SCENE vm
HERSCINIE, s'assejant près de la fable, A gauche ; DE GUIBERT.
DE GUIBERT
Maintenant que nous sommes seuls... je te demande pourquoi tu n*as pas mieux accueilli mon ami Coquenet?
HERIWINIE, tonjoars assiie.
Votre ami?
DE GUIBERT
Que je n'ai pas vu depuis quinze ans, j'en conviens... et une amitité qui a eu quinze ans d'intérim n'est pas des plus violentes... mais c'est égal, je me suis mis en avant... on n'aime pas à avoir l'air d'un zéro... et si ce n'est pour lui... du moins pour moi et pour ma considération personnelle, je le prie d'avoir égard à cette pétition.
HERMINIE, la prenant, la jetant sur la table et frappant denas, de la
main, avec impatience.
Je VOUS prie, moi, de ne plus m'en parler!...
DE GUIBERT, avec rivacité.
Et moi, je veuxl...
HERMINIE, se levant.
Qu*est-ce que c'est?...
DE GUIBERT, baissant le ton.
Je veux savoir pour quelle raison...
HERMINIE
La raison c'e^st que M. Coquenet est un sot; c'est que votre ami est un ennemi, qui, ce matin encore et sans me connaître, a répété ici des calomnies sur moi et sur le ministre.
DE GUIBERT
n aurait répété de même des éloges, car de sa nature il
est de Tavis de tout le monde, ne contrarie jamais personne ; et si tu savais combien il est bon enfant !
HERMINIE, sôchement.
C'est assez, c'est trop nous occuper de lui... Quelles nouvelles de Paris?... avez-vous vu mon frère? est-il venu avec vous...
DE GUIBERT
Il n'arrivera que ce soir, il y avait conseil des ministres... il paraît, comme tu me l'as dit, qu'il est question de remanier... de modifier le cabinet...
Oui... un changementaux Finances... lui avez-vous parlé?...
DE GUIBERT
J'ai hasardé quelques mots... qu'il n'a pas eu l'air de comprendre.
HERMINIE
C*est votre faute, il fallait aborder franchement la question ; il croit avoir fait beaucoup, en vous faisant obtenir cet emprunt... il vous croit enchanté...
DE GUIBERT
Le fait est que je suis très-content...
HERMINIE, avec vivacité.
Ce n'est pas vrai, vous ne l'êtes pas... et avec le haut rang que vous occupez dans la banque il vous faut plus que cela... il le faut... pour^noi... sinon pour vous... oui, monsieur, je ne porte envie à personne, mais je veux que personne ne l'emporte sur moi... je suis malheureuse, vous le savez, quand je vois une plus belle voiture, une parure plus brillante que la mienne... Eh bien! s'il faut vous le dire... j'ai une amie de pension, une amie intime dont le mari est ministre... je veux que le mien le soit aussi... ou tout au moins sous-secrétaire d'Etat... pourquoi ne le seriezvouspas?...
DE 6UIBERT.
Hais, ma femme...
HERMINIE, Tivement.
A tout autre ministère, je ne dis pas... il faut des talents qui se voient!... mais aux finances, on en a sans que cela paraisse... des comptes, des calculs... c*est un mérite de chiffres, et vous serez placé là à merveille, je pose zéro... et retiens... ce que vous voudrez... on ne s'amuse pas à vérifier, et on vous croit un grand homme sur parole...
DE GUIBERT
C'est possible... mais tu connais ton frè^e... il a haussé les épaules sans me répondre, et je n*ai pas osé continuer.
HERMINIE
£h bien! moi... j'oserai... je parlerai. ..
DE GUIBERT
Encore si j'étais député I... il me craindrait peut-être...
HERMINIE
Eh bien! monsieur, il faut l'être, ce n'est pas si difficile.
DE GUIBERT
n est capable de s'y opposer... car lorsqu'une fois il a dit non...
HERUINIE.
Il faudra bien qu'il dise : oui!... il me doit le prix de ma complaisance... Savez- vous pourquoi j'ai quitté Paris?... pourquoi, à la prière du ministre, je suis venue ici, à Dieppe, ainsi que vous?...
DE GUIBERT
Pour votre agrément, je le suppose... du moins jusqu'ici, je Tai pris ainsi.
HERMINIE
Non, monsieur; pour signer au contrat de mariage de M. Lucien de Villefranche, l'ami de mon frère, et notre ennemi, à nous : lui qui ne perd pas une occasion de nuire
à notre fortune... lui qui a tenté, mais en vain, de s'opposer à votre dernière entreprise !... il me l'a avoué à moimême.
DB GUIBERT
Et pourquoi, je vous le demande, avons-nous la bonté de faire ce voyage ?
HERMINIB.
Parce qu'il épouse une jeune personne de Normandie, dont la famille vient cette saison aux bains de Dieppe... un ange que mon frère admire... en un mot, son incomparable pupille... mademoiselle Cécile de Mornas.
DE GUIBERT
Cette beauté de province, dont j'ai si souvent entendu parler depuis notre mariage... est-elle aussi bien qu'il le dit^...
HERMINIE
Elle vient d'arriver avec une de ses parentes, madame de Savenay... qui est marquise... et bégueule... il y a déjà antipathie entre nous! quant à la jeune fiancée... mon frère m'a recommandé l'amabilité, les prévenances, la tendresse... ordre ministériel, auquel j'ai obéi... et j'y ai du mérite, car je la déteste déjà.
DE GUIBERT
Et pourquoi?...
HERMINIE, avec Tolubilité.
Parce que, de tout temps, mon frère me l'a présentée comme l'emblème de toutes les vertus ; le type, le modèle de la perfection... je n'aime pas les modèles... et une fois mariée avec M. Lucien... le plus ennuyeux des hommes... une autre perfection dans son genre... elle et son mari habi* teront avec mon frère, qui les adore et ne pourra rien leur refuser... ce sera dans son intérieur une opposition continuelle qui ruinera notre influence et notre crédit!... Soyez donc sœur d'un ministre pour ne rien obtenir... pas
la moindre JEiveur... pas la plus petite injustice I... Et bien d'autres inconvénients... à Paris... à TOpéra, aux Italiens, elle sera toujours avec moi dans la loge du ministre...
DE GUIBERT
Qu'est-ce que cela fait?
HERMINIE, avec impatience.
Cela fait, monsieur, qu'elle est jolie... ce qui est fort désagréable.
DE GUIBERT
Ah! elle est jolie?...
HERMINIE
Eh bieni n*allez-vou8 pas vous en occuper et Fadorer aussi... je vous défends de la regarder, (se retournant et aper-
eerant Cécile au fond dn théâtre.] Eh I la VOilà!... CCtte Chère
enfant! arrivez donc, ma toute belle!...