‹ Œuvres complètes de F. de La Mennais (volume 2)Chapitre 125 sur 226 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

athée. Voulez-vous sauver la foi et rendre à l'Église son indépendance nécessaire, soyez évèques, soyez prêtres, et rien de plus. Nulle dignité, nulle fonction de l'ordre civil, n'est compatible aujourd'hui avec la liberté de votre ministère. Dégagez-vous de tout lien de parti. Que vous importent ces querelles de la terre, où, de part et d'autre, on ne combat que pour l'erreur et pour l'intérêt? Laissez les rois et les peuples se disputer, dans leurs désirs aveugles, un pouvoir sans consistance parce qu'il est sans règle, et qu'on en méconnaît également la source, les limites et les conditions. Du haut de la montagne sainte, contemplez l'orage qui gronde à vos pieds ; puis , levant les yeux vers le ciel, attendez en paix que le calme renaisse dans ces régions troublées. Que les hommes, en vous voyant, éprouvent involontairement Fimpression qu'ils ressentiraient si quelque puissance secourable, étrangère à leurs passions, apparaissait au milieu d'eux. Enveloppezles de votre amour , et qu'il pénètre jusqu'à ceux même que n'atteindrait pas la vérité. Soyez pères, comme est père celui qui fait lever son soleil et tomber la pluie sur les bons et sur les méchants (4), qui n'achève point de rompre le roseau déjà brisé y et n'éteint pas la mèche qui fume encore (K).

Après avoir affi*anchi l'Église de la servitude du pouvoir civil , il reste encore au clergé un autre devoir à remplir. Le commandement que le Fils de Dieu a fait aux apôtres Ôl enseigner toutes les nations (6) renferme , outre l'obligation perpétuelle d'annoncer la parole évangélique , celle de la défendre , de l'environner de tout ce qui peut en assurer l'effet , et de préparer ainsi , dans les temps mauvais, le retour de l'ordre, en ramenant les esprits à la vérité. On se représenterait difficilement le bien que , sous ce rapport, il est possible d'opérer : car , d'une part , la profonde anarchie spirituelle dans laquelle l'Europe est tombée est un état contre nature , et , par conséquent , ne saurait être un état fixe , et , de Tautre , le développement progressif de l'erreur a produit un développement correspondant de lumière ; de sorte que jamais on ne vit si clairement le fondement des croyances chrétiennes, et leur liaison avec les lois essentielles de l'homme considéré soit comme individu , soit

(3) Verba quidem bona , verba contolatorla non immérité exl« geret causa Jutta In oculla Del, In ocullt aulem Insiplentlum dubla et inOrma... Ifondiïm contrilus est malleus unlversae terrae : adbûc necessarius est ut suppléât quaedesunt passioni Cbrlstl In corpore Testro. 9ed quem moneo ? quem exhortor ? cul calcaria adblbeo? Sine dubio qui freno Indiget , qui paratus est plus ambulare quAm via extendatur« qui etiam metas vclocller transcurrere nullls relardatur perlcuUs. Procul eiiim odoratur bellum, exilium repuUt pati-iam^qula omne solum Torti palria est. PeM Celientlt EpM. X, lit. I, ad Thom. Cantuar. archiepUc.

(4) Matth., v,45.

(5) tbid.f XII. 20.- [V) IMd.f XXTIll. 19.

DES PROGRÈS DE LÀ RÉVOLUTION

comme èlre social , et avec la base mc^me de la raison humaine.

Jl n*exi8le aujouriFhui , hors du christianisme , qu*une philosophie (1), qui se produit sous deux formes diverses : sceptique , lorsqu'elle suit rigoureusement la méthode rationnelle ; panthéiste, lorsque , lasse du doute , elle affirme ce qu'elle n'a lo* (viquement aucun droit d'affirmer. Fondée sur le moi individuel, ou elle arrête l'homme en lui-même, ou elle le jette sans guide dans un vague infini , le forçant de conclure , au milieu d'une solitude éternelle , qu'il est tout y ou qu'il n'est rien. L'erreur première de ces philosophes , comme de ceux qui les ont précédés , est de confondre deux ordres essentiellement distincts , quoiqu'ils existent simultanément : l'ordre de foi primitif et fondamental , dans lequel seul réside le principe de certitude , et l'ordre de science ou de conception , subordonné au premier par sa nature , et dans lequel s'exerce librement l'activité de l'esprit. Lorsqu'ils réclament la liberté de recherche et d'examen , ils ont donc raison en ce sens : queFhomme ne doit pas se borner à croire , mais encore tâcher de concevoir ou de s'expliquer à lui-même ce qu'il croit sur un motif certain; mais, en rejetant l'ordre de foi, base nécessaire de toute conception , de toute science , de toute philosophie , ils renversent l'édifice entier des connaissances humaines , et se condamnent san^ retour à un doute absolu. C'est bien moins en les suivant dans leurs faibles discussions , dans leurs incompréhensibles rêves, qu'il faut combattre le système absurde dont ils se sont prévenus, qu'en y opposant une doctrine claire , solide , complète ; rt l'immense avantage des catholiques est de n*avoir besoin , pour cela , que de développer le principe même de leur foi (2).

Voilà , du moins à notre avis , le point sur lequel doit se diriger principalement l'attention du clergé. On nous reproche amèrement , à nous venus après la tempête , de manquer d'instruction , et l'impiété triomphe de ce qu'elle appelle notre ignorance. Il y a, dans ce reproche qu'elle nous adresse, une grande exagération et quelque fonds de vérité. Méprisons l'une et profitons de l'autre, pour devenir, le plus tôt possible, ce qui est nécessaire que nous soyons ; car il est vrai que , sous ce rapport , nous manquons d'une partie de ce qu'exige de nous l'état

(1) Nous ;ue parlons pat du sensualisme ou du matérialisme, doctrine morte que quelques médecins s'efforcent vainement de ranimer.

(2) Les philosophes dont nous parlons nous accusant de détruire la raison et de placer l'homme entre une foi aveugte et l'athéisme, parce qu'en établissant l'ordre de foi nous avons écarté.soigneusement tout ce qui se rapporte à l'ordre de conception , nous croyons utile, pour mettre On à de semblables accusations, d'exposer sommairement l'ensemble de notre doctrine, que nous n'a-

présent de la société , et l'on peut en assigner plusieurs causes : les terribles événements qui , après avoir interrompu les études , ont ensuite forcé de les abréger; les mauvaises méthodes d'enseigiifrment , le cercle trop étroit où il se renferme; l'abus que la philosophie moderne a fait des sciences , et les préventions peu réfléchies qui en ont été la suite.

Ne craignons point de l'avouer , la théologie , si belle par elle-même , si attachante, si vaste, n'est aujourd'hui , telle qu'on l'enseigne dans la plupart des séminaires, qu'une scolastique mesquine et dégénérée , dont la sécheresse rebute les élèves, ci qui ne leur donne aucune idée de l'ensemUe de la religion , ni de ses rapports merveilleux avec tout ce qui intéresse l'homme , avec tout ce qui peut être l'objet de sa pensée. Ce n'était pas ainsi que la concevait saint Thomas , lui qui, dans ses ouvrages immortels , en a fait le centre de toutes les connaissances de son temps. Empruntez de lui cette méthode admirable qui coordonne et généralise , et joignez-y ces vues profondes , ces hautes contenplations , cette chaleur , cette vie , qui caractériient les anciens Pères : alors disparaîtra ce pesant cnnoi qui éteint , parmi les jeunes gens destinés an sacerdoce , le goût de l'étude et même le talent. Retranchez de vos cours tant de vaines questions qui les fatiguent sans fruit , et leur enlèvent un teinpi précieux , ([u'ils emploieraient bien plus utilement à s'instruire des choses applicables au siècle où ib vivent, et au monde sur lequel ils doivent agir. Tout a changé autour de vous ; les idées ont pris et continuent de prendre incessamment des directions nouvelles : institutions, lois, mœurs, opinions , rien ne ressemble à ce que virent nos pères. A quoi servirait le zèle le plus vif , sans la connaissance de la société au milieu de laquelle il doit s'exercer ? Il est nécessaire d'apprendre autrement, et d'apprendre davantage : autrement , pour mieux entendre ; davantage, pour ne pas rester en arrière de ceux qu'on est charge de guider. Ce n'est point par ce qu'ils savent , que les ennemis du cbrislia* nisme sont forts ; mais par ce qu'ignorent ses défenseurs naturels. Celte espèce d*infériorité, résultat, comme nous l'avons dit , de circonstances passagères , affaiblit singulièrement l'influence du clergé sur les classes instruites , et nuit beaucoup à la

vons encore développée qu'en partie. Qu'on la combatte, on est le droit; mais qu'on uc la dénature pas. Ce Tacllc moyen deit niénagor un triomphe apparent est aussi trop peu philosophiqne. Que ne raisoniie-t-on plutôt, puisqu'on se tient si fort de ralsoo? uous ne demandons que cela, nous pauvre croyant : mais potot de discussion possible sans bonne Toi. Nous espérons au molnt retirer cet avantage du Sommaire auquel nous reuvoyont , qofi l'avenir on n'aura nul prétexte pournous faire penser et dire ce que nous ne di.«ons et ne pensons pas. V. les Piécesjustffte., n»U>

ET DE LA GUEBRE CONTRE L'ÉGl.lSE.

rebgion tlaiu un siècle tain de ses prétendues lumiireR, et oit l'éducation , les journaux , les recueils périodiquesde tout genre, les livres plus multipliés qur jamais , mettent certaine» notions générales à la portée d'un grand nombre de gens soltement fiers (le ce mince aTsntage.

Mais il ne suffit pas de perfectionner le« premières ëludcs cléricales ; un doit étendre plus loin ses regards, et se proposer un but ptns élevé. Longtemps rÉglisc tint en sa main le sceptre des Eciencea , et ce fut une des causes de l'ascendant qu'elle aequjl sur les esprits. Ce moyen d'action serait maintenant plus puissant quVi nulle autre époque; et l'on Ferail ainsi tourner à l'avantage des hommes ces connaissances inditTerentes en soi au bien et au mal , mais qui produisent infailliblement plus de mal que ilt bien quand le principe religieux ne préside pas à leur développement.

D'immenses travaux ont été entrepris depuis trente ans , et sont poursuivis avec ardeur, par les savants de tous les pays. Il est temps que la science catholique vienne recueillir la riche moisson qu'on lui a préparée. L'Inde, le Tibet, la Cliine , tout l'Orient, dévoile ses antiques traditions, (]ui, par leur conformité merveilleuse avec les traditions chrétiennes , fournissent de nouveaux appuis à la foi, dont l'uRiversalilé , la perpétuité, ces deux grands caractères de tout ce qui est divin , deviennent cbaque jour plus manifestes. Des recherches heureuses sur les hiéroglyphes égyptiens, en permettant de fixer la date précise des zodiaques d'Esné et de Dendera , ont fait disparaître à jamais les objections qu'on en lirait contre la chronologie de m MsUe. Déjii l'on entrevoit l'espérance de pénétrer ^gitlnoJRi quelques-uns des secrets de la théologie, H^^tqtt'j {irésent si obscure, de ce peuple ancien , et ^^e poutorr comparer aux récits des écrivains juifs rhistoirc des Pharaons écrite sur les bords du Ml. L'élude comparée des langues et celle des origines des peuples ramènent de tous cOtés aux faits primitifs racontés dans les livres saints. Les sciences physiques mêmes, par leurs progrès , et en particulier la géologie et la physiologie, ne cessent de Dieltre de nouvelles armes entre les mains dt'S défenseurs de la religion, pour comliatlre les hypothèses nnlimosaïques et le matérialisme. Mais tout cria est peu de chose eu comparaison du bien qui résulterait de la régéncralion des sciences morales. Celle du droit est, pour ainsi dire, presijue entièrement cnrore i créer. Il n'en existe que des théories protestantes et philosophiques , qui n'ont pas peu

Ml Lilwrailrogani... TurellquIiKnic.dldlDomlRUi.relroriaaiiblldli MMIeniIim iranumniFiin tu|iorle...QuiidiDgrtein •d nortcni, (1 qui >il gladlum id gladluni Jinm.,'tY. ^^Pit-MC. 1.70.

contribué à produire, et qui contribuent à perpétuer, les désordres dont nous sommes témoins. Une fausse métaphysique n'a pas Fait moins de ravages, eii précipitant , par différenle» roules , les esprits dans le scepticisme. L'Eglise a donc . même en ci: qui tient uniquement à la science , ime magnifique carrière à remplir : c'est â elle qu'il appartient de féconder le chaos , et de séparer une seconde fuis la lumière des ténèbres.

Tell sont, autant que nous le compreuons, les principaux devoirs du clergé : abandonner li ellemême la société politique, qui se dissout et meurt en repoussant toute inSuence divine ; ne prendre aucune part i la guerre des souverainetés et du libéralisme, qui combattent, cclles-lâ pour le despotisme, celui-ci pour l'anarchie. Le Seigneur s'est fatigué à rappeler les peuples et les rois, et ils ne l'ont point écoulé, el ils se sont di'toumés de lui: c'est pourquoi il étendra sur eux sa main. Çue ceux donc qui doivent aller à la mort, aillent à la mort; que ceux qui doivent tomber sous le glaire, tamôentsous le glaive |1}! Mais, pendant que s'opère cette eifrayanle dissolution, la Providence impose une double tâche au sacerdoce : conserver la foi, en affranchissant la puissance spirituelle de l'oppression du pouvoir civil , et préparer la renaissance de l'ordre, en ramenant , par une libre coDvicUun, les intelligences à la vérité. Le renouvellement des études sur un vaste plan produira ce dernier fruit : on obtiendra l'autre en opposant une indomptable résolution i la violence des persécuteurs.

Prêtres de Jésus-Christ, s'il Fut jamais une mission propre à enflammer le zèle, à forlitier l'âme et à l'élever à la hauteur des plus grands sacrilîces , c'est sans doute celle qui vous est confiée. De »ous, de votreconslauce, dépend le salut de l'Église et des nations assises à l'ombre de la mort{i]. Le sortdu monde est en vos mains ; et, pour le sauver, que faut-il ? Ce qu'il fallut il y a dix-huit siècles : une parole qui parte du pied de la croix.

•I Voici ce que dit le Seigneur : Je vous ai réscr- » vés pour le temps propice, pour le jour du salut, " afin de relever la terre, et de recueillir mon hcri- « tage dispersé ; pour dire à ceux qui sont dans les >' chaînes : Sortez ; et à ceux qui sont dans les ténè- " bres ; Voyei la lumière (3( ! «

Sortez donc , sortez de la maison de sertiifu(/f (4); brisez les fers qui vous dégradent, et vous empêchent deremphr,selon toute souéteudue, votre céleste vocation ; rentrez , par une volonlé géoé-

Page 1