DL' LISTEL
Est-ce que je te paye pour cela, morbleu ! Et me faire mettre en colère... me troubler, iA*interrompre au milieu de mon opération sur les fonds d'Haïti!
ALBERTINE, à DuUstel.
Mon ami!...
VICTOR
Je viens de chez un homme de notre pays, qui m'a apporté ma part dans la succession de notre cousin... Voyez plutôt... une succession de deux mille francs!... quel bonheur!
ALBERTINE, à son mari, en sonnant.
Allons, mon ami, il faut avoir quelque égard à la douleur d'un héritier.
VICTOR
Madame est bien bonne!...
ALBERTINE
Et puis, il ne faut pas que cela vous empêche d'apercevoir vos meilleurs amis... M. Léopold... M. Desrosoirs, qui nous attendaient ici, à ce que m'a dit Cœlie.
DULISTEL, passant devant Desrosoirs, d'nn air dégagé.
Bonjour, Desrosoirs. (Allant d'un air afieetnenx à Léopold.) Bon jour, mon cher ami ; vous venez m'apporter des nouvelles de notre département? Avons-nous des chances pour l'élection?
LÉOPOLD
Oui, colonel; vous en jugerez vous-même par ces lettres,
DULISTEL.
Vous êtes d'une obligeance 1 (a Victor.) Et mon cabriolet, est-il prêt?
VICTOR
Non, monsieur... vous n'aviez rien dit.
DULISTEL.
Morbleu! est-ce que vous ne deviez pas le deviner?... estce qu*il ne faut pas que j'aille à la Bourse? Mais allez donc, et qu*on m*avertisse dès qu'on aura attelé.
ALBERTINE
Ce sera l'affaire de vingt minutes.
DULISTEL.
Mais vingt minutes de retard sont peut-être vingt centimes de perte I
ALBERTINE
Et votre déjeuner que vous oubliez...
DULISTEL.
Qu'importe!... à la guerre comme à la guerre... est-ce qu'on déjeune quand on est dans les affaires?...
ALBERTINE, à Victor.
Servez toujours... (a Duiistei.) pour vous du moins, car moi, j'ai pris mon chocolat. (le domestique tort.) Ah! mon Dieu! j'oubliais... Puisque vous allez à la Bourse, mon ami, j'ai chez moi des fonds, dont je vous prie de vous charger.
DULISTEL.
Des fonds î eh ! lesquels?
ALBERTINE
Quarante mille francs que M. Archambaud, votre notaire, m*a remis hier en votre absence : la dot de ma sœur, que vous devez placer en rentes de Naples.
Pas aujourd'hui... je n*auraipas le temps.
ALBERTINE
Je ne me soucie cependant pas de les garder dans mon secrétaire.
DULISTEL.
Tantôt, à mon retour, je vous les demanderai, (a Léopoid.)
LA PASSION SECRETE Si
Vous, mon cher ami, qui ne savez que faire de vos fonds... vous devriez prendre de THaïli.
LÊOPOLD.
Merci, monsieur ; je me trouve déjà trop riche.
DULISTEL.
Prenez alors de .la rente d'Espagne, c'est ce qu'il vous faut. Nous parlerons de cela et de nos élections, ce soir, à notre réunion, car nous en avons une, nous avons un concert, ma femme le veut, nous n'en sortons pas : les invitations et les soirées m'accablent; hier encore... quel ennui I à ce bal où il a fallu conduire madame, j'ai été accaparé par ce vieux général qui me parle toujours de guerre et de campagnes; c'est si fastidieux... et si mauvais genre!... Une fois qu'il est dans sa bataille d'Austerlitz !...
LÉOPOLD
Une belle époque, colonel!
DULISTEL, yirement.
Oui!... c'est le seul moment où la rente se soit élevée à 82. Elle n'a jamais été plus haut sous l'empereur. . . C'est étonnant !
DESROSOIRS.
C'était cependant là le bon temps!
DULISTEL, d'un air de mépris.
Oui, de jolies spéculations à faire!... (a Aibertîne.) Des spéculations dans votre genre... car hier soir, à ce bal, j'ai trouvé madame établie, non pas à une contredanse, mtiis à une table de bouillotte, entourée de jeunes gens charmants, avec qui elle perdait de la meilleure grâce du monde.
ALBERT1NE
Eh bien, qu'importe? En fait d'argent, n'en avez-vous pas assçz?...
DULISTEL.
Non, madame!... car nous vivons dans un temps où c'est la seule puissance réelle, positive et raisonnable.
LÉOPOLD
Raisonnable I...
DULISTEL.
Oui, monsieur; aujourd'hui, en 1834, qu'est-ce que la noblesse, qu'est-ce que la naissance?... qui en veut?... personne !... De l'argent, c'est différent : tout le monde en demande. Gens en place, sous-préfets, préfets, ministres... qu'est-ce que vous voulez? des honneurs, des dignités? Non, de l'argent ! et la preuve : supprimez les traitements, vous supprimez l'ambition.
Permettez 1 cependant... il y a des gens...
DULISTEL.
Qui crient contre la fortune... c'est vrai. Quels sont-ils? Des amateurs qui n'en ont pas, et qui veulent en avoir.