‹ Œuvres complètes de Eugène Scribe (volume 3)Chapitre 161 sur 176 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

DHEiNNEBON, seul.

Une autre fois... je ne pourrai peut-être pas !... Je ne suis pas comme lui, libre tous les jours !... mais aujourd'hui, du moins, je le suis!... et puisqu'il me laisse seul... je me passerai de lui !... Je profiterai de mon indépendance... car, pour la première fois de ma vie, me voilà sans surveillant... sans contrôle... et maître de faire tout ce que je voudrai !... Qu'est-ce que je m'en vais faire?... D'abord, aller diner chez le meilleur restaurateur... mais tout seul !... sans avoir à qui parler!... et pour toute compagnie, obUgé de lire le journal !... ce n'est pas amusant !... Si ma femme était là... nous irions ensemble!... (se reprenant.) Qu'est-ce que je dis donc ?... autant me faire faire à diner ici... et j'irai après cela au spectacle... un bon spectacle... si j'en trouve!... Cela me fait penser que j'avais promis à ma petite fille de l'y mener !... et si je l'avais avec moi... ça serait gentil !... mais elle n'y est pas!... (Appelant.) Joséphine?... madame Geslin?... personne ne répond! et cette maison est si grande !... on n'y entend rien... c'est comme un tombeau!... Au moins quand ma femme et ma fille sont là... il y a du bruit... il y a de la vie... de l'existence... Pauvre femme! je l'ai trompée I... elle croit que je travaille... elle pense à

moi... elle me plaint !... elle a raison !... car je suis ici tout seul à m'ennuyer avec ma liberté, dont je ne sais que faire... quand j'aurais pu dîner gaiement à Passy, à la campagne, chez des amis... en famille... avec ma femme... et mon enfant !... Il me semble qu'il y a si longtemps que je ne les ai vus!... Ah!... je suis seul... je suis mon maître!... on dira ce qu'on voudra : je vais à Passy !

(il prend son chapeau, et sort par la porte du fond.)

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