‹ Œuvres complètes de F. de La Mennais (volume 2)Chapitre 109 sur 226 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Du libéralisme et du gallicanisme.

Depuis que les gouvernements se sont séparés da christianisme, en se séparant de l'Église, la sociélé politique a été livrée à l'action de deux doctrines qui se combattent perpétuellement , sans qu'aucune d'elles ait pu obtenir un triomphe complet, parce qu'elles sont, à divers égards, également fauséw, également opposées aux lois essentielles de l'ordre social. L'une est présentée comme l'égide des peuples contre la tyrannie des rois ; l'autre, comme la garantie des rois contre la rébellion des peuples. La première, connue sous le nom de doctrine libérale, a été exposée dans le chapitre précédent; la seconde, (|u'on appelle doctrine royaliste, serait mieux nommée doctrine gallicane, ainsi qu'on le verra bientôt, lorsque nous en expliquerons la nature et les cffrtl.

On ne doit j)as croire cependant que les hommes dont se comiiosonl les différents partis entre les- <lU(!s se divise la société, aient tous une idée bien nette des théories qui caractérisent le parti même auquel ils apj)artiennrnt; ils sont , au contraire , pour la plupart, incapables de s'en former presque aucune idée. Ce qui les attache à telle bannière, ce

(2; FcclCt., \V, 14.

ET DE LA GUERRE COxNTRE L'ÉGLISE.

qui les pousse dans telle ou telle voie, c'est une sorte d*instinct, de sentiment va(;uc, bien plus que des maximes si>éculatives que la mnllitude comprend peu, et n'a nul l>esoin de comprendre ; et ce sentiment, qui repose d'ordinaire sur quelque principe de justice et de vérité, devient néanmoins une cause de désordre, parce qu'à Tinsii de ceux qu'il anime , son action , soumise A Tinfluence d'un système erroné , en fayorise le développement , porte ainsi le trouble dans l'État et avance sa ruine.

Cette distinction entre les partis et les doctrines des partis mérite, sous plusieurs rapports, une Krieuse considération. Elle explique les contrastes «{u'on remarque souvent entre les hommes et leurs enivres , adoucit les haines , rapproche les esprits , on au moins les dispose à se rapprocher , en montrant que le plus grand nombre va au delà de ses Tcnix et de son opinion , et même s'éloigne entièrement du but qu'il se propose d'atteindre.

Parlons d'abord du libéralisme , et commençons par définir d'une manière précise le sens que nous attachons à ce mot.

Aux époques de révolution , il apparaît toujours une race d'êtres i>erTers, a qui le mal plall, et qui Fatment pour lui-même ; ils ne respirent a Taise que nr les ruines , et , quand la puissance leur est lais- <^, le crime sort de leur âme, comme la lave délN>nk du cratère. D'autres , occu[)é$ seulement de tt qui leur est personnel, et IndilTéronls à tout le i**te, fomentent le désordre pour y cliercher des chances fevorables à leurs intérêts. Vendus à quiconque les veut payer, aujourd'hui ils demanderont dans un club la tète des rois, et demain on les verra, > genoux aux pieds du plus vil tyran , adorer ses caprices, et légitimer ses forfaits.

Certes, nous ne confondons pas avec ces miséra- Mes cette [lortion nombreuse de la société cpii , en Europe et hors de l'Europe, combat obstin(>ment pour ce qu'on appelle la cause libérale. Nous le diwns sans détour, ce mouvement est trop génénl , trop constant , pour que l'erreur et les passions en wient Tunique principe. Dégagé de ses fausses tWorirs et de leurs conséquences, le libéralisme est k sentiment qui, partout 011 règne la religion du ^ist, soulève une partie du peu[>le au nom de la 'ikrté. Ce n'est autre cikosc que l'impuissance où tonte nation chrétienne est de supporter un pouvoir purement humain , qui ne relève que de lui-même , et n'a de règle que sa volonté. Jamais une pareille domination ne s'établira d'une manière durable sur

'l)Cogno«ceUtTerltalcm,etverlla« libcrablt \os.Joan., viii, ^^CMtiiunotllbMvli. jtdOalath., IV, 31.

(21 Cet deux MU flaiulUné* expliquent le double pli(>nomènc *) Ktttniuable «les progrès du tplrllualismc dans les peuples , et «in BuMrialUmc daoa lc« gouvcrocmcula. De lA guerre iKîccssalrc

ceu,r que la vvnlc, que Jésus-Chrùtj a affranchis (1).

Si les peuples eathoIi(pies sont aujourd'hui plus agités , s'ils se montrent , [»Ius que les autres , impatients du joug de Thomme , c'est que parmi eux le christianisme est plus vivant, et que son es[irit pénètre la société entière : Mena agitât molcm. Continuant de développer par sa force interne , comme nous Tavons dit, le sentiment de la perfection morale dans les individus, alors même que les gouvernements s'étaient soustraits à son action (â), il a rendu im{)Ossible désormais un despotisme stable et tranquille : car, où est t- esprit de Dieu y là est la liberté (5).

La loi évangèlique ayant élevé Tinlelligence sociale jusqu'aux plus hiiules notions du droit , nulle puissance ne saurait obtenir une vraie soumission , si elle n*est fondée sur le droit, et ne gouverne selon le droit. Voilà pourquoi la raison philosopliitjiie, après avoir nié le droit chrétien , cherche de tous côtés un nouveau droit, pour en faire la base de la société nouvelle dont elle rêve Télablissrmenl. Kl il est remarquable que cette recherche n'occupe les esprits que dans les contrées catholiques. Les protestants, déchus du véritable christianisme, subissent partout bien plus aisément le pouvoir arbitraire, en déclaïuaut par habitude contre le pouvoir alKsolti. Le Danemarck s'est placé de lui-même, et par choix, sous une autorité despoli(iue. La Prusse est réi'ic militairement; la religion et TÉtat y dépenihiit également du bon plaisir du prince. Aucun peuple catholique ne su]»j)orterait (re<pie supporte le |H*iiple an^jlciis de la lyraniiit' inilnstriclle, ([ui, pour assouvir sa cujtiililé, a rétluil, ce n'«'st ]»as trop dire, à un esclavage réel une partie de la population (1). Dans cette terre classique de lalihertcy cent mill<' personnes encombrent liabitiiellenieut les prisons ; le re§te, contenu par des lois de fer, ut ou meurt au gré des maîtres dont la classe qui ne possède rien dépend jtour son travail et le [trix de son travail. Seulement, entre elle et la misère j>oussée à ses {\iivnières angoisses, la loi a mis lu taxe des pauvres. Lorsqireii face du luxe et de l*o]>ufence, la Inim les moissonne par milliers, eoniine dans la dernière crhc commcreiale, TElat leur jette, d'une main, le morceau de paiiî lép.al , et , de l'autre leur montrant le sabre de \i\ijromanry, il leur dit : Oue demandezvous de plus?

Considérez, eu général, K*s pays séparés du calluilicisme, TAnuleterre, la Russie, vous ne trouverez

entre le« ^ouverncinenlH elles peiiph*»: et.coinnic/<'f vraie foretcf Honte fpintitcllcj ii n'cit pa* diincilc de prévoir qui lrioii>|ilici .i.

r\] JI Cor., m. 17.

(4 \o)rz ruiivr-n;*.' du eolonol Swan , de Ruston , IiitltiiiO : Cottrles oOscrt'.iUons sur l'Clttt arluel tics manufactures, cfc

DES PROGRÈS DE LA RÉVOLUTIO

nulle part une populace aussi abrutie, aussi dépourvue du sens moral, aussi étrangère aux idées intellectuelles, à tout ce qui élève Fâme et ennoblit l'existence humaine. Sortez de cette boue, montez; que voyez-vous dans les classes plus hautes? La passion de For, une ardente recherche des jouissances physiques, les soins, les pensées, les désirs tournés exclusivement vers le bien-être matériel. Il y a, au contraire , chez les catholiques une certaine dignité de moeurs qui attache à ce sybarisme le mépris et le ridicule. L'homme, parmi eux, est d'autant plus grand , il inspire d'aulant plus d'estime et de respect , qu'il sait mieux se passer de la richesse , et se rendre indépendant des choses extérieures. Souffrir sans peine les privations , s'en imposer même de volontaires , lutter contre le corps et le vaincre par la force de la volonté , voilà ce qui fait palpiter leur cœur d'une noble admiration. Leur vie propre, c'est la vie de l'àme. Aussi, pour l'ordinaire, sont-ils très-peu touchés de certains vices d'administration, qui n'intéressent que l'ordre matériel. Ils supporteront beaucoup en ce genre , bien plus peut-être que les jirotestants ; mais le désordre spirituel, mais l'oppression morale, jamais.

Deux choses constituent la liberté : la légitimité du pouvoir , et la conformité de son action avec la justice immuable ; et la liberté , dès-lors , est la loi jiremière , la loi fondamentale , essentielle , de la société. Quand donc le libéralisme demande la liberté, il demande Tordre ; il demande ce que nul n'a le droit de refuser aux hommes , ce que Dieu lui-mt'^nie leur commande de vouloir et d'aimer. Mais celte liberté que ses vœux appellent, ses doctrines la repoussent , el, quoi qu'il fasse, elles conduisent les peuples à une servitude inévitable.

£n effet, nous avons dit (juc la Iil)erté consistait d'abord dans la légiliniilé du pouvoir ; et rien de plus évident. Or, le seul pouvoir légitime, de l'avou du libéralisme, est celui de Dieu ; et, comme il nie fondamentalement la transmission du pouvoir di\ in, il nie par cela même la possibilité qu'il existe ini pouvoir légitime parmi les hommes : d'où il suit qu'il y a servitude dès qu'il y a société.

£t comment trouver ailleurs qu'en Dieu la raison du devoir, le principe d'obligation qui soumet des Tolontés jus({u'alors indépendantes , à une autre volonté égale ? Quel droit l'homme possède-t-il naturellement sur l'homme? Et n'est-ce pas Tiiiipuissance d'établir ce droit qui contraint la philosophie du siècle à déclarer que chacun est souverain

(!) Eccies , XVII, li. — Cela ne veul pa« dire que Dieu déj^igiic iinniédiatciueiitle souverain, mais qu'il communique «on autorité A quiconque possède K^gilimeuicnl le pouvoir. La manière lég.ile d'y arriver, aluM que sa forme, soot d'insUluUoo buoialac, et vaj icul selou iec lempc et let lieux.

de soi-même ? Ainsi donc point de société , si b force ne brise le droit ; si l'homme , en taot qu'homme, n'impose violemment sa Tolonté pour loi aux autres hommes : c'est-à-dire encore , point de société, si la servitude n'en est la base essentielle et immuable.

Sous ce premier rapport , le libéralisme s'éloigœ donc de son but , et trompe manifestement le juste désir de liberté qui émeut les nations chrétienoei. Ses doctrines restant ce qu'elles sont, il ne peut, sans se contredire , donner aux peuples qu'un de ces deux conseils : » Détruisez la société radicalement u incompatible avec vos droits inaliénables; » ou, si l'anarchie et ses horreurs l'effraient plus que le despotisme : «(Renoncez à des droits dont l'exercice «c TOUS serait mortel ; courbez le front, et subisseï u le joug de quiconque étendra son épée sur vos u tètes. »

Certes, ce n'est pas là le langage du christianisme. Il enseigne aux hommes qu'aucun autre homme n'a sur eux, par lui-même, d'empire légitime et naturel ; qu'à Dieu seul appartient la vraie souveraineté. Mais , comme il veut l'ordre , et que nul ordre ne serait jmssible sans un pouvoir qui le conserve , iV a préposé sur chaque nation un chef pour la conduire (1). Ce c\\^î est son mint sire pour le bien (S), et il n'a de puissance que celle qu'il lui communique : car c'est de lui qvt toute paternité y tout pouvoir, sur la terre d dans le ciel, tire son no;/e(5), c'est-à-dire, son droit, son autorité; et, quand l'antiquité palenue prononçait cette grave sentence : Le roi est Timage rivante de Dieu (4) , elle énonçait le même dogme ])roclamé en tous lieux par la tradition. Il y a donc pour les chrétiens des souverainetés légitimes ^ parce qu'elles dériventde la souveraineté primitiveeC absolue, exclusivement propre à Dieu ; en obéissant au pouvoir qui vient de lui , c'est à lui seul qu'ils obéissent (5), et ils peuvent el doivent dire ce que disait, au second siècle, l'auteur de l'Apologétique: Je consens à reconnaître César, pourvu qu'il n'exige rien de contraire aux droits de celui dont il exerce l'autorité : « car, du reste , je suis libre ; je n'ai « d'autre maître que le Dieu tout- puissant, éternel, (( qui est aussi le maître de César (6). »

Ainsi , tandis que le libéralii;me est conduit par ses doctrines à la servitude, ou à la destructiou de la^ciété, le christianisme, en élevant rhomme jus(iu'à la vraie source du pouvoir, établit, à la fois, sur une base inébranlable , la société et la liberté.

(2) nom., XIII, 4. -(3) Ephes., 111,3.

(4) Divers, sent. inierGnomic, p.2lZ.

(5) r.uiii boiiA voiuiiiatc»ervieiiies, sicul Domino» cl nonbdBlnibus. Ephes.j VI, 7.

(6) Teriutt , Jpolog.f cap. xxxvii.

GUERRE CONTRE L*ÉGLISE

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i riocessairement souverain de

oiit aulre honnne : comme tout

• «le rèjjle que sa raison et que sa

|U'il pensera sera donc vrai , tout

., lib. II , cap. IV cl y.^Dcmophil- Sent.

ubi «uiirâ.

r, toui. VI, p. Ii3.

I ce qu*il voudra sera donc Juste. Et, quand il existe- "lit une autre justice , une autre vérité, il ne pour- "slcs reconnaître comme chef de rÉtat,elleur ''» caractère légal et obligatoire ; car ce ^ Tordre civil à Tordre spirituel , et "ligieuse en loi politique. Le -tic , s*il n*al>andonne ses 'un pouvoir compléte- ( aire ; et, sous ce second i! le juste désir de liberté .irétiennes.

iti vient d'être dit : dès qu'on *>ir humain, on consacre la sern jette la loi divine, on rejette justice obligatoire, et Ton consacre .^ qu'on sé]>are Tordre politique de iix, on se prive de toute garantie ima- .10 l'arbitraire. yu*est-ce, en effet, que ari>itrairement? C'est substituer à la loi •' sa volonté propre, son caprice. Donc, i];arantir de cet abus, il sera nécessaire d*op- . à la force qu'on appelle pouvoir, une aulre V. qui la réprime. Mais cette force sera-t-elle spiiiirllc OU matérielle? Si elle est matérielle ; comme il faudra qu'elle soit plus puissante que le pouvoir pour Tarréter, elle sera elle-même le pouvoir, ou la force dernière et prédominante. Nous voilà donc contraints de recourir à une troisième force pour réprimer à sou tour celle-ci , et ensuite à une quatrième, et ainsi jusqu'à Tinfîni. Si, au contraire, elle est spirituelle , nous retombons dans le système des deux puissances subordonnées, c'est-à-dire, dans le système chrétien.

On voit ici pourquoi le libéralisme, éminemment social en tant qu'il veut la liberté, est néanmoins, à cause des doctrines qui Tégarent , destructeur par son action. Il repousse le joug de Thoinme, le pouvoir sans droit et sans règle; il réclame une garantie contre l'arbitraire, qui ùte à Tobéissance sa sécurité: rien de mieux jus<iue-là ; mais, séjiaré de Tordre S])irituel, il est contraint de cliercher cette garantie si désirée , où elle n'est pas et ne peut pas être , dans des formes matérielles de gouvernement. Le vice, qui l'irrite et Tin(piiète,est inliérenl à la nature du seul pouvoir qu'il veuille reconnaître. Il le renverse aujourd'hui par un motif qui l'oblige à renverser demain celui qu'il aura mis à sa place; et ainsi sans fin et sans repos.

Frappée de ces conséquences , aussi funestes qu'iné\ itables, des maximes du libéralisme, une autre classe d'hommes se jette aveuglément dans les extré-

(4) iritt.t/lhrlor-, llb. I, c.ip. X.

{.'il l'Invariable Mtlicu, cliap. XX, C l^l> 81. (Il; PinHar. ap. Moi»., leriii. LIX, p. L'iO.— .Vf /i^/. ptnttar.ad yem., IX, 33.-^7) Recherches astaUquc/f loin. I. p. iW»».

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sso

DES PROGRÈS DE LA REVOLUTION

mités contraires, non moins fatales en réalité, bien qu*il y ait encore, au fond même des erreurs qui Tabusent, un sentiment juste et ?rai. Que veulent, en effet, les royalistes? un ordre stable, qui ne peut exister sans Tobéissance au pouvoir. Us ont donc raison de rejeter des principes incompatibles avec toute obéissance, avec tout pouvoir, quel qu'il soit. Mais à ces principes faux ils en opposent d'également faux, et qui choquent violemment la conscience humaine ; de sorte que, dans la vérité, on ne dispute de part et d*aulre que sur le mode de destruction, et qu*il n'est pas plus possible de constituer une société durable avec les doctrines royalistes çallicancs qu'avec les doctrines appelées libérales.

L'origine du gallicanisme remonte aux temps où les princes, s'étant affranchis de l'autorité de l'Église, qui imposait pour règle a leur pouvoir la loi de justice universelle, n'en reconnurent plus d'autres que leur bon plaisir et leur intérêt , et , après avoir peu ù peu renversé les anciennes barrières qui défendaient les droits de chacun et la liberté de tous, transformèrent en despotisme l'antique monarchie chrétienne (1). Afin de consacrer ces envahissements successifs , on inventa, surtout en France , un nouveau droit public, dont les parlements se firent les gardiens , et , en 1G83, des évèques serviles proclamèrent , comme un dogme de la religion , ce qui n'avait clé jusque-là qu'une lâche flatterie des cours judiciaires, savoir : que/la souveraineté, chez les peuples chrétiens, est indépendante du Christ et de sa loi. On conçoit que, depuis lors , les maximes des princes soient devenues les maximes de ceux qui leur étaient dévoues ; qu'on nit conçu le pouvoir comme ils le concevaicnl eux-mêmes; qu'on se soit attaché sans examen à ce qui existait de fait, et qu'ainsi l'on ait confondu trèsnlangereusement pour la société , et plus encore pour les souverains , la théorie du des{>otisme avec la doctrine de la royauté. 11 est temps enfin de renoncer à cette funeste erreur, qui, eu détachant ks nations de leurs chefs et de Dieu même, a ébranle les trOnes, ronq)u tous les liens sociaux , et précipité TKurope dans un abîme de calamités. Nous dirons, avec TEsprit saint, aux rois éblouis de leur puissance, et qui en méconnaissent les limites el la règle : t( Entendez mainte- (i nant, 6 rois! instruisez -vous, vous qui Jugez la « terre (2)! ;» El à ceux qui partagent et qui entretiennent leurs funestes illusions, à ceux qui assou-

(1) « 5on-8Culcmenl U n'agit de flnir la guerre au dehors, nnis •1 U s'aijU encore de rendre au deilans du pain aux moribonds, de « rétablir l'ai;riculture el le commerce , de rerurmor le luxe qu| K gangrOne toutes» les nururs de la n.ition , du se ressouvenir de « la vraie forme du roj aiime, et i\c ImipOrer le dcspotlsmr, cauxc « de tous nos maux. » Lettre de FCneion au duc de Cticvrcuic: Corresp.ftom. i, p. 392. — « Depui» environ trente an«, vos prin- (I cipaux ministres ont ébraulO el rcu\er»é presque toutes les

pissent leur conscience par de trompeura enseignements , que dirons-nous , sinon ce que disait le prophète : » Malheur à vous qui donnez au mal le u nom de bien , et au bien le nom de mal, appelant Il les ténèbres la lumière.'et la lumière les ténèbres! u Malheur a vous qui êtes sages à vos propres yeux, , u et qui vous applaudissez de votre prudence! u Comme le feu dévore la paille, vous serez aiosi 4c dévorés ; et ce qui restera de vous s'élèvera comme u la cendre dans les airs : car vous avez rejeté 11 (( loi du Seigneur des armées , et profané la parole » du Saint d'Israël (5). »

Afin d'établir le droit de commander et le devoir d'obéir , ce qu'on ne saurait faire à moins de remonter plus haut que l'homme, le gallicanisme reconnaît d'abord, d'après l'Écriture, que tau^ puissance est de Dieu (4), en ce sens qu'il institue immédiatement le souverain pour gouverner lei peuples dans l'ordre temporel; puis, détruisant entre cet ordre et l'ordre spirituel toute subordination nécessaire, et les séparant l'un de l'autre d'une manière absolue , il déclare que les rois ei les souverains ne sont soumis à aucune puitsance ecclésiastique y par V ordre de Dieu, dans les choses temporelles (5) : de sorte que, dans l'ordre temporel, c'est-à-dire en tout ce qui regarde l'exercice propre de la souveraineté, les souverains n'ont aucun juge, ni temporel, sans quoi ils ne seraient pas souverains , ni spirituel , sans quoi ils ne seraient pas indé])endants , comme souverains , de la puissance ecclésiastique ou spirituelle. D'où il suit, d'un côté, que, personne n'ayant le droit de discuter leurs actes, ce quik commandent est toujours légitime ou sup]>osé tel; et^d'un autre cùté, que la doctrine gallicane sur la souveraineté est identique avec la doctrine de Jurieu et de J.-J. Rousseau, selon laquelle le souverain n^a pas besoin de raison pour valider ses actes.

De plus, les souverains n*ont et ne peuvent avoir, d'après les principes gallicans, en ce qui regarde l'usage du pouvoir, aucune règle de conduite extcricurcnient obligatoire ; ne sont assujettis a aucune loi de justice immuable et uuiverselle : car cette loi , toute spiiituelle , n'est que la religion même, en tant qu'elle détermine les devoirs de chaque homme envers Dieu et les autres hommes. Si donc elle obligeait les souverains, elle les obligerait, comme tous les honunes, en vertu de l'autorité par

R anciennes maximes de l'État, pour faire monter jusqu'au comble a votre autorité... On n'a plus parle ni de l'Êl.it ui de* règle*, on « n'a parlé que du roi et de son bon plaisir. » Lettre de Ftntton à Louis XI f; Correap., tom. Il, p. 331.

(3) /.*., v,20et seq.

(i) nom., II M.

(5) Déclarât' de lCs2, art- 1".

ET DE LA GUERRE CONTRE L'ÉGLISE

qui seule on la connaît certainement , et qui a reçu la mission divine de la conserver sur la (erre. Ils seraient donc soumis , sous ce rapport , à la puissance ecclésiastique , dans les choses temporelles , puisqu'ils seraient ol)li{]^és de ré{;lcr rexercice de leur pouvoir, dans les choses temporelles, sur la loi que promulgue la puissance ecclcsiaslique.

De ces maximes fondamentales et qui constituent, à proprement parler, tout le gallicanisme, îl lire deux conclusions qui sVn déduisent rigoureusement :

!• Que la souveraineté qu'il appelle légitime , et qui serait nommée plus exactement Ivgnlc, est inadfflissîlile par son essence ; en un mot : (pie quiconque arrive au pouvoir selon la forme établie par les lois politiques du pays , ne peut plus , en aucun cas, être privé de son droit, ou cesser d'être souverain légitime, frtt-il tyran, hérétique, persécuteur y impie (1); qu'il n'est jamais permis , ni de se soustraire à son empire, ni d'opposer à ses volontés une résistance active , et qu'à quelque degré qu'il opprimât le peuple , le peuple éternellement serait Ifnu de souffrir l'oppression, jyar l'ordre de Dieu. S* Que, bien qu'il ait, comme homme, les mt'^mcs devoirs que les autres hommes , il n'en rst aucun ^i l'oblige extérieurement comme souverain. «^ Les '• princes, dit Pierre I)u)>uy, font bien quelquefois * des choses honteuses, qu'on ne peut bl.-lmer ■^ quand elles sont utiles à leurs États; car, la * lionte étant couverte par le profit , ou In nomme •* sagesse (2). » L'intérêt , voilà donc leur r«'|;le , I^^Kît envers les autres ]>rinces qu'envers leurs su- ^^s. Nulle loi de justice pour eux. Ils peuvent ^Silîm^nienl tout ce ((u'ils veulent, par cela même S^j'ils le veulent; et , s'il semble qu'ici nous exngé- '•■^JDS, qu'on écoute le gallicanisme lui-même :

« Le Roy donc en Israël représentant l'Église à ^ advenir, qui est la présente, qu'est-il? >\*st-il ^ pas juge sur tous? chef de son armée? le plus ^ hault et le plus souverain de tous? N'est-il ])as ^ en sa puissance de prendre les enfants de ses

* suhjects, et les mettre à ses chariots? N'est-il pas

* en luy d'en faire des ceuteniers , des grans ma- ■* reichaux, des laboureurs de ses terres, des niois- ■* sonneurs de ses biais, des aruiin*jers et des •* charrons? Il a la puissance de prenilrc les filirs

^* de ses subjecls, et employer les unes à lui faire

^"^ onguents et parfums, les autres tenir pour con-

** cubines , les autres panetières : somme, il peull

** eonfiscpier les champs et héritages, vignes, et

•* lieux plantez d'oliviers de ses subjecls, s'ils vien-

^ Dent à faillir , et en faire donation à qui bon lui

H) Le$ tfratê principes de r Église gallicane, parX. D. Frayasl- ••■•téTêqne d'acmopollt, p. 71 ,• trottiâmeetiition- (D JptâogiÊ pour ia publication des preuves de riCgitsc galii-

4( semblera; et prendre la dixième partie du reii venu des bleds et vignes des siens , et à la parfin (c commander corvées, ou à un chacun en particuu lier, ou à tous en général. Voità doue que c'est « d'un Roy en r Eglise; je dy l'Église, c'est-à-dire, « au peuple régénéré par l'eau et le Saint-Esi)rit, (( avec une confession du nom du Christ , du tem- « pie et maison de Dieu , colonne et firmament de « vérité , de la sainte A ierge de TEglise catholi(pic, <( chaste espouse de Christ , tirée de ses os et de sa u chair, qui est sans macule et ride aucune, gar- <( dant inviolablement les droicls et ordonnances « divines : en r Église, dy-je , tout ce que dessus « y est pour sur; et ce, est la dignité 7*oy aile, « Car l'Eglise est la royne revestue en magnificence u d'habits dorez et de diverses couleurs, et enrichis <{ d'une vigne es costez et environs de la maison de « Dieu... i)\\Q si les prcbslres refusent à estre le (c sarment de cestc vigne en la compagnie de la « personne du Roy que TEglise lient, advoue et « recognoist pour le plus hault et souverain sar- « ment, que reste-l-il à faire, sinon les coupper et « les jetter dedans le feu pour brusler (3)? »

Tel est le droit royal, conmie le conçoit le gallicanisme : tout ce que dessus y est pour sur; il ne tolère ni un doute, ni une exception. Et c'est ici qu'il faut se donner le spectacle de l'extravagance humaine. Des hommes qui se prétendent les amis, les défenseurs delà liberté, se prendront d'un amour tendre pour les maximes gallicanes, les adopteront comme un symbole, les présenteront aux peuples avec respect; et, accusant les prêtres, qui repoussent avec horreur celte doctrine folle et abominable, défavoriser le despotisme, le pouvoir arbitraire cl ses excès, ils dironl d'eux aussi : Ouc reste-t'il à faire, sinon les coupper et les jetter dedans le feu pour brusler? Eh bien donc, qu'ils coupenl et tpf ils brûlent ces prêtres séditieux qui osent nier que Dieu ait livré aux rois les biens de leurs sujets et leurs personnes pour en user selon leurs caprices ; pour faire de leurs fils des armuriers tX des charrons, et de leurs filles des pane^ tiares et des concuùinrs : encore une fois , ipi'ils coupent et qu'ils brillent ; on ne bnlle pas la conscience : et, tant qu'il restera sur la trrre un ^rai chrétien, sa \oix,tpi'<in nVloulfera jamais, s'élèvera pour protester contre ces principes de servitude, et pour réclamer les droits sacrés cpie le gallicanisme essaie de ravir à rhumanilé au nom de Dieu.

Certes, on ne parviendra pas plus à établir de solides gouverneuienls avec celte doctrine ih'gradante ((u'avec la doctrine du libéralisme. Le vice

cane, ^^irVlerrcnunny. France calhfll., XVo livraison, p. 144. (3) 'J>aictez des drotcts et libériez de rt:gUsc gallicane; Paris, chez l'icrreClievaliert HÎ12 , p. 108 cl 109.

8Bâ

DES PROGRÈS DE LA RÉVOLUTION

particulier de celle-ci est de détruire radicalement ce que Tautre corrompt, la notion du pouvoir et de l'obéissance. Leur vice commun est de constituer, sous quelque forme de police qu'on puisse imaginer, un esclavage profond, inévitable , éternel. Le pouvoir, dans l'une et dans l'autre, essentiellement arbitraire, n'est jamais que la volonté variable de l'homme : et, comme il est sans règle , il est aussi sans limites , puisqu'il n'en saurait avoir que dans une loi extérieurement obligatoire, dans une loi indépendante et du peuple et de lui, qui statue sur les droits et les devoirs réciproques; par conséquent, dans une loi divine, proclamée et maintenue perpétuellement par une autorité infaillible : car, u si 4c la souveraineté de droit ne peut appartenir qu'à » l'infaillibilité , à coup sûr elle lui appartient ; si (c l'homme adroit de n'obéir qu'à la vérité, à la rai- <( son, en revanche il est absolument tenu de lui u obéir (1). nOr, le libéralisme refuse de reconnaître la loi divine, aussi bien que l'autorité par qui seule on peut la connaître certainement ; et le gallicanisme affranchit de l'une et de l'autre le souverain, en tant que souverain. Il est donc impossible que les nations chrétiennes, qui veulent invinciblement la liberté que leur a acquise Jésus-Christ, retrouvent le repos, tandis que la société continuera d'être sous l'influence exclusive de deux systèmes d'erreur, dont il ne peut sortir qu'une servitude également honteuse et intolérable.

Ce qui a pu, à certains égards , faire illusion sur la nature et les effets du système gallican , c'est la sorte de noblesse et de grandeur apparente que le dévouement au prince avait empruntée des anciennes mœurs chrétiennes et chevaleresques. On est toujours près d'admirer, et avec raison, ce qu'inspire l'esprit de sacrifice. Onand donc on voyait des hommes, distingués d\iillei]rs par tant d'avantages sociaux et de qualités brillantes, prodiguer, au moindre signe du maître (2), et leurs biens et leur vie , cet abandon total de soi , qu'on appelait honneur, frappait comme quelque chose d'élevé : et pourtant, si on se rappelle que ce prince , cessant d'être le ministre, le vicaire du Christ-Roi , était descendu volontairement de cette haute dignité pour se faire un homme comme l'un de nous, qu'était-ce que cet aveugle dévouement, sinon celui

(1) H. Guizot. Globe du 23 novembre 1826.

(2) Celle expression de Araître, loule moderne en comparaison de celles de Roi cl de Seigneur, élall seule l'indice d*un cbangement total survenu dans les rapports du souverain avec les sujets : et le langage cbrétieu s'ôlalt perdu avec la liberté chrétienne.

(3) Pendant les guerres de Flandre, Louis Xiv ordonna de démolir un monastère qui était à la fois un magnlOque monument d'architecture, et un objet de vénération pour les habitants du pays, â cau^c des souvenirs religieux qui »'y rattachaient- Des réclamations fureal adrcisées , mais lauUIcmcDt, A Tofflcicr géué-

des derniers esclaves , au temps de la plus indigiie servitude, alors que des gladiateurs qui allaient mourir pour distraire un moment le despote stapide , lui criaient en passant : Moriiuri te salutant!

Vers la fin de la monarchie, le pouvoir humaio était devenu , grâce au gallicanisme , l'objet d'une réelle idolâtrie (3). Élevé au-dessus de Dieu même, dans l'ordre temporel , on adorait à genoux sei volontés, comme les immuables décrets de la jaslke suprême et de la raison souveraine. Tout cela est à vous y disait à Louis XV, enfant, le duc de Villeroi , son gouverneur , en lui montrant le peuple assemblé dans un jour de fête. Mais ces ahjectei adulations ne sauraient étouffer , là où règne le christianisme , le sentiment des vérités qu'il grare au-fond des cœurs ineffaçablement. I^s nationi, affranchies par le Christ, n'ignorent pas qu'il donne à leurs che^ de tout autres leçons : « Vous savei « que ceux qui paraissent posséder le pouvoir, (c chez les Gentils , dominent sur eux ; et leurs 4t princes ont puissance sur leurs personnes. Or, H « n'en sera pas ainsi parmi vous : mais quiconqne 4( voudra s'élever au-dessus des autres , sera votre u serviteur; et quiconque voudra être le premier <( entre vous, sera le serviteur de tous : car le FDs u de l'homme lui-même n'est pas venu pour être <( servi , mais pour servir, et pour donner sa vie u pour la rédemption de plusieurs (4). »

.( 11 faut vouloir être le père et non le maître. H <( ne faut pas que tous soient a un seul , mais un

(( seul doit être à tous pour faire leur bonheur

i( S'il commande, ce n'est pas pour lui , c'est pour u le bien de ceux qu'il gouverne. Il ne doit êtreqoe <c l'homme des lois et l'homme de Dieu (IS). >•

L'oubli de ces maximes a ébranlé la base des trônes , en détachant les peujdcs d'un pouvoir oppressif par son essence et tyrannique de droit , alors même que , dans son exercice , il se montrait facile et doux. Et, comme le gallicanisme établissait l'arbitraire au nom de la religion , presque tous ceux que travaillait le besoin de la liberté, voyant à tort dans la religion l'alliée naturelle du despotisme , se séparèrent d'elle avec haine , et fondèrent sur sa destruction Tespérance d'un ordre social meilleur. Telle est l'origine du libéralisme, et l'une des causes

rai, grand seigneur et homme de la cour, qui commandait slon en Flandre pour le roi ; on ne put Jamais obtenir de lulquecell0 réponse briève et péremptoire : « J'ai Tordre de démolir, et Je « d émoi irai . Si le roi m 'ordonnait de tirer sur le Saint-SaeremviU « Je tirerais. r* un ministre de Charles X a trouvé tout tlropieitlernièrement, défaire une déclaration à peu près semblable AuMi faut-il dire qu'il n'est point de plus fler ennemi ^\\ pouvoir absot»' et de défenseur plus ardent des libertés constituttonnelies-

(4; Marc-, X, 42,45.

\Jt) Lettre de Fentton sur la mort du DaupMn,flls de Louis XI fi Corrcsp., tom. i , p. tà2.— Lettre à l^uls XI r, ibld., t II,p<^-

ET DE LA GUERRE CONTRE L'EGLISE

toujours subsistantes du caractère aotichréticu de ses doctrines et de son action.

Certainement on ne doit pas se flatter qu'il s'opère, à cet égard, de changement prochain dans les esprits. 11 faut du temps , et beaucoup de temps, pour que les hommes s*éclairent; il faut surtout que le dur enseignement du malheur, plus puissant que la raison même , les dispose à considérer de sang-froid , et sans préventions , la vérité quMls méconnaissaient. Quand ce moment sera venu, ils s'étonneront d*avoir cherché au loin si vainement, avec tant de fatigue et de douleur , ce que le christianisme leur offrait de lui-même , et quMls ne pouvaient trouver qu'en lui seul , Tunion de Tordre et de la lil)erté.

M'est-ce pas, en eflRet, sous l'empire du christianisme catholique qu'ont pris naissance et se sont développées toutes les libertés européennes , en Espagne, en Italie, en France, en Angleterre, et partout où s'étendait Finfluence pontificale ? Ce n'est pas là, sans doute , ce que nous dit Thistoire, telle que les passions et les préjugés Tout écrite depuis deux siècles , mais c'est là ce que disent à chaque page les monuments contemporains ; et la curiosité heureuse qui porte aujourd'hui à les étudier, aura pour dernier résultat de venger l'Église des calomnies et des impostures accumulées contre elle pendant Fàge précédent.

Et déjà comparez sa vraie doctrine avec celle du gallicanisme. Voyez comme elle affermit le pouvoir etennoldit Tobéissance , comme elle pose d'une main ferme les limites de l'un et de l'autre, élevant, pour ainsi dire , autour de la liberté , une barrière également insurmontableet à la rébellion et à la tyrannie. Elle distingue deux puissances , mais sans diviser la société, qui est une essentiellement. Jésus-Christ en est le chef suprême ; et, comme le pontife , successeur de Pierre , est son vicaire dans l'ordre spirituel, le roi est son vicaire , son ministre dans l'ordre temporel. Car la société suppose deux choses , une loi éternelle , immuable , de justice et de vérité , fondement et règle des devoirs et des droits , et une force qui contraigne les volontés rebelles à se soumettre à cette loi. Donc deux glaives ^ pour parler le langage de l'Église : le glaive spirituel qui retranche l'erreur, et dont Fusagc appartient au seul pontife ; le glaive matériel qui retranche le mal , et dont l'usage appartient au prince seul. Mais, comme la force que ne dirigent point lajustice et la vérité est elle-même le plus grand mal, et ne peut être qu'une cause de désordre et de ruine, le glaive matériel

(1) Toyeilet Pièces JusUflcallres ,11. 1.

(2) Fer uplenllam ergO reget] régnant, quia taplenlla Patrlt, JusU apottolum, ChrliUit eit, qui est Rex regum. EpM. Ntcot. I adCaral- ealv- Labb., tom VIll, col. 409.

(3j jtpoe.f XIX, 16.

TOMF. II.

est nécessairement subordonné au glaive spirituel , de même que le corps doit être subordonné à la raison : autrement il faudrait admettre deux puissances indépendantes, l'une conservatrice de lajustice et de la vérité, l'autre aveugle et dès-lors destructive , par sa nature , de la vérité et do la justice. Or, qu'est-ce que cela sinon livrer le monde à l'empire de deux principes, l'un bon, l'autre mauvais, et constituer un véritable manichéisme social ? Quiconque , dit rÉglise, homme ou peuple, adopte cette erreur monstrueuse, sort par là même des voies du salut (1).

Nul droit, s'il ne vient de Dieu et n'est relatif à l'intelligence, u Les rois donc régnent par la sagesse, « c'est-à-ilire par le Christ, Roi des rois, qui est c( la sagesse du Père (â). » Cette royauté du Christ, qui est écriie sur ses vêlements et sur sou propre corps (Z), les gallicans la rejettent ; ils disent comme les Juifs : Nous ne voulons pas quil règne sur nous (4) ; nous n'avons point d'autre roi que César (5) : et aussitôt ils tombent dans la servitude de l'homme ; car César, n'ayant dès-lors aucun supérieur sur la terre , ne devant compte à personne de ses actes , et ne reconnaissant aucune loi qui Toblige en tant que César, ne saurait jamais, quoi qu'il fasse , et à quelque degré qu*il opprime, cesser d'être le souverain véritable et légitime , ni perdre son droit de commandement. Peuples qui gémissez sous l'exécrable tyrannie d'un Néron , ou d'un Henri YIII , obéissez donc , le galliAnisme vous l'ordonne ; souffrez avec patience , souffrez , s'il le faut , éternellement : c'est Dieu qui vous éprouve , ou qui vous châtie , selon les desseins qu'il a formés dans ses conseils impénétrables (6).

Mais voici qu'il s'élève une autre voix , la voix d'un des plus saints pontifes qu*ait suscités la Providence pour conduire l'Église du Christ : « Quant <c à ce que vous dites, que vous êtes soumis aux f rois et aux princes à cause du précepte de l'apôtre : «< Obéissez au roi comme au souverain (7), je u vous approuve en cela. Cependant voyez si ces <c rois et ces princes auxquels vous êtes soumis , <( dites-vous, sont véritablement rois et princes. 4( Voyez s'ils régissent bien , eux-mêmes d'abord, u ensuite le peuple qui leur est confié. Voyez s'ils « gouvernent selon le droit : autrement on devrait «( plutôt les tenir pour tyrans que pour rois, et t( leur résister, et s'élever contre eux , plutôt que u de leur être soumis. Car, si nous étions soumis à »c de tels princes , et non préposés sur eux , nous <( ne pourrions éviter de favoriser leurs vices. « Obéissez donc au roi qui est au-dessus des autres

(40 Luc, XIX, 14. — (5) Joan., XIX, 15.

(6) Le JaniénUme a porté Jusqu'au dernier excèf celle espèce de ratallime borrUite et dégradant. Voyez les Pièces JusllAcailvet, n. 11.

(7) / Pttr., H, 13.

DES PROGRÈS DE LA RÉVOLUTION

u par SCS vertus , et non par ses vices ; obéissez , «( mais, coinnie (litTapùtre, à cause de Dieu, et non « contre Dicu(l).>»

En même temps donc que le christianisme , élaMissaiit le pouvoir sur une ])ase divine, prête à la majesté royale un caractère sacré, il n'abandonne pas les peuples aux volontés ari)itraires des rois , et ne les laisse point sans remède contre les abus de la force. Il y a , au-dessus de Tordre temporel , une puissance qui veille sans cesse pour y maintenir l'observation de la loi de justice et de vérité (â) ; et le prince qui la viole fondamentalement , le prince qui essaie de substituer un pouvoir purement humain au pouvoir qu'il tient de Dieu, sous certaines conditions imprescriptibles ; le prince qui, refusant d'être le ministre, le vicaire du Christ, se révolte contre l'autorité de qui la sienne dérive , perd tous ses titres à l'obéissance ; et le peui)le opprimé peut et doit, à son tour, selon les lois delà société spirituelle, user de la force, pour défendre son vrai souverain , et se reconstituer chrétiennement (3). Cesi ainsi que , de nos jours môme , on a vu les Pays-Bas , par un généreux mouvement de patriotisme et de foi , reconquérir, les armes à la main, leurs libertés religieuses et politiques envahies par Joseph H (i) ; et c'est ainsi encore que les Bretons et les Vendéens, alors qu'une horrilde tyrannie pesait sur la France , ont combattu jusqu'à la mort I>our leur Dftu et pour leurs autels.

Mais jamais on n'ai>erçut mieux à quel point le ratholicismc empreint dans les âmes le sentiment de la liberté , sans néanmoins altérer le principe nécessaire de la soumission au pouvoir légitime, «in'à répoipie trop peu connue de la Ligue, l'une des plus belles de notre histoire, s'il est beau pour une nation de sauver à la fois , par un noble élan et une résolution ferme, ce qu'il y a de plus saint sur In terre, et de plus cher à l'homme qui ne vit pas d'une vie purement matérielle , la religion et les lois fondamentales de l'État. Nous savons tout ce

M) lUud vcrftqiiod dlcIUt, rcgibns et principibus vos cssc siib- Jt-clot, eo qiiod dicat apostoliis t Sive régi quast prœcrltenU t placct. Veruiiitaiiicn videlc, utrùm rcgcs isLl el principes qiiihus vos subjcclos c»8C dlclUs, vcracUer reges et principes sint. Videtc Al prlmùin se benè regunt, deludè siibdiUim poptilum : Namqui sihineqiiam est, culalitbonut erit? Vldcte si jure prlncipantur ailoqiil potlùstyrannlcredcndi sunt, qiiAin reges habeiidi -.qulbus inagis rcsUlcre, et ex adverso asccnderc , qiiâni subdi debcmus. Alloquin si talibus subdill , et non pnrlall fuerimus nos, necesse <*sl eoriim vllils faveamus. Ergô regi quasi pra'cellenti, vlrlullbiis sclllcct, et non vllils, subditi e&lotc, sed , sicut apo&ioliis ait , proptcr Deum , et non contra Deum. Nicol. /, Append. I; EptsL ly ad adventUium Episc. Metenscin. Labb.,\xnn. Vlll, col. 487.

i2) Parmi la foule de ceux qui accusent le chrlslianisme romain

de fomenter le despotisme, et de tendre partout â établir le i>ou-

volr arbitraire, il y en a |Kîut-étre qui seront étonnésd'apprendrc

qu'ime des règles de VIndex frappe spécialement les livres

propres à favoriser la tyrannie politique , et ce qu'on appelle la

qu'on peut dire sur les désordres de ces temps et sur les crimes qui ensanglantèrent particulièrement la capitale , et ce n'est pas nous assurément qui les justifierons. Mais l'odieuse tyrannie des Seize n'était pas la Ligue. La Ligue triom(>ha, et les Seize périrent. Les Seize, à la tète d'une troupe de brigands, exercèrent , comme les membres du comité de salut public , un despotisme populaire. La Ligue, malgré les passions et les intérêts privés qui s'y mêlèrent , dirigée par les maximes du droit public reçu, replaça la monarchie sur ses bases ébranlées. £t c'est surtout cet ancien droit, ce droit chrétien, aujourd'hui presque ignoré , que nous voulons faire remarquer dans cette grande confédération catholique, dont il fut le principe et la règle.

Un monument précieux, que les historiens appellent le Manifeste de la Ugue^ nous fournit, à cet égard, toutes les lumières désirables. Cet acte, intitulé : DÉcLARATioif des causes qui ont mû monseigneur le cardinal de Bourbon y et les pairs, princesy seigneurs^ villes et communes cathoU' qnes de ce royaume de France^ de s^ opposer à ceux quiypar tous moi/ens, s'efforcent de subvertir la religion catholique et VÈtatj commence ainsi OQ :

u Au nom de Dieu tout-puissant. Roi des roU, u soit manifesté à tous les hommes , que , ayant h « France, depuis vingt-quatre ans, été tourmentée t( d'une pestilente sédition, émue pour subvertir (( l'ancienne religion de nos pères , qui est le fort u lien de l'État , il y a été appliqué des remèdes , « lesquels (contre l'espérance de leurs majestés) se (( sont rendus plus propres à nourrir le mal qu'à <c l'éteindre; qui n'ont eu de la paix que le nom, et (( n'ont établi le repos que pour ceux qui l'auroient K troublé, laissant les gens de bien scandalisés en « leur Ame el intéressés en leurs biens.

it £t , au lieu de remède , qu'avec le temps on « pouvoit espérer de ces maux , Dieu a permis que <( les derniers rois soient morts jeunes, sans laisser u jusques ici aucuns enfants habiles à succéder à

raison d'f^fat. n item qux e\ genUlium placitls, moribus , exemplis, tyrannicam politicam favent, el quam falsd vocant rationen status, ab evan^elicA et chrIstlanA lege abhorrcntem Inducant, deleanlur. » ïlcgnlcv et observationes in Indicem librorum prokh bilorum. De correct ionc, J U.

(3) L'unique différence qui existe à cet égard entre la doctrina catholique et la doctrine prolestante, c*est que, d'aprèf la première, ces grandes questions qui intéressent la vie des peuple*, doivent être décidées parle tribunal suprême de rÉgll*e; tandis que. d'après la seconde, cbacun les décide par son Jugement privé. Voyez les Pièces justincatives,n. 3.

(4) L'Irlande, mais avec des doctrines moins pures, et qui pourraient plus tard compromettre sa caufe, s! elles pénétraient jusque d:flis le peuple, offre , en ce moment, le même spectacle, et les libéraux mêmes le remarquent.* Ouvertement, â la face M du jour, un peuple de sept millions d'hommes , ses prêtres en a tête, consplic pour la liberté cl\iie el religieuse.»' Globe f\}ï '1\ septembre IK2S.

i5j vojez l'acte cnller parmi les Pi f cet Justificatives j n. 4.

ET DE LA GUERRE CONTRE L'ÉGLISE

Si'ÔS

V cette couronne, et ne lui en a plu encore (nu

« regret de tous les gens de bien) donner au roi,

« qui maintenant règne (1), bien que ses bons sujets

« n*aient obmis, comme ils n'obmcttront à Favenir,

u leurs plus affectionnées prières pour en obtenir

« de la bonté de notre Dieu : en sorte qu'étant de-

« meure seul de tant d'enfants que Dieu avoit don-

u nés au feu bon roi Henry , il est trop à craindre

« (ce que Dieu ne veuille) que celte maison s'en

« aille, à notre grand malheur, éteinte sans aucune

u espérance d'avoir lignée ; et qu'en l'établissement

« d'un succe-sseur en TÉtat royal , il n'advienne de

« grands troubles par toute la chrétienté, et peut-

« être la totale subversion de la religion catholi(iue,

« a|>ostolique et romaine en ce royaume très-chré-

« tien, auquel on ne souffriroit jamais régner un

« hérétique, attendu que les sujets ne sont tenus

u de reconnoltre, ni souffrir la domination d'un

N prince dévoyé de la foi chrétienne et catholique,

i: étant le premier serment que nos rois font,

« lorsqu'on leur met la couronne sur la (ète , de

« maintenir la religion catholique, apostolique et

M romaine, sous lequel serment ils rcçoivenl celui

K de fidélité de leurs sujets , et non autrement. ;•

Tel était anciennement le droit public , non-seulement de la France , mais de l'Europe enliêre. Il n'est point de nation qui ne reconnût la religion catholique, apostolique, romaine, comme la loi jtremière et fondamentale de TÉtat ; c'est-à-dire (pie partout l'ordre politique avait sa racine dans l'ordre religieux, et que l'on n'imaginait pas l'existence possible d'une société civile indépendante de la société spirituelle : d'où il résultait que le ])rince infracleur de cette loi première et fondamentale était déchu de droit, et pouvait être déclaré, de fait, déchu de la souveraineté; car, d'un côté, il violait le serment qai formait le lien entre lui et le peuple , et , de Fautre, en détruisant la société spiriluellc, base nécessaire de la société politique, il dissolvait la société tout entière , et par conséquent sa propre souveraineté.

Ainsi l'avaient conçu toutes les nations chrétiennes : et de là s'ensuivait le droit manifeste, ou plutôt le devoir sacré de recourir aux moyens les plus efficaces pour maintenir Tordre légilime, sauver la religion, la justice , les lois , et prévenir la ruine totale de l'État. La constilution de la France offrait, dans l'assemblée des états-généraux, un expédient moins violent que l'emploi des armes, ])our alleindre ce but. Mais , à l'époque dont il s'agit , rexpérience avait montré l'insuffisance de ce remède.

u II avoit paru quelque rayon d'espérance, quand, u sur les fréquentes plaintes et clameurs de ce

(1 Icori III.

« royaume, on publia la convocation des états- >c généraux à Blois, qui est l'ancien remède des (( plaies domestiques, et comme une conférence « entre le prince et les sujets pour revenir ensemble « à compte de la due obéissance d^une part , et « de la due conserralion d'autre y toutes deux <t j'urdes, toutes deux fiées arec le nom roi/al et « règles fondamentales de r État de France; mais <( de cette chère et pénible entreprise ne resta sinon « l'autorisement du mauvais conseil d'aucuns, qui « se feignant bons polititpies , éloient en effet très- <( mai affectionnés au service de Dieu et bien de «t rÉtat : lesquels ne s'étant contentés de jetter le u roi, de son naturel très-enclin à la piété, hors de « la sainte et très-utile délibération qu*à la trèsu humble requête de tous ses États il avoit fait de Il réunir tous ses sujets à une seule religion catho- (( lique, apostoli<iue et romaine, afin de les faire « vivre en l'ancienne piélé avec laquelle ce royaume (I avoit été établi , s'étoit conservé, et depuis accru (( jusques à être le plus puissant de la chrétienté , « qui se pouvoit alors exécuter sans péril et presque « sans résistance, lui auroicnt au contraire persuadé « être nécessaire pour son service d'affoiblir et dimii( nuer Tautorité des princes et seigneurs cathoii- « ques, qui avec grand zèle avoient grandement (t hazardé leurs vies comballant sous ses enseignes, (( pour la défense de la religion calholiqiie : comme (( si la réputation qu'ils avoient acquise par leurs (c vertus et fidélité , les eût dû rendre suspects , au « lieu de les faire honorer. :»

La faiblesse de Henri ÏII, l'empire qu'exerçaienl sur lui des hommes insensés et pervers, le renversement des anciennes règles, le progrès sans crsse croissant de Tinfluence calviniste, le pouvoir ro}al près de tomber entre les mains d'un prince élevé dans l'hérésie, et qui alors même combattait pour elle, tout cela ne justifiait que trop les alarmes des catholiques.

D'autres griefs d'une autre nature venaient se joindre en foule à ces graves appréhensions; les lois sans force, les droits les plus saints violés ouvertement , tous les ordres de l'État opprimés par un arbitraire intolérable : » outre le mépris des choses « sacrées de la sainte Église de Dieu , en laquelle c désormais tout est tollu et poilu, la noblesse an- «: nullée, asservie et vilennée et tous les jours foulée (( misérablement de taxes et indues exactions qu'elle « paye malgré elle , si elle veut subslaiiKn* la vie , « c'est-à-dire, boire, manger et se vêtir ; les villes, « les officiers royaux et nKMiu peuple serrés de si t' près parla fréquentation de nouvelles impositions tt que Ton aj^pelle inventions qu'il ne reste plus « rien à inventer, sinon le seul moyen dy doiuicr t: un bon remède. »

DES PROGRÈS DE LA RÉVOLUTION

Que faire en ces circonstances ? Fallait-il souffrir qu*on abolit , avec la religion catholique , apostolique , romaine , la loi première et fomlamentalc de l'Elat? Fallait-il ployer sous l'oppression, abandonner des droits non moins légitimes, non moins sacrés que ceux de la royauté même ; consentit* à rétablissement d'un régime arbitraire , en sacrifiant toutes les antiques libertés nationales ; et enfin, par je ne sais quelle superstition d'obéissance , accepter passivement la servitude, et laisser périr la société chrétienne? Les catholiques ne le pensèrent pas. Chacun d'eux , élevant la voix , s'écria comme Mathathias : u Quand tous obéiraient au roi, et renonceraient à u la loi de leurs pères, pour se soumettre à ses coni- » mandements ; moi , mes fils et mes frères , nous (( o1>éironsà la loi de nos pères. Que Dieu nous soit « propice ! il ne nous est pas bon d'abandonner <( ses justices et sa loi (1). »

De là cette généreuse et invariable résolution , qui , pour le salut de la France , triompha de tous les obstacles, et raffermit, autant qu'il se pouvait alors, sur leur vrai fondement , les libertés publiques et la royauté.

u Pour ces justes causes et considérations , nous tt Charles de Bourbon , premier prince du sang , u cardinal de l'Église catholique, apostolique et M romaine , comme à celui qui touche de plus près u de prendre en sauvegarde et protection la religion « catholique en ce royaume, et la conservation des « bons et loyaux serviteurs de sa majesté et de «( l'État , assisté de plusieurs princes du sang, car- « dinaux et autres princes, pairs , prélats, officiers « de la couronne, gouverneurs de provinces, prin- »( cipaux seigneurs, gentilshommes, de beaucoup (c de bonnes villes el communautés , et d*un bon « nombre de bons et fidèles sujets , faisant la meil- « Icure et la plus saine partie de ce royaume ; ajuTS « avoir sagement pose le motif de cette entreprise, et « en avoir pris Tavis, tant de nos bons amis très-alfec- « tionnés au bien et repos de ce royaume, que des « gens de savoir et craignant Dieu, que nous ne vou- « drions offenser en ceci pour rien du monde : décla- « rons avoir tous juré el saintement promis de tenir »t la main forte et armes , à ce que la sainte Église »t de Dieu soit réintégrée en sa dignité et en la vraie et «( seule catholique religion ; que la noblesse jouisse, « comme elle doit, de sa francliise tout entière, et « le peuple soit soulagé de nouvelles impositions « abolies, et toutes criles ôlées. de])uis le règne du « roi Charles neuvième, que Dieu absolve; que les M parlements soient remis en la plénitude de leurs « connoissances et en leur entière souveraineté de « leurs jugements, chacun en son ressort , et tous

11' I Machab , IM9, 20.

« sujets du royaume maintenus en leurs goaverne- (c ments, charges et offices, sans qu'on leur puisse 4( 6ter sinon en trois cas des anciens établissemenls « et par jugement des juges ordinaires, ressortis- <( saut es parlements. »

'Cependant le respect pour la souveraineté demeurait tout vivant au fond des cœurs , alors même qu'une nécessité extrême et les plus saints devoirs obligeaient les catholiques d'opposer au pouvoir égaré , mais non encore déchu , une efficace résistance.

u Protestant, disent-ils, que ce n'est contre le roi t( notre souverain Seigneur que prenons les armes, u ains pour la luition et défense de sa personne, de <( sa vie et de son État, pour lequel nous jurons et «( promettons tous exposer nos biens et nos vies, u jusqu'à la dernière goutte de notre sang , avec (( pareille fidélité qu'avons fait par le passé, et de (c poser les armes aussitôt qu'il aura plu à sa majesté <( faire cesser le péril qui menace la ruine du seru vice de Dieu et de tant de gens de bien : ce que 4c nous supplions très-humblement faire au plus « tôt, témoignant à chacun par vrai et bon effet, «c qu'il est vraiment roi très-chrétien, ayantla crainte (C de Dieu et le zèle de la religion empreints en sod <( âme , ainsi que nous l'avons toujours connu , et K comme bon père, et roi très-affectionné à la con- « servation de ses sujets. En quoi faisant, sa majesté (C sera d*autant plus obéie , reconnue et honorée (( de nous et de tous les autres sujets, avec beaucoup (( de bienveillance : ce que nous désirons sur toutes « les choses du monde. »

Ainsi, dévouement sans bornes, soumission pleine d'amour au prince fidèle à Dieu, et qui gouverne selon sa loi. Mais si, abusant contre ce même Dieu de la puissance qu*il a reçue de lui, il s'affranchit de ses commandements, met en péril la foi des peuples, substitue la force au droit, ses volontés à la justice, renverse les règles, et s'efforce d'élever un pouvoir humain sur toutes ces ruines : résistance inflexible, inébranlable résolution de tout sacrifier, repos, biens, el la vie même, plutôt que de subir cet indigne joug , et d'humilier devant un homme des fronts que le Christ a marques du sceau de la liberté. C'est là ce (jue fît la Ligue. Elle appela les vrais chrétiens à la défense des seules choses (]ui donnent duj)rixà notre frêle existence; et, les convoquant, au nom de tout ce qui est doux et sacre, sous la bannièi*e du Roi-Sauveur, elle leur dit : « Recevons avec nous « tous les bons qui auront zèle à l'honneur de Dieu « et de sa sainte Ep,lise, et au bien el réputation de la «c très-chrétienne religion françoise, sous protesta- «' tion néanmoins de ne poser jamais les armes jus «c ques à rentière exécution des choses susdites, et «'. plutôt y mourir tous de bon cœur, avec désir d'être

£T DE LA GUERRE CONTRE I/ÉGLISE

« amoncelés dans une sépulture consacrée aux « derniers François morts en armes pour le service « de Dieu et de leur patrie. »

Libéraux , gallicans , monlrez-nous une doctrine qui inspire des sentiments semblables et de semblables paroles; alors, peut-être nous vous écouterons. Mais ne vous flattez pas de nous faire descendre jusqu'à vos lâches et serviles systèmes. Que li la révolution , violant tous les droits religieux et politiques , nous replaçait , sous ce rapport , dans des circonstances pareilles à celles où se trouvèrent nos pères , nous tournerions sur eux nos regards ; et, nous animant a la vue des grands exemples qu'ils nous ont laissés , nous dirions : Et nous aussi wiourons dans noire simplicité; il est beau de mourir pour les saintes lois de Dieu et de la palrie(\), )•

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