SCÈNE XI. EDGARD, ESTHER, assise
ED6ARD, s'approchant d'elle.
Si vous saviez, mademoiselle, combien je prends part à la perte de vos espérances!...
ESTHER
Une fortune d'un jour laisse peu de regrets !.. . on n'a pas eu le temps de s'y habituer !... Il est d'autres malheurs plus difficiles à supporter, et qui ne sauraient vous atteindre ! la perle d'un ami ! 1 1 Vous en avez tant, monsieur! mais moi... seule au monde!...
EDGARD, à demi-roix et arec émotion.
Et si l'ami que vous accusez était toujours le môme... si le temps, si l'éloignement, si votre indifférence môme n'avaient pu changer son cœur?... Oui, Esther, je vous ai trop aimée, j'ai tFop souffert de mon amour, pour que le souvenir puisse s'en effacer ainsi 1 la raison et T honneur peut-ôtre me conseillaient ce départ ! . .. Mais vous* êtes seule au monde ! sans amis.
sans fortune!... Ahl l'honneur maintenant m'ordonne de rester 1 Je bénis votre malheur qui me permet de vous aimer, el surtout de vous le dire!... Mais maintenant, hélas! moins heureux qu'autrefois, je n'ai plus de richesses à vous offrir.
ESTUER, à part, et portant la main sur son cœur.
Ah !... je ne m'étais pas trompée!...
EDGAUD.
Et pour partager mon sort... il faut m'aimer aujourd'hui... autant que je vous aime!...
Est-ce vous que j'entends? vous, Edgard, qui, hier encore, m'avez dédaignée !
EDG.VRD.
Moi!...
ESTHER
Oui, vous avez refusé ma main que ma sœur... ou plutôt... que moi, monsieur, je vous offrais!...
Eh bien ! oui !.., je le devais alors, et je le ferais encore !...
ESTHER, à part.
ciel !...
Être homme!... et tenir d'une femme sa fortune et son existence I... tout lui devoir !... et sous peine d'être ingrat se mettre éternellement dans sa dépendance!... Non, cela ne se doit pas ! ce serait renoncer à sa propre estime, et s'avilir aux yeux môme de celle qui vous enrichit I
ESTHER
Quand on ne l'aime pasi... mais quand on l'aime?,..
EDGARD, arec embarras.
Ah ! n'importe !
ESTHER
Dites plutôt, ce que votre générosité n'ose m'avouer, que
devant toute autre votre fierté eût tléchi pent-être!!... mais que devant moi... ces folles idées de ma jeunesse, ces idées de liberté ou de domination... me nuisaient encore à vos yeux et vous empochaient de rien devoir à celle même que vous aimiez!...
Peut-être!...
ESTHER
Ah ! vous n'eussiez pas eu une pareille pensée, si vous aviez pu lire en mon cœur, si vous aviez vu comment le temps et la raison ont peu à peu dissipé les rêves insensés qui avaient fait votre malheur.. . et le mien peut-être !... mais maintenant, grâce au ciel, j'ai un guide, un ami, un maître r... je puis lui dire : A vous tous mes droits!... à vous ma liberté!... à vous ce pouvoir que je suis heureuse d'abdiquer!...
Estherl...
ESTHER
Mais vous, Edgard, à présent que je vous ai tout avoué et que je suis à vous !... quelque changement qui survienne en mon sort... ou dans le vôtre...quelque malheur qui m'arrive ou me menace... vous ne me quitterez plus?... vous ne m'abandonnerez pas?...
Ah! quelle idée!...
ESTHER
Vous me le jurez?...