‹ Œuvres complètes de F. de La Mennais (volume 2)Chapitre 126 sur 226 · DES PROGRÈS DE LÀ RÉVOLUTION ET DE LA GUERRE CONTRE L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

DES PROGRÈS DE LÀ RÉVOLUTION ET DE LA GUERRE CONTRE L'ÉGLISE

reuse, en possession de la liberté que le Christ yous a acquise de son sang. On yous persécutera ; oui , certes: il a été prédit ainsi (1); mais ne craignez point ceux qui tuent le corps y et ensuite ne peuvent plus rien : craignez celui qui, après avoir tué, a la puissance de précipiter dans Vabime; Je vous le dis, craignez celui-là (2). On TOUS persécutera : Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la Justice : réjouis^ sez'vous alors, et soyez ravis de j'oie, car votre récompense est grande dans les deux (5). En- Ci; Matth., X, 17^ (2) Lue., XII, 4, 5.

core une fbis, sortez; retirez-Yous, comme Jean*, au désert, pour y préparer la voie du Seigneur (4). Le profond mystère d'iniquité qui h^wùcomplit sous nos yeux , recouYre un mystère plus profond d*amour et de miséricorde. Vient le temps où il sera dit à ceux qui sont dans les ténèbres : Voyez la lumière / et ils se lèYeront , et , le regard fixé sur cette diYine splendeur, dans le repentir et dans Fétonnement , ils adoreront, pleins de joie, celui qui répare tout désordre, réYèle toute YériCé, éclaire toute intelligence : Oriens sx alto.

(3) MaUh., Y, 10, 11— (4) Mare., 1,3.

PIECES JUSTIFICATIVES

Unam sanctam Ecclesiam catholicam et ipsam apostolicam urgente fide credere cogimur et tenere. . . Igitur Ecclesiae unius et unicae, unum corpus, unum caput, non duo capita , quasi monstrum, Christus Tidelicet, etChristi vicarius Petrus, Pelrique succès- «or, dicente Domino ipsi Petro : P(Mce oves meas; meas, inquit, et generaliter, non singulariter has ▼el illas, per quod commisisse sibi intelligitur unÎTersas. Si?e ergo Graeci, sive alii se dicant Petro Qosque successoribus non esse commissos, fateantur necesse se de ovibus Christi non esse , dicente Domino in Joanne unum oviie et unicum esse pastorem. In bâc ejusque potestate duos esse gladios 9 spiritualem Yidelicet et temporalem , evange- Ikis dictis Instruimur. Nam dicentibus apostolis, Ecce gladii duo hic, in Ecclesiâ scilicet, cùm apostoli loquerentur, non respondit Dominus nimis esse, sed saiîs, Certè qui in potestate Pétri temporalem gladium esse negat, malè verbum attendit Domini proferentis : Couverte gïadium tuum in va* çmam. Uterque ergè est in potestate Ecclesiae, qûitualis scilicet gladius et materialis; sed is qoidem pro Ecclesiâ, ille yerô ab Ecclesiâ exercendus. Ille sacerdotis, is manu regum et militum, sed ad nutum et patientiam sacerdotis. Oportet autem gladium esse sub gladio , et temporalem auctoritatem spiritualisubjici potestati. Nam cùm dicat apostolat: JfanestpolesiasnmàDeo, quœ autem sunt àDeo ordinatœ sunt; non autem ordinatae essent, nisi gladius esset sub gladio, et tanquàm inferior reduceretur per alium in suprema. Nam secundùm B. Ityonisium , lex divinitatis est, infîma per média in suprema reduci. Non ergè secundùm ordinem aniversi omnia «que et immédiate , sed infîma per média , et inferiora per superiora ad ordinem reducunlur. Spiritualem autem et dignitate et nobilitate terrenam quaralibet praecellere potestatcm , oportet lantô clariùs nos fateri, quantè spiritualia temporalia antecellunt. Quod etiam ex decimarum datione et benedictione et sanctificationc , ex ipsius potestatis acceptione, ex ipsarum rerum gubernatione Claris ociilis intuemur. Nam veritate testante : spiritualis poteslas terrenam potestatcm instituere ha-

bet, et judicare si bona non fuerit : sic de Ecclesiâ et ecclesiasticâ potestate Yerificatur vaticinium Jeremiae : Ecce constitui te hodiè super gentes et régna : et caetera quae sequuntur . Ergè si deviat terrena potestas, judicabitur à potestate spirituali : sed si deviat spiritualis minor, à suo superiori. Siverè suprema, à soloDeo, non abhominepoterit judicari : testante apostolo : Spiritualis àomojudicat omnia, ipse autetn à nemine judicatur. Est autem haec auctoritas(etsi data sit homini et exerceatur per bominem) ûon humana, sedpotiùs divina, ore divino Petro data , sibique suisque successoribus in ipso quem confessus fuit , petra firmata : dicente Domino ipsi Petro : Quodcumque ligaveris, etc. Quicumque igitur buic potestati à Deo sic ordinatae resistit, Dei ordinationi resistit; nisi duo (sicut Manicbxus) fingat esse principia, quod falsum et baereticum judicamus : quia testante Mose : non in principiis, sed inprincipio cœlumDeus creavit et terram, Porrè subesse romanopontifici omnem bumanam creaturam declaramus , dicimus , definimus et pronuntiamus omninè esse de necessitate salutis. (Bulla dogmaiica Bonifacii VI H à Clémente V con firmata et in corpus juris canonici inserta atque adoptata.)

« La foi nous oblige de croire et de professer que la sainte Église catholique et apostolique est une... C'est pourquoi l'Église une et unique n'est qu'un seul corps, ayant , non pas deux chefs, chose monstrueuse , mais un seul chef, savoir , le Christ , et Pierre, vicaire du Christ, ainsi que le successeur de Pierre, le Seigneur ayant dit à Pierre lui-même : Pais mes brebis, en général ; ce qui montre qu'il les lui a confiées toutes sans exception. Si donc les Grecs et d'autres encore disent qu'ils n'ont point été confiés à Pierre et à ses successeurs , il faut qu'ils avouent qu'ils ne sont pas des brebis du Christ , puisque le Seigneur a dit , selon saint Jean , qu'iV n'y a qu'un seul troupeau et qu'un seul pas* teur. Qu'il ait en sa puissance les deux glaives, l'uu spirituel , l'autre temporel , c'est ce que l'Évangile nous apprend ; car les apôtres ayant dit : Foici deux glaires ici, c'est-à-dire , dans l'Église , puisque c'étaient les apôtres qui parlaient, le Seigneur

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ne leur répondit pas: C'est trop, mais: C'est a^^^z. Assurément celui qui nie que le glaive temporel soit en la puissance de Pierre méconnaît cette parole du Sauveur : Remets ton glaive dans le fourreau. Le glaive spirituel et le glaive matériel sont donc Tun et Tautre en la puissance de l'Église ; mais le second doit être employé pour TÉglise , et le premier par rÉglise. Celui-ci est dans la main du prêtre ; celui-là est dans la main des rois et des soldats, mais sous la direction et la dépendance du prêtre. L'uD de ces glaives doit être subordonné à l'autre , et l'autorité temporelle doit être soumise au pouvoir spirituel. Car, suivant Tapèlre, toute puissance vient de Dieu; celles qui existent sont ordonnées de Dieu: or ^ elles ne seraient pas ordonnées, si un glaive n'était pas soumis à l'autre glaive, et , comme inférieur , ramené par lui à l'exécution de la volonté souveraine. Car, suivant le B. Denis, c'est une loi de la Divinité que ce qui est infime soit coordonné par des intermédiaires à ce qui est audessus de tout. Ainsi, en yertu des lois de l'univers, toutes choses ne sont pas ramenées à l'ordre immédiatement et de la même manière ; mais les choses basses par les choses moyennes , ce qui est inférieur par ce qui est supérieur. Or, la puissance spirituelle surpasse en noblesse et en dignité toute puissance terrestre , et nous devons tenir cela pour aussi certain qu'il est clair que les choses spirituelles sont au-dessus des temporelles. C'est ce que font Toir aussi non moins clairement Toblation, la bénédiction et la sanctification des dîmes, l'institution de la puissance et les conditions nécessaires du gouvernement du monde. £n effet , d*aprcs le témoignage de la vérité même , il appartient à la puissance s[nrituelle d'instituer la puissance terrestre , et de la juger si elle n'est pas bonne. Ainsi se vérifie roracle de Jérémie touchant l'Église et la puissance ecclésiastique : Voilà que je t'ai établi sur les nations et les royaumes; et le reste comme il suit. Si donc la puissance terrestre dévie , elle sera jugée par la puissance spirituelle. Si la puissance spiriUK'Iled'im ordre inférieur dévie , elle sera jugée par son supérieur. Si c'est la puissance suprême, ce n'est pas l'homme qui peut la juger , mais Dieu seul, suivant la parole de l'apôtre : U homme spirituel juge, et n'est jugé lui-même par personne. Or, celle puissance, qui, bleu qu'elle ait été donnée à l'homme et qu'elle soit exercée par l'homme, est, non pas humaine, mais plutôt divine, Pierre Ta reçue de la bouche divine elle-même, et celui qu'il confessa l'a rendue, pour lui et ses successeurs, inébranlable comme la pierre. Car le Seigneur lui a dit : Tout ce que tu lieras , etc. Donc quiconque résiste à cette puissance ainsi ordonnée de Dieu résiste à l'ordre même de Dieu ; à moins que , comme le manichéen,

il n'imagine deux principes, ce que nous jugeons être une erreur et une hérésie. Aussi Moïse atteste que c'est dans le principe, et non dans les principes, que Dieu créa le ciel et la terre. Ainsi toute créature humaine doit être soumise au pontife romain, et nous déclarons , affirmons , définissons et prononçons , que cette soumission est absolument de nécessité de salut. » (Bulle dogmatique de Boniface VIII confirmée par Clément V et insérée dans le corps du droit canonique.)

If.

« Si nous tenions les yeux de notre esprit arrêtés sur cette première et souveraine cause de tous les événements, elle changeraK en quelque sorte la hst du monde à notre égard , c'est-à-dire qu'elle nous obligerait à changer la plupart des idées que nous nous sommes formées de ce qui se passe. Nous n'y verrions plus d'innocents opprimés , nous n'y verrions que des coupables punis. La terre ne serait plus pour nous un lieu de tumulte et de désordre, ce serait un lieu d'équité et de justice. Noos reeonnaltrions que l'on n'y ôte à [lersonne que ce qu'il a mérité de perdre, que personne n'y souffire que ce qu'il a mérKé de souffrir; que la justieeet k force y sont toujours jointes ensemble ; que l'injvstice y est toujours impuissante; qu'il n'y a ni malheurs ni infortunes , mais seulement de justes châtiments des péchés des hommes; que I'chi n'j meurt ni par la nécessité de la nature , ni par les accidents de la fortune , mais que l'on y punit de mort des hommes qui méritent ce supplice , dans le temps et de la manière la plus convenable ; enfin que tout y est juste et saint^ et de la part de Dieu qui ordonne tout, et de la part des hommes sur qui ses ordres s'exécutent. Il n'y a que les ministres de cette volonté dominante qui peuvent être injustes, mais dont l'injustice ne saurait empêcher que ce qu'ils font ne soit juste à l'égard de ceux qui le souf frent. Qu'est-ce qu'une armée selon cette idée? C'est une troupe d'exécuteurs que Dieu envoie pour faire mourir des gens qui ont mérité la mort et qu'il a condamnés a ce supplice. Qu'est-ce que deux armées qui se battent? Ce sont des ministres de celle justice qui se punissent les uns les autres, et qui n'exécutent précisément que ce que Dieu a ordonné. Qu'est-ce qu'un meurtre? C'est la punition d'un coupable par un ministre injuste. Qu'est-ce que des voleurs? Ce sont des gens qui exécutent injustement le juste arrêt par lequel Dieu a ordonne que certaines personnes seraient privées de leurs biens. Qu'est-

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ce qu*an prince ? C*Ml une lerge en la main de Dieu | pour punir les méchants.

« Ainsi c'est proprement par cette vue que nous découTTons le règne de Dieu dans le monde, et Téminence de son pouToir sur toutes les créatures. » {Nicole y Traité de la soumission à la volonté de Dieu y Wpart., chap. 2.)

Si l'on poussait ce fatalisme à ses dernières conséquences, le crime seul régnerait sur la terre ; car, la Justice et la force étant toujours jointes ensemble^ on ne pourrait jamais légitimement résister à la force. Transportée dans Tordre politique, cette doctrine est l'expression fidèle et complète du gallicanisme. Le souverain ministre cTune volonté dominante et invincible, qui est celle de Dieu, peut être injuste y et alors il se damne ; mais il ne perd jamais la puissance, parce qu*en réalité il ne fait jamais que ce que Dieu a voulu qu'il fit : jamais non plus il n'est permis de lui opposer aucune résistance, au moins active , parce que la justice et la farce sont toujours jointes ensemble ; que tout sur la terre est juste et saint y et de la part de Dieu qui ordonne tout, et de la part des hommes sur qui ses ordres s^exécutent : car les hommes naissent tous coupables , et le prince est une verge en la main de Dieu pour punir les méchants. Résister au prince, c'est donc toujours se révolter contre Dieu. A quelque degré qu*il opprime, sa tyrannie t^i Juste et sainte. S'il attente à la vie de ses si^ets, sHI tue, s'il massacre, c'est un exécuteur que Dieu envoie pour faire mourir des gens qui ont mérité la mort et qu'il a condamnés à ce supplice. S'il mine le peuple en imposant des taxes exorbitantes, s'il spolie les familles, viole les propriétés, il exécute injustement le juste arrêt par lequel Dieu a ordonné que certaines personnes seraient privées de leurs biens >et ainsi ne pas se soumettre à tous les caprices d'un Néron , d'un Éric , d'un Henri VllI, est une impiété véritable, un crime de lèsennajesté divine. Après cela, accusez ces prêtres serviieSy ces fauteurs détestables du pouvoir absolu, qui, refusant d'adhérer à ces salutaires maximes, rejettent obstinément le gallicanisme religieux et politique, et s'efforcent de ravir aux peuples l'inappréciable liberté de se laisser tranquillement dépouiller , égorger par quiconque possède la force inséparable de la Justice.

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