LA GROTTE DE PFOEFFERS
Le lendemain et la matinée suivante, Thérèse ne parut pas. Elle travaillait dans sa chambre et réglait les comptes du mois. Elle ne descendit qu'à Theure du dîner et quand tous les gens de la ferme étaient déjà réunis dans la salle à manger.
Ludovic, qui n'assistait pas toujours à leurs lectures du soir, resta, ces deux jours-là, jusqu'à Theure du coucher.
Le jour d'après, elle craignit que la leçon d'italien ne fatiguât Oswald qui était un peu souffrant, et plus tard eUe la supprima tout à fait, sous prétexte que l'écolier n'en avait plus besoin, et qu'il était maintenant plus savant que la maîtresse.
Oswald n'avait plus d'occasions de se trouver seul avec Thérèse. Celle-ci, sans avoir l'air de l'éviter, imaginait toujours quelque moyen spécieux de mettre Ludovic en tiers dans leurs conversations. Oswald était désespéré, et pourtant il n'osait et ne pouvait se plaindre, car, à cela près, on avait pour lui les mêmes soins, la môme ajnitié.
Le seul changement qu'un observateur attentif eût pu remarquer dans Thérèse, c'est que son bonheur et sa gaieté, autrefois si naturels, semblaient maintenant un peu affectés. Ses couleurs, si vives et si fraîches, avaient légèrement pâli ; elle n'en était peut-être que plus charmante, et le sourire mélancolique, qui parfois errait sur ses lèvres, convenait mieux à son caractère de beauté, que l'animation de la joie.
Un jour, le soleil était superbe, Oswald n'avait osé proposer à Thér.^se de sortir avec lui ; elle l'aurait peut-être refusé, mais il Vavait attendue toute la journée aux endroits de la montagne qu'elle affectionnait le plus et vers lesquels elle dirigeait d'ordinaire ses promenades : elle n'était pas venue. Il rentra le soir, tellement triste, qu'elle en eut compassion, et qu'elle s'approcha de lui.
— Vous êtes fatigué? lui dit-elle.
— Non ; mais bien malheureux.
— Et pourquoi ? Vous avez eu beau temps pour votre promenade.
— Vous trouvez ?... Tout m'a paru bien sombre.
— Un soleil magnifique !
— Pas celui que j'aimais ; aussi la promenade m'a fait plus de mal que de bien.
Ses traits altérés le prouvaient assez.
Thérèse ne répondit pas. Il y eut un instant de silence. Ce fut Oswald qui le rompit le premier.
— Demain, lui demanda- t-il d'un air suppliant, sortirez-vous?
— Je ne le pense pas.
— Depuis longtemps cependant, vous m'aviez promis de visiter avec moi la grotte de Pfœffers. Je me faisais une joie d'en admirer avec vous les sauvages beautés. Depuis que je suis en ce pays, j'ai différé cette excursion.
— Pourquoi?
— Je vous attendais. Venez demain, Thérèse, je vous en conjure ; vous me l'avez promis, et jamais vous ne manquez à vos promesses.
Thérèse baissa la tête et ne répondit pas.
— Viendrez-vous ? répéta-t-il d'un ton suppliant.
Elle leva les yeux vers lui et lui vit un air si malheureux, qu'avant de réfléchir elle dit vivement:
— J'irai.
Ludovic entra dans ce moment. La physionomie d'Oswald était radieuse, elle brillait d'un tel reflet de bonheur, qu'il ne put s'empêcher de lui demander :
— Qu'avez-vous donc ?
— Nous allons demain samedi à la grotte de Pfœffers.
— Vous avez raison. Je ne conçois pas que vous n'ayez pas encore eu la curiosité de faire ce pèlerinage.
— J'attendais votre femme, qui m'avait promis de me servir de guide.
Et regardant Thérèse :
— Demain, n'est-ce pas ?>épéta-t-il avec joie.
Mais Thérèse, qui, depuis quelque temps, semblait en proie à une vive agitation, sortit tout à coup de l'espèce de combat qui venait de se livrer en eUe, et dit d'une voix émue :
— Oui, j'ai promis pour demain ; mais si Joseph veut bien attendre jusqu'à après-demain dimanche, Ludovic viendra avec nous, et Ludovic expliquera bien mieux que moi les sublimes horreurs de cet enfer qu'il a tant de fois parcouru.
— Volontiers, s'écria vivement Ludovic, comptez sur moi, je serai libre ce jour-là, et je me ferai une fête de vous conduire.
11 venait chercher Thérèse, qui s'éloigna avec lui ; mais, au moment de sortir, elle jeta un dernier regard sur Oswald, dont les traits étaient tellement décomposés par le désespoir, qu'elle sentit un remords au cœur, et si le repentir pouvait être permis à^ la vertu, la sienne eût regretté, sans doute, la douleur qu'elle venait de causer.
La grotte de Pfœffers offre un tableau unique en Suisse, et peut-être dans toute l'Europe ; mais, située dans le pays de Sargans, dans le canton de Saint-Gall, voisine du canton des Grisons, que les curieux ne visitent guère, cette merveille de la nature est peu connue des voyageurs, et nous osons dire, cependant, que ceux qui auraient le courage de s'aventurer jusque-là ne regretteraient ni leurs fatigues, ni leurs pas. Les eaux surtout, les eaux brûlantes et salutaires qui s'échappent de cette grotte infernale, rendent aux organes affaiblis la jeunesse et la santé.
Nous connaissons des hommes qui, pendant quarante ans.
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n'ont pu impunément se. livrer à des travaux assidus que parce que, de temps en temps, ils allaient raviver leurs forces aux eaux de Pfœffers, sources bienfaisantes auxquelles nous sommes heureux de payer ici notre tribut de reconnaissance en échange delà santé qu'elles nous ont donnée.
Quant à la grotte en elle-même (nous empruntons ici les expressions du docteur Ebel, ce savant explorateur des Alpes], l'imagination la plus vive ne saurait peindre la porte du Tartare sous des formes aussi effroyables que celles que la nature a déployées en ce lieu.
Au milieu d'une montagne de rochers, s'échappe d'une gorge étroite un torrent furieux, la Tamina. Au-dessus de ce torrent, s'élèvent de chaque côté des murailles d'une pierre calcaire noire, traversée par des veines de spa'th. Ces parois latérales, contournées, fendues, déchirées en tous sens, s'élèvent, en certains endroits, à deux cents pieds de hauteur; dans d'autres, elles s'inclinent l'une contre l'autre, semblables à un dôme, et ont jusqu'à trois cents pieds à Tendroit où elles se rejoignent tout à fait. La faible lueur qui éclaire l'entrée de ce gouffre disparaît à mesure qu'on s'y enfonce, et le froid et l'humidité qui y régnent augmentent encore l'horreur dont on est saisi.
Mais comment, d'abord, pénétrer dans cette grotte, où un torrent épouvantable roule entre deux murailles de rochers ? Comment?... le voici.
Dans la muraille à gauche, à cinquante ou soixante pieds au-dessus de la Tamina, on a horizontalement enfoncé à grand'peine, de distance en distance, des coins en fer. Sur ces coins, on a placé des planches qui forment un pont ; ce pont, de deux pieds et demi de large, a huit cents pas de longueur ; c'est par là que le voyageur s'enfonce dans la grotte, et se trouve ainsi suspendu au-dessus de l'abîme, ayant sous ses pieds la Tamina qu'il entend mugir avec fureur, et au-dessus de sa tête deux à trois cents pieds de rochers.
Tantôt le rapprochement de ces rochers, qui s'avancent
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au-dessus du pont, ne permet pas qu'on puisse s*y tenir debout, et tantôt ils s'en éloignent tellement, qu'ils ne peuvent plus servir de point d'appui pour les mains.
Ce pont, si étroit, est souvent glissant ; les planches dont il est composé, pourries par l'humidité de la grotte, fléchissent parfois sous le pied ; aussi ne faut-il s'avancer qu'avec précaution ; celui qui se sent assez de courage et la tête assez libre pour s'avancer dans cette épouvantable excursion, doit choisir un temps bien sec, de peur de trouver les planches trop glissantes, et partir au milieu du jour, d'un pas lent et mesuré, sans regarder au-dessous de lui.
n faut au moins vingt minutes de marche pour arriver ainsi à l'extrémité de la grotte, à l'endroit où sont situées les sources que l'on reconnaît bientôt à la vapeur qui s'en élève, et qui vous environne tout à coup d'un nuage épais et chaud. La principale source, qu'on appelle la chaudière^ . fournit quatorze à quinze cents pots de Suisse par minute, et sa température est de trente-cinq degrés.
« J'invite, dit le docteur Ébel, guide toujours très-prudent, j'invite toutes les personnes qui ne peuvent ou ne veulent pas s'exposer au danger que l'on court en allant jusqu'à ia source, à faire au moins une cinquantaine de pas au delà de l'entrée, et à s'asseoir sur les planches du pont pour contempler à loisir ia perspective de cette caverne, vestibule de l'enfer.
(( C'est surtout entre midi et une heure, quand le temps est serein, que Teffet en est le plus extraordinaire, parce que les rayons de soleil, qui, d'espace en espace, pénètrent par le haut de la grotte, rendent plus sensibles encore les horreurs de ces lieux. Le moment du retour d'une compagnie, qui est allée jusqu'aux sources avec des flambeaux, offre un tableau vraiment infernal, surtout à J'heure que je viens d'indiquer.
« Du lieu où l'on est assis, à une cinquantaine de pas de l'entrée, on aperçoit, dans un lointain ténébreux, des figures semblables à des ombres se mouvoir dans l'obscurité,
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paraître tout à coup au grand jour, et retomber subitement dans les ténèbres. »
Tel était le spectacle que Ludovic avait promis à son hôte de' lui montrer ; aussi le surlendemain, dimanche, Thérèse, son mari et Oswald quittèrent la ferme sur les onze heures. Thérèse était pâle; mais jamais elle n'avait paru plus belle au pauvre Oswald que sous son costume du dimanche.
Ludovic semblait fier de sa beauté. Quant à Oswald, il affecta de ne pas la regarder et de ne pas lui parler. Il ne causa qu'avec Ludovic et n'offrit pas même son bras à Thérèse, prétextant que le sentier était trop étroit pour y marcher deux de front.
Ils descendirent par Vœtis au moulin de Valentz ; ils parcoururent des sentiers charmants et parsemés de fraises, que les filles de Valentz viennent cueillir tous les matins et apportent aux baigneurs et aux baigneuses de Pfœffers ; puis, ils arrivèrent enfin, sur le midi, dans les bâtiments des bains, bâtiments situés à l'entrée de la grotte, au pied des deux hautes murailles de rochers qui les dominent tellement, que les baigneurs n'y aperçoivent le soleil que pendant trois heures de la journée, de onze heures à deux heures, c'est-à-dire juste au moment où il passe au-dessus de leur tête.
Arrivé à l'entrée de la grotte, Oswald ne put se défendre d'un mouvement de surprise à la vue de ce spectacle dont tous les récils de Ludovic n'avaient pu lui donner qu'une faible idée.
— Ah ! ah ! s'écria Ludovic d'un air triomphant, vous avez peur !
Oswald ne répondit qu'en s'élançant le premier sur la frêle rangée de planches qui longe la muraille de gauche el qui n'est supportée que par les coins de fer enfoncés de distance en distance .dans le rocher. Thérèse s'avança après lui, et Ludovic ferma la marche, veillant ainsi sur s^ femme, placée, pour plus de sûreté, entre ses deux compagnons de voyage.
Cette excursion, si effrayante pour les étrangers, leur
était tellement familière, qu'ils contemplaient sans terreur les flots furieux de la Tamina grondant sous leurs pieds, et la masse de rochers amoncelés sur leurs têtes. Mais Oswald , préoccupé sans doute de quelque autre idée et oubliant où il était , s'avançait d'un pas aussi ferme et aussi indifférent que s'il eût marché sur la grande route.
— Pas si vite! lui cria deux fois Ludovic qui formait Tarrière-garde.
Quelques pas avant d'arriver à la source, en face de l'énorme caverne en marbre dont la Tamina travaille, depuis des milliers d'années, à ronger les énormes parois, une planche fléchit sous les pieds d'Oswald. Thérèse, qui était à quelque distance de lui, jeta un cri que le bruit du torrent l'empêcha d'entendre, elle doubla le pas, pour le rejoindre et l'arrêter.
Oswald, continuant sa marche, arriva sur une planche, qui, moisie par l'humidité, craquait déjà, sous son pied, au moment où Thérèse s'y élança. A ce bruit, Oswald se retourna pour la rassurer, mais, sous leur double poids, la planche se brisa, et tous deux roulaient dans l'abime, si Oswald, en tombant, ne se fût accroché d'une main au crampon de fer enfoncé dans la muraille, et que la chute de la planche venait de laisser à découvert, tandis que de l'autre main il retenait et pressait contre lui Thérèse.
Ludovic était accouru, pâle, terrifié I... il lui était impossible d'arriver jusqu'à ses amis ; le pont venait d'être rompu. Il voyait à deux pas de lui, suspendu au-dessus de l'abîme^ sans pouvoir le secourir, ce groupe retenu seulement par un barreau de fer et par le bras d'Oswald, qui bientôt ne pourrait résister à une si horrible fatigue ; il fallait, pour les sauver, pour les ramener à bord, des planches, une corde... du monde enfin.
— Courez! hâtez-vous! s'écria Oswald, j'aurai la forrc d'attendre votre retour... Dieu me la donnera, je l'espère.
Ludovic était déjà parti ; il s'était élancé comme un trait
sur le pont qui tremblait sous ses pas. Prompt comme l'éclair, il avait disparu, et pendant ce temps, Oswald, le bras tendu au-dessus de sa tôte et accroché, avec l'énergie du désespoir, au crampon de fer, son seul soutien, son seul espoir, pressait contre son cœur Thérèse à moitié évanouie; mais Thérèse, reprenant bientôt ses sens, comprenant le danger de leur position :
— Vous ne pouvez résister plus longtemps, lui dit-elle ; nous allons périr tous les deux . Làchez-moi, de grâce ; laissez-moi mourir seule.
— Jamais !
— Laissez-moi, en mourant, 4a consolation de vous sauver la vie.
Oswald ne lui répondit qu'en la serrant plus fort contre son cœur. En ce moment son pied sentit une aspérité de rocher sur laquelle il s'appuya.
— Dieu nous vient en aide, lui dit-il, il nous envoie un appui... Courage, courage ! je ne sens point la fatigue, j'ai encore de la force.
Mais cette force s'épuisait; mais les aspérités du rocher avaient si peu de saillie, qu'elles ne lui permettaient dV placer qu'un seul pied à la fois, et sur cette pierre, que l'humidité rendait glissante, le pied se maintenait à grand'peine.
Le bras droit, par lequel il s'était accroché au crampon de fer et qui les soutenait tous deux , lui causait des douleurs aiguës ; il lui semblait, par moments, que son épaule allait se déboîter ou se déchirer, que tous ses muscles horriblement tendus allaient se briser. Sa respiration devenait à chaque instant plus rare et plus gênée.
— Laissez-moi 1 lui criait Thérèse d'une voix suppliante.
— Non, non ; quoi qu'il arrive, nous ne nous quitterons plus.
— Vos forces s'épuisent.
— J'ignore combien de minutes nous restent encore; mais, avant que je succombe, à vous toute ma pensée, à
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VOUS mon âme ! Je vous aime, Thérèse!... je meurs en vous aimant.
— Taisez-vous! Ne voyez-vous pas au-dessous de nous l'abîme qui nous attend?
— Nous y roulerons ensemble.
— Si proches de la mort, ne pensons qu*à Dieu.
— Je ne pense qu'à vous,- Thérèse. Thérèse... vous pâlissez... Je ne puis entendre ce que murmurent vos lèvres ; que dites -vous? que faites-vous?
— Je prie I je prie pour vous ! mon Dieu I sauvez-le ! mon Dieu ! sauvez son âme ! mon Dieu ! recevez-nous tous les deux dans ce lieu où Ton peut aimer sans crime !
— Thérèse 1 mon bon ange ! soyez bénie. Mes yeux se voilent, mes forces m'abandonnent ; à vous mon dernier soupir... Je vous aime, et je meurs!
— Non pas mourir, mais vivre... Entendez- vous le pont qui retentit sous des pas nombreux? On vient à notre aide, courage, amiî... Quelques secondes encore, courage î
— Ah ! j'en aurai, murmura Oswald, en rassemblant le reste de ses forces.
Et il pressait Thérèse contre son cœur, et son autre main serrait avec un désespoir convulsif le barreau de fer que ses doigts engourdis sentaient à peine, quand tout à coup, ô terreur! il lui sembla que ce crampon, scellé dans le rocher, tremblait sous sa pesante étreinte et remuait ébranlé.
Il n'était que trop vrai! Le dernier espoir de salut allait se briser aux mains d'Oswald ; le barreau de fer, qui tenait lui et Thérèse suspendus au-dessus de Tabtme, vacillait dans le rocher ; le ciment qui l'y retenait se détachait et tombait par morceaux, quand, tout à coup, d'une poitrine oppressée par la terreur et par une course effrénée, un cri rauque se fit entendre :
— Nous voici !
C'était Ludovic et quelques montagnards portant des cordes, des planches et tout ce qu'il fallait pour opérer ce sauvetage; mais Texécution en était tellement difficile, que,
malgré son ardeur et son dévouement, malgré les poings robustes de ses compagnons, Ludovic aurait échoué et aurait vu sous ses yeux Oswald et Thérèse rouler dans l'abîme, si dans ce moment, par bonheur, ne fût revenue de Textrémité de la grotte une compagnie de voyageurs conduite par des guides expérimentés.
Le pont, brisé dans cet endroit, leur fermait le retour, et dans leur intérêt môme, il leur fallait contribuer au salut d'Oswald : ils s'y employèrent avec zèle. Ils soutinrent d'abord son bras défaillant, et, lui passant sous les aisselles les cordes que Ludovic leur avait lancées de l'autre bord, ils ramenèrent à eux Oswald qui, dans ses convulsives étreintes, serrait contre lui son fardeau avec tant d'énergie, qu'il semblait ne plus faire qu'un avec lui.
Les planches, jetées d'un bord à l'autre, rétablirent la communication, et les voyageurs se disposèrent à se remettre en marche ; mais Oswald, certain désormais d'avoir sauvé Thérèse, et comme s'il n'eût plus besoin de vivre, avait totalement perdu connaissance.
Ses forces, surexcitées au plus haut point par le désespoir et par l'imminence du danger, l'avaient tout à coup abandonné, et ce ne fut qu'avec des difficultés inouïes, et aux plus grands risques, que deux montagnards se chargèrent de le porter le long de ce pont étroit où l'on ne ponvait passer qu'un de front.
Au sortir de la grotte, Oswald n'avait pas encore repris connaissance.
Thérèse était dans un désespoir que Ludovic cherchait vainement à calmer. Assise à terre auprès de son libérateur, soutenant sa tête sur ses genoux, elle semblait lui donner, non pas ses soins, mais son âme tout entière, et lorsqu'enfin Oswald revint à lui, son visage était mouillé de larmes, et ces larmes n'étaient pas les siennes, et dans les yeux de Thérèse, attachés sur les siens, il lisait la tendresse et les craintes d'une sœur, d'une mère... ah! mieux encore!...
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Mais à peine eut-il, dans ce regard, entrevu le ciel, que le ciel sembla se fermer pour lui. Thérèse n'avait plus peur ; Thérèse, calme et silencieuse, avait repris sa réserve ordinaire.