‹ Œuvres complètes de F. de La Mennais (volume 2)Chapitre 128 sur 226 · DÉCLARATION · texte numérisé non relu

DÉCLARATION

Des causes qui ont mù monseigneur le cardinal de Bourbon y et les pairs, princes y seigneurs y villes et coînmunautés catholiques de ce 7'oyau?ne de France y de s'opposer à ceux qui, par tousmoyenSy s'effritent de subvertir la religion caUioiique et l'État,

Au nom de Dieu tout-puissant. Roi des rois, soit manifesté à tout homme , que , ayant la France , depuis vingt-quatre ans , été tourmentée d'une pestilente sédition émue pour subvertir l'ancienne religion de nos pères , qui est le fort lien de l'État , il y a été appliqué des remèdes, lesquels (contre l'espérance de leurs majestés ) se sont rendus plut propres à nourrir le mal qu'à l'éteindre ; qui n'ont eu de la paix que le nom , et n'ont établi le repos que pour ceux qui l'auroient troublé , laissant les gens de bien scandalisés en leur âme et intéressés en leurs biens.

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Et, au lieu de remède, qu*aTec le temps Ton pou- Toit espérer de ces maux, Dieu a permis que les derniers rois soient morts jeunes , sans laisser jusques ici aucuns enfants habiles à succéder à cette couronne, et ne lui en a plu encore ( au regret de tous les gens de bien ) donner au roi , qui maintenant règne, bien que ses bons sujets n'aient obmis, comme ils n'obmettront à Tafenir, leurs plus affectionnées prières pour en impétrer de la bonté de notre Dieu: en sorte qu'étant demeuré seul de tant d'enfants que Dieu avoit donnés au feu bon roi Henry, il est trop à craindre (ce que Dieu ne veuille) que cette maison s'en aille, à notre grand malheur, éteinte sans aucune espérance d'avoir lignée ; et qu'en l'établissement d'un successeur en l'état royal, il n'advienne de grands troubles par toute la chrétienté, et peut-être la totale subversion de la religion catholique , apostolique et romaine en ce royaume très-chrétien, auquel on nesouffriroit jamais régner un hérétique , attendu que les sujets ne sont tenus de reconnoitre ni souffrir la domination d'un prince dévoyé de la foi chrétienne catholique, étant le premier serment que nos rois font , lorsqu'on leur met la couronne sur la tète, que de maintenir la religion catholique , apostolique et romaine , sous lequel serment ils reçoivent celui de fidélité de leurs sigets et non autrement.

Toutes fois, depuis la mort de monseigneur, frère du roi, les prétentions de ceux qui , par profession publique, se sont toujours montrés persécuteurs de l'Église catholique , ont été tellement favorisées et appuyées , qu'il est grandement nécessaire d'y donner prompte et sage prévision , afin d'éviter les inconvénients très-apparenS dont la calamité est déjà connue a tous, les remèdes à peu , et la façon de les appliquer presque ^ personne.

£t d'autant plus que l'on peut assez juger par les grands préparatifs et pratiques qui se font partout, levées de gens de guerre tant dehors que dedans le royaume , et rétention de villes et places fortes qu'ils devroient déjà avoir remises longtemps entre les mains du roi, que nous sommes fort proches de l'effet de leurs mauvaises intentions, étant bien certain qu'ils ont depuis peu de temps envoyé pratiquer les princes protestants d'Allemagne pour avoir des forces afin d'opprimer les gens de bien plus a leur aise ; comme aussi leur dessein n'est autre que de se saisir et assurer des moyens nécessaires pour renverser la religion catholique, qui est l'intérêt commun de tous , et principalement des grands , qui ont cet honneur de tenir des premières et principales charges et dignités de ce royaume , lesquels on s'efforce de ruiner du vivant du roi même ou sous son autorité , afin que n'ayant plus personne qui à l'avenir se puisse opposer à leurs

volontés , il soit plus aisé de Aiire le chaDgement qu'on prépare de la religion catholique, pour s'enrichir du patrimoine de l'Eglise, suivant l'exemple de ce qui a été fait en Angleterre :

Même que chacun connott assez , et voit à Fccfl , des déportements et actions d'aucuns qui s'étant glissés dans l'amitié du roi notre prince souverain , la majesté duquel nous a toujours été et sera toujours sainte et sacrée , se sont comme saisis de soo autorité pour se maintenir en la grandeur qu'ils ont usurpée, favorisent et procurent partons mcftm l'effet des susdits changements et prétentions, et ont eu la hardiesse et le pouvoir d'éloigner de h privée conversation de sa majesté , non-seulement les princes et la noblesse, mais tout ce qu'il y a de plus proche , n'y donnant accès qu'à ce qui est d'eux.

A quoi ils ont déjà avancé qu'il n'y a plus pe^ sonne qui ait part en la conduite et administration de l'État, ni qui exerce entièrement sa charge, ayant les uns été dépouillés du titre de leur dignité, et les autres du pouvoir de fonction , encore que le nom vain et imaginaire leur soit demeuré.

Aussi a été fait le semblable à l'endroit de plusieurs gouverneurs de provinces , capitaines de places fortes et autres officiers , lesquels l'on a forcés de quitter et remettre leurs charges moyennant quelques récompenses de deniers qu'ils ont reçus contre leur gré et volonté , pour ce qu'Os n'osoient refuser ceux qui a voient pouvoir de les 7 contraindre. Exemple nouveau, et non jamais pratiqué en ce royaume, d'ùter par argent les charges à ceux auxquels elles avoient été données pour récompense de leurs vertus et fidélité ; et par ce moyen se sont rendus maîtres des armes par mer et par terre.

Et essaye-t-on tous les jours de faire le semblable aux autres qui en sont pourvus, si bien qu'il n'y a plus personne qui se puisse assurer , et qui ne soit en crainte, qu'on ne lui ravisse et 6te des mains sa charge, combien que, lui ayant été donnée par son mérite, il n'en puisse et n'en doive être dépouillé par les lois du royaume , sinon pour quelque juste et raisonnable considération, ou qu'il faillit en chose qui en dépend, et qu'il soit comme en justice de sa faute.

Ils ont ainsi tiré à eux tout l'or et l'argent des coffres du roi , auxquels ils font mettre les plus clairs deniers des recettes générales pour faire leur profit particulier , tenant à leur dévotion tous les grands partis et ceux qui les manient, qui sont les vrais chemins pour disposer de cette couronne , et la mettre sur la tête de qui bon leur semblera.

Et par leur avarice est advenu qu'abusant de la facilité des sujets , l'on s'est |>eu débordé à plus

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griè?e8 surcharges , Doo-seulement égales à celles que la calamité de la guerre avoit introduites, desquelles rien n*a été remis dans la paix, mais à infinies autres oppositions naissantes de jour en jour à Tappétit de leurs volontés dérogées.

Il avoit paru quelque rayon d'espérance, quand, sur les fréquentes plaintes et clameurs de tout ce royaume , on publia la convocation des états généraux à Blois , qui est Pancien remède des plaies domestiques et comme une conférence entre le prince et les sujets pour revenir ensemble à compte de la due obéissance d'une part, et de la due conservation d'autre, toutes deux jurées j toutes deux nées avec le nom royal et règles fondamentales de rÉtat de France ; mais de cette chère et pénible entreprise ne resta sinon Tautorisement des mauvais conseils d*aucuns, qui se feignants bons politiques étoient en effet très-mal affectionnés au service de Dieu et bien de FÉtat : lesquels ne s*étant contentés de jetter le roi, de son naturel très-enclin à piété, hors de la sainte et très-utile délibération qu*â la très-humble requête de tous ses états il avoit fait de réunir tous ses sujets à une seule religion catholique, apostolique et romaine, afin de les foire vivre en l'ancienne piété avec laquelle ce royaume avoit été établi, s'étoit conservé, de depuis accru jusques à être le plus puissant de la chrétienté, qui se pouvoit alors exécuter sans péril et presque sans résistance , lui auroient au contraire persuadé être nécessaire pour son service d'affoiblir et diminuer l'autorité des princes et seigneurs catholiques, qui avec grand zèle avoient grandement bazardé leurs vies combattant sous ses enseignes pour la défense de ladite religion catholique; comme si la réputation qu'ils avoieut acquise par leurs vertus et fidélité les eût dû rendre suspects, an lieu de les faire honorer.

Aussi l'abus qui auroit pris son progrès pied à pîedy est depuis tombé comme un torrent en précipice, d'une si violente chute, que le pauvre royaume se trouve sur le point d'en être bientôt accablé sans guère d'espérance de salut ; car l'ordre ecclésiastique, quelques belles assemblées et justes remontrances qu'ils aient su faire, est aujourd'hui opprimé de décimes, et subventions extraordinaires, outre le mépris des choses sacrées de la sainte Église de Dieu, en laquelle désormais tout est tollu et poilu, la noblesse anuuUée, asservie et vilennée, el tous les jours foulée misérablement de taxes et indues exactions, qu'elle paye malgré elle, si elle veut substanter la vie, c'est-à-dire, boire et manger, et se vêtir; les villes, les officiers royaux et menu peuple serrés de si près par la fréquentation de nouvelles impositions que l'on appelle inventions, qu'il ne reste plus rien à inventer

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sinon le seul moyen d'y trouver un bon remède.

Pour ces justes causes et considérations , nous Charles de Bourbon, premier prince du sang, cardinal de l'église catholique, apostolique et romaine, comme celui qui touche de plus près de prendre en sauvegarde et protection la religion catholique en ce royaume , et la conservation des bons et loyaux serviteurs de sa majesté et de l'État, assisté de plusieurs princes du sang, cardinaux et autres princes, pairs, prélats, officiers de la couronne , gouverneurs de provinces, principaux seigneurs, gentilshommes, de beaucoup de bonnes villes et communautés , et d'un bon nombre de bons et fidèles sujets, faisant la meilleure et la plus saine partie de ce royaume, après avoir sagement posé le motif de cette entreprise , et en avoir pris l'avis , tant de nos bons amis très-affectionnés au bien et repos de ce royaume , que des gens de savoir et craignant Dieu , que nous ne .voudrions offenser en ceci pour rien du monde, déclarons avoir tous juré et saintement promis de tenir la main forte et armes à ce que la sainte Église de Dieu soit réintégrée en sa dignité et en la vraie et'seule catholique religion ; que la noblesse jouisse, comme elle doit , de sa franchise tout entière , et le peuple soit soulagé de nouvelles impositions abolies, et toutes crues ôtées , depuis le règne du roi Charles neuvième, que Dieu absolve ; que les parlements soient remis en la plénitude de leurs connoissances et en leur entière souveraineté de leurs jugements en son ressort , et tous sujets du royaume maintenus en leurs gouvernements, charges et offices, sans qu'on leur puisse 6ter sinon en trois cas des anciens établissements et par jugement des juges ordinaires, ressortissant es parleÉients :

Que tous deniers qui se relèveront sur le peuple seront employés à la défense du royaume et à l'effet auquel ils sont destinés , et que désormais les états généraux , libres et sans aucune pratique , soient tenus de trois ans en trois ans pour le plus tard , avec entière liberté à chacun d'y faire ses plaintes auxquels n'aura été duement pourvu.

Ces choses , et autres qui seront plus particulièrement et amplement déduites, sont le sujet de l'argument de l'assemblée en armes, qui se font pour la restauration de la France , manutention des bons , et punition des mauvais ; et pour la sûreté de nos personnes qu'on a tâché souvent, et même encore depuis peu de jours, par secrètes conspirations, accabler et de tout ruiner, comme si la sûreté de l'État dépendoit de la ruine des bons et de ceux qui ont si souvent hazardé leur vie pour le conserver , ne nous restant plus pour nous garantir du mal , et pour détourner le couteau qui est déjà sur nos testes, sinon de courir aux remèdes qu'avons toujours eus en horreur , qui sont excusables , et

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ddfent être IrouTét justes « quand ib sont nécessaires et antorisés, et desquels nous ne Toudrions encore à présent aider pour le seul péril de nos biens, si la ruine de la religion catholique en ce royaume, de Tétat d'icelle, n> étoit inséparablement conjointe : pour la conserration desquete nous ne craindrons Jamais aucun danger; estimant ne poufoir choisir un plus honorable tombeau, que de mourir pour une si sainte et Juste querelle : et pour nous acquitter du deroir et obligation qu'arons comme bons chrétiens au service de Dieu, et empêcher aussi { comme bons et fidèles sqjcts ) la dMpation de l'État qui suit volontiers ledit changement*

^Protestant que ce n*est contre le roi notre souverain seigneur que prenons les armes, ains pour la tuition et défense de sa personne, de sa Tic et de son état, pour lequel nous Jurons et promettons tous exposa nos biens et nos ries, Jusqu'à la dernière gimtte de notre sang, arec pardUe fidélité qu'ayons fait par le passé ; et de poser les armes aussitôt qull aura plu à sa majesté ftiire cesser le péril qui menace la ruine du senrice de Dieu et de tant de gens de bien : ce que nous supplions très-humblement lUreau plus t6t, témoignant à chacun, par bon et vrai efi^, qu'il est vrannent roi très-chrétien, ayant h crnnte de Dieu et le lâe de la religion empreints en son âme, ainsi que nous l'arons toi^ours reconnu, comme bon père et roi très-aflectionné à la conserration de ses sujets, avec beaucoup de bienTcillance; ce que nous désirons sur toutes les choses du monde.

Et combien que ce ne soit chose éloignée de raison , que le roi fût requis de pourvoir en ce que durant et après sa Yîe le peuple commis en sa charge ne soit divisé en factions et partialité pour les différends de succession , si est ce que nous sommes si peu émus de telle considération , que la calomnie de ceux qui nous le reprochent ne se trouvera soutenue d*aucun fondement : car outre ce que les lois du royaume sont assez claires et connues , encore par dessus le hazard auquel nous, cardinal de Bourbon, nous y jettant sur nos vieux jours et dernier âge , font assez de preuve que nous ne sommes enflés de telle vanité et espérance; ains seulement poussé du vrai zèle de la religion , qui nous fait prétendre part à un royaume plus assuré et duquel la jouissance est plus désirable et de plus longue durée.

Notre intention étant telle, supplions tous ensemble très-humblement la reine mère du roi, notre très-honorée dame (sans la sagesse et la prudence de laquelle le royaume seroit despiécé, dissipé et perdu , pour le fidèle témoignage qu'elle peut , veut et doit rendre de nos grands services : même en par-

ticulier de nous, cardinal deBoarboii, qoi Tafonf toujours honorée, servie et assistée en ses piBs grandes afiaires, sans j épargner nos bicM, vîea, amis et parents, pour avec elle fortifier le parti dn roi et de la religion catholique), de ne nous voaMr A ce coup abandonner, mais y employer tout le crédit que ses peines et laborieux travaux loi devraieaf Justement attribuer , et que ses ennemis lui pour» roient avoir infidèlement ravi d'auprès du roi aoo fils.

Sup[^ions aussi tous les princes, pairs de France, officiers de la couronne, personnes ecdésiastiqaes, seigneurs, gentilshommes, et autres de qud^ qualité qu'ils soient , qui ne sont encore joints avec nous, de nous vouloir assister et aider de kmv moyens A l'exécution d'un si bon et saint œuvre; et exhortons toutes les villes et communautés, d'autant qu'elles aiment leur conservation , de juger sommairement nos intentions, et reconmittre le soulagement et repos qu'il leur en peut revenir en leurs aff^res, tant publiques que domestiques, et mettre , en ce faisant , la main à cette bonne entreprise, qui ne sauroit que prospé-er avec la gréée de Dieu , à qui nous référons toutes choses , on do moins, si leur avis et résolution ne se pouvoient sitôt rapporter à un , comme leurs conseils seront composés de plusieurs, nous les admonester^m d'avoir l'oeil A leurs choses propres, et cependant ne se laisser envahv A personne, et posséder par ceux qui , par quelque sinistre interprétation de nos volontés, se voudroient emparer de leursdites villes, et, en y mettant garnison de gens de guerre. Ici réduire aux mêmes servitudes que sont les entra villes par eux occupées.

Déclarons à tous que n'entendons user d'aucun acte d'hoslililé , que contre ceux qui avec les armes se voudront opposer à nous , ou par autres moyem indus favoriser nos adversaires, qui cherchent à ruiner FÉglise et dissiper TÉtat; et assurons un chacun que nos armées saintes et justes ne feront foule ni oppression à personne, soit pour le passage ou demeure en quelque lieu que ce soit, ains vivront avec bon règlement , et ne prendront rien sans payer.

Recevons avec nous tous les bons qui auront zèle à llionneur de Dieu et de sa sainte Église, et an bien et réputation de la très-chrétienne religioB françoise , sous protestation néanmoins de ne poser jamais les armes jusqu'à Tentière exécution des choses susdites , et plutôt y mourir tous de bon cœur, avec désir d*ètre amoncelés dans une sépidture consacrée aux derniers François, morts en armes pour le service de Dieu et de leur patrie.

Enfin, d*autant qu'il faut encore que toute notre aide vienne de Dieu , nous prions tous vrais catholiques de se mettre tous avec nous en bon état, se

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