‹ Œuvres complètes de Eugène Scribe (volume 3)Chapitre 111 sur 176 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

ZOÉ, CÉSARINE

GBSARINE, entrant en ré tant et s'assejant sur on faateoil à droite.

Bemardet est nommé... il doit en avoir maintenant lanonvelle... Mais le ministre me Ta dit... quatre voix de plus, et la loi passerait. Et ces quatre voix, si je pouvais les lui donner, je serais toute-puissante... on n'aurait rien à me refu-

ser... Mais où les trouver? Impossible, môme en convoquant le ban el Tarrière-ban de nos amis. Si Oscar était nommé... c'en serait une, ce serait un zéro qui servirait à quelque chose... mais il seï*a trop tard.

ZOÉ, à part.

Ma foi I... et au risque d'interrompre l'homme d'État dans ses méditations, avançons !

CÉSARINE, rapercevant.

Madame de Montlucar...

ZOÉ

Ma chère Césarine...

CESARLNE.

Quel miracle!... M. de Montlucar nous honore souvent de ses visites... mais vous êtes moins aimable ou plus fière, car on ne vous voit jamais.

ZOÉ

Il est de fait que depuis la pension...

CÉSARINE, à part.

Elle ne peut pas dire deux phrases sans en parler.

ZOÉ

Les temps sont bien changés !

En quoi donc?

ZOÉ, d'un air railleur.

Cette pension où vous étiez notre supérieure...

CÉSARINE, avec fierté.

le ne vois pas qu'il y ait grand changement.

ZOÉ, à part.

L'insolente!

CÉSARINE, reprenant un ton plus aimable.

Je trouve seulement que depuis mes grandeurs... vous m'avez disgraciée, et c'est ce dont je me plains.

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ZOé, à part.

Elle fait la protectrice à présent !

CÉSARINE

Car je n^ai point oublié, moi, cette petite Zoé si espiègle et pourtant si naïve...

ZOE, d'un air de bonhomie.

Vous voulez dire si simple, et vous avez raison... car maintenant comme alors, j'aurais grand besoin de vos leçons... par malheur vous n'en donnez plus... sans cela je viendrais profiter... Oui, vraiment, j'admire toujours ce tact prodigieux qui ne vous abandonne jamais, ce coup d'œil rapide e( sûr qui vous guide et vous dirige sur-le-chanîp... moi je n'ai ni inspiration, ni présence d'esprit... je ne sais jamais que le lendemain ce qu'il aurait fallu dire ou faire la veille... tandis que vous!..* vous êtes la femme du jour.

CÉSARINE, souriant.

Tenez, ma chère Zoé, vous me flattez beaucoup... vous avez besoin de moi.

ZOE, naîrement.

C'est vrai ! voilà justement le coup d'œil dont je vous parlais.

CÉSARINE

Dites-moi alors ce que vous voulez ; vous venez de la part de votre mari...

ZOÉ

Non vraiment... il ignore ma démarche.

CÉSARINE

C'est donc pour vous I

ZOÉ

Encore moins !

CÉSARINE

Pour qui donc alors?

ZOÉ

Ahl voilà le difficile... et je ne sais plus maintenant si j'oserai... J'ai peut-être même eu tort de m'avancer autant... mais comme je vous- le disais tout à l'heure... je ne sais jamais dans le moment le parti qu'il faut prendre... et je croîs maintenant que j'ai choisi un mauvais moyen... Aussi, tout calculé... j'aime mieux ne pas vous en parler.

gësarine.

Quelle folie... puisque nous y sommes I...

ZOÉ

Et si cela vous fâche... si ma démarche vous paraît absurde, inconvenante...

GÉSARINE.

Entre nous!... entre anciennes amies!...

ZOE.

Cest que justement... il s'agit ici d'un ancien ami... il y va non pas de ^on bonheur ou de sa fortune... mais de ses jours, qui sont en danger...

CBSARINE.

De qui parlez-vous?...

ZOÉ

D'Edmond de Varennes...

GÉSARINE, troublée et cherchant à se remettre.

Edmond...

ZOE, à part, robseryant.

Je ne me trompais pas... elle l'a aimé...

CÉSARINE

Ses jours sont en danger!...

ZOÉ, la regardant bien en face.

Je le sais ! moi qui ne suis pour lui qu'une sœur et qu'une amie... et vous l'ignorez, vous qu'il aime et qu'il a toujours aimée...

CËSARINE, troublée.

Moi!

ZOE, Tiremeiit, è part.

Elle Taime encore !

CBSARINE, 86 remettant peu à peu de son émotion.

Vous n'y pensez pas; et vous me dites là, Zoé, des choses impossibles. Lui qui, depuis un an, semble m' éviter et me fuir, lui qui ne cache passa haine, lui qui, môme en ma présence, ne peut s'empêcher de me témoigner par ses regards toute son aversion.

ZOE.

Ëh ! mon Dieul oui, tout cela est vrai ! Mais faut-U que ce soit moi, qui n*ai'rii votre tact ni votre esprit, qui vous apprenne ce que peuvent chez un jeune homme Tamour-propre blessé, la perte de toutes ses espérances, et le dépit et la jalousie auxquels, depuis un an, il est en proie ?... Oui, madame, depuis un an, depuis votre mariage... et vous ne voulez pas qu'il vous évite, vous ne voulez pas qu'il vous déteste!... D vous aimait, et par raison, par ambition, peut-être, vous vous donnez à un autre, ce qui était bien mal... Mais, pardon, je ne dois vous parler que de lui, qui, trop fier pour se plaindre, trop malheureux pour se consoler, n'a pris que moi pour confidente de ses chagrins, et qui, perdant enfin toute illusion et tout espoir, a résolu aujourd'hui de -mettre fin à ses tourments et à, ses jours. Tenez, vous connaissez son écriture : lisez !

CÉSARINE, lisant la lettre que Zoé rient de lui donner.

ciel!... Ce n'est pas croyable!... Comment!... H m'aimait sans me le dire?...

ZOÉ

Lui!... Il ne vous le dira jamais; il mourra plutôt qtie de vous l'avouer. De ce côté-là, rassurez-vous.

CÉSARINE, lai tendant la lettre.

N'importe; je suis fâchée que vous m'ayez donné cette lettre.

ZOE, la reprenant.

Que pouvais-je faire, cependant? J'étais bien embarrassée. Fallait-il tenter une démarche qu'il ignore et qu'il ignorera toujours, ou bien fallait-il le laisser mourir, ce pauvre garçon?... Car c'est ce soir, il est décidé. Vous ne le connaissez pas.

CËSARINE.

Si vraiment; je connais depuis longtemps son caractère sombre, inquiet et malheureux ; mais quelque désir que j*aie de sauver ses jours, ce n'est guère en mon pouvoir. C'est à vous, Zoé, de le rappeler à la raison ; car moi je ne puis ni le voir, ni lui parler.

ZOÉ

Cela va sans dire, et c'est bien ainsi que je l'entends ; je connais trop vos principes ; mais qu'au moins ce pauvre jeune homme ne soit plus accablé de votre haine ; car ce qui lui a porté le coup fatal, ce qui Ta réduit au désespoir, c'est la certitude que vous étiez son ennemie déclarée.

Moi ?

Partout il vous trouve' comme un obstacle à son avancement, à sa fortune. Est-ce là le prix et la récompense de tant de souffrances et de tant d'amour ? Est-ce juste, est-ce loyal? Si, au contraire, il avait la preuve que vous cessez de vous joindre à ses ennemis, que même, une fois par hasard, vous l'avez défendu, servi, protégé, ah I cette idée seule le rattacherait à la vie, au bonheur, à toutes ses illusions, et vous auriez sauvé ses jours, sans qu'il en coûtâ( rien au devoir.

CÉSARINE

Vous croyez?

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