‹ Œuvres complètes de F. de La Mennais (volume 2)Chapitre 117 sur 226 · LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

LA RÉVOLUTION

l'autorité spirituelle, si PÉtat reconnaît une pareille autorité , ou demeurer entièrement libre. Quanta l'instruction qui a pour objet les connaîssanoet purement humaines, considérée dans sa liaison intime et nécessaire avec la véritable éducation , il est évident que les mêmes principes s'appliquent â l'une et à l'autre. On ne conçoit, sous aucun rapport, à quel titre le gouvernement inteniendrait^ dans l'instruction. Rien de plus libre par soc^ essence , de plus indépendant du pouvoir poli ^ tique (4). Les connaissances appartiennent à tous ^ comme la lumière du soleil. Elles sont le domaine conunun de la société , des familles , des indif idus. 11 n'est personne qui n'y ait un droit naturel et inaliénable. Seulement quelques-uns possèdent plus de moyens que d'autres de les acquérir : et encore en cela la Providence a pourvu au maintien de Pordre temporel, que troublerait un développement trop rapide et trop étendu des facultés iDtellc^ tuelles dans une grande masse d'hommes , en Irt dégoûtant de leur étal et les enlevant aux tranux indispensables de l'agriculture et de l'industrie, sans que , du reste , il en résultât pour eux aucun bien réel. L'équilibre entre la science utile et celle qui nuirait, s'établit de soi-même par la liberté. Il se forme naturellement une hiérarchie d'écoles, proportionnées chacune , dans les degrés divers de l'instruction qu'elles répandent, aux besoins, aux désirs , aux ressources des différentes classes de la société ; la religion même en foiule de gratuites, de sorte que, depuis la plus humble condition jusqu'à la |)lus haute, tous peuvent participer à cet enseignement gradué, et que nul n'est condamné nécessairement à l'ignorance , par le désavantage de la position où sa naissance l'a placé.

Le monopole de l'instruclion , qui produit l'effet contraire et ferme inexoraiilement les sources du savoir à l'immense majorité de la population , était un genre de tyrannie totalement inconnu au monde avant Bonaparte. Ne concevant le pouvoir que sous la forme du despotisme le ])Ius absolu, le despotisme militaire, il essaya de partager la France en deux catégories : l'une composée de la niasse du l>euple , en partie destinée à remjdir les vastes cadres de son armée, et disposée, par l'abrutissement 011 il la voulait maintenir, à une obéissance ])assivc et à un fanati<|ue dévouement ; l'autre, plus élevée à raison de sa seule richesse, devait conduire la première selon les vues du chef qui les dominait également, et, pour cela, être formée elle-même dans des écoles où , en même temps qu'on la dresserait à une soumission ser\ile et, pour ainsi dire , méca-

chréltcnncs, qui. unissant, d'une manière Inséparable, ridée de frcic'Mce el celle de libcrlé, dUaicnt avec raiM)n , non [*as le roxaumef mais la république des lettres.

ET DE LA GUERRE CONTRE L'ÉGLISE

ntque, elle acquerrait les connaissances relatives surtout à Tart de la g;uerre et à une administration matérielle. Les liens de la vanité et de Tintcrèt devaient ensuite rattacher à sa personne , et Tidentifier, en quelque sorte, à son système de gouvernement. Telles furent les pensées qui présidèrent à la création de Tuniversilé impériale. Ge ne fut en réalité qu'une ap])Iication des maximes de Robespierre. Bonaparte, au reste, réçna trop peu pour affermir son ouvrage, et pour recueillir tous les fruits qu'il s'en promettait. Cependant il y avait dans la volonté de cet homme extraordinaire une si étonnante vigueur, et tant de prestige dans sa gloire, qu'au moment où il succomba, presipie toute la jeunesse française était déjà comme emportée dans la sphère de son sinistre génie.

Après lui l'université devint ce qu'elle a continué d*ètre : premièrement une odieuse institution fiscale, ?eiatoire pour les familles, sans aucun avantage pour l'État, forcé, au contraire, d'ajouter annuellement une somme considérable au produit de la subvention , nous ne disons pas illégalement, mais tyranniquement perçue ; secondement un moyen (Toppression religieuse, ainsi qu'on le verra bientôt; et enfin une violation directe et permanente des droits les plus sacrés qui puissent exister sur la terre. Car, d'une part, le gouvernement contraint d'acheter, au prix qu'il y met, rinstruction qui, par sa nature, doit être libre et accessible à tous; et, de l'autre, il oblige les pères de famille, ou à souffrir que leurs enfants demeurent privés de toute instruction, ou à les exposer, dans des écoles dangereuses, à perdre leurs mœurs et leur foi.

Certes, nous le répétons, jamais, depuis l'origine du monde , un si exécrable despotisme n'avait pesé sur la race humaine ; et, si quelque chose prouve à quel point la vraie notion de la liberté s'est altérée de DOS jours, c'est sans doute la honteuse patience avec laquelle on l'a supporté jusipi'A présent.

Quand , pour le justifier, le ministère nous parle de je ne sais quel droit de surveillance , que personne, dit-il, ne conteste à l'administration (I), ignore-t-ii donc que , hors les cas prévus i>ar les codes, et qui rentrent dans le domaine de la justice commune , ce droit qu'elle a])pclle de surveillance est, au contraire, précisément ce qu'on lui conteste? En ce qui tient à l'instruction , il est clair qu*il n'existe point de surveillance imaginai)le ; car, dans Tordre des connaissances purement humaines, tout est bon ou indifférent en soi. Et, quant à l'éducation réelle ou aux doctrines religieuses et morales, elles ne sauraient la regarder en rien . ni suivant les principes constamment admis, ni selon les maximes

(0 MTettagerdu ISJuilIct 1828.

sur lesquelles repose notre législation actuelle. Son intolérable prétention de surveiller les doctrines n'est ([ue la prétention de les dominer, et d'imposer, par un enseignement exclusif, celles qu'il lui plaira de faire prévaloir, c'est-à-dire, toujours celles qu'elle jugera le plus conformes à ses intérêts : et encore quelle distance énorme d'une sinqtle surveillance au monopole entier de l'instruction !

Ici tous doivent être d'accord , (pielles que soient d'ailleurs leurs opinions : il ne doit y avoir qu'un sentiment pour repousser cette indigne oppression morale et intellectuelle ; et , puisqu'on parle de liberté , (\\\\m commence donc par briser les fers dont on s'efforce d'enchaîner les ùmes mêmes.

l'ne seule chose aujourd'hui est du ressort du gouvernement, c'est de favoriser la diffusion et le progrès de la science, en instituant des cours élevés que chacun puisse suivre librement. L'université telle qu'on l'a faite , et en général le régime des collèges, tue les fortes études, et c'est une des causes principales de l'infériorité de la France sous ce rapport. Au lieu de persécuter , au lieu d'opprimer, fondez, sur une grande échelle, des institutions analogues à celles <iui existent en Angleterre et surtout en Allemagne ; alors vous rendrez au pays un service réel , alors cette ardeur de savoir qui tourmente la génération nouvelle produira un vrai dé\eIoppement du génie national. Voilà ce que réclame de vous l'état du siècle et des esprits. Mais, ne filt-ce que i)ar pudeur , ne nous vantez pas votre zèle pour la science , lorsque vous ne savez qu'étendre votre hideux despotisme jusqu'au Catéchisme et au Rudiment. ^

Le i>rogrès en ce genre a été rapide , et il le deviendra davantage chaque jour. L'ordonnance du 121 avril n'était que le prélude de celles du 10 juin , dans lesquelles le ministère , s'élevant au-dessus de tousles droits et de toutes les lois , a déployé, comme on devait s'y attendre , avec tout ce qu'il y a naturellement de violence dans la lâcheté, un luxe de tyrannie qui n'avait point encore eu d'exemple. Il ne reste plus rien à dire sur ces ordonnances fatales, qui provoquèrent, dès qu'elles parurent, les saintes réclamations de l'éjàscopat français (2) , dont 31. l'évèque de Cliartres et quelques autres prélats, non moins vénérables par leurs vertus que par leurs lumières , ont signalé les vices et le caractère antichrétien, tandis que MM. Lanrentie, Uerrycr fils, O'Maliony , et tous les écrivains attachés à la cause catholique, montraient ce qu'elles renferment d'illégal , d'odieux , d'oppressif, et en prédisaient les suites funestes.

La première , signée Portalis, expulse les jésuites

{2} Voyci le» Pièces Juitiftcativet , n. 5.

DES PROGRÈS DE LA RÉVOLUTION

des pcliU 8éinIoaircs qu*ils occupaient , au nombre de huit. Cet acte d'injustice administrative était depuis lonj^temps sollicité , avec des cris de fureur, par la révolution. Elle voulait, comme Voltaire, manger du Jc6'Utte, et M, Tortalis s'est chargé d*apaiser sa faim. Ce n'est ici ni le lieu, ni le moment de juger la compagnie de Jésus, et de chercher, entre les calomnies de la haine et les panégyriques de l'enthousiasme, la vérité rigoureuse et pure. Rien de plus absurde , de plus inique , de plus révoltant , que la plupart des accusations dont elle a été l'objet. On ne trouverait nulle part de société dont les membres aient plus de droit à l'admiration par leur zèle et au respect par leurs vertus. Après cela, que leur institut, si saint en lui-même, soit exempt aujourd'hui d'inconvénients , même graves ; qu'il soit suffisamment approprié à l'état actuel des esprits, aux besoins présents du monde, nous ne le |iensons pas. Mais , encore une fois , ce n*est ici ui le lieu , ni le moment de traiter celte grande question; et nous ressentirions une peine profonde s'il nous échappait une seule parole qui pût contrister ces hommes vénérables , à Tinstant où le fanatisme de l'impiété persécute sous leur nom l'Église catliolique tout entière.

El à quel titre les poursuit-on? où est la loi qui interdit aux Français de se réunir pour vivre ensemble d'après un mode d'association convenu , et suivant une règle volontairement acceptée , en ne réclamant d'ailleurs aucun privilège, aucune exemption du droit commun? {}ue si celte loi n'existe point (et l'on défie de la produire), si Ton n*a pas encore annoncé la prctenlion de pénélrer dans la conscience i)our lui demander i^ompte des devoirs qu'elle s'esl imposés , des engn[',ements intérieurs qu'au fond du sancluuire sacré uuverl a Dieu seul elle a pu contracter envers lui , en vertu de (juclle maxime ose-t-on ravir adHiinistralivenieiil à quelques hommes une liberté que le Icgislalcur accorde à tous indislinetenient?

Ce nVst pas là ce que nous faisons, s*écrient les ministres : et cela est vrai, car ils font pis. Déclarer fraiichenient qu'on met hors des luis une classe de Français , j^ar cela seul qu'on le veut et qu'on est le plus fort, serait moins odieux mille fois, que de piclrndre, a\ec toutes les ruses d'une basse hypocrisie, légitimer la i»crséculion. Vous êtes libres, disent-ils aux catholiques, de vous lier par des vœux que rÉtat ne connaît point , sur lesquels il n'a ni ne peut avoir aucune aulorilé dans le for intérieur. Il vous est permis d'clre membres d'une congrégation religieuse, connue au protestant de s'agréger à la communauté des frères nioraves. Nous ne vou-

.1) Ordonnance ttu lit Juin.

;-. H Voii,! une OtrJii^» ièt;lc iui|iu)>Cc au pays : c'eA la lui du

Ions pas plus gêner votre conscience que la sienne. A Dieu ne plaise que nous portions la moindre atteinte à la liberté voulue , garantie par la Charte î Ministres , tel est votre langage: voyons maintenant vos actes.

u Voulant pourvoir à Texéculion des lois du (c royaume,

u Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :

K Art. 1<^. A dater du 1^ octobre prochain, tous « les établissements connus sous le nom (Técaies » secondaires ecclésiastiques y dirigés par dei u personnes appartenant à une congrégation reli- <( gicuse non autorisée, cl actuellement existants « à Aix , Billom , Bordeaux , Dùlc , Forcalquier , u Montmorillon , Saint-Acheul et Sainte-Anneu d'Auray, seront soumis au régime de runiversitf.

« S. A dater de la même époque , nul ne pourra « être ou demeurer chargé, soit de la direction, soit «( de l'enseignement dans une des maisons d'édut( cation dépendantes de l'université , ou dans une u des écoles secondaires ecclésiastiques , s'il n'a afu firme par écrit qu'il n'appartient à aucune conu grégation religieuse non légalement établie en « France (1). »

Ceci est clair , je vous entends ; mais entendei aussi la voix de vingt-cinq millions de catholiques, à qui ces dispositions oppressives ont arraché simultanément un cri de surprise et d'indignation. Comprenez tout ce qu'elles renferment de contraire aux droits les plus sacrés , ainsi qu'à ces iois du royaume, à rexécution desquelles vous voulez pourvoir j dites-vous.

Vous violez le droit de propriété, en dépouillant des hommes, «pii n'onl enfreinl aucune loi quelconque , dVta!)lissemenls formés par eux sous la l)rotecti()n de la loi même.

Vous violez les droits de Tépiscopal, en soumeltanl, par un simple acte de votre volonté, au régime universilaire, des écoles ecclésiastiques sur lesquelles vous n'avez ni ne pouvez avoir aucune autorité légitime.

Vous violez les droits des pères de famille , eu leiu" enlevant le moyen de Taire élever huirs enfants selon les principes de leur foi, et dans la pratique, suflisauunent assurée pour eux, de la religion qu'ils professent.

Vous violez avec la Charte les droils de tous les Français, en créant à votre bon plaisir des ilR\qKtcités civiles résultantes, non pas d'un motif de l'ordre civil , mais d'une cause purement religieuse , d'une condition prise dans Tinlérieur de la conscience : ini(|uilé telle qu'elle a révolté jusqu'aux rédacteurs libéraux du (ilobe (î2).

7V.î/dc rviiijleU'rrc, cL conimrnliiiipoiiOc.' Ce mot tic coiiijr^i;^tioii, ijulnc ftigniUe l>â» corpoiatioii , qui ne i.-ippelle aucun dr^

ET DE LxV (iUERUE CONTRE l/ÉGFJSE.

2rr>

Vous Tîolez la conscience même , en forçant des hommes a révéler contre eux un secret dont ils ne doivent compte qifà Dieu seul , ou à mentir pour échapper à votre oppression.

Vous établissez une inquisition dont Henri VIII, dans ses plus grands excès , n*a pas fourni d'exemple: car il n'obligeait pas les catholiques d'être euxmêmes leurs délateurs.

Vous violez les droits de l'Église, et vous l'insultez , en excluant de l'enseignement ceux à qui elle donne mission particulière d'enseigner , ceux qui font une profession plus étroite de la perfection qu'elle recommande aux chrétiens.

Vous violez plus directement encore ses droits divins, en étendant à ses propres écoles celte exclusion monstrueuse.

Voila les libertés dont la France vous rend grâces : elle en avait déjà connu de semblables, de phis étendues même, soUs l'empire et auparavant ; mais elle i>eut désormais espérer de tout recouvrer. .Misérables aveugles, dignes d'une immense compassion, l'avenir vous apprendra , ce que vous ne savez pas encore , combien petite est la distance qui sépare l'homme de peur de Thomme de crime. La révolution vous applaudit : je le crois, certes; que faitesvous qu'obéir à ses injonctions ? Opprimez , persécutez , tyrannisez à son profit , sa reconnaissance nous vengera.

Vous parlez comme elle de \ ordre légal : et que veut dire ce mot? II y a eu , je pense , plus d'un ordre légal de 1795 à 18â8. Tout cola, était-ce Tordre véritable, la justice, la liberté? Suffît-il que la force commande pour qu'il y ait ordre , pour qu'ily ait loi? Répondez, ceci est grave. Quand la loi conduisait sur la place Louis XV celui qu'en ce moment je n'ose nommer, qu'était-ce à vos yeux que cette loi? lui devait-on respect , soumission? J*alteods ce que vous direz. Mais vous ne direz pas que le régicide, les proscriptions, les spoliations, et tant d'autres forfaits , fussent ce que vous appelez Tordre légal. Il existait alors aussi, cependant, une

cnfagemenU des aoclconei communautés rcliglcuies, aucun det drolUque notre vieux régime ieur conférait, ce mol seul dccongrécallon couvre un crime, emporte une incapacité civile !... En vérité, Doui n*y concevons rien : c*eit faire de l*abiurde pour le «cul plaisir d'en faire, c'eut créer un antécédent déplorable, c'est renouveler les blUets do coufession , les déclarations de civisme; c'est commander l'hypocrisie , le mensonge , et le commander MDS néccssllé. ■ Le Globe,

(t; Ce qui a donné naissance â la théorie moderne de l'ordre légal, c*est premièrement le besoin d'un prétexte pour opprimer avec une apparence quelconque de droit, secondement la néccssllé où se trouve le libéralisme dogmatique, après avoir rejeté toute règle de Justice immuable et divine, et par consi^quenl détruit la notion du devoir, de soutenir ou qu'on n^v^l Jamais, et en aucun cas, teuu d'obéir A ce que le pouvoir commande, uiaxinie qui renverse Immédiatement la société -, ou qu'on doit toujours obéir à la loi quelle qu'elle soit, c'est-A-dlre aux prescriptions arbitraires de la force actuellement prédominante. Au contraire, le

force, un pouvoir public. Il y a donc un ordre contre lequel la force, le pouvoir ne peut rien; une loi qui juge les lois mêmes. Qu'est-ce que cette loi? la connaissez-vous? et, dans le conflit entre elle et les volontés arbitraires , oppressives , de la puissance humaine, qify a-l-il a faire (1)? Imprudents! quel vertige vous étourdit; et comment ne tremblezvous pas de contraindre la France à |>oser ces questions terribles, et à les résoudre peut-être?

11 nous reste â parler d'une troisième ordonnance qui complète le système de persécution suivi par le ministère, sous la direction du libéralisme. A raison du caractère de Thomine ([iii l'a i)i'ovoquée, celle-ci est en <}uehpie sorte empi'einte d'un sceau particulier, et comme de je ne sais (piel signe semblable à celui que Dieu imprima sur le front de fauteur du premier meurtre. La Providence a permis (pi'un évêquc .se rencontrât , qui , possédant tout ce qu*il fallait pour préparer un schisme, et .sentant au fond de lui-même le triste courage d'être dans l'Église ce qu'était, selon les doctrines de l'antique Orient, A hriman dans l'univei'S, n'a point été effrayé de se rendre comme lui le chef de ceux qui n^ ont point de chef.

H a dit au roi : » Il s'écoulera bien des années (( avant que le personnel du clergé soit en proporc tion avec les besoins de la France, et que les évéit qiies puissent répondre aux instantes prières de <c toutes les ])Opulations qui demandent des pas- " leurs (2) ; »• en conséquence , je propose à votre majesté de réduire de moitié le nombre dos élèves qui annoncent l'intention de se consacrer au saint ministère.

Il a dit aux familles : Vous avez une répugnance naturelle (3) A permettre que vos enfants embrassent une carrière semée de tant de dégoûts et que cha({ue jour ou rend plus pénible ; eh bien ! sachez désormais à quoi vous les exposez, en souffrant qu'ils éprouvent leur vocation dans une école ecclésiasti<|ue : sll leur arrive plus tard de reconnaître qu'ils n'étaient pas réellement appelés, ils perdront tout le fruit de leurs études; l'accès de toute autre

christianisme, ne séparant jamais ces deux choses également saintes, également indlspensai>les , l'ordre et la liberté , ordonne d'être soumis à la puissance, c'ost-A-dlre, A Vautorité et a la raison ; et, fixant aussitôt, pour prévenir la t) rannie, la règle et les limites de cette soumission, il déclare qu'elle n'est duequ*aus commandements Justes et ratsonnait/es , selon Dieu , Vautorité ecclésiastique, et le droit civil. W nous semble pourtant qu'il y a quelque dignité dans celte doctrine, et qu'A tout prendre cela n'est pas trop mal pour le neuvième siêcle.« SI quis potestati regisp, « qua: nouent, juxta apostolum, nlslADeo, contumacl ac Inflato M spiritu contra auctorllatem et ratiunem, pcriinaciter contra- <i dicere pra'sunipscrit, et c>jus jUfttU ac ratlonablllbus imperils « sccundum Deiwn et auclorilateni cccleoinMlcam .ic jus civile « obteni|*erare irrofracablliter noluerlt, anatliematlxetur. » Concit Parisiens.; ailAs Mvldcns. 84(>, c. xv.

(2) Rapport au roi, par ■• reutricr, évéqucde Beauvais. ^fef^ sagrrilu 18 juin I82S.

[3} Ibitl,

DES PROGRÈS DE LA RÉVOLUTION

profession leur sera fermé ; le grade de bachelier es lettres, exigé pour être ailmis dans les écoles de droit, de médecine, etc., leur sera complcfement inutile (1).

I] a dit aux évèques : Vous avez entendu de la bouche de Jésus-Christ celte parole : déliez et enseignez; et moi je vous dis : Vous n'enseignerez pas sans Taulorisation royale; vous n*aurcz dVcoles qu*autant qu*il plaira au pouvoir civil, et, pour rendre plus efficace sa surveillance sur votre enseignement, il est enjoint aux supérieurs etdirec^ teurs nommés par vous de ne commencer leurs fondions qu\tprès avoir obten u son ag rément (2).

Il a dit à Dieu : Ton sanctuaire est désert , tes autels sont abandonnés ; les petits enfants demandent du pain, et il fi'y a personne pour le leur rompre (3) : leurs cris m*importunent ; je te permets donc de te choisir vingt mille prêtres parmi les Français : mais pas un de plus , entends-le bien!

On sent ({u'il n*est pas question de discuter des droits, lorsqu*ils sont tous si clairement violés, et avec tant d'audace. Mais, comme il fallait au moins un prétexte, quel qu'il fût, on a parlé des intérêts de Tuniversité ; et , pour venger le monopole , et propager le bienfait d*unc éducation généralement accusée d'être antichrétienne, un évêque a frappé le sacerdoce dans sa racine. Et, si on lui demande raison, au nom de Jésus-Christ, de cet énorme attentat contre sa doctrine , ses lois , et , puisqu'il faut le dire, contre sa rédemption même, dont il ose ravir le fruit dM\ populations qui, dans leur délaissement, sollicitent des pasteurs avec d'instantes priéres (4), que répond-il? »i Je pense , avec un orateur it entendu avec faveur sur ce sujet, que les discusu sions calhoIi([ues et religieuses sont déplacées à « cette tribune. Le clerîjé ne doit être ni attaqué « avec amertume , ni défendu avec chaleur et en- « thousiasme (15). » 11 s'est mis , certes , fort à l'abri de ce dernier inconvénient.

Mais remarquons ici les inconséquences des partis, et combien , souvent , il y a loin <le h iirs principes A leurs oeuvres. Le lilK^raiisme proclame avec faste la liberté, il abonde en protestations de son amour pour elle; et, quand on attaque, dans un sens opposé au catholicisme, toutes les libertés religieuses ensemble, et jusqu'aux libertés naturelles tle la famille, il applaudit et tressaille de joie.

A l'entendre , quoi de plus odieux que le monopole et le privilège? II ne combat, si Ton veut l'en croire , que pour en affranchir le monde. A merveille : mais s'agit-il du privilège de l'éducation, du monopole des doctrines et de tout ce qui forme

(I) napport au roi, par M. r<?v(yqtic de Bcauvals.

{V, Ibfft.

(.1) Jercm-, Thren ,1V, 4.

l'homme moral et intellectuel , il trouvera bon que le gouvernement se l'arrogé , il le pressera ménie d'établir une servitude au-dessous de laquelle on ne peut rien concevoir ; et, si les prêtres élcvenl la voix pour réclamer en faveur du droit paternel et de la liberté de conscience, il taxera de rébellion cette résistance à l'esclavage , et provoquera contre eux les violences du pouvoir qu'il domine, et qu'il pousse impérieusement à la tyrannie.

11 affecte un grand zèle pour l'instruction du peuple, il veut qu'on la répande jusque dans les dernières classes de la société ; et , reprochant à l'Eglise d'étouifer les lumières, il l'accuse de tenir les houunes dans une ignorance profonde, afin de régner sur eux plus aisément, après les avoir abrutis. Si je com[)rends bien ces accusations , il faudrait que l'Église , pour répondre aux besoins du siècle et aux désirs du libérahsme, s'occupât d'instruire la population ignorante : je ne saurais y trouver un autre sens. (^)u'arrive-t-il néanmoins? On dit au clergé : « Vous multipliez vos écoles au delà de «: toute mesure; vingt-cinq mille enfants qui ne se te destinent point à l'état ecclésiastique , y sont in- K slruits par vous, la plupart gratuitement. » Aussitôt le libéralisme , enflammé de colère , demande qu'on supprime au plus vite ces écoles illégales ^ et qu'on ne tolère que celles de l'université, qui n'ouvre ses portes qu'aux enfants des riches. Est-ce assez de passion et assez de misère ?

Lorsque les ordonnances que nous venons d'examiner rapidement ]>arurent, tous les catholiques se sentirent blessés dans leur foi, dans leur conscience, dans leur liberté ; et l'opposition qu'elles éprouvèrent révéla aux ministres ce qu'ils ignoraient, la puissance de l'esprit religieux en France, puissance que l'on connaîtra bien mieux encore plus tard. I^s évêques , donnant l'exemple qu'on attendait d'eux, se refusèrent à l'exécution de ces mesures lyranniques et antichréliennes. Alors le ministère, pressé entre répiscopat et la révolution, négocia, usa de ruse : il promit à l'une des violences , et à l'autre des ménagements, sans satisfaire personne. Un agent qu'il avait, dans son embarras, expédié en toute IiAte à Rome , en rapporta une lettre mystérieuse dans la<iuelle , dit-on , le secrétaire d'Etat , de nulle autorité d'ailleurs dans l'Église , engageait les évêques à s'en rapporter à la piété du roi; comme si le roi était maître en cela de suivre les pieuses inspirations de son cœur, connue si sa piété personnelle changeait la nature des choses , et rendait moins désastreuses des dispositions où tout le monde voyait la violation des devoirs les plus sacrés , la ruine du

(4^ napport au roi, par M. iV.viquc de BcauvaU. {:>: lUxcours de M- Fcutrier d.iiis la séance du 7 JulUet. MetSO» ger tiet C/tamOrcs dn 8 Juillet ISI^.

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