‹ Œuvres complètes de F. de La Mennais (volume 2)Chapitre 132 sur 226 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

Que si l'on demande: Qui jugera de ces choses? le protestantisme répond : Chaque individu (6). Seulement on se divise sur la règle qui devra le guider. Selon Barclay, « l'homme, en sa qualité <( d'être raisonnable , doit se laisser diriger par les « préceptes d'une sage et impartiale raison. » Mais le docteur Reattie dcsa[)prouve cette règle , et veut que , lorsqu'il s'agit de résister à la souveraineté , Thomme se détermine u par les sentiments intéu rieurs d'un certain instinct moral dont il a la « conscience en lui-même , et qu'on a tort de conte fondre avec la chaleur du sang et des esprits «t vitaux (7). '»

Telles sont les garanties qu'offre aux souverains la doctrine protestante. Quant au catholicisme , rappelons d'abord ce que nous avons dit dans l'ouvrage même que vous censurez, 31onseigneur.

<( Le christianisme, dans les grandes révolutions «c qui bouleversent les Étals dont il a cessé d*être u le principe constitutif, n'agit jamais pour rente verser ce qu'il y a même de plus opposé à son (( essence. 11 se tient, pour ainsi dire , en dehors <t du mouvement , et Dieu arrive à ses fins par des « voiestoutesdifFérentes... Sans doute, l'obéissance » due au pouvoir (purement politique) n'est pas <( l'obéissance qui lui était due, lorsqu'il se présente tait au respect des peuples, comme le vicaire au t( temporel , l'image vivante du Christ-Roi. Cepenu dant on ne laisse pas de lui devoir une véritable <( soumission , en tant qu'il maintient encore un tt ordre partiel dans la société: car cet onlre dérive t( originairement de Dieu , il en prescrit la consert( vation ; et la force , en soi dépourvue de droit , t( devient alors occasionnellement son ministre (8).'*

Dans le cours ordinaire des choses, une obéissance véritable est donc due , suivant les principes du catholicisme , aux souverains hérétiques et schismatiques, et due en vertu même d'un commandement divin. Que si l'on suppose le cas oii cette obligation d*obéir viendrait à cesser, l'unique différence qui existe alors entre le catholique et le protestant, est que l'un se délie du devoir de fidélité par son jugement propre , et que l'autre , dans Tordre strict , n'en peut être délié que par le jugement de l'Église. De ces <leux maximes, quelle est

nement , cb. m , sect. 36.— Z^orc.'a^, Contra Monarchomieid., llb. III, chap. XVI.— £,oc*tf, //• Tr€Uté du gouvernent., ch. xviii, S 209 de l'original.— Barô^rroc sur PufTendorf, llv. VU, ch. Tiii, §5, 2*édtt. — Burlamaqu/, Principes du droit potitiqtte, part. II, ch. VI, lom. II, p.XW.—lfoodt, sur le Pouvoir des souverains. Recueil de discours sur diverses matières importantes, traduits et composés par J. Baibeyrac; lom.I.p. 41.

(5) Principes du droit politique , ubisufirA, n. 30.

(6) Sermon preac/ted alAppelbx f by rev. C. Blrd, a. m.

(7) Beatlie, on Trutti , part. Il, ch. xii. p. 408.

(8) Des progrés de la révolution et de la persécution reti' gieuse.

SECONDE LETTRE

la plus favorable aux princes ainsi qu*â la tranquillité des États ? Et , par exemple , en ce moment même où Tlrlande, opprimée depuis des siècles, réclames! justement son émancipation politique, en ce moment où toutes les passions, tous les préjugés, toutes les opinions, fermentent dans le cœur et dans la tète de quinze millions d*hommes , agitent et troublent la Grande-Bretagne menacée d*une guerre civile ; pensez-vous , Monseigneur, que le gouvernement anglais, libre de toute prévention et de toute entrave, n'aimerait pas mieux traiter avec le pape cette grande question, que d'en livrer la décision aux sentiments intérieurs d'un certain instinct moral dont chacun a la conscience en soi-même ?

Ces considérations doivent , si je ne m'abuse , atténuer au moins beaucoup les craintes que vous avez conçues. Monseigneur, au sujet des conséquences de la doctrine catholique. Au reste, il n'est peut-être pas sans intérêt de faire observer qu'en 1614 les réformés se vantaient d'être les premiers qui eussent combattu cette doctrine, soutenue alors par tout le clergé de France (1) : et, par une singularité remarquable, des protestants conçoivent aujourd'hui que le genre humain pourrait , et comment il pourrait , se jeter de nouveau dans cette théocratie, pour y trouver secours et salut (2).

Et comment ne voit-on pas, en efBet , que le genre humain, fatigué du despotisme et de Tanarchic , cherche avec anxiété la solution d'un problème qui, tôt ou tard, doit être résolu, puisqu'il n'est aulre que celui de rexislcnce sociale? I/ordrc et la liberté , voilà ce qu'il veut, parce qu'il n'y a de vie que là ; comme il n'y a non plus de liberté et d'ordre, pour les peuples chréliens, que par l'Église. J'ai dit plusieurs fois, et je répèle ici , que le temps n'est pas encore venu où les hommes , détrompés de leurs fausses théories, pourront comprendre cette haute vérité, au fond de laquelle reposent la paix et le salut du monde. Kl c'est pourquoi il faut la rappeler, l'expliquer, la développer, afin que, comparée sans cesse aux erreurs qu'on y oppose , elle germe peu à peu dans les esprits. Les vains et dangereux systèmes qu'on y a substitues , s'évanouissent rapidement, et bientôt il n*en restera plus de traces. Jetez les yeux autour de vous , et voyez , Monseigneur, qui défend aujourd'hui le gallicanisme : des ennemis de l'Église , qui conspirent publi(piement sa ruine et celle de la reIi}ïion chrétienne ; des sectaires retranchés de la communion catholique ; de cauteleux adulateurs du pouvoir, qui le poussent à sa perte, pour attirer sur eux, en

(1) nesponse à r Avh aux Rétugicz, p. 160.

(2) Es Ut denkbar dassund wie dio menschhcil sicb noch ein-

le flattant , ses regards et ses faveurs ; un petit nombre de vieillards, respectables sans cloute, mais qui ne vivent que de quelques souvenirs d'école : tout le reste , qu'est-ce que c'est ? et y a-t-tt dea paroles pour peindre cette ignorance et cette bas« sesse, ce dégoûtant mélange de bêtise et de morgue, de niaiserie stupide et de sotte conflance, de petites passions, de petites ambitions, de petites intrigues, et d'impuissance absolue d'esprit ? Monseigneur, votre place n'est pas là : ne descendez point dans cette boue : croyez- moi, elle vous tacherait. Prenez, il en est temps encore, des pensées plus élevées; regardez l'avenir, et méritez , cela vous est facile , sa reconnaissance et ses hommages. C'est le vœu que je forme de tout mon cœur eu terminant cette lettre , où vous reconnaîtrez , je l'espère , les sentiments de respect avec lesquels j'ai rhonneur d'être ,

Monseigneur ,

Votre très-humble , et très-obéissant serviteur,

F. DE La MEIHfAIS.

SECONDE LETTRE

Ac prlmAm mlterari licet nostrx ctatU laborem, et Uiim lemporum slultas opiniunc8 congemUcere , quibos patrociriari Den htimana creduntur, et ad luendam ChrUU Eccleslam anibltione saeculari laboratur.

S- HiLAR., contra Artan. liber unus, cap. m.

Monseigneur,

Après avoir opposé à la plupart des imputations contenues dans votre mandement, des réponses que tout homme exempt de préventions jugera, je crois, péremptoiresje souhaiterais pouvoir, comme jerae le proposais, continuer immédiatement une discussion dont le résultat doit être de justifier sur tous les points la doctrine de l'Église et du saint-siége, que, dans la précipitation d'un zèle plus vif peutêtre que réfléchi, vous avez attaquée au moins indirectement. Mais voici que de nouveaux adversaires viennent , par de nouvelles accusations , me forcer de déranger l'ordre que j'avais résolu de suivre ; et, bien que les deux ])remiers se bornent à des inculpations injurieuses , sans examen , sans raisonnements , sans l'ombre même d'une preuve , le rang qu'ils occupent dans l'Église ne me permet pas de garder le silence sur ces violentes inculpations, et m'oblige de surmonter l'inexprimable répugnance

mai in dip<e Theocrallc hicnc inwerren kociinte. weil sicbtelbtt RcUuiig un HliUc darin zii nndcn wuchnl. Ftank,

A MONSEIGNEUR L*ARCHEVÊQU£ DE PARIS

qu'inspire naturellement une controverse de ce genre. On ne trou?era sûrement pas ces expressions exagérées, quand on aura lu les paroles suivantes :

«I Mais, en protestant de notre attachement à cette « Église principale, mère de toutes les Églises, <c pourrions-nous ne pas condamner ceux qui ne <i craignent pas de calomnier l'Église de France , «i cette fille aînée de TÉglise romaine, qui mérita et «i qui reçut tant de fdis les éloges des souverains «I pontifes; qui osent imprimer la note d*hérésie sur u ce front auguste que n'ont jamais déshonoré les «c iaches ni les rides , et qui , sans mission , tran- «t cbent , de leur autorité privée , des questions sur «I lesquelles le saint-siége lui-même s*abstient de *t prononcer : écrivains téméraires qui rendent la «1 religion suspecte aux puissances établies de « Dieu même y qui fortifient toutes les préventions «t de rhérésie contre le catholicisme, et qui appel- «t lent sur TÉglise le mépris et la haine des peuples, « en lui supposant des prétentions exagérées qu'elle « repousse (1)? »

Avant d'examiner en détail ce touchant morceau d'éloquence apostolique, il est nécessaire d'avouer, pour ne rien taire de ce qui peut ajouter à son autorité , qu'il a reçu , selon toutes les formes récemment introduites à l'égard des mandements épi- SGopaux, l'approbation constitutionnelle du Journal des Débats, qui délivre solennellement à M. l'archevêque de Tours un certificat i\e digne évéque et de bon Français, attendu que la confiance que ce prélat lui inspire y est encore /brtifiée par l'ascendant irrésistible de sa mod ''ration» Et, quant à l'auteur incriminé { le mot est juste cette fois ) , messieurs des Débats, dont l'oreille classique et la conscience gallicane sont d'une égale délicatesse, aiment à croire qu'il mettra dans sa justificatiofiy s'il croit devoir répondre y une réserve plus respectueuse que dans sa réponse au ?nandement de M. farchecêque de Paris (2). Il est vrai que la manière dont ils ont ])arlédes mandements de M. l'archevêque de Toulouse et de M. l'évèc^e de Meaux ofire un modèle de respect et de réserve, qui leur donne plus qu'à d'autres le droit d'être difficiles sous ce rapport : toutefois je pense , Monseigneur , que vous excuserez la réserve qui m'empêche d'imiter ce respect en vous écrivant. Je reviens à M. Tarclie- Têque de Tours.

Il me permettra de lui dire d'abord que rien au monde n'est moins équitable que iVi?icriminer vaguement; et, si je n'appréhendais de ne pas paraître aussi respectueux que je désire l'être toujours en-

(I) Mmndement de monseigneur t'arche^téque de Tours ^ VuecaiioB de U mort du souverain ponUfc Léou XII, elle tlaiitie Jomrnùides Débats du 12 mars 1829.

(2J Journal de$ Dêbaia du 12 mars 1829.

vers lui, j'ajouterais que rien n'est plus éloigné même de la simple prudence , que à*incriminer faussement.

« En protestant , dit-il, de notre attachement a (c cette Église principale, mère de toutes les Églises, «c pourrions-nous ne pas condamner ceux qui ne te craignent pas de calomnier l'Église de France , te celte fille aînée de l'Église romaine, qui mérita et u qui reçut tant de fois les éloges des souverains « pontifes ? »

On n'accuse guère, lorsqu'on veut être juste, quelqu'un d'avoir calomnié, sans spécifier la calomnie et sans la prouver. Nul rang , nulle position n'affranchit de ce devoir; et M. Tarchevêque aurait dû y prendre garde ? car il y a des mots qui ressemblent quelquefois à cet esprit de l'Évangile , lequel , ne trouvant pas où se reposer y ?*evint là d'où il était parti (ô). Or, en quoi ai-je calomnié l'Église de France? Est-ce en disant que le clergé français.s'ac corde presque unanimement à rejeter les trois derniers articles de 1682 (4) ? Mais c'est un fait que ne niera pas M. l'archevêque de Tours, et qui n'en resterait pas moins un fait certain quand il le nierait. Singulière calomnie , d'ailleurs, qui- consisterait à soutenir que l'Église de France est unie plus qu'auparavant à l'Église 7nère et maîtresse !

Est-ce en disant que tout le monde n'a pas aperçu aussi clairement le danger du premier article (15)? Je concevrais qu'on s'affligeftt de cette allégation, si, grâce à Dieu, elle manquait d'exactitude : mais M. l'archevêque de Tours en prouve luimême personnellement la triste vérité.

Est-ce enfin en disant que la Déclaration de 168^2 renferme une doctrine opposée à la vraie doctrine catholique? Mais , si c'est là une calomnie, elle n'est pas de moi; le calofnniateur est le saint-siége, qui, depuis un siècle et demi , a , sans interruption, ihiprouvé y cassé, annulé la Déclaration de 1682, et ne cesse de la réprouver par un enseignement con< traire.

En quoi donc , encore une fois , ai-je calomnié l'Église de France? Écoutons jusqu'au bout : peutêtre s'expli(iuera-t-on.

« Pourrions-nous ne pas condamner ceux... qui K osent imprimer la note d'hérésie sur ce front auu guste que n'ont jamais déshonoré les taches «( ni les rides, et qui , sans mission , tranchent , de (C leur autorité privée, des questions sur lesquelles u le saint-sitfge lui-même s'abstient de prononcer? >

Ici l'auteur ificrimïné croit devoir répondre avec une réserve respectueuse qu'il défie M. Tares) MaUh., XII,43ctteq.

(4) Des progrès de la révolution et de la guerre contre l'E' gllse.

(5) Ibtd.

SECONDE LETTRE

che?èque de Tours de citer un seul passag^c de son livre dans lequel il ait osé imprimer la note (Théfiîsie sur le front auguste que n^ont Jamais déshonoré les taches ni les rides, Qu'a-t-il donc dit? — Ce <]u1l a dil? Hélas ! le contraire précisément. Voici ses paroles : •< Cependant , dit-on , les maxi- « mes de IGHâ n'ont été jusqu'ici frappées d'au- <( cune censure expresse. 11 est vrai , nous en « convenons (1). » M. Tarclicvèque peut donc être parfaitement tranquille sur les rides.

Il est vrai que j'ai soutenu que ces maximes , qui ne sont plus celles de r Église de France , mais seulement d'un très-petit nombre de ses membres, conduisent , par des conséquences prochaines , au schisme et a l'hérésie ; et en cela je n'ai fait que répéter ce qu'ont prouvé mille fois tous les théologiens non gallicans, c'est-à-ilire , les théologiens du monde entier , excepté ceux de France , et encore depuis cent cinquante ans au plus (â). Ils observent d'ailleurs , eux-mêmes , {\u*on ne leur permettait pas de s'écarter de la Déclaration de 1682 (3) , de sorte que celte théologie, à tous ses autres mérites , joignait encore celui d'être imposée par les parlements.

Quant au reproche que m'adresse M. l'archevêquo de trancher y de mon autorité privée^ des questions sur lesquelles le saint-siége lui-même s'abstient de prononcer y f oserai lui représenter trèsrespectueusement que le saintsiége s'aùsliefit, non de prononcer, mais de censurer ; qu'il a prononcé dans plusieurs brefs , et enfin dans la bulle /nier mullipltces, dont Pie VI a renouvelé et confirmé les dispositions dans la bulle Auclore?nfldei;i{ut jt» m'en liens exacloment , selon le devoir «le tout <'atholiiiue, à ce que ces deux bulles oni p?vnonC(' ; qu'ainsi ye ne tranche rien de 7Non autorité privée , et (|ue ces mots n'ont pas uK^me de sens lorsqu'il s'agit de savoir, en consultant les actes publics de la puissance pontificale , quelle est la doctrine du vicaire de Jésus-C^hrist , du Docteur de tous les chrétiens (1) , et par conséquent la doctrine de l'Eglise calholi(|ue.

En raejustifianl surdes points trop souvenléclaircis de[)uis trois ans ])Our qu'on diU s'attendre ({u'iis servissent encore de texte aux mêmes accusations, j'aurais peut-être le droit d'adresser à M. Tarchocque de Tours quchpies paroles de saint Augustin , qui se présentent naturellement a l'espril en cette

(1) Des progrès de la révoluUon et de ta guerre contre l'Église,

(2) PclrideMarca Manuscrtpl., tom. Il, iiuni. XXXI el XXXI v.

(3) PTuii diKfciinulaiulum , diflicilc e»sc Iti Unlâ te»(iiiioi)ioruiii mole qux Ddlaniiinu.s, I.auiiouU el nlii coiii;cruiil , non rccognoscerc aposlolicu> Seilis seu rouianx* EcclcsifP certam et inrallibilem auclurilaleni ; al longÈ diflnciliu.s csl e.i conciliarc cum Dcclarntione cicri (jalllcani, A qu4 rcccUcre nubis non pcrnill-

circonstance (5). Je m*en abstiendrai cependant. Poursuivons.

(( Écrivains téméraires qui rendent la religion K suspecte aux puissances établies de Dieu « même , qui fortifient toutes les préventions de « l'hérésie contre le catholicisme , et qui appellent « sur l'Église le mépris et la haine des peuples , en (( lui supposant des prétentions exagérées qu'elle « repousse. »

J'ai déjà répondu à ces vagues allégations dans ma première lettre. J'espère qu'elle calmera les craintes de M. l'archevêque de Tours, en ce qui regarde les peuples et les puissances établies de Dieu même. Je pourrais remarquer combien il est au moins étrange qu'un évêque catholique ose représenter une doctrine que ceux même qui la rejettent reconnaissent avoir été généralement soutenue et prali<|uée dans l'Église pendant une longue suite de siècles , comme propre à appeler sur l^ Église le mépris et la haine des peuples. Je pourrais demander si les ennemis déclarés de l'Église ont jamais usé d'un langage plus amer : mais j'aurai assez de réserve et de respect pour ne pas insister sur cette observation.

Ce qu'ajoute M. l'archevêque sur ces écrivains téméraires qui fortifient toutes tes préventùms de r hérésie contre le catholicisme , en défendant la doctrine constante du chef de FÉglise catholique, suppose que les souverains pontifes sont eux-mêmes du nombre de ces téméraires y et qu'ils n'ont pas cessé ^^ fortifier j par leur enseignement, les préventions de l'hérésie cont/^ le catholicisme. Ce n'est certaniement pas ce qu'a voulu dire le prélat à (|ui je réponds , mais c'est la conséquence nécessaire de ce qu'il dit. Ses paroles prouvent qu'il ignore jLjue , de fait , la plupart des protestants qui se convertissent , et surtout les plus instruits, sont ramenés au catholicisme par Icsdoctrines romaines, dans lesquelles seules ils voient un remède suffisant contre les désordres et l'anarchie que la réformée engendrés. J'engage M. rarchevèque de Tours à méditer les réflexions aussi sages que profondes de 31. de llaller sur ce sujet (G). Au lieu de ra[)procher les prolestants du catholicisme, les maximes gallicanes n'ont d'autre elf(;t que de leur persuader que les défenseurs de ces maxinu'S finiront par arriver eux-mêmes au [)rolrslantisme. «^ Nous savons, ce « sont leurs paroles , que les catholiques dïiséclai'

lllur. TournelXj Prœlect. Theolog.de Ecoles., lom. II, pag. 13^.

(4) Concil. Florent.

(3) Odiosè repelifiquod otiosô loqucris : vacat enlm tlbi easdcm rcs loqtiacllalc revolverc, quas non potes a»sererc vcrlUle;el dicere sine modo, qua' adslriiere non vaies ullomodo. S.August. Opcr. imperfect., Mb. lll, cap. xxxiv.

(f»i Mémorial catholique, loin. VI, p. 51 cl sniv.

A MONSEIGNEUR L'ARCHEVÊQUE DE PARIS

« féSf qui ont recueilli, exploité et enrichi Théu rilag^e des anciens jansénistes , sont des protcsu tants qui n'ont fait que la moitié du voyage ; nous <( les attendons , ils viendront à nous un jour (1). »

Être catholique et tenir les principes gallicans , était une chose qui paraissait contradictoire à Pufftendorf : Cela y dit-il, n'est pas médiocrement absurde (2). A peine la Déclaration de 1G82 eut-elle paru, que les calvinistes français, s'adressant à répiscopat m^me , montrèrent qu'elle était inconciliable avec les bases du catholicisme , et qu'il en résultait une espèce de schisme et de séparation entre les évêques et leur chef {ô). En Angleterre, le protestantisme en triompha hautement, et en conclut que l'Église de France n'admettait qu'en apparence la suprématie ponli/icale , et qu'elle n était pas en réalite moins schifsmalique que r Église anglicane (4). Cette conséquence était faïusse sans doute , et les catholitjues s'empressèrent de rcj-ousser une imputation si injurieuse au clergé français. Mais comment le justifièrent-ils? Daignez, Monseigneur , y faire attention ; leur réponse est remarquable :

« Pour connaître les sentiments de l'Église galliu cane , on ne doit point en apj>eler à la harangue « d'un avocat général, nia une assemblée d'cvêqucs H agissant avec chaleur et précipitation. En ces cir- V constances ce ncsont point eux qui parlent, mais « la passion. Consultez les évêques français sépa- « rément , ou réunis en des assemblées qui aient la tf religion pour unique objet , et vous trouverez » qu'ils reconnaissent la suprématie pontificale aussi « pleinement que les conciles de Florence et de « Trente (5). »

Les questions relatives aux rapports et à la subordination des deux puissances offraient alors une difficulté particulière aux catholiques anglais, parce que l'Église établie ^ ou du moins jlusicurs de ses membres, soutenait alors, pour complaire à la souveraineté temporelle, la doctrine proclamée par Henri Ylll , de la non-résistance et de Tinaraissibilité absolue du pouvoir , c'est-à-dire, exactement la doctrine du premier article , affirmant, comme les gallicans, que la doctrine contraire est formellement opposée a l'Écriture. Les catholiques évitèrent,

(1) Revue prolestante ; llvralton de mal 1826, p. 2iO.

(2) Siquidein non i>ariiin absuiditatls babel. De habitu relfg. christ, ad vHam ctvilem, $ XXX\ III.

(3) Réponte apologétique à Messieurs du clergé de France sur tes actes de leur assemblée de 1682, touchant ta religion.

(4) I Ua\e not ioucbt tbc feud* bclween tbe couru ur France andof Eomeln 82, norTalon'« barangue : niiicb le»« Ihe four famous proposltlona of tbe cicrgy , wbkb be ibougbt fltto propote lo Uie publlck, as tlandlog évidences tbe frencb Cbui cb ouly owns Ibe tupreoMcy In apparences, and Is witbiu an ace no less scblimaUcal than tbat of Englaud. The case review'd, or an answerlo the case ttaied, etc. Préface^ 1715.

(2) But we niusl nol appeal lo an allorney goncruPs barangue-

autant que possible, de se prononcer sur un point que les circonstances rendaient si délicat à traiter. Cependant écoutez ce que leur conscience les força de dire : k Je confesse que les catholiques qui sup- «( poseraient comme une vérité certaine que le poutr voir du pape sur les souverainetés est condamne « dans l'Écriture, ne serait pas dans la voie du (c salut : mais ils prétendent qu'aucun texte ne le u condamne , et que plusieurs semblent le favo- « riser (C). »

Tel était, même au dix-huitième siècle, l'enseignement universel dans TEglise catholitiue, la France exceptée; et j'engage d*autant plus M. l'évèque de Cambrai à y réfléchir , qu'alors peut-être il sera moins prompt à assurer que la doctrine du siège apostolique contredit la déclaration de Jésus- Christ ^ qui dit que son royaume n'est point de ce monde, et qui dislingue avec soin ce qtie l'on doit à Dieu de ce que l'on doit à César; qu'elle se met en opposition avec la sagesse étemelle , et débniit la subordination , en suspendant l'obéissance, contrairement aux préceptes des apôtres: doctrine pernicieuse , ajoute-l-il encore, doctrine qui lui inspire une douloureuse indignation, et qui devrait faire bannir de toute société une religion qui oserait l'avouer, puisqu'elle en mine les bases (7).

Je ne sache pas qu'aucun cvêque, dans l'emportement de la plus vive passion , ait jamais parlé avec cette violence des doctrines de l'Église romaine. Puisqu'il n'a pas rougi de pareils excès , il faut apprendre â ce vieillard que la doctrine qui excite à un si haut degré son indignation, était celle de Fénélon, son prédécesseur dans le siège de Cambrai ; que s'inscjire en faux contre elle (8) , c'est s'inscrire en faux , non -seulement contre les vicaires de Jésus-Christ, mais contre les conciles œcuméniques et la tradition ; que , si la société avait suivi le conseil que, dans son délire, il ne craint point de donner, iie bannir une religion qui oserait avouer ces maximes, il y a douze cents ans qu'il ne resterait pas de traces du christianisme sur la terre; et qu'eufin il serait bon qu'il se souvînt qu'il y a des temps et des temps , et que le langage qui pouvait convenir au citoyen Belmas, évéque de l'Aude^

for the scnliments of tbe gallican Churcb , nor to an assembly ur bl«bops In a beat and burry. In tbese circumslances pas»iuu spcaks. nottbey. Lot us tben consult tbe frencb bUhops singly and In assiniblics where relli'.ion was the only-que»IIun,and we sbail flnd Ibeni acknowledge tbe supremacy as fully as tbe conclls of Florence or Tient. The case review'd, etc., ubi »uprA.

(6) Dtd tbey suppose as a certain trutb , the Popc's dcpo»lng Power, lo be conJeinned in Scriplure.... : 1 confess tbose catbollcks would not be In a way of salvalion : but ibcy prétend nol ivxi condemns it, and souie seeni to favour 11. The case review'df etc. ji wortl ofadvicc to the author.

(7) Mandement de monseigneur l'arclievéque de Cambrai A rocca»lun du décès de 8. S le paiK; Uon Xil, p. 6 et 7. - C* ^^«1

SECONDE LETTRE

devient scandaleux dans la bouche de M. Beimas, ëvéque de Cambrai,

Ce n*est pas , on peut le croire , sans une profonde douleur, que je me vois contraint d'adresser de semblables paroles à un homme revêtu d*un haut caractère dans la hiérarchie catholique. Maïs qui pourrait de sang^-froid entendre flétrir, si dangereusement pour TÉg^lise, Tenseig^nement de ses premiers pasteurs, et tant de siècles chrétiens où Ton ne connut point d'autre doctrine que celle qu'unévèque affirme aujourd'hui être opposite à la déclaration de Jésus-Christ , à la sagesse étemelle , et aux préceptes des apôtres? Si le gallicanisme a son mdignatioUy il est permis au catholicisme d*avoir aussi la sienne. Que Dieu nous préserve de ressentir aucune aniniosilé contre les personnes ; mais qu'il ne nous préserve pas moins d'oublier ce mot d'un saint pontife : •( Qui ne résiste point à l'erreur, (( rapprouve; et qui ne défend pas la vérité, « l'opprime (1). >»

Je dois maintenant répondre à un autre adversaire qui, dans un court écrit où le talent conserve toujours sa dignité, m'a combattu avec autant de loyauté que de politesse. Quoique cette discussion paraisse peut-être m'éloigner de vous, Monseigneur, en y regardant de plus près on reconnaîtra que, pour justifier la doctrine qui vous choque, je ne puis ni mieux faire ni faire autre chose que de chercher, partout ailleurs que dans le mandement où je suis attaqué, les raisons dont vous n'avez pas jugé a propos d'appuyer votre censure. Examinons relies que m'oppose M. de Frénilly. Si quelquf'fois on peut les trouver un peu vagues, on y remarque toujours une bonne fui Irès-rare de noire temps. lUen d'absolu , rien de décisif. Il insinue son opinion, plutùl qu'il ne la propose netlonieut. Son esprit hésite, parce qu'il est droit; et sa parole, souvent timide et enveloj)pée, lui échappe comme à regret : du moins , est-ce FelFet qu*rlle produit sur moi. II semble qu'à chaque pas il soit arrête par une sorte de vue obscure de certaines vérités qu'il craint d'apercevoir clairement. Ce n'est pas la force qui lui manque, mais le courage. On dirait que, persuadé qu*il faut, pour le bien des hommes, voiler la base de rinslilulion sociale et la source sacrée du droit, il a peur d'être convaincu. Je crois, pour moi, qu'on ne saurait trop s'occuper du grand problème qui travaille les nations chrétiennes , afin d'arriver à une solution qu'elles comj)rennenl et qu'elles admettent : car jamais le calme ne renaîtra auparavant.

Il y a deux parties dans mon livre : l'une purement théorittue , dans laquelle , la fui mise à part ,

(I) Error ciiinoii rcsi»tilur, .ipprobatiir; et vcrilaftquu; iiiiiiimô (Icrciisalur, oppriiniliir. Ep. h'cliv. III ad .4carium.

Je recherche en général ce que c*est que la sodélé, et quelles en sont les lois nécessaires et fondamentales. Cette discussion , indépendante des croyaDcei religieuses , me fournit l'occasion d'examiner , soui un point de vue philosophique et politique , les doctrines libérales et royalistes. Je montre que, par des voies diverses , elles renversent également la société , qu'elles conduisent , soit au despotisme pir l'anarchie , soit à l'anarchie par le despotisme. Observant ensuite que le libéralisme a néanmoins conçu l'idée d'une société fondée sur le droit, où le pouvoir s'allieraK étroitement à la liberté, sociélé parfaite , mais dont l'existence lui parait impossible , je fais voir que cette théorie , si elle pouvait être réalisée , satisferait aux vœux réels des partis, en tout ce quils ont d'universel et de permanent. M. de Frénilly ne dk presque rien sur cette partie de mon livre.

J'établis dans la seconde que , de fait , la théorie libérale est identiquement la doctrine catholique sur la société : d'où je conclus que, pour sor^ tir du désordre présent, pour que la paix renaisse et que les conditions de la vie sociale soient remplies , il faut nécessairement que les peuples reviennent au catholicisme complet, retour qui, supposant un changement total dans les opinions régnantes, ne peut s'effectuer que peu à peu, à l'aide du développement libre de la vérité et dei leçons de l'expérience. La plupart des observations de M. de Frénilly se rapportent à cette seconde partie.

Afin de dégager le ])oint principal de la discussion de tout ce qui ])eut l'obscurcir et l'embarrasser, j'examinerai d'abord quelipies questions incidentes sur lesquelles il me semble ([ue ce publiciste, d'ailleurs si distingué , s'est mépris. Je rectifierai aussi plusieurs exposés inexacts.

Dans la crainte qui le préoccupe d'être conduit plus loin qu'il ne voudrait aller, ou, comme il s'eiprime, à' être pris par surprise (2), M. de Frénilly, en homme habile , prend tout de suite le plus sur moyen d'éviter ce qu'il appréhende : il refuse de marcher. Certainement . s'interdire le premier pas est de toutes les précautions la meilleure pour n'avoir i)oint à s'inquiéter du second. Voyons ce|)endant si , dans le cas présent, la raison ne l'obligeait pas à plus de hardiesse, et si je n'avais pas le droit de compter sur riionneur de le trouver près de moi , sinon jusqu'au bout , du moins au commencement de la roule que j'ai parcourue.

J'ai posé , pour fondement de toute la science sociale , ce principe que je n'eusse jamais cru pouvoir être contesté de personne, et bien moins eii-

i2) Lettre de M de FrénHlr à M. de'", pair de France, ilc pag. fi.

A MONSEIGNEUR I/ARCHErÊQUE DE PARTS.

core par quiconque admet une religion, quelle qu'elle soit, savoir : « que nul gouvernement, nulle « police, nul ordre ne serait possible, si les homu mes n'étaient unis antérieurement par des liens « qui les constituent déjA en état de société , c*est- « à-dire par des croyances communes conçues « sous la notion du devoir (1). »

M. de Frénilly laisserait volontiers passer cette spéculation, si Ton n*en tirait aucune conséquence; mais il la rejette en tant qirclle se lie à quelque chose. Citons ses propres expressions : » Cette pré- « cession de la société spirituelle , qui est indis- « pensable à l'auteur comme la base de son sys- « tème de subordination; cette précession me parait « elle-même un système. 11 s*cst rencontré dans le u monde des sociétés sans croyance : plusieurs « sociétés, devenues chrétiennes, existaient avant « l'établissement du christianisme ; je crois même « qu'en mettant les faits à part , on peut discuter, •I dans le sens abstrait , si une religion préétablie u et commune a nécessairement précédé Tétablis- « sèment de toute société civile. Toutefois, et mal- « gré toutes ces raisons de douter, comme c'est là « une de ces spéculations morales dont la possibi- « litë ne tend qu'au bien du genre humain , je la K laisserais volontiers passer sans nulle opposi- » tion, si cette spéculation, ce système plus ou « moins contestable, n'était pas posé ici comme la K pierre angulaire de Tédifice de M. de La 3Ien- « nais (S). »

Je suis surpris que le noble Pair ait confondu , dans la proposition générale qu'il combat, la société spirituelle avec la société chrétienne. Qui jamais a nié qu'il existât des sociétés avant Jésus-Christ ! Ce que Ton prétend, c'est que toujours la société spirituelle a précédé la société civile, et même qu'à proprement parler il nVxiste de vraie société que la société spirituelle. En effet, toute société est relative â l'intelligence; et Ton ne saurait concevoir aucune union réelle entre les êtres intelligents, qu'en même temps on ne conçoive un lien moral , une loi qui soumette les esprits à certaines croyances , et les actions à certaines règles obligatoires qui en dérivent. La supposition d'une société civile préexistante à la société spirituelle est donc contradictoire en soi, et se résout rigoureusement dans la domination matérielle de la force purement physique. Ce n'est autre chose que l'hypothèse d'une société athée, non-seulement dans sa constitution politique, mais dans ses membres ; d'une société où l'on ne connaîtrait aucuns droits, aucuns devoirs : et le noble Pair semble l'avoir senti, lorsqu'il avance qu'il s'est rencontré des sociétés sans croyance. Où donc? à

(I) Det progrét de ta révolution et de la guerre contre l'É- $iite.

quelle époque ? Qu'on nomme les lieux, qu'on indique les temps. Pour moi , si haut que je remonte dans l'antiquité, si loin que je porte mes regards dans le monde aujourd'hui connu, partout, même chez les sauvages les plus dégradés , je trouve, avec une loi morale, la notion de la Divinité. Or, un fait perpétuel est-il un système ? un fait universel estil une spéculation?

M. de Frénilly, sans néanmoins développer sa pensée , parait mettre une grande dilférence entre ces deux propositions :

«( La société civile a pour fondement la société « spirituelle. En détruisant la société spirituelle^ (( le libéralisme dogmatique détruit aussi la société «( civile. »

i( La société civile a pour fondement la religion, «( En détruisant la religion , le libéralisme dogmau tique détruit aussi la société civile. »

Il voit dans la première une sorte de piège (3) , contre lequel il se tient en garde. Je serais heureux de le tranquilliser ; et, quoiqu'il soit très-difficile de calmer ses soupçons logiques, je ne perds pas cette fois l'espérance d'y réussir. Essayons.

Le noble Pair , adoptant le système qu'il rejetait tout à rheure, veut bien convenir que la société civile a pour fondement la religion , et qu'ainsi le libéralisme, en détruisant la religion, détruit la société civile. Je me flatte qu'il conviendra encore que la religion est une loi, et une loi spirituelle, et qu'il ne s'elfraiera même pas d*avoucr que vivre sous une loi commune, c'est vivre en société, et que, par conséquent, ceux qui reconnaissent la religion, loi spirituelle , forment une société spirituelle. Le libéralisme ne peut donc détruire la société spirituelle sans détruire la religion , ni détruire la religion sans détruire la société spirituelle. Les deux propositions que le noble Pair attache tant d'importance à distinguer sont donc identiques dans le cas présent. Il s'est donc alarmé à tort. Que s'il demande pourquoi j'ai employé le mot de société spirituelle, au lieu du mot religion , je répondrai : Parce que c'était le mot propre. Ayant, en efi^et, montré que la loi spirituelle appelée religion, en unissant les hommes par des croyances communes et des devoirs communs, constitue la société spirituelle, fondement de la société civile , et voulant prouver que le libéralisme détruit toute société, il fallait bien prouver, je pense, qu'il détruit la société spirituelle ou la religion en tant qu'elle est la base de la société civile; et c'est ce que j'ai fait.

Considérée sous un point de vue plus général , la distinction établie par le noble Pair est loin d'être exempte de danger. Elle tient à un vaste système

(2) Lettrede M. de Frénilly à M, de"\pairde France, clc.,p. 6. (1) Ibld., p. Sel 9.

A MONSEIGNEUR L'ARCHEVÊQUE DE PARIS

e les qiiMlions de droit relatives a des sujets et du souverain. Je ne fuis liffieuUc d'admettre, dans l'un et l'autre «ibililc de <iuelques abus. Mais il me le noUc Pair insiste, beaucoup plus (1) fiendrail à un esprit si éclairé , sur ces les(9). 11 s'agit de soToir, premièrement, '(]uc l'Église a exercé long;temps en vertu ion divine, lui appartient véritablement, lillf suppose constamment que non ; IVn croire sur parole, et sa parole n'a acquis l'autorité de celle de l'Église, ut , si quelques abus possililes , mais lent restreints en. des limites très-étroient foire repousser un ordre social hors le conçoit , pour lus peuples chrétiens , roir, ni liberté.

lant si légèrement la question de droit , dépendent toutes les autres, le noble avoir été abusé par les notions historifs-fauEset qu'il s'est formées de la doc - Ive de l'Église et sur le développement Dce pontificale (4). Nous y reviendrons tnd le moment sera venu d'exposer la

exposer lui-m^mc ce qu'il pense qu'a (st'ment établir l'Église gallicane , ce i/m clairement exprimer Bossiiet et » terpiles qui dressèrent les quatre 1 résume ainsi le premier :

Iferainelé temporelle émanée de Dieu mise ni par raison, ni par justice, ni I, ni par usage , h l'action temporelle du t spirituel également émané de Dieu , et sait pour juge . en matière et par des tporelles . que Dieu même , et non son faire (15). "

fort que ce résumé soit plus clair que U est destiné à éclaircir. Que signifie le rel? Veut-on dire que le souverain n'est , dans les choses purement ciritea, de l'Église? personne ne le conteste.

w qu'en aucun cas l'action de l'Église ITcrainetés n'est de m£me nature que trcc, dans le cercle qui lui est propre, civil? personne ne le conteste encore.

f action temporelle , on entend une aclerce dans le temps , selon des /ormes

I M. d» FHnIUx, etc., p. 2a, 1»J2.

•Opbetqol.lola d'êiro ebrtileni, neionl pumtme Wnlri)Mr<»polalbe*QGanp plut d'tquUd. s( une

M UDt de pDioance latuCc >ui milnt ilcihomni»

Nqiwoelle paliunce. avec ldiu le> InconvénlenU BCBtnln«r,i«LeDeeeM>lreaud«>cioppcineDtdn jk fuUid fonde on lutoiie pailBciiliuiiciiinci il ÏBl II.

relatires au temps, et qui, dans l'ordre qu'on peut appeler temporel sous ce rapport, ait des elfcts extérieurs qui affectent des choses du temps, des choses mèine civiles, à raison de leur connexion avec l'ordre moral ; refuser â l'Église une pureille action , c'est lui interdire l'exercice enUer de sa puissance spirituelle. Ou celte puissance est nulle , ou elle embrasse tout ce qui est renfermé dans ridée du droit. Et comme , en ce qui regarde la souveraineté , lorsqu'il existe uu doute quelconque sur le devoir de l'obéissance, Dieu ne révèle pas, que je sache, individuellement aux hommes la solution de ce doute qui doit pourtant être résolu; si l'on écarte, en ces circonstances. Vintermvdiaire de l'Église , il ne reste plus pour^w^e que la raison et la passion de chacun.

M. de Frcoilly me chicane, au même endroit, « sur la transposition du mot par l'ordre de Dieu Il {dans le premier article) et sur cette traduction » des mots Dci ordinatione , t\m nt laissent pas « que de dénaturer le sens de l'article attaqué (6) ,« J'en serais, en vérité, très-fâché ; mais , st la chose est comme il le dit , qu'il s'en prenne à H, l'évéqiie d'Hermopolis dont j'ai adopté la traduction , pré~ cisément pour éviter de fournir un prétexte à toute accusation du genre de celle-ci.

Un jour viendra , et il n'est pas loin , où l'oD ne comprendra guère qu'on ait pu mêler tant de minuties à la discussion d'un sujet si vaste , et réduire aux mesquines proportions des idées d'un siècle, d'un pays, d'une école, et même d'une coterie, cette immense question : Quelle est la loi première, essentielle et immuable, de la société humaineet de toute société entre des êtres intelligents créés? Mais on est de son temps, il le faut bien , et c'est le malheur de ceux qui naissent à certaines époques.

Nous voici arrivés au point principal de la controverse engagée par M. de Frénilly à l'occasion de mon dernier ouvrage. Après avoir combattu et ensuite admis, en termes équivalents, commeon l'a vu . le principe d'où je pars , savoir ; que « nul ■1 gouvernement , nulle police, nul ordre ne serait '^ possible , si les hommes n'étaient unis antérieure- >' ment par des liens qui les constituent déji rn •I état de société, c'est-à-dire, par des croyances ■I communes conçues sous la notion de devoir ; « il continue ainsi :

l'on reconn

rt BaTiné

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qui l-oDt prtcM«, euu 11 wu

laquelle 1.

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pût irrlTer au degrd où ellt

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l'occuper de cet abui ■£« Prolueltur, t

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WHH(r, eli:,. p,2l-ïl,

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5iO

SECONDE LETTRE

irerreur, dont le gallicanisme n*est qu'une branche; erreur qui consiste , en séparant ce qui est essentiellement uni , à substituer de pures abstractions aux réalités existantes. Ainsi, en philosophie, on a substitué une raison abstraite à la vraie raison , qui n'est que Fesprit humain actuellement uni au Verbe divin , ou à Tintelligence , a la vérité divine. En politique, on a substitué un pouvoir abstrait au vrai pouvoir, qui n*estquc la force extérieure actuellement dirigée pour le maintien de Tordre, par la raison ou Tautorité divine. En religion, on a substitué une vérité abstraite à la vérité vivante, actuellement manifestée, par Fintermédiaire d'un enseignement infaillible, dans la foi , l'amour et le culte des hommes, qu'elle unit entre eux en les unissant à Dieu même : ce qui conduit, d'une part, à l'hypothèse de l'existence possible d'une religion sans Église; et, de l'autre, à la théorie d'une société civile fondée sur cette religion abstraite. Or, une religion sans Église, c'est-à-dire sans une autorité infaillible qui la promulgue et lui imprime le caractère de loi , n'est qu'une opinion variable dont chacun prend ce qu'il veut et laisse ce qu'il veut : et une société civile fondée sur cette opinion variable est une société sans religion , ou qui n'a (Fautre religion que celle qui lui est imposée par le pouvoir temporel. Le gallicanisme admet le principe et cherche à éviter la conséquence. Dans l'ordre spirituel, il ne sépare point la religion de FÉglise; mais il les sépare dans l'ordre politique, en supposant la coexistence de deux sociétés indépendantes et de deux pouvoirs indépendants : de sorte cpie la société civile ne rej)osanl plus sur la société spirituelle , et no lui étant unie qu'occasionnellement, elle n'a pour règle dernière que la volonté du souverain , toujours libre, comme souverain , d'admettre ou de rejeter la loi religieuse.

yuoi qu'en dise M. de Frénilly (1), il est donc certain que le gallicanisme tend , par son essence , à constituer le despotisme politique ; aussi n'a-t-il été inventé que pour affranchir le pouvoir royal de tout ce qui le limitait dans l'ancien système de droit, qui s'appuyait, en définitive, sur l'autorité de FÉglise. Corrompant peu à peu les idées et les affections sociales, il finit, comme je Fai remarqué, par transformer cet amour chrétien du pouvoir, que Tertullien appelle le culte de seconde majesté, en une véritable idol.Urie. Le noble Pair ne distinguant pas , dans le dévouement au prince, ce qui est personnel à tel ou tel homme et projjre à telle ou telle position, de ce (pii appartient en général à la nature de ce sentiment modifié, selon les époques, par les

(1) Lettre de M. de Frénillor à M. de "•, pair de France, etc., p. 10.

ri) Ibid., p.3,1el 34.

doctrines établies, s'élève arec quelque chaleur (3) contre ce que j'ai dit des changements survenus, soas ce rapport , dans Fesprit et les mœurs nalionales. 11 m'objecte les guerres de FOuest pendaut la révolution. Cet exemple n'est pas heureusement choisi. La religion fut l'âme de ces guerres à jamaii glorieuses. Les Bretons et les Vendéens défendirait. avec un héroïsme qui n'a jamais été surpassé, la cause de Dieu , étroitement unie alors à la cause de la royauté. M. de Frénilly trouve les faits que fii cités stériles et puériles. J'espère qu'il irouven moins i\e puérilité dans les réflexions suivantes de l'écrivain peut-être le plus distingué de l'Allemagne. 11 exprime la même pensée que moi ; seulement il la présente sous un aspect un peu différent et plus étendu.

(( Dans ces derniers périodes du moyen âge, k u parti gibelin était animé du désir de réaliser des *c desseins qui ne tendaient qu'à Fétablîssemcnt ({ d'une domination purement mondaine; et il con* <( duisit cette entreprise avec un esprit d'orgnei, «( de hauteur et de dureté, dont on ne saurait avoir t' d'idée, si Fon n'étudie profondément l'histoire (( (I les monuments de cette époque. Même danslei t< temps modernes , nous n'avons pas manqué de <t Gibelins, espèce d'hommes qui attendent le salut «( du genre humain d'un gouvernement fondé of u tièrement sur des principes mondains, et qui voou draient anéantir cette invisible influence qalja- «( mais néanmoins ne cessera de se faire sentir en ('. toute occasion convenable. Mais ces Gibelins d'un >: âge plus moderne et plus raffiné sont caractérisés >: principalement par la docilité et la pliante sou- «c mission qui les rend toujours prêts à recevoir. « tels qu'une matière molle, toutes les formes qu'il <( plait au despotisme de leur imprimer, $'imag;i* <( nant ({ue sa dignité s'accroit à mesure qu'il appe- «( santit son oppression (5). »

Je ne sais comment le noble Pair s'est persuadé que J'investissais V Église d'une double infaUHôilitéi^). Jamais personne n'a dit rien de semblable. L'Église est infaillible lorsqu'elle promulgue la loi divine, droit fondamental et universel de la société: mais , dans l'application de cette loi aux faits particuliers, ou dans l'exercice gradué, depuis le pap^ jusqu'au simple prêtre, de la juridiction qui lui est propre ; bien que les catholiques croient qu'elle sera toujours assistée par FEsprit saint, de manière que la fin générale voulue de Dieu soit certainement atteinte , aucun ne pense que ses ministres soient à l'abri de l'erreur, soit dans le tribunal secret de la pénitence, soit dans le tribunal public qui décide

(3) Lectures on the htstorr of liltcralure aneient and modem ; froiii Uic Rcrman of Frederick Schleget-Yol. XI, p. 17cll^ 1 (4) Lettre de M- de FréntltjTy elc, p. 13, U.

A MONSEIGNEUR L'AUCDEVÊQUE DE PARIS

|>our la ronscieocc les questions ilu droit relatives aux rniiporla des sujets el ilu souverain. Ju ne fais donc nulle difficulté d'admettre, dans l'un et l'autre cas, la |H)ssil>iIilc d« queliiues abus. Huis il me srmhie que le noble Pair insiste, beaueoup plus (1) qu'il BU conviendrait à un esprit si éclairé , sur ces abus possibles(i). II s'agit de savoir, premiéremenl, si le pouvoir ([uel'églisea exercé longtemps rn vertu de l'institution divine, lui appartient Têritablement. U. de Frénillf suppose consinmincnl que non ; caais il Faut l'en croire sur parole , el sa parole n'a pas encore acquis l'autorité de celle de l'Église, Secondement , si quelques abus possibles , mais nécessaire ment restreints en. des limites Irès-élroi' tes <3], doivent faire repousser un ordre social bors duquel on ne conçoit , pour les peuples chrétiens , ni vrai pouvoir, ni liberté.

En tranebant si légèrement la question de droit, de laquelle dépendent toutes les autres, le noble Pair semble avoir été abusé par les notions hislori' quemest Irès-fausses qu'il s'est formées de la doctrine primitive de l'Église et sur le développement de la puissance pontiticale (4). Nous y reviendrons ailleurs, quand le moment sera venu d'exposer la tradition.

Voulant exposer lui-même ce qu'il pense qu'a

toulu précisément litablir l' Eglise gallicane , ce

qu'ont routu clairement exprimer Bosauet et

cet éréquea serviles qui dressèrent les quatre

articles, il résume ainsi le premier :

^M.La souveraineté temporelle émanée de Dieu

^^■EbI soumise ni par raison, ni par justice, ni

^^■V litres, ni par usage , à l'action temporelle du

^Htnverain spirituel également émané de Dieu, et

s ne reconnaît pour ju;^, en matière et par des

■ voies temporelles, que Dieu môme, et non son

I' intermédiaire (S). >•

Je doute fort que ce résumé soit plus clair que l'article qu'il est destiné i éclaircir. Que signiRc le mot temporel? Veut-oa dire que le souverain n'est pas soumis , dans les choses purement cirites, à l'aotorité de l'Église 7 personne ne le conteste. Veul-on dire qu'en aucun cas Vaction de l'Église SOT les Eonveraineiés n'est de même nature que celle qu'exerce, dans le cercle qui lui est propre, le pouvoir civil ? personne ne le conteste encore. Mais si . par action temporelle , on entend une action qui s'exerce tians le tempx , selon des farmes

(L) Ullrt Ht M. tUFrinlUr, «le., p-X,Xi^2.

Lb«IM*>,oalaiaaIr0«irorpoliilt>eincou]iplut J'ïquue, oi une lilui RtiiMe Mendoc de van qua le nolilc Pair. -on ne peut nier, . dlNOL-U». qUE Unt de puliuiiee lilueeaui milna do bomitiEt

SU

relatives au temps, et qui, dans l'ordre qu'on peut appeler temporel sous ce rapport , ail des elfc-ts extérieurs qui alFectent des c/toses du temps, des cboscs mëîne civiles, à raison de leur connexion avec Tordre moral ; refuser à l'Église une pareille action, c'est lui interdire l'exercice entier de sa puissance spirituelle. On cette puissance est nulle, ou elle embrasse tout ce qui est renferme dans l'idée du droit. Et comme, en ce qui regarde la souveraineté , lorsqu'il existe un doute quelconque sur le devoir de l'obéissance. Dieu ne révèle pas, que je sache, individuellement aux hommes la solution de ce doute qui doit pourtant Être résolu; si l'on écarte, en ces circonstances, l'in/^rmédiaire de l'Église , il ne reste plus pour Juge que la raison el la passion de chacun.

M. de Frcnilly me chicane, au même endroit, u sur la transposition du mot par l'ordre de Dieu a (dans le premier article) el sur celle traduction >i des mots Dei ordinatione, qui ne laissent pas " que de dénaturer le sens de l'article attaqué (6) .» J'en serais , en vérité , Irès-fâclié ; mais , si la chose est comme il le dit , qu'il s'en prenne à M. l'évÈque d'IIermopolis dont j'ai adopté la traduction . précisément pour éviter de Fournir un prétexte à toute accusation du genre de celle-ci.

Un jour viendra , et il n'est pas loin, oi) l'on ne comprendra guère qu'on ait pu mêler tant de minuties â la discussion d'un sujet si vaste , el ré<Iuire aux mcsqitines proportions des idées d'nn siècle . d'un pays, d'une école, et même d'une coterie, cette immense question : Quelle est la loi première, essentielle et immuable, de la société humainectde toute société entre des êtres intelligents créés? Mais on est de son tctnps , il le faut bien , el c'est le malheur de ceux qui naissent â certaines époques.

Nous voici arrivés au point principal de la controverse engagée par H. de Frénilly à l'occasion de mon dernier ouvrage. Après avoir combattu cl ensuite admis , en termes équivalents , comme on l'a vu , le principe d'oii je pars , savoir : que " nul « gouvernement, nulle police, nul ordre ne serait 'i possible , si les hommes n'étaient unis antérieurc- « ment par des tiens qui les constituent déjà en !■ étal de société, c'esl-â-diie, par des croyances i< communes conçues sous la notion de devoir; » il continue ainsi :

• Von reconnall en'mjrne tenipi que ce lyattmeitnptrieur en I lui-même â touiceui qui l'ont précMâ, 61iUta lenle trile par

- qncmenl de l'occuper de cet ibui • Le Producteur, 1 (S) rctrcniproinlfreUUretl. l'irchevtqiwdi

(*) UUrt de M, rf« FiViU«r, etc.. p. ïl-ïl.

SECONDE LETTRE

« Dans rapplicatîon que Taiileiir fait de ce sysu Icmc, une société civile chrétienne n*aura pu « naître sans que préalablement, en qualité de !• société s])irituelle, elle ait reconnu, non-seuleu ment un Dieu supérieur a tout, mais encore « que ce Dieu y en déléguant au sourerain son « autorité temporelle y a subordonné cette auto- « rite ù l'autorité spirituelle déléguée par lui à « un autre souverain.

«( Tel est , je crois , le sens de M. de La Mennais, « traduit dans une langue plus analogue à mon « intelligence ; et , si en effet on lui accorde ces « prémisses, il ne restera rien à discuter dans sou « [i?re(l). »

Comme catholique, je ne demanderais rien de plus que cette concession , puisqu'il en résulte qu*i7 ne reste rien à discuter dans mon livre , pour quiconque s*en tient à la doctrine du siège apostolique ; rien à discuter pour ceux qui croient que TEglise n'a pu errer dans l'idée qu'elle a eue de son pouvoir, ni usurper, pendant douze siècles , au nom de Jésus-Christ , un droit qu'elle n'aurait pas reçu de lui. La cause que j'ai défendue est celle de cette Église que saint Paul appelle la colonne et le fondement de la vérité (2). Pour m'attaquer, il faut l'attaquer; pour rejeter ma doctrine, il faut flétrir la sienne , il faut dire que , pendant la plus longue partie de sa durée, elle a constamment violé l'ordre établi par le Fils de Dieu. Si l'on ne commence par là , si on ne se déclare juge de l'Église, pour censurer sa conduite et son enseignement, il ne reste rien à discuter.

Et niaiulcnant , 31onseigncur, ne sentez-vous pas quelque chose se remuer en vous? n'entcndez-vous pas une voix secrète, qui parle, au dedans de votre cœur, un langage tout autre que celui de votre mandement? Voudriez-vous paraître, ce mandement fi la main , devant celui qui vous demandera compte de votre administration? et ne souhaiteriez- V0U8 j»a8 bien plutôt , ou qu'il ne vous fût point écliappé dans l'un de ces moments où la réflexion semble avoir perdu sur nous son empire , ou qu'il filt à jamais effacé du souvenir de Dieu et de la mémoire des hommes?

Après avoir nié en général la subordination des deux puissances, M. de Frénilly s'aperçoit immédiatement de la nécessité indispensable de modifier sa négation , pour ne pas tomber dans le système de l'athéisme social absolu. J'avais dit :

« La puissance spirituelle exerce , suivant Tinsli- »'« tution de Jésus-Christ , une double fonction : « elle maintient l'ordre en prescrivant, au nom de « IVxQWy lobéissance au jiouvoir (jui vient de lui ; elle

(I) Lettre tic .V. tte Freniltr, etc., p. 7. f3; / Timoth , IH, 13.

« maintient la liberté en obligeant ce même pouu voir à régner selon la justice. »

Le noble Pair avoue que « cette proposition, prise u isolément dans le livre , regardée dans sa forme t( élevée et générale , n'offre rien , au premier coup u d'œil, qui implique Fldéc d'un envahissement <( sur le pouvoir tem^iorel (5). » Il reconnaît même expressément que les princes y loin d*élre indépendants de t- autorité spirituelleyen sont dépendants même dans des actes tetnporels : mais il ajoute que ceUe autorité ne les y domine que par des voies spirituelles (4) , et non par des voies temporelles (5).

11 entend , par voies spirituelles y le iribunal ^ la pénitence y les admonitions , les menaces, Vexcofnmunication enfin (6) ; et par voies temporelles y tout acte par lequel l'Église les déclarenit déchus de la souveraineté (7).

Au fond , ce n'est dire autre chose sinon que le prince est soumis, comme homme , à la juridictioD spirituelle que l'Église exerce sur tous les chrétiens sans exception. Du reste , il demeure toujonn, en tant que souverain, totalement indépendant de l'autorité spirituelle ; car, s'il se rit des a€lmonitiont, des metiaces et de V excommunication y même dans les cas les plus graves , même lorsqu'il s'agin du salut ou de la perte de la religion dans tout ud pays , il n'en sera pas moins qu'auparavant soav^ rain légitime, investi du même droit radical de conmander.

Avant d'examiner les conséquences de ces maximes (j'entends les conséquences avouées par H. de Frénilly lui-môme), je crois à propos d'éclaircir, autant que le permettent les limites d'un écrit tel que celui-ci, quelques idées premières qui semblent être obscures dans son esprit. L'erreur qui l'éloigné, ainsi que beaucoup d'autres , de la doctrine du catholicisme , vient de ce que , rompant l'unité sociale à son origine, il suppose l'existence de deux sociétés réellement séparées et indépendantes en ce sens qu'elles sont complètes chacune dans son ordre : erreur de môme nature que celle du moraliste qui poserait, pour fondement de la science de l'homme, la séparation de l'âme et du corps et leur indépendance réciproque. Celte fausse supposition conduit, d'une part, à dépouiller la société spirituelle de toute réalité extérieure, en la réduisant aux seuls rapports qui unissent invisiblement les esprits; et, de l'autre , à dégrader la société civile , en la réduisant aux rapports purement extérieurs et matériels des hommes entre eux , ou , si l'on sent le besoin de quehjue chose de plus élevé , à imaginer un ordre de raison indépendant des vérités divines, et un

(3) Lettre de M. de Frénitlj-, etc., p. Il — (4) /Wrf., p. 17. — ('.; Ibid.. p. II. — (fi) Ibid., p. 18. — (7} Ibid , p. 12.

A MOXSEIOEUR I/AllCnF.VÈQltE DE l'AUIS.

ordre de JHStici.' imlépentlant des préceples divins.

La société est une, ainsi que l'bomroe; elle embrasse tous les rapjmrls qui eiislent entre les êtres sociaui. l/i'Dsemblti tles rapports moraux forme la ■ociété spiriluelte , les autres constituent la société civile ; kI, comme les créatures i ut rlli [pentes ne sont et ne jKUveDi être unies que par des rapports moraux, la société spirituelle est proprement la seule vraie société : elle est à la société civile ce que l'dme est au corps, dans la rigueur du mot.

Que renferme, en eifét, la notion essenlielle de la société cifile? Des luis et un pouvoir qui en maintieune l'exécution.

Çuel esl l'objet général des lois ? l.a conservation de la justice. Elles dcterminent les formes de la protectioQ due aux personnes , aux propriétés , aux droits, quels qu'ils soient. Or, qu'enl-ce que cela sinon la partie rcglemenlsiredcs Commandements de Dieu, en tant qu'ils doivent régir les actious dans l'ordre extérieur ?

Et le pouvoir , qu'est-ii en lui-même? qu'est-ce que la souveraineté? Le devoir imposé par Dieu i la /itrce prépondérante de défendre et de maintenir (a société spirituelle , la vraie société, en réprimant les forces rebelles qui tendent i la détruire ou à la troubler , par la violation des commandements divins.

Sortez de l& , supposez la coexistence de deux sociétét, je ne dis pas distinctes, mais séparées, complètes chacune dans son ordre , et dès-lors essentiellement indépendantes, on ne comprend plus rien ni â l'une ni â l'autre, on tombe dans ud vrai chaos.

El, premièrement, qui flxera les limites de ces deux sociétés , qui , quoi qu'on puisse imaginer en théorie, se pénètrent réellement de toutes paris? Oui déterminera les droits de chaque souveraineté ? écoulons H. de FréniUy :

. Çue si , après tout cela , il arrive qu'en des cns « Don prévus, non décidés, il survienne sur ces « mêmes limites une dispute d'attributions entre 1 les pouvoirs spirituel et temporel ; que même il

> ne s'agisse pas seulement de savoir si telle chose '> esl justiciable de l'un ou de l'autre , mais encore >• si lel acte ou tel moyen esl distinctement spirituel

> ou temporel , jusqu'où le pouvoir tVoii il émane

> étend ou régit ses conséquences, àquel [wint elles ■: peuvent changer de forme, de nature et dcjuri- - diction; je répondrai : Que m'importe que ces '. nuances fugitives échappent i l'œil de l'homme , ' et ne soient distinctement aperçues que de Dieu , ' pourvu que le principe absolu subsiste 7 Et

•il, que doit-il arriver alors? (^que •I riiumanité ne peut éviter : ou discutera , on dis- " putera , des docteurs écriront , on s'accoi'dera ou ■1 on ne s'accordera pas ; l'inévitable principe n'en " poursuivra pas moins sa course au travers de " quelques applications douteuses ou fautives. Dieu ■1 décidera i la tin par l'usage , l'expérieuce , les ■' précédents, comme se règlent toutes les choses ■I qui durent ; car c'est Dieu qui juge par l'organe Il du temps" (1). n

M. de Frénilly a , comme on voit , deux solutions très-courtes pour toutes les difficultés qui naissent eu foule du système qu'd a embrassé, difficultés qui , en beaucoup de cas , touchent aux fondements mêmes de la société.

Première solution : Que m'importe?

Seconde solution tJlafin Dieu décidera.

Il ne voit, dans les diffiérendsqui peuvent diviser les deux puissances, que des mtances fuffilfvL's qui itchoppenl à l'œil de l'fwmme, et ne tout ditlinctemetU aperçues que de Dieu. Les nuance» qui divisèrent , au moyen âge, le sacerdoce et l'empire, quelque /u^/f(fe« qu'elles fussent, n'échappent pourtant pas tellement à Vœil de l'fmmmë, que Vœil des protestants et Vœil des philosophea, même antichrétiens , n'ait vu distinctement qu'il s'agissait, dans l'ordre spirituel , de l'existence du christianisme, et, dans l'ordre pohtique, delà liberté et de la civilisation de l'Europe que saura , sous ces deux rapports , la fermeté des pontifes romains (2). De quel côté était alors le droit : du côté des empereurs qui poussaient le monde à la barba* rie, ou du côté des papes qui l'en préservèrent? Le noble Pair répondra-l-il : Que m'importe ? Et. pour en venir tout de suite au temps présent , à qui appartient l'êducatioD cléricale , le droit de la diriger, le droit de fixer le nombre des prêtres nécessaires pour la dispcnsation du pain de la parole et des sacrements? L'Eglise doit-elle être entièrement libre dans son enseignement, sa discipline . son ministère , ou doit-elle dépendre à cet égard de l'autorité temporelle ? Voilà ce qu'on discute : on discute si l'Eglise sera soumise à César, et la société spirituelle subordonnée à la société civile; si le christianisme cessera d'être une religion essentiellement universelle pour devenir une institution locale, livrée , en chaque pays , aux caprices du chef de l'État. Encore ici le noble Pair répondra-t-il ; Que m'importe ? Qu'ïi daigne un moment sortir de Tespéee de ravissement ùii le jette la contemplation de Y inénitable principe, Aa principe absolu qui subsiste el poursuit sa course au Iraners de quel-

lerre : liun DMliii n»l«rnc1lei^lpïerenl li liWr»rchlB.ïl,«e*ie

SECONDE LETTRE

ques applications douteuses ou fautives. Il y a bien, en effet, dans les prétentions actuelles du pouvoir , quelque chose de plus que fautif; mais ^^application quelconque du principe absolu, c*est-à-dire du principe de Tindépendance réciproque des deux puissances , je n'en vois pas Fombrc. Je vois , au contraire , une suprématie de FÉtat sur rÉglise, réclamée en droit (1) et exercée de fait , comme il est toujours arrivé , et comme il arrivera toujours dans les circonstances seminablcs. Sur cela aussi faudra-t-il se tranquilliser et se consoler avec un : Que mUmporte ?

La seconde solution du noble Pair est peut-être, au moins dans sa bouche , plus extraordinaire encore, u Dieu , dit-il , décidera à la fin par Fusage , u Fexpéricnce , les précédents , comme se règlent u toutes les choses qui durent : car c'est Dieu qui « juge par l'organe du temps. » Ceci n'est autre chose que substituer à Fidée d'un droit Immuable et certain , qui doit être la règle des agents libres dans le gouvernement des affaires humaines, Fidée d'un droit variable inconnu à la raison et révélé par les événements ; c'est-à-dire un fatalisme plus profond cent fois et plus dangereux que le fatalisme musulman : car, selon cette doctrine, tout ce qui est serait juste , et il n'y aurait de juste que ce qui est. Si c'est Dieu , en effet , qui juge par l'organe du temps y ce que le temps affermit est l'œuvre de Dieu. D'où il suit :

Que le droit contesté par M. de Frénilly à l'autorité spirituelle a été, pendant sept à huit cents ans, un droit divin ;

Que le droit opposé est, a son tour, devenu le droit divin , depuis la réforme ;

Que Dieu a jugé par Vorgane du temps en faveur du mahométisme, au degré du moins où celui-ei a définitivement prévalu ;

Qu'il a jugé de la même manière en faveur du protestantisme ; etc. , etc.

Je sais bien que le noble Pair repoussera ces conséquences ; mais elles ne laissent pas d'être ciîpendant des conséquences inévitables du principe qn*il a posé.

Je n'ai indiqué qu'une faible partie des inconvénients de sa doctrine, en ce qui touche les relalioua entre l'Église et FÉlal. U me reste, en second lieu , à la consiilérer dans ses rapports avec la société civile et la souveraineté.

Suivant M. de Frénilly, «c'est Dieu, lui seul, «t qui s'est constitué juge du souverain émané de

^l) Voyez Des progrès de ta réiHflulion et delà guerre contre l'Eglise^ chap. viii.

(2) Oildonc Dieu a-l-ildiL i:ela? Joriijnorc; àmoins que crue »oil une ri'vOI.iUoii parliculit'rc dont Mail favorisé M. de Fr<înllly. Ce qi*i iM.iurlJUl iiic litil duulcr de la rcvClalioii, c'est qu'elle ne

« lui. Ses obstacles et ses châtiments spirituek sont u délégués ; ses obstacles et ses châtiments tempo- « rels sont réservés : car, ne s'exerçant que par des » armes humaines , il y irait du salut de la terre â « les confier , et ce n'est aussi qu'à cette condition V rare, mystérieuse et dirine , qu'il les confie, sans ic rendre compte de ses moyens à la terre , et en loi « faisant souvent salut et régénération de ce qu'elle M appelle ruine et catastrophe. Car, si tous me ùt- «( mandez quels sont ces moyens , quand ils tmo- «( ncnt , Dieu ne me l'a pas révélé ; il m*a dit seut( ment que, s'ils Tenaient d'autres que de lui seul, «( il n'y aurait plus , au lieu d'abus passagers , que « cataclysmes perpétuels (S). Ce^ châtiments, ces u obstacles , n'arrivent peut-être pas au premier cri (( que vous poussez, même légitimement ; car Dieu, u qui esipatiensquiaœtemus, impose la palienee « à la société éternelle , à la société chrétienne : et « d'ailleurs pourquoi Dieu lui aurait-il accordé ce « privilège , refusé à toute humanité , de ne janub «t éprouver que droit et justice, d'être toigoun <( exempte de faiblesse et de maladie; ou préservée « ou vengée à la première sommation qu'elle fint «( au ciel (3) ? n

C'est toujours le fatalisme que nous fdsions le* marquer tout à Fheure. Nul moyen légitime d'opposition , nul remède possible contre l'abus même le plus excessif du pouvoir , et les désordres qudquefois mortels qui partent de la souverainclé. Vous gémissez sous l'oppression ; le droit est foule aux pieds, FÉtat ébranlé , les lois muettes, la religion renversée , persécutée : souffrez , attende! ; Dieu ///ipoae /a patience à la société' éternelle, à la société chrétienne. Voilà , certes , une maxime commode pour les tyrans, une théorie qui met le despotisme à Faise. Mais que nous parlez-vous de société éternelle ? La société civile , dont il s'agit ici , est-elle éternelle ? Quand nous cherchons Tordre sur la terre , Fordrc tel qu'il peut y exister, vous nous renvoyez au ciel. Quand nous interrogeons la religion , la raison , Fhistoire , pour résoudre le grand problème du droit et de la justice ici-bas , vous nous répondez : Patience ! Il en faudrait beaucoup pour se contenter de cette solution.

Mais enfin, dites-vous, pourquoi Dieu aurait-il accolade à la société chrétienne ce privilège , refusé à toute humanité, de ne Jamais éprouver que droit et justice ? Ne déplacez pas la question, je vous prie. Personne ne rêve une société où il n'existe que droit et justice. Ce n'est pas là ce qu'on

8'accordc pas le moins du monde avec les Ti ils connut. II y eut une époque où réi^niil le droit que combat le noble Pair: ce Toi celle i\cf> abus paxsagcrs. Personne iiedemandera, Je crott, quelle est celle dos cataclysmes.

(3) Lettre de M. de FrénfUj-, clc, p. 30 et 31.

A MONSEIGNEUR L'ARCUEVÈQUE DE PARIS

Sii

mande. On Ocuiande pourquoi, les abus iiiêviia- Mcs mi» à pnrt , la société ne serait ]>ag toujours gouverne^ par lu lirutl et la justice. Vous les ailmeltei comme règle des rclslious des sujets entre eux ; muis vous refusez d'en Faire la base des relations des sujets et ilu souccrain, en ee sens que le souverain pourra les violer sans qu'un puisse, en aucun cas, l'obliner â s'y soumettre : c'cst-à-ilire ■|iic,séparant fondamentalement la notion de justice (le la notion de souveraineté , vous confondez , couitae le libéralisme dogmatique, le pouvoir arec la force.

Cette doctrine entre si difficilement dansun esprit chrétien, qu'il vous a fallu la voiler, en quelque Borte, h vos propres yeux, en recourant à une intertenlion surnaturelle de Dieu , qui s'est réservé les obttaclea et les c/iâtimenta temporels. Hais ces obstacles et ces châtiments, dès qu'ils sont temporels, résulteront néccssaireiuenl de certains moyens citcrieurs que Dieu emploiera pour rétablir l'ordre; car vous n'entendez pas , je pense , que Dieu réprimera miraculeusemeut la tyrannie. Sous ce rapport, vous voilj) donc dans le système catholique : avec cette seule différence que, selon les catholiques , Dieu a préparé iravauce ces moyens extérieurs et en a réglé l'usage par les lois mêmes qu'il a données pour fondement à la société , et que , selon vous , ils sont toujours une violation de ces lois; de sorte que , dans le plan de sa providence , Dieu ne remédie jamais au désordre que par le désordre.

Je relèverai ici une expression plus qu'ioexacle échappée au noble l'air enex posant la doctrine qu'il combat. 1 Le pape, dit-il, peut maintenir la lilferté •• du (KUple en décidant des cas où il est opportun " qu'il se révolte contre le roi institué de Dieu (!).■< U. de frénilly devrait savoir que ni le pape ni l'Eglise n'autorisent la révolte, ^u'il attaque, s'il le veut, le sentiment catholique, mais qu'M ne le dénature pas. On ne se révolte, je crois, que contre une puissance légitime, contre une souveraineté eiislanlc actuellement. Or, l'Église tient qu'd y a des cas on la souveraineté cesse , oii par conséqucnl on n'est plus obligé h otwir; et, en outre, elle dédan qu'elle est juae de ces cas pour la con- •csence. Que la souveraineté puisse cesser, cela découlede ta notion même, puisqu'elle n'est que te decoir imposil par Dieu à la force prépondérante de maintenir, dans l'ardre extérieur, l'observfitioM de ses commandements. Ce devoir constitue son droit; et dès-lors ce droit cesse, lioand le devoir est fondamenlalemcnt viole. Que rÉglisc RoUjugc pour les consciences de cette tiolaiioD et de les effets, cela découle encore de la

' tj LtliHét M. d( FTtHlUr, eW., p. 12.

notion même de l'autonlé spirituelle, et Liibnitz l'avoue furmellemcnl : <i 11 est certain que celui qui << a reçu une pleine pm'ssance de Dieu , pour pro- •I curer le salut des dmes , a le pouvoir de réprimer u la tyrannie et l'ambition, qui font périr un si ■I grand nombre d'âmes. On peut (il parle en prou testant) douter si le pape a retii de Dieu une telle '■ puissance-, mais personne ne doute, du muins « parmi les catholiques romains , que cette puis- " gancc ne réside dans l'Eglise universelle , à la- " quelle toutes les consciences sont soumises (3). n

Ù. de Fréndly n'est pas, au fond, éloigné de celle doctrine, autant que pourraient le faire croire quelques passages de son écrit. Il paraîtrait même assez disposé à l'admettre comme système de convenance établi par l'usage, ou par des conventions, soit expresses , soit tacites. >' S'M ne s'agissait , dit-il , que " de diiieuler la préférence d'un principe sur un « autre, d'examiner, avec H. de Haistre , si le monde u temporel n'était pas mieux ordonné, la police •I des sociétés mieux réglée, quand elles consen- " taienl à reconnaître un juge suprême de leurs « intérêts, un juge mandataire de Dieu , et que . sans « discuter ni scinder le mandat, elles s'y soumet • « taienl; quand les rois dépossédés par lui rc- •I connaissaient son droit, en appelant de Rome •I aux conciles : s'il ne s'agissait que de discuter " s'il serait avantageux aux sociétés que celte i[ croyance , au lieu de naître au neuvième siècle « pour s'éteindre au Ireiztêmc, se fût affermie, « perfectionnée et modifiée selon l'esprit , les be- " soins, les lumières des temps modernes; si " telle était la question , nous y trouverions certes « beaucoup d réfléchir (3), n

L'auteur répond ici lui-même h l'objection qui revient le plus souvent sous sa plume, à la sente presque qu'il ait proposée , je veux dire A l'objection tirée des abus qui naîtraient, selon lui , ifun ordre sorJal fonde sur la subordination des deux puissances. Car il est évident queces abus seraient , de fait , les mêmes , soit que l'on considère cet oriire social comme un système desimjde convenance, soit qu'on l'admette comme système de droit. Or , on ne trouverait pas certes beaumup a réfléchir pour savoir si le monde temporel ne serait pat mieux orrinnné ainsi , et la police des sociétés mieux riglée, dan» le casoù,commele dit ailleurs H. de Frénilly, il n'y aurait plus, au lieu d'abus passagers, que cataclysmes perjiétiiels (i). Il y a donc lien de se tranquilliser uu moins sur les la/ucli/smes perpétuels.

Uais , si un certain ordre social est assez bon en soi , assez favorable à l'humanité pour qu'un puisse

[SI l-eHn itr M ifr FrtnfUr, rlc , pis. 10 r*; IbM.v »■

riA6

SECONDE LETTRE

le juger raisonnablement, sous le rapport des convenances humaines et des avantages humains (1), préférable peul-ètre à tous les autres, pourquoi aussi ne pourrait-on pas présumer raisonnablement que Dieu a établi la société humaine sur ce droit que la raison conçoit comme le plus avantageux aux hommes, comme le plus parfait? Je parle ici philosophiquement. Toujours s'ensuit -il, de ce qui vient d'être dit , que le noble Pair rejette le système catholique, bien moins en qualité de publiciste qu'en qualité de théologien. Il l'avoue lui-même en termes exprès. « La question n'est pas , dit-il , de calcul et «( de choix ; elle est absolue , elle pose un fait et un «« droit. 11 faut donc examiner ses preuves; car, jus- « qu'à preuve contraire, comme Jésus-Christ, le Père « de l'Eglise, m'a dit : Mon empire n'est pas de ce « monde; comme Jésus-Christ m'a dit : Rendez à « César de qui est à César, et à Dieu ce qui est à (( I)ieuy les limites entre la puissance spirituelle et la (( puissance temporelle sont clairement définies par X Dieu même à mon intelligence mortelle. Dieu m'a (( dit qu'il ne ferait justice et droit qu'au spirituel «« sur la terre , et qu'il ne ferait justice et droit que « dans le ciel aux procès temporels qui ne pour- «( raient l'obtenir dans ce monde (2). »

Combien je regrette , Monseigneur, que M. de Frénilly n'ait pas songé à vous communiquer sa lettre avant de la rendre publique ! Le passage que je viens de citer ne s'y trouverait probablement pas. Vous lui auriez dit :

«( Noble Pair, votre zèle me touche , et vous avez «' très-certainement l>icn mérité du gallicanisme. «i Cependant l'intérêt de la cause que nous défon- «: dons de concert , m'oblige de vous faire observer «: qu*il est de principe parmi les catholiques , quoitt que pas toujours d'usage parmi les gallicans . de « s'en rapporter, sur le sens des paroles de FÉcri- <( ture sainte, à l'interprétation de l'Église. Il me « semble donc. Jusqu'à preuve contraire y que « ces expressions, comme Jèsus-Chîist^ le Pore «t de r Église , m'a dit, ne sont pas suffisamment «{ correctes. Jésus-Christ ne parle aux hommes un « langagequ'ilssoient assurés de com|>rendre, que «( par la bouche de son épouse ; c'est d'elle seule «« que les chréliens reçoivent les vérités qu'il est venu u annoncer au monde. Prétendre interpréter soi- •« même sa parole, se confier pour cela A son i?f icia ligence mortelle , c'est tom])er dans l'erreur des «t prolestants , et renverser la base de la foi et du « christianisme. »

Voilà, Monseigneur, ce que sans doute vous eussiez dit au noble Pair. JVul-ètre u'niiriez-vous pas été plus loin ; mais je vous demanderai , et à lui ,

.1) lettre de M de Frénilly, clc , i». ;o.

I la permission d'ajouter plusieurs choses encore.

Je pourrai montrer ailleurs quel est le sens qu'attache la tradition aux paroles de Jésus-Christ citéfi par M. de Frénilly. D'avance il est manifeste, à s'en tenir même a son calcul, que l'Église pendant cinq cents ans, c'est-à-dire, du neuvième au treizième siècle , ne les a point entendues comme lui. II n'est pas moins certain , d'après les principes de la foi catholique , que l'Église n'a jamais pu entendre la parole du Christ en des sens opposés. Donc on ne peut admettre catholiquement Fînterprétation de M. de Frénilly.

11 y a plus, j'ai peine à croire qu'il se soit entendu lui-même. « Comme Jésus-Christ m'a dit : tt Rendez à César ce qui est à César j et à Dieu u ce qui esta Dieu, les limites entre la puissance «( spirituelle et la puissance temporelle sont claire- «( ment définies par Dieu même à mon intelligence t( mortelle. » Je vois bien que Jésus-Christ distingue des choses qui sont à César et des choses qoi sont à Dieu; et, en rapprochant ces paroles du Christ de plusieurs autres passages des livres saints, je conçois à merveille qu'on en déduise, avec PÉglise, l'existence de deux sociétés distinctes quoique unies, l'existence par conséquent de deux puissances diver ses. Mais ce que je ne comprends en aucune façon, c'est que les limites entre ces deux sociétés et ces deux puissances soient clairement définies par ces mêmes paroles à V intelligence mortelle da noble Pair. Il est question desavoir ce qui est à Paul et ce qui esta Jean : nul accord là-dessus. Quelqu'un vient et dit : Rendez à Paul ce qui est à Paul , et à Jean ce qui est à Jean. J'incline à penser que cette décision , quelque équitable qu'elle soit en elle-même, laisse encore (juclque chose à désirer justement à jdus d'ime intelligence înortclle. Remarquons, en outre, que Jésus-Christ, dans le passage allégué, ne nous apprend nullement qui est César , ni si César ne peut , en aucun cas , cesser de l'être ; ce qui montre la futilité de toutes ces sortes de citations, lorsque le vrai sens n'en est point lixé par la tradition de l'Église.

Toujours préoccupé de ses rapports directs avec Dieu, le noble Pair ajoute : u Dieu m'a dit qu'il ne » ferait justice et droit qu'au spirituel sur la terre, «: et qu'il ne ferait justice et droit que dans le cirl it aux procès temporels qui ne pourraient roblenir <; dans ce monde. »

Je ne doute pas du tout que quiconque ne pourra ohtefiir justice dans ce monde, ne rol>liendra que dans le ciel; mais je douterais fort que Dieu ne fera Justice et droit qu^au spirituel sur la terrr, si lui-même ne r avait dit à M. de Frénilly. Vrai-

'2; I. élire de M de FrOitllr. de , |>- ^^ cl 47.

A MONSEIGNEUR L'ARCHEVÊQUE DE PARIS

ment Dieu a dit là une chose bien désolante! Qu'estce donc que cette terre , si Dieu nous défend d'y attendre droit et Justice autrement qu'<7t/ spiri-' tuel? On nous opprimera, on nous dépouillera, on nous tuera au temporel, et tout ce qui nous sera permis, selon l'ordre établi de Dieu , sera d'aller rét\^mtT justice et droit dans Vautre monde! Le noble Pair, en bon gallican , ne tolère dans celui-ci ni défense, ni résistance.

«c Ces trois Tudors, dit-il (Henri VU, Henri VllI, n et Elisabeth)', nous donnent l'exemple complet u d'un despotisme sans frein et terrible...

« Nulle époque de l'histoire n'offrit aux peuples « des motifs plus spécieux, plus sacrés peut-être, « de s'insurger.

« J^ firent-ils? Non (1).

<c ÂTaient-ils le droit de le faire? Non. Et ici ce tt n'est peut-être pas sans quelque regret, sans quel- « que révolte çecrèle , que je le prononce. Mais la u yërité, le droit Téritable, m'y condamnent (â). » Subissez donc TOtre condamnation , et (|ue votre âme , si elle en a la force , porte le poids de cette doctrine ! Pour nous, catholiques romains, nous en avons une autre, également salutaire aux rois dont elle affermit la juste autorité, et aux peuples qu'elle protège contre la tyrannie a laquelle vous les livrez, parce que Dieu adit qu'il ne /brait justice et droit qu'au spirituel sur la terre.

Cependant M. de Frénilly (on doit lui rendre ceilejusiice, même sur la terre) ne saurait se reposer pleinement dans les maximes qu'il a établies : elles choqueut trop violemment la conscience humaine. Il y cherche, sans néanmoins abandonner le fonds de sa doctrine, je ne sais quelles modifications étrangères au droit. U faut l'entendre s'expliquer lui-même.

« Mais, quoi! me dira-t-on, n'exceptez-vous rien « de cette sentence absolue ? Ne concevez-vous pas, u dans la vie des peuples , des maux si étranges , « des oppressions si terribles, qu'elles leur consti- « tuent un droit simultané , pour ainsi dire , de se « lever en masse et de résister aux maux qu'on leur « impose?

« A dire vrai , ces exemples me semblent peu « multipliés dans la société chrétienne...

« Mais , si enfin on veut supposer de ces cas où , « par quelque impulsion générale , la société s'ar- «t merait d'une sorte de loi naturelle pour combat- •î tre la loi sociale (5) , si on veut supposer encore

(1) lU le firent, malt partiellement ; ce qui empCcba le succès.

(3) Letirede M. de FrérUUx, etc., p. 52.

(3) M* de Frénilly connaît donc une loi naturelle et une loi sacio/e , qu*on puisse concevoir comme des lois distinctes ; en ^'antres termes, une loi ntUurelte qui ne soit pas sociale, et une loi toctate qui ne soit pas naturelle ?

{ t) Xvus en disons antant : elles sont prévues et réglées scule-

«( qu'elle le fit avec raison et avec justice; que reste tera-t-il à dire à cet égard , sinon ce que nous «( avons déjà dit : que ces résistances sont des cxcepu lions hors de l'ordre des législations humaines (4); «( qu'elles sont de ces choses que la société ne doit <( ni consacrer ni prévoir, de ces choses mystérieux «( ses auxquelles le ciel se charge de pourvoir sans <( nous initier ni à ses moyens ni à ses motifs? A « ces grandes et rares exceptions où l'absolu (( devient dangereux aux hommes , Dieu posa lui- «( même les bornes dont leur intelligence ne peut n assigner la place. Une race de rois dépérit, l'État «( se dissout , la vraie religion périclite. La loi huit maine réprouve la Ligue, Dieu la permet pour « sauver la religion , rallier les peuples , reconsti- « tuer le trône , y asseoir un grand roi et le faire « catholique. Deux siècles s'écoulent, et puis les «( hommes , en regardant les moyens qui passèrent « leurs droits , et les résultats qui ont passé leur u puissance, les hommes comprennent qu'il y eut « la un décret de Dieu (5). »

11 est très-bien de comprendre cela. Mais le noble Pair comprend-il qu'en toutes les circonstances qui , comme au temps de la Ligue , exigent , pour sauver soit l'État, soit la religion, ou tous les deux ensemble, une déviation de l'ordre ordinaire. Dieu ait réglé dans ses conseils que l'État et la religion ne seraient jamais sauvés et ne pourraient l'être que par une violation du droit? Ce serait là, bien certainement, une chose plus que mystérieuse.

Que d'efforts d'esprit pour s'empêcher de voir ce qui frappe d'abord le simple bon sens! pour bannir de la terre le droit et la justice , lorsque le besoin s'en fait le plus vivement sentir, dans ces nécessités extrêmes où il s'agit de tout pour les hommes, de leur existence comme peuples et de leur vie comme chrétiens , du présent , de l'avenir , et du temps et de l'éternité ! On rougit et l'on s'attriste d'avoir à prouver, dix-huit cents ans après l'établissement de l'Évangile, qu'un Éric XIV, un Henri VIII , n'étaient pas très-évidemment les ministres de Dieu pour le bien , et qu'on pouvait leur résister sans crime. Étrange égarement d'un siècle qui a perdu la lumière du christianisme : tandis qu'on devrait bénir le ciel d'avoir placé entre les rois et les peuples l'autorité de TÈglise pour arrêter souvent et pour régler toujours l'exercice de ce droit terrible, mais nécessaire , de résistance , on ne sait aujourd'hui , ou qu'en armer toutes les passions , ou que

ment par la lég/slalion divine. Quant au droit en lui-même , Il était au moins implicitement reconnu et consacré, au commencement de chaque règne, dans le serment prêté par le souverain, reçu pari'ÉsIise et sanctionné par la religion. Jamais aucune na« tion chrétienne ne s*cst engagée à l'obéissance qu'A certaines conditions stipulées dans ce serment.

(5) Lettre de M. de Frénillx, etc., p. 55 et 5f».

SE >E LETTRE A MONSEIGNEUR L'ARCHEVÊQUE DE TAIUS

le nier , sans pouToir jiiniais en dfïtniîrc le sentiment. <{iie partout la religion gruve, avec celui tic la justice , au fond du cœur des hommes !

Vous vcnei de voir, Hoitseigneur , en quelifs difficultés, en quelles contradictions, en quelles eireurs déplorables , on est jelé sitôt qu'on s'écarte sur ce point de la doctrine catholique. Je montrerai, ilans ma [irochaine lettre, qu'elle n'est que le développemenl delà doclrior primiliTc, de la loi perpétuelle et universelle sur laquelle, dès le commeuccmcnt, Dieua fonde la société. Car le Cliriatn'est point venu abolir la loi, thoÎs l'accomplir (1); il est *cnu , selon les promeafes , perfectionner l'ordre ancien, en régénérant toute» chosen , comme parle l'apôtre, au ciel et sur la terre {i). Telle fut na mission, bien oppou'e , certes, dans ses el&ts, à la ihéoric galticane, qui coniluit les peuples à un tat pire mille fois que celui d'où le christianisme ..•S a tirés.

J'ai l'honneur d'Ctre avec un profond respect , Honseignetir,

Voire Irès-humble et très-obéissant serTiteur ,

F. DE L\ SlB.fNA.13.

P. S. J'apprends ^ l'instanl , Monseigneur, que le .^onclaTC vient de donner un successeur â Léon XII.

Cette élection , qui console l'Église i)e la ilouleoi' où l'afail plongée la perle d'un de ses plus illustre», pontifes, abrégera notre correspondance. Car vont pouvez désormais , en inlwrogeant le «icairc m^n» de Jésus-Christ, savoir immédiatement , de celui i qui seul appartient la décision , si la doetrini j'ai soutenue est conforme i la tradition du siège apostolique , à son invariahlc enseignement , elle y est opposée en quelque point. Nulle voie plus courte et plus certaine pour me détromper si je m'abuse, ou pour vous détromper vous-même. D'ailleurs rimportanlequeslion que j'avais entreprit de discuter avec vous exigeant, pour être bim comprise de tous ceux qu'elle intéresse, qu'oo li considère sous ses rapports historiques, politiquei et théologiques, puisqu'il ne s'agit de rien menu que de la théorie générale de la société avant rt après l'établissement du christianisme , il sera plus utile de traiter ce sujet immense dans un ouvrage qui , [lar sa forme et son étendue , permette d'environner b vérité de toutes ses preuves, quedani une suite de lettres où l'on serait contraint de a«la montrer que sous quelques facea particulières. Ol ouvrage, commencé depuis assez longtemps, wri sans doute la meilleure réponse et la plus compUlc que personnellement je puisse vous adresser. Qm si cependant l'on attaquait , dans des écrits sërierii. In vraie tradition de l'Église , fa réfutation seraitde devoir; et je sais positivement qu'elle nesefenil pas attendre.

lï| £;■»«., 1,10.

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