du candide Oswald n'était point partagé par tous ses amis. Ce qui, pour lui, était le but atteint, n'était pour d'autres qu'une première étape. L'empereur Ferdinand avait tenu ses promesses ; une ordonnance impériale avait établi le système des deux chambres législatives, un sénat et une chambre des députés. De plus, la liberté de la presse avait été accordée, et, depuis un mois à peine que les journaux étaient libres, leur licence était déjà arrivée à un point incroyable.
L'Université était devenue pour ainsi dire le gouvernement. Les étudiants, en dehors du ministère désigné par eux et nommé par l'empereur, avaient formé une espèce de comité dirigeant, nommé comité de sûreté générale, qui prenait l'initiative de tous les projets de loi, comme de toutes les mesures importantes et décisives. Ainsi, une trentaine de jeunes fous étaient devenus les maîtres de la monarchie autrichienne et les arbitres de la destinée du pays.
Oswald et ses amis faisaient partie de ce comité, et tant qu'ils eurent la majorité, la marche du gouvernement fut presque raisonnable, et, il faut le reconnaître, toujours franche et loyale. Mais Otto, mais Ulrich, mais, Schiankopf surtout, qui n'était lui-même que l'agent d'une influence occulte et étrangère, travaillaient de tout leur pouvoir à s'emparer de cette majorité. Reding enfin, que peut-être le
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pouvoir ne payait plus ou ne pouvait plus payer, était devenu pour le gouvernement un ennemi ardent, exalté, furieux. II ne rêvait que la république ; mais comme, dès sa jeunesse, elle avait été son idole, on pouvait croire qu*il était toujours resté fidèle à son culte, dans Tinstant même où il y revenait par une nouvelle apostasie.
n lui était donc facile de s'entendre avec Schlankopf ; tous deux avaient le même but : exclure du comité dirigeant Oswald, aussi influent par les services qu'il avait rendus, que gênant par la loyauté et la franchise de ses principes.
D'un autre côté, s'il y avait scission dans le comité, si les étudiants se partageaient en deux camps, tout était perdu !
Graft et Piper ne connaissaient qu'une manière de se débarrasser d'un confrère gênant : un coup de pistolet ou un coup de couteau ; moyen qu'ils étaient prêts à employer si les chefs le trouvaient convenable. La proposition était vive et dangereuse à accepter. Il y avait quelque inconvénient n habituer les masses à se débarrasser aussi lestement des chefs qui leur déplaisaient, et l'on cherchait quelque manière moins compromettante "d'éloigner Oswald, lorsque celui-ci parut un matin au comité, demandant qu'on lui accordât, pour affaires personnelles et urgentes, un congé de quinze jours.
On ne pouvait rien refuser à un collègue aussi assidu, aussi zélé ; mais quel motif forçait Oswald à S'éloigner aussi subitement ? Il refusa de le dire, et nul ne put le deviner.