‹ Œuvres complètes de F. de La Mennais (volume 2)Chapitre 12 sur 226 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

OU un pouvoir souverain de juridiction sur ses membres , ce sont des faits si éclatants que personne ne songera même à les contester.

On ne contestera pas davantage que cette société aie constamment reconnu pour chefs les successeurs de l'apôtre à qui Jésus-Christ avait dit : « Tu es « Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église , « et les portes de l'enfer ne prévaudront point <c contre elle, et je te donnerai les clefs du royaume u des cieux , et tout ce que tu lieras sur la terre « sera lié dans le ciel, et tout ce que tu délieras sur <( la terre sera aussi délié dans le ciel (5) ; » et encore : t( Pais mes agneaux , pais mes brebis (6) ; » usant des mêmes expressions par lesquelles il conféra la puissance spirituelle au corps des pasteurs , mais adressant alors la parole à Pierre seul, et soumettant à cette puissance dont il Finvestissait particulièrement, et les agneaux et les brebis y c'est-à-dire les fidèles et les pasteurs mêmes , ainsi que les uns et les autres l'ont toujours cru (7).

On voit donc, dès l'instant où il commence à remplir publiquement sa divine mission , Jésus- Christ annoncer qu*il fondera une Église , une véri^ table société ; et, bientôt après, effectuer sa promesse en communiquant à ses apôtres , et principalement au premier d'entre eux , le pouvoir qu'il avait reçu de son Père : « Tout pouvoir m'a été donné au ciel « et sur la terre (8) : comme mon Père m'a envoyé , « je vous envoie (9). »» Ce qui constitue, en effet, la société , c'est le pouvoir ; et de la nature du pouvoir dépend la nature de la société. Là où le pouvoir suprême, la souveraineté, appartient à tous ou à plusieurs , la société est démocratique ou aristocratique ; là où un seul est souverain et n'a au-dessous de lui que des pouvoirs subordonnés, elle est monarchique. Mais toujours faut-il une souveraineté , un pouvoir suprême qui ait le droit de commander et à qui l'on doive obéir, pour qu'il existe une société quelconque : et déjà Fon conçoit que toute secte qui refuse de reconnaître un pareil pouvoir, qui nie l'autorité et proclame l'indépendance individuelle , n'est point une société , n'est point une Église , et par cela même elle est frappée du terrible anathème prononcé par Jésus-Christ : » Celui qui « n'écoute point l'Église, qu'il vous soit comme un <c païen et un publicain (10). »

Il suit de là encore qu'on ne saurait , en aucune

pematns, boc Ipso luet maxfmas pcenas ; etiam si csttera suppll' cla, quae putaalur , effugerit. Cieer. , op. Lactant, Itui. Divin., llb. Yl,Gap. Tiii.

(3) Matth., XXVIilf 19, 20. Lue. . XVI, 15, l6.

(i)Itfalih., XVIIl,i8.-(5;/6.,XVI,18, 19 — 6) /oan., XXI,16J6.

(7) SIcut Cbristns accepft à Pâtre sceptrum Ecclesbe genUum , sIcPetroet ejus successoribus plenissimè commlilt et nulll alU. S. Cyril. Thetaur., slve Tract, de Trtnitaie.

{%} Maith., XXVIII, 18. — (9) /MPI , XX, SI.

(lS)jr«l/*., XVIII, 17.

DE LA RELIGION DANS SES RAPPORTS

société, altérer le pouvoir sans altérer la société même et changer sa nature. Or, changer la nature d'une société divine , évidemment ce serait la détruire : elle est ce que Dieu l'a faite, ou elle n'est point. Si donc Jésus-Christ a établi le régime monarchique dans l'Église, si le pape y est souverain, attaquer son autorité, limiter son pouvoir, c'est détruire l'Église; c'est essayer de substituer un gouvernement humain, un gouvernement arbitraire, à celui qu'elle a l'eçu de Jésus-Christ.

Et maintenant observons que nul n*est associé à Pierre , lorsque le Sauveur déclare qu'il bâtira sur lui son Église contre laquelle les portes de Venfer ne prévaudront point, et lorsqu'il promet de lui confier les clefs, symbole du pouvoir souverain, de cette pleine puissance que les conciles œcuméniques ont reconnu appartenir au pontife romain. Ficaire de Jésus-Christ, chef de toute VÉglise , Père et Docteur de tous les chrétiens (1). Le voilà donc distingué de tous les autres pasteurs par le suprême Pasteur lui-même, et distingué, comme l'explique un concile universel, par l'étendue de sa puissance , qui n'en admet ni de supérieure ni d'égale, puisqu'elle lui soumet l'Église entière. Le sixième et le huitième concile œcuménique ont également reconnu, en termes exprès, la souveraine et infaUlible autorité du successeur de saint Pierre (2).

Gerson, malgré des préjugés qui rendent ses paroles plus remarquables, avoue que « Jésus-Christ ic a fondé son Église sur un seul monarque suie prême , le pontife romain , en qui seul réside la t( puissance ecclésiastique dans sa plénitude (3). » Ainsi l'Eglise est une monarchie, et le pape en est Tunique souverain , étant seul investi de la plénitude de la puissance : et c'est aussi la doctrine d'Almain, qu'on n'accusera pas plus que Gerson d'avoir voulu flatter Rome. Il avoue que Jésus-Christ a «tabli dans son Église une police royale et monarchique, de sorte qu'en vertu de ce pouvoir monarchique, «de pape seul possède une autorité primitive c( qui lui soumet tous les autres, sans qu'il soit sou- «( mis à aucun. La puissance universelle de faire <( des canons obligatoires pour tout l'univers a été

(1) Deflnlmtis tanctam tpottollcam Sedem, et romanum pontl- Acem inunivcrsum orbem (enere primaluni, et Ipsum pontlûcem romanum succesiorem etse beaU Petii, prlnclpU apostolorum,et Yerum Christi Vicarluro ; toliutqae Eccleslc caput et omnium chrUliaoonim Patrem ac Doctorem exlslere, et Ipsl lo betto Petro pascendi, regendi ac jubernandiuniversalem Eccleslam à Domino noftro J.-C. plenam potestatem tradltam eMe. Acta eoneil. Fiorent., Labb., lom. Xlll, col. 515.

(2) Vld. de Summi PontificU Âuctorttate DisierteUionet , cap. xviit et XX; OEuvre* de Fénélon, tom. II, édHIon de Veri<UUe».

(3) Eccletia In uno monarchA aupremo per unlveraum fundata eat A Ctaristo. De auferibititate Pttpof, consid. VIII^ Oper., 1. 11, col. 213.— Poteataa eccleslastlca In auA plenltudlne ett Tormallter et subjective in solo romano pontiflce. DepotesLEcclef., contld.X: •bid.f col.239.— PleolludojurlsdlcUonicreiidet apud papam, et

«c donnée à un seul, savoir, à Pierre et à ses succès^ u seurs, et elle n'a été donnée à nul autre. Un seul « est investi de la puissance suprême , et l'Église u n'est une que par l'unité du chef; elle forme un « corps mystique dont le pape est le chef : le pou- « voir du pape, dans les choses spirituelles, est un « pouvoir souverain, et ce genre de gouvernement « ne peut être changé; n c'est-à-dire, observe Fénélon, ^( qu'on ne peut en faire un gouvernement ^i aristocratique ou démocratique (4). »

>c Nous ne mettons point en doute votre princi- » pauté , très-«aint père; mais nous disons : Soyez « notre prince ( Is. , III, 6 ). Nous savons et nous « confessons hautement que la principauté ma- « narchique a été établie de Dieu ( dans l'Église ), « non-seulement selon la commune providence du « monde , mais aussi par l'institution particulière <c de Jésus-Christ , et que vous la possédez par une t( vraie et légitime succession (5). »

Ainsi parlaient au pape Eugène IV les ambassa* deurs de Charles YIl ; et cette doctrine est si constante et si sacrée dans l'Église catholique , que la faculté de théologie de Paris , en censurant le livre de Marc-Antoine de Dominis , a déclaré la doctrine contraire hérétique et schismatique (6).

Il n'est pas jusqu'aux luthériens qui ne hissent disposés à reconnaître cette importante vérité , au temps de Mélanchton. u La manière, dit Bossuet , « dont il s'en explique dans une de ses lettres , eH u admirable, » Et, après avoir cité un passage trèsfrappant de cette lettre , il ajoute : u Voilà ce que « pensait Mélanchton sur l'autorité du pape et des u évêques. Tout le parti eii était d'accord quand il « écrivait cette lettre : Nos gens, dit-il, demeurent « (Taccdrd, Bien éloigné de regarder l'autorité des «c évêques, avec la supériorité et la monarchie du « pape , comme une marque de l'empire antichréu tien , il regardait tout cela comme une chose détf sirable, et qu'il faudrait étabUr si elle ne l'était « pas (7). »

Que l'Église soit une monarchie , on ne le peut donc nier sans démentir Almain , Gerson , Bossuet, la foculté de théologie de Paris, Mélanchton même.

In altos secundùm cjus deienninatlonem derlyatur. RêgukÊ mor. 157 ; ibid., tom. III, col. 106.

(4) De Summi Pontif. Âuctorit., cap. xxxii ; OEuvretdeFê' néton, tom. II, p. 356 et 857 ^édition de Vertatlle*.

(5) Allocut., etc., ap. Odoric. Bainaid. , ad annum 1441.

(6) Monarcblx formam non f iiiMe immédiate in EcclesiA A Cbrlsto Institutam.... : Mœc propotttio etthœretlea, scMtmatica, ordtnis hterarchici subvenivat ei pact* Ecclesiaf perturbtUiua, OoitceU Judlclorum, eic.y tom. I, part. II , p. 105.

Doctrlna In artIcuUs Joannis Hus contenta , nlmlrùm in Ecele^ sià non dict unum caput supremum etmonarcham pneterCbrlatum, suam Ecclesiam per multos mlnlstros, sine uno Uto monar^ chà morlali regere perfeclè et gubemare, est doctrina cbrlstiana A sanctis Patribus egreglè expllcata et cooAnuata. Hœcpropasi* tùfesi hœretica quoad tir^uku partes. Ibid., p. 106.

C7] HM. des rarfai., Uv. V, cbap. KXiv.

AVEC L'ORDRE POLITIQUE ET CIVIL

et tout runîfera cHhoUqiie. Que le pape, comme seul monarque ntpréme^ possède dans TÉglise urne pieine puissance ou un pouvoir souverain , on ne peut le nier non plus sans contredire une définition de foi d'un concile CBCuménique. Donc , supposer qull y ait dans l'Église un pouvoir au-dessus du pape 9 limiter sa puissance à qui Dieu n'a donné d'autres lîimtes que sa loi , c'iest s'élever insolemment au-dessus des conciles , au-dessus de Dieu ; c^est» |iar un attentat sacrilège, ébranler l'ordre qu'il a établi ; c'est renverser , autant qu'il est posante à l'homme, la constitution divine de l'Église, et rÉglise elle-même.

Qu'est-ce, eneflet , que l'Église? La société dépoâtaire de la vraie religion , c'est-à-dire, de la vraie foi et du véritable culte. L'Église doit donc offrir les mêmes caractères que la vraie religion ; elle doit être, comme elle, une^ universelle y perpétuelle et satHie, Si quelqu'un de ces caractères , dont la réunion forme le plus haut degré d'autorité qu'on passe concevoir , lui manquait , il manquerait égaknent à la religion qu'elle professe , puisque , nécessairement, ou la religion aurait varié, l'ÉgUse fanant elle-même dans ses dogmes et dans son culte, ou fl existerait plusieurs vraies Églises distinctes fane de Fautre , et par conséquent plusieurs vraies religions; car évidemment ces Églises ne pourraient Itre distinguées que par l'opposition de leurs croyances , au moins en ce qui toucherait la légitimité de leur institution et le pouvoir spirituel de gouvernement , ce qui emporte tout le reste. Toujours est-il que l'Église fondée par Jésus-Christ pour mir tous les peuples dans le même culte et dans la nême foi doit être une y pour que cette foi soit ane, comme le dit l'apôtre : un Dieu, une foi, UMÔapiéme (1); doit être universelle, pour que cette foi , partout la même , soit annoncée à toutes ks nations; wÂi perpétuelle , pour que cette foi soft une et universelle dans le temps comme dans les lieux ; soit sainte , pour que cette foi n'éprouve jamais d'altération, pour que la sainte doctrine, infûlliblement promulguée et constamment enseignée dans rÉglise, y forme aussi toujours des saints^ selon le but que Jésus-Christ s'est proposé.

Or, aucuns de ces caractères indispensables à l'Église, et qu'elle déclare posséder, ne sauraient lui appartenir , qu'autant qu'ils appartiennent au pouvoir qui la régit, et qui seul la constitue ce qu'elle est. Si ce pouvoir n'est pas un , universel, perpé^ titel, saint, TÉglise, noa plus, n'est ni ne peut être une, universelle, perpétuelle, sainte. Elle n'est pas une, s'il n'existe point de centre d'unité , si la souveraineté ne réside point immuablement

il) £p. ad Epkes.,l\, 5.

il) salaft Anlirolae diuUdaot le même sent : Ouest Pierre, '

dans un seul; elle n'est pas universelle, si ce souverain, ce pouvoir un n'est pas universel , puisque là où le pouvoir s'arrête , là s'arrête la société ; elle n^esi psiS perpétuelle^ si ce poavoir «n et t^mf^r^e/ n'est pas perpétuel aussi , puisque là où le pouvoir finit, là finit la société; enfin, elle n'est pas sainte ou infaillible , si ce pouvoir un , universel et perpétuel, n'est pas saint ou infaillible , puisqu'il n'est et ne peut être pouvoir dans la société spirituelle, que par le droit de commander la foi, ou de juger souverainemeut de la doctrine.

Or, qu'on trouve dans l'Église un pouvoir autre que le pape, qui soit tout ensemble un, universel, perpétuel ? Ce ne seront pas les conciles , qui ne forment évidemment ni un pouvoir perpétuel, ni un pouvoir un; et qui ne forment même un pouvoir universel que lorsque le pape les convoque , les préside, et confirme leurs décisions.

Donc , premièrement , rien de plus absurde que ' de nier l'infaillibilité du pape et de soutenir en même temps l'infaillibilité de l'Église, qui ne peut être infaillible que par le pape.

Donc, secondement , contester au pape soit FinfeiUibilité , soit la plénitude de la puissance ou la souveraineté vraiment monarchique, c'est contester à l'Église sa propre existence , c'est nier qu'elle soit une , universelle, perpétuelle, sainte; c'est l'anéantir entièrement : et saint François de Sales l'a très-bien vu, lorsqu'il a dit, avec autant de profondeur que de justesse : Le pape et r Église , c'est tout un (â).

Combien donc sont aveugles ou criminels ceux qui attaquent , à quelque degré que ce soit , la supréme monarchie du pontife romain, comme l'appellent Bossuet et Gerson ; ceux qui soutiennent des maximes injurieuses à son pouvoir, ou qui, semant contre lui deschismatiques préventions, une secrète défiance , cherchent à le rendre moins vénérable et moins sacré aux yeux des chrétiens ! Hommes insensés et remphs au moins d'une présomption plus que téméraire , s'ils conservent encore au fond du cœur quelque attachement , quelque respect pour l'ji^glise de Jésus-Christ ; hommes coupables et pervers au delà de tout ce qu'on peut exprimer , s'ils aperçoivent les conséquences inévitables de leurs principes : car, en ébranlant l'autorité sur laquelle le Sauveur a bâti son Église , ils renversent l'Église par ses fondements; et , l'Église détruite , nul moyea de conserver seulement une ombre de christianisme, ainsi que nous Talions montrer.

§ II. Point (T Église, point de christianisme. Il se trouva, il y a trois cents ans, des rêveurs et

là est l'Église Ps. XL.

Ubt Petrus, Wl EccUsUl Ambroiiiu In

DE LA RELIGION DANS SES RAPPORTS

des fanatiques qui, ehoqués de plusieurs dogmes de la foi chrétienne, et la soumettant en dernier ressort au jugeaient de leur raison, entreprirent de réformer, selon cette méthode, la rdigion de Jésus- Christ. G*était supposer, ce qu'en effet ils assuraient formellement, que le vrai christianisme n'existait plus, et, en outre, changer complètement la notion que tous les chrétiens s'en étaient formée jusque-là : car on ayait toujours cru, d'un côté, que le jugement de la doctrine n'appartenait qu'à lîÊglise, dont les décisions étaient l'unique règle de foi ; et , d'un autre côté , que la foi ne pouvait jamais se corrompre, ni l'Église errer dans son enseignement, Jésus-Christ ayant promis d'être avec elle enseignant jusqu'à la consommation des temps (1). Opposant ainsi une opinion inouiïe dans le monde à la croyance universelle des chrétiens pendant quinze siècles , il fallait nécessairement que les novateurs soutinssent que, pendant quinze siècles, tous les chrétiens avaient ig^noré le véritable christianisme, ou, en d'autres termes, que le christianisme, tel qu'on l'avait entendu depuis les apôtres, n'était qu'une erreur monstrueuse et destructive de la raison. Mais ni Luther, ni Calvin, ni Zwiogle, ni aucun autre réformateur, n'ayant le droit de substituer leur autorité à celle de l'Église qu'ils rejetaient, il s'ensui- ▼ait qu'hommes, femmes, enfiints, savants, ignorants, chacun devait chercher, par sa raison propre, sans jamais déférer à l'autorité d'autrui, le vrai christianisme altéré profondément dès sa naissance. Chacun, dès-lors, n'ayant non plus, pour s'assurer de l'avoir trouvé, que le jugement foilhble de sa raison, contredit par la raison également faillible de tous les autres, tant de recherches, tant d'examens, tant de jugements divers ne pouvaient produire qu'une incertitude universelle, et le christianisme restait plus que jamais, pour nous servir de cette expression de Pascal , une énigme indéchiffrable.

Ce n'est pas tout : et le principe que les protestants furent forcés d'admettre en se séparant de l'Église, les pousse encore à des extrémités plus grandes; il les contraint de dénaturer Tidée même de religion. Suivant la notion que le genre humain s'en forma dans tous les temps , la religion est une loi divine, prescrivant ce qu'on doit croire et ce qu'on doit pratiquer. Venant de Dieu originairement, elle ne saurait à aucune époque être soumise, dans ses dogmes , dans son culte , ou dans ses préceptes, au jugement de l'homme, puisqu'elle cesserait dès- lors d'être loij et qu'il serait d'ailleurs absurde de supposer à l'homme le droit de juger, pour les admettre ou les rejeter à son gré, les vérités

(1) Afa//A., XXVIII , 20.

(2) Revue protestante f IV« livraison, p. 151.

(3) Voye< le Drapeau blanc du 7 novembre 1825.

que Dieu lui révèle, eu es commandements qu'il lui fait. Or, le protestantisme^ comme il nous l'ap* prend lui-même, e«/^ en tnatière religieuse, l'acte d'indépendance de la raison humaine (2). La religion est une loi y à laquelle la rabon de l'homme et l'homme tout entier doit obéissance : donc, le protestantisme est une solennelle protestation, nonseulement contre le christianisme, mais encore contre toute religion quelconque. Peu importe ce que croit ou ne croit pas chaque protestant : quand il croit , ce n'est jamais par le motif fondamental que Dieu a révélé la vérité qui est l'objet de sa croyance , mais parce que sa raison Juge que c'est réellement une vérité ; sans quoi sa raison ne ferait plus, en croyant, un acte d'indépendance, mais un acte d'obéissance, et, en ce cas, sa foi serait évidemment une abjuration du protestantisme.

Ainsi, dès qu'en rejetant l'autorité de l'Église, on refuse de reconnaître un juge infaillible de la doctrine , l'idée même de religion s'évanouit. Noos le verrons encore bientôt plus clairement. U suffit, en ce moment, de considérer ce que sont devenus les dogmes chrétiens dans la réforme. Les sociniens , dès son origine, s'avancèrent jusqu'au déisme, et c'est là que Genève en est aujourd'hui. Les angli* cans se plaignent des progrès qu'il fait parmi eux. Des sectes s'élèvent, qui demandent quelle puis» santé raison il y a pour croire à une révélation écrite, et qui, soutenant avec hardiesse que l'Évat^ gile n'est pas susceptible d'être défendu par des moyens raisonnables, prétendent démontrer V que les Écritures du Nouveau-Testament ne sont u pas les œuvres des personnes dont elles portent u le nom ; qu'elles n'ont pas paru aux époques (c qu'elles indiquent ; que les personnes dont elles « font mention n'ont jamais existé; que les faits u qu'elles racontent n'ont jamais eu lieu (3). » En France, on nie également l'inspiration d'une partie des livres saints , on déclame avec chaleur contre l'institution du sacerdoce, on réduit la religion à un sentiment indéfinissable qui , suivant les temps et les pays , se manifeste sous différentes formes; et les protestants applaudissent , ils louent , ils adoptent hautement cette doctrine (4).

Bayle, quoique protestant, avait prévu où l'on arriverait par cette méthode rationnelle du jugement privé. «( Il est plus utile qu'on ne pense, dite sait-il , d'humilier la raison de l'homme , en lui t( montrant avec quelle force les hérésies les plus « folles, comme sont celles des manichéens, se (( jouent de ses lumières , pour embrouiller les vé- «( rites les plus capitales. Cela doit apprendre aux

(4) Vld. De la religion considérée dans sa source, ses formes et tes développements, par H. Benjamin ConsUnt, et le compte rendu de cet ouvrage daMC la Bévue protestante, tome II, 1V« UV'

AVEC L'ORDRE POLITIQUE ET CIVIL

tf wàtàBOè^qui veulent que la raison soUlarègle

* delà faif qu'ils se jettent dans une voie d'égaré- « ment, qui n'est propre qu'à les conduire de degré c en degré jusqu'à nier tout , ou jusqu'à douter de c tout, et qu'ils s'engagent à être battus par les gens « les plus exécrables. Que fout-il donc faire? Il

• foui captiver son entendement eous Vobëis^ ■ êoncedela foi^ et ne disputer jamais sur certaines « ciioses (1). »

Donc, au jugement de Rayle, quiconque veut que la raison soit la règle de sa foi ^ c'est-à-dire , loot protestant y puisque le protestantisme n'est y en WÊOtière religieuse, que l'acte d'indépendance de ia raison humainey de cette raison, souverain légitime j qui, tenant de Dieu ses pouvoirs, ne peut abdiquer , et , souveraine universelle , ne peut sortir de son empire (2), est conduit, de degré tu degré. Jusqu'à nier tout , ou jusqu'à douter de tout. Or, dira-t-on que le christianisme consiste i nier tout , ou à douter de tout? Effrayant abîme! Stqiiel moyen de l'éviter? un seul : Il faut captiver son entendement sous l'obéissance de la foi; il fuit revenir, pour ne le plus quitter, au principe catholique.

Dès le coQunencement du dix-septième siècle , le principe contraire produisait en France son effet oéoessaire sur les esprits , et les poussait rapidenent jusqu'aux extrémités de l'erreur. Des protestants mêmes s'en alarmaient ; et un ministre, dont le xèle en cela mérite d'être loué, signalant les progrès de Yinfluence en laquelle quantité de gens mettaient toute sorte de religion , montrait ces nouveaux ennemis de la foi chrétienne , s'enfsnçant dans l'athéisme , et conspirant de bannir 4e la terre toute mention du nom de Dieu (3).

■sis peut-être qu'on est revenu de ces excès dans k réforme , et que , malgré la prophétie de Bayle , quelques dogmes au moins , protégés par la raison souveraine universelle, seront restés debout au milîeu de tant de ruines ? Écoutez un protestant : « On sait qu'actuellement (en Allemagne) plusieurs « |n«dicateurs ne nient pas, à la vérité, ^existence « de Dieu , la Providence , une vie future. » IVe nient pas: serait-ce donc là , au moins, la limite que le protestantisme se serait imposée à lui-même ? qu'on en juge : « ne nient pas, à la vérité , et ce- « pendant enseignent publiquement qu'on ne peut « proprement rien savoir de ces vérités fondamen-

C1) MHeUtmnairtlUfiorique et critique, art. PauUcieru, note F,

(2) Revue protestante t IVe llv. , p. 131.

(S) TralU des religion» contre ceux qui tes estiment indiffémUeSf par Hoyie Amyraut ; réimprimé en 1652, avec une épitre iéileitotre A ■. de Turenoe.

(4) CcnêidêraUons sur l'état présent du Christianisme , par iTfemMey, p. 282. Voyez auati lea Entretiens du baron de

«c taies de la religion ; représentent, non-seulement «c dans les églises , mais aussi dans les écoles , u comme nulles, les preuves de l'existence de Dieu «< tirées de la considération de Tuaivers; et soutienu nent que tout ce qu'on peut affirmer, c'est qu'uû «( homme vertueux doit désii*er qu*il y ait un Dieu, u et qu'on ne peut être homme de bien sans croire » en Dieu. On sait qu'ils en disent autant du christs tianisme , et affirment que Jésus-Christ a ensei- «( gné la même doctrioe, et que la Bible ne doit être « employée que comme une introduction à la raison « pure, puisqu'on ne peut pas plus prouver la réu vélalion que l'existence de Dieu (4).»

L'impuissance de conserver un dogme quelconque, ou d'obliger aucun homme à croire une vérité qui ne serait pas évidente pour sa raison , a forcé les prolestants de réduire le christianisme nécessaire à la seule morale. Mais ki renaissent les mêmes difficultés. Qu'est-ce que la vraie morale ? qui le dira ? La même raison qui juge des dogmes , juge aussi des préceptes ; et comment , n'étant pas obligé de croire , serait-on obligé d'agir comme si l'on croyait ? Il faudra que chacun se fasse sa morale , comme chacun se fait ses croyances ; et les devoirs, à leur tour, devenus de simples opinions , n'offriront rien de plus certain ni de plus fixe que tout le reste. On sait à quel point les sociniens ont altéré la règle des mœurs. Les antinomiens et plusieurs autres sectes ont été plus loin encore. A Dieu ne plaise qu'on nous suppose l'intention d'attribuer à tous les protestants des monstres de doctrine, dont le plus grand nombre d'entre eux a horreur ; mais, cependant , il est vrai qu'on ose enseigner dans le sein de la réforme , et c'est un protestant qui nous l'apprend , « qu'il n'y a point d'actions immorales « par elles-mêmes , quoiqu'elles puissent être illé- «( gales d'après les lois et les conventions de la « société ; qu'il n'y a point d'action subjective im- » morale , mais que tout est soumis à la nécessité tt de la nature, et qu'il ne peut y avoir d'opposition « entre la sensibilité et la raison (5) : » principe incontestable dès qu'on part de la raison seule , car la sensibilité est l'homme aussi ; elle fait partie de sa nature : et , si ce qui est pour elle un bien ou une vérité pouvait être une erreur ou un mal pour la raison , et réciproquement , il y aurait dans le même temps , à l'égard du même homme , deux vérités contradictoires.

Starck. Cet deux ouvrages, rempila de fait* du plus haut Intérêt, renferment la preuve complète de tout ce que nous avançons dans ce paragraphe.

(5) Considérations sur t'éiat présent du Christianisme, p. 239. On peut voir dans le baron de Starck tout ce qu'a fait en Aile* magne la raison protestante, pour renverser systématiquement les principes les plus sacrés et les plus universels de la morale.

jyB LÀ RELIGION DINS I^S RAPPORTS

Soit donc qu'on examine le protestantisme en lui-même , dans sa doctrine fondamentale , soit que l'on considère ses eflFets généraux , on est conduit à cette conclusion , que , sll subsiste encore parmi lès protestants , surtout dans le peuple , quelque faible reste de christianisme , c'est uniquement l'autorité de l'exemple et de l'enseignement , les traditions de famille , et, enfin, Faction même de l'Église catholique , au dehors d'elle, action plus puissante qu'on ne le croit , qui conserve ces débris de la foi , malgré le principe du protestantisme , dont la conséquence directe , nécessaire, est un doute universel , et la destruction absolue de la religion révélée par Jésus-Christ.

Ainsi 9 de même qu'on ne peut ébranler le pouvoir pontifical , limiter la puissance souveraine qui constitue la monarchie du pape , sans renverser l'Église , on ne peut non plus se séparer de l'Église, refuser de reconnaître son autorité infaillible , sans renverser le christianisme de fond en comble. Mais alors qu'arrive-t-il? Tout s'écroule, religion, morale , société. La raison , à qui on a remis le sceptre du monde , incapable de relever aucune des ruines qu'elle a laites , abandonne Favenir au hasard et chaque homme à lui-même. Plus de vérités certaines , plus de loi immuable, par conséquent plus de liens entre les individus ni entre les nations : état prodigieux , et cependant , comme on va le voir , état inévitable , sitôt qu'on en est au point où le protestantisme est parvenu.

S IIL Point de christianisme ^ point de religion, au moins pour tout peuple qui fut chrétien^ et par conséquent point de société.

Il suffirait presque d'énoncer cette proposition , tant elle suit avec évidence de ce qui a été établi précédemment. Le protestantisme se définissant luimême l'acte d'indépendance de la raison humaine en matière de religion , la religion , dès-lors , ne peut plus être, pour quiconque admet ce principe, qu'une opinion libre , une pensée humaine , qui change ou peut changer sans cesse, et dont il ne saurait jamais résulter aucun devoir : et, lorsqu'au lieu d'une opinion libre , on en fait un sentiment indéfini j on détruit également tous les devoirs , et l'on exclut de sa notion l'idée même d'une croyance positive. Dans les deux cas, il faut comprendre une religion dépouillée du caractère de loi , une religion, je ne dis pas seulement sans dogmes arrêtés, sans culte déterminé , sans préceptes certains ; mais une religion sans dogmes , sans culte , sans préceptes quelconques, puisqu'en vertu de son indépendance, la raison peut, ou nier tout, ou douter de

tout, et qu'elle est même, comme nous Fapprenif Bayle , nécessairement conduite ^ de degré 0H degré , jusqu'à cet excès^ lorsqu'on en fait la règle de la foi.

La philosophie de nos jours en convient expressément ; elle a bien vu que la souveraineté de la raison individuelle , qu'elle appelle aussi liberté de conscience, n'était qu'un principe de destruction, qui devait , par son efiPet propre , renverser peu à peu toutes les vérités et toutes les croyances (1). Cet important aveu mérite d'être recueilli.

<c Cest au seizième siècle que ^ pour la prenûère- « fois, dans la série des événements qui nousintéu ressent, on voit la liberté de conscience ouverte* « ment et nettement érigée en principe ; mais , « d'abord, ce n'est point cette liberté illimitée qu'on tt a réclamée depuis , c'est seulement la faculté de «c croire , sur un certain nombre de points déter- « minés, autrement que l'Église catholique. Â me- «( sure qu'en se succédant les sectes qui s'élèvent «c du sein de FÉglise prétendent s'éloigner davant( tage de sa doctrine , elles reculent aussi théo- « riquement les bornes de cette faculté qu'elles «( s'attribuent par le fait. Les Écritures sacrées u avaient été d'abord le champ où il paraissait contf venu que la liberté de conscience devait se renfertt mer ; bientôt cette limite est franchie : la religion, « par quelques hommes, est réduite, dans son dogme, N à une simple conception de la raison et du sen- « timent, et, dans son culte, à une pure relation (( métaphysique de Fhomme à son Créateur ; enfin , u les idées fondamentales de toute institution ou «i croyance religieuse sont elles-mêmes attaquées ; (( et c'est à Fabri du principe de la liberté de con- «( science, toujours de plus en plus étendu , que ces «t divers degrés d'incrédulité se produisent tour à «( tour et essaient de se faire recevoir (9). »

Ces réflexions d'une grande justesse ne sont , et personne ne le niera , que l'expression fidèle des faits. L'impossibilité de comprendre parfaitement aucun dogme , même le premier de tous, Fexistence de Dieu , a forcé les esprits clairvoyants de tirer les dernières conséquences du principe du jugement privé ; et ceux-ci ont rapidement entraîné les autres. En cet état , demandez-leur où la raison les a conduits, ce qu'ils croient, ce qu'ils admettent , quelle est, enfin, leur religion? Ils ne cachent rien à cet égard , et je les en loue ; car la sincérité facilite la discussion : ils ne dissimulent rien ; leur réponse est claire et précise : « Notre siècle doute , et , dans « le doute, sa religion c'est la liberté, parce que

(1) « C'est loujoura en présence d'une Institution ou d'un « ordre d'Idées à détruire qu'on le voit Invoqué. • Le Produe^ tour, n. 9, p. 410.

(,2)Jbid.,v.^M.

AVEC L'ORDRE POLITIQUE ET CIVIL

« e*est le seul dogme qtii permette à chacun de * Aifre ce qui (ni plaît aujourdliui , de le rejeter « demain. Le caractère de ce siècle est de ne pas « SYoir une religion , mais d'en a?oir mille , mais « d*en aToir presque autant qu'il y a defomilles dans « chaque nation (1)* »

Ainsi, la religion du siècle est d'être libre de n'afoir aucune religion. La religion du siècle est le droit pour chacun de suivre ce qui lui piaù : et cela sans limites , sans restrictions , et autant en ce qui tient aux devoirs qu'aux croyances. La religion du siècle est la négation de toute vérité , et, par conséquent , de tout précepte obligatoire : la religion du siècle est l'abolition de toute loi divine et humaine, de toute morale et de toute société.

En effet , « ou la morale nous apparaît comme « obligatoire indépendamment de notre intérêt per- « sonnel, et alors l'idée de devoir se montre à nous « isolée et indépendante de toute autre; on bien « nos actes, en apparence les plus désintéressés, ont « pour mobile notre bien-être : ceux qui admet- « tent cette hypothèse ne conviendront-ils pas que « rintérèt bien entendu des matérialistes résout le « problème de la morale d'une manière plus gêné- « raie et plus satisfaisante que les doctrines reli- > gieuses, quoique la solution de ces deux écoles « jotif , selon nous, fort incomplète (â) ? »

Que ferons-nous donc, ainsi placés entre ces whUions incomplètes , entre V école religieuse et Vécoie matérialiste? et que deviendra la société au milieu de ces ténèbres universelles et de ce doute absohi? Peut-elle subsister dans l'ignorance de ses propres fondements^ de ses propres lois, des con«ditioDS de sa vie? N'a-t-elle pas besoin, comme rhomme, et plus que l'homme, de doctrines certaines? en cooiervera-t-elle au moins quelques-unes ? Sauvera-t-elle quelques débris de ce grand naufrage des croyances de soixante siècles? Non.

« Ces doctrines qui doivent présider à notre vie « moral^f religieuse, politique, littéraire, c'est à « nous à les feire ; car nos pères ne nous en ont

« l^ë que de stériles et d'usées Il nous faut

« en fbrger de nouvelles. Cette nécessité de notre « époque est comprise, ou , pour mieux dire, sentie « de tous les esprits (5). »

Ainsi donc , par une suite inévitable du principe qui rend chaque honune juge de la vérité en dernier ressort, nous voilà condamnés à refaire la religion, à refdre la morale, la littérature^ la société, à rehbre tout , et la ranon humaine et l'homme même. Certes^ c'est là une grande misère! Mais enfin la philosophie nous donne-t-elle quelque espérance d'en sortir un jour? La liberté de penser, sans

f,l) UGioàe, a. 1S7^ (2) iàid., n. 40, p. 216.- C3) IMd,, n. 32.

ancune règle que cette liberté même , permettrat-elle , lasse de destructions , qu'un édifice nouveau s'élève sur ces ruines immenses? Écoutez encore :

« Si on la considère sous un point de vue abstrait, «( on trouve que c'est pour chaque individu le droit « ou plutôt le devoir de juger , d'après sa raison « personnelle, et sans être obligé par les travaux , « par les jugements, par l'autorité d'autres indiviu dus, de la nature des choses, de leur relation avec « l'humanité, des rapports des hommes entre eux , « c'est-à-dire, enfin , de toute science, ou de tout « élément de science. D'où il résulte , en considé- •c rant ce principe dans ses rapports avec Torgani- » sation sociale, que l'état de choses où il existerait <c dans toute son étendue serait celui où la société (( n'aurait point de but déterminé, et où, par consé- «( quent, Téducation comme les lois n'auraient, dans <( leur action , aucune tendance particulière ; d'où (c il résulte encore que, si , dans le passé , la tâche « de la liberté de conscience a été de détruire, elle « doit être , dans l'avenir , d'empêcher que rien ne «( s'établisse (4). )>

Et voilà où sont conduites , de degré en degré, les nations qui , en se séparant de TÉglise , ont par cela même abandonné le principe fondamental de la foi chrétienne et de toute foi. Un peuple non chrétien peut avoir une religion; il peut conserver les dogmes primitifs, comme ils se conservaient avant Jésus-Christ, par la tradition; il peut reconnaître l'autorité de ces croyances conununes , et s'y soumettre. Mais le premier acte de celui qui rompt avec l'Église est de nier cette autorité nécessaire et d'y substituer la sienne propre, l'autorité de sa seule raison ; et dès-lors , quelque effort qu'il fasse pour s'arrêter sur la pente du doute , les irrésistibles conséquences du principe qu'il a posé l'entraînent jusqu'au fond de l'abime*

11 est donc prouvé par l'expérience, et par les aveux formels de tous les ennemis du catholicisme, que sans pape point d'Église ; sans Église point de christianisme ; sans christianisme point de religion et point de société : de sorte que la vie des nations européennes a , comme nous l'avons dit , sa source, son unique source , dans le pouvoir pontifical. Si la religion catholique , par l'influence qu'elle exerce même dans les contrées où elle a cessé d'être dominante , ne s'opposait pas aux progrès de l'incrédulité protestante , il y a longtemps qu'on n'y trouverait plus une seule trace de christianisme, et que ces contrées, si elles étaient habitées encore, le seraient par une race de barbares plus féroces , plus hideux que le monde n'en vit jamais; et tel serait

(4) L€ Producteur, a. 9 ,p. 410, 411.

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DE LA RELIGION DANS SES RAPPORTS

le sort de l'Europe entière s'il était possible que le catholicisme y fftt entièrement aboli. Or, tonte attaque contre le pouvoir du souverain pontife tend là : c*est un crime de lèse-religion pour le chrétien de bonne foi et capable de lier deux idées ensemble ; pour Fbomme d'État , c'est un crime de lèse-civilisation, de lèse-société. Et, afin que l'on comprenne tout le danger de porter la moindre atteinte à ce pouvoir divin , et de prétendre même le définir sans une autorité suffisante qui ne pourrait être que celle de toute l'Église , nous allons examiner l'imprudent essai qu'on en fit en France , dans un moment de chaleur et de passion, en 1682. Ce mémorable exemple renferme plus d'une instruction; et il semble qu'après cent quarante ans , assez remplis de leçons de tout genre , il soit enfin permis de le juger, et possible de le ftdre avec calme.

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