EDMOND, ZOÉ
EDMOND, à part.
Député!... Si je suis député, je puis aspirer à sa main!... et ce que jamais je n'ai osé lui dire... elle Ta donc deviné... elle a donc lu dans mon cœur!
ZOÉi.
Mon pauvre Edmond ! que je vous plains !
EDMOND
Ah ! je suis le plus heureux des hommes!
ZOÉ
Qu'est-ce que vous me dites donc là ?... Vous qui tout à Theure...
EDMOND
Oui, tout à Theure j'étais un extravagant... un insensé !... qui n'écoutais rien... qui repoussais tous conseils... mais je reviens à ceux de la raison, aux vôtres... et je veux maintenant...
ZOÉ
Que voulez-vous?
Je veux être député !
ZOÉ
Est-il possible?
EDMOND
Je le serai ! c'est mon seul but, nion seul espoir !
ZOÉ
Vous qui refusiez...
EDMOND
J'ai changé d'idée... Il faut que je sois député ; je ne sais pas comment, mais c'est égal... N'importe à quel prix, j'y arriverai... je parviendrai... Voyez-vous, Zoé, je mourrai ou je serai député!...
ZOÉ, souriant malignement.
Et bon député, à ce que je vois, car vous changez promptement d'avis.
EDMOND
Ah! c'est que vous ne savez pas... vous ne pouvez pas savoir...
zoi.
Je sais du moins que vous devenez raisonnable... c'esl loui
ce que nous demandions... c'est là le chemin des lioo-
Ça m'est égalî
La roule de la fortune!
Peu m'importe ! que je sois député seulement, et aprC's c«la, si jene meurs pas dé Joie... nous verrons... Je ferai ce que vous me direz... mais avant tout que je sois nommé! et pour cela à quels moyens avoir recours?... à qui s'adresser?.., moi qui ne connais personne!
ZOÉ
ALez trouver Itt. de Itliremont.
EDMOND
Oui, il a dû à mon père et la vie... et sa place... Mon père est mon sans fortune... et lui, devenu grand sei^eur...
ZOÉ
Vons a toujours voulu du bien...
EDMOND
Aulrcfois, c'est vrai!... mais depuis son mariage... c'esl différent... je ne vais presque plus chez lui... il y a li quelqu'un qui me déleste, quelqu'un â qui je n'ai poinl caclii' mon mépris...
ZOE.
ciel! qu'avez-vous fait!
EDMOND
J'ai bien fait! Y a-t-il rien au monde de plus mi'prisiible qu'une jeune femme qui, par intérêt ou par ambition, cherche à séduire un vieillard et su fait épouser pur
LA CAMARADERIE â5d
Taisez-vous ! taisez-vous ! . . .
Et ne nous brouillez pas avec la république !
EDMOND
.C'est déjà fait !... Et de ce côlé-là il n*y a rien à attendre, rien à espérer.
ZOÉ
Adressez- vous alors à mon mari, qui a de l'influence à Saint-Denis... Il a là une manufacture... des électeurs qui sont à lui, des voix dont il peut disposer! Commencez par demander la sienne... \
EDMOND
Moi ! solliciter sa voix... mendier son suffrage !...
ZOÉ
Eli! mais sans doute! il n'ira pas vous l'offrir... Tout le monde en agit ainsi.
EDMOND
C'est possible... mais il me semble que je ne pourrai jamais... et puis, quoique votre mari soit mon client; quoique j'aie gagné pour lui un procès important... je me trompe peut-être, mais j'ai idée qu'il a peu d'affection pour moi !
ZOE, souriant.
Vous avez là une idée assez juste... ce qui vous arrive rarement ; et savez-vous, Edmond, qu'il est assez singulier que vous vous en soyez aperçu comme moi... J'ignore pourquoi... mais il est très-vrai que mon mari ne vous aime pas !
EDMOND, d'un air sombre.
Personne ne m'aime!..»
ZOE, d'un air caressant.
Ah! vous êtes un ingrat... et puisque vous n'osez parler à mon mari... voulez-vous que je m'en charge?
EDMOND
Vous!
Scuu. ^ ŒuTres complètes. « ire Série* — 3* \o\ 15
ZOÉ
Ça le contrariera, ça le mettra en colère... c'est une querelle qui me revient... peut-être deux!... je les risque!... il faut bien faire quelque chose pour ses amis... et je vous réponds qu'il finira par céder !
EDMOND
Moi, protégé par vous!... que ne dirait-on pas?... On dirait que je suis parvenu par Tintrigue, que je suis arrivé par les femmes... Cela ne se doit pas... et j'en rougirais!
ZOE.
Eh! mais, mon cher ami, d'où sortez-vous donc?... d'un pensionnat de demoiselles?... et encore, dans le nôtre, on était plus avancé que cela... Mais puisque vous le vouiez absolument... Tenez... tenez... le voici! parlez vous-même.
EDMOND
Si vous saviez combien came coûte !...
ZOÉ
Il n'est pas si redoutable... Allons! du cœur!
EDMOI^D.
Oui, oui... vous avez raison... (a part.) Pensons à Agathe» et du courage!
(Zoé sort par la porte à droite en encourageant Edmond par ses gestes-,