‹ Œuvres complètes de F. de La Mennais (volume 2)Chapitre 134 sur 226 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

PRÉFACE. 3i$7

de l'Église universelle , nul gallican ne doute qu'il ne soit infaillible : s;nis quoi TÉglise ^lourrait errer. Il est donc nécessaire qu'il existe un moyen à Faide duquel un puisse discerner certainement, dans les paroles du pape, celles qui lui sont personnellement propres de celles qu'il prononce comme organe de l'Église dont il est le chef. Or, c'est ici que se présente la vraie difficulté.

Les uns spécifient certaines formes extérieures et matérielles, qui sont comme le sceau visible et la garantie de rinfaillibilité. Mais comment s'assurer que ces formes ont été remplies? Ne peut-on pas d'ailleurs les remplir toujours? De ])lus, elles n*offrentau fond rien que d'arbitraire en soi; elles n'ont pas existé perpétuellement, et le moyen qu'on cherche , i)er|>étuellement nécessaire, a dû , par là même, être ])er|)étuel , et il doit l'être encore s'il est d'institution divine , c*est-à-dire s'il est certain. Aussi la dcniière réponse , et la seule , se réduitelle à dire que , lorsque le pape déclare qu'il parle comme organe de l'Église , il parle effectivement comme organe de l'Église; en d'autres termes, qu'il est infliillible quand il déclare être infaillible. L'inconvénient de cette réponse est de ne pas laisser voir clairement comment un pape qui s'obstinerait k faire prévaloir quel()u'une de ses opinions purement personnelles, Jie pourrait pas aflirmer qu'il parle comme organe de l'Église , et même , en certains cas , l'alTirmcr de bonne foi. Que si L'on ajoute que Dieu ne le permettra pas , on énonce seulement de nouveau, dans sa généralité, le grand principe de l'infaillibilité i>apale; mais on ne dit rien qui aide à résoudre la difliculté pratique de discerner, par un moyen indépendant du pape, quand il est infaillible et quand il ne l'est pas.

On serait donc injuste de reprocher aux gallicans d'avoir, de leur côté, cherché ce moyen. Us le placent dans l'adhésion de l'épiscopat , laquelle , en ce sens, constaterait que le pape a réellement parlé comme organe de l'Église. Au premier abord , ce moyen présente quelque chose de plus naturel ; il est extérieur au pape, et ne sort pas néanmoins de •l'ordre hiérarchique. En y regardant de plus près cependant, on voit que , de fait, il soumet le pape à l'épiscopat. Son infaillibilité pratique, sans laquelle l'autre n'est qu'un vain nom, dépend du jugement des évéques, élevés dès-lors au-dessus delui.Maisco jugement lui-même sera-l-il infaillible? S'il ne l'est pas, on n'avance rien ; s'il l'est, voilà donc deux infaillibilités diverses. Tune relative à la doctrine , au fond des choses crues et enseignées , l'autre qui

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PREFACE

n'a pour objet que cl*apprendre certainement aux chrétiens quand celle-là existe. Cela se conçoit-il? El ce n*est pas tout. L'infaillibilité secondaire des évoques n'est assurément pas d'une nature plus élevée que celle du pape ; ils peuvent , eux aussi , parler comme hommes , au lieu de parler comme évéques : donc nécessité d'un nouveau moyen pour faire pratiquement cette distinction, nécessité d'une infaillibilité nouvelle.

Maintenant que nous examinons ces questions si difficiles avec un calme que troubla souvent l'ardeur de la controverse, notre conscience nous oblige à reconnaître que nous avons été trop décisif, et qu'après tout ce qu'on a dit il reste encore quelque •chose, et même beaucoup, à désirer pour l'esprit.

Le principal but de l'assemblée de 1682 était de défendre le pouvoir royal fréquemment en lutte avec Rome, et de lui fournir une arme contre celle-ci. Elle déclara donc que la puissance civile, immédiatement établie par Dieu même , ne relevait que de lui , et qu'elle ne dépendait ni directement ni indirectement de la puissance spirituelle , également indépendante dans les choses de son ressort.

Telle est la substance du premier article. Il renferme, comme on le voit, deux questions : et ces questions elles-mêmes peuvent offrir plusieurs sens qu'il importe extrêmement de distinguer, si l'on veut s'entendre.

L'une (le ces questions est relative à l'origine du pouvoir temporel , et par conséquent à ses relations fondamentales avec le peuple régi par lui. Nous en parlerons plus lard. La seconde se rapporte aux droits respectifs de ce même pouvoir cl du pouvoir spirituel. Nous devons expliquer d abord en quel sens les ullramontains couibaltent celle partie du premier article.

Il n'existe, entre eux et leurs adversaires, aucun dissentiment sur la distinction des deux puissances et rindépendance de chacune d'elles dans sa sphère propre d'action (i). Mais, tout en convenant du principe général , on se divise sur son applic^ilioii , et voici pourquoi. De part et d'aulre on argumente d'après certaines notions fondées sur une longue suite defails, d'où il résulte que le pouvoir temporel peut exercer, et même exerce nécessairement, une véritable autorité spirituelle sur le peuple auquel Dieu le prépose immédiatement. Car il est de son devoir de maintenir l'ordre religieux et moral , de ])réservor les faibles des doctrines pernicieuses , de régler l'en-

(1) /'. !ei Lellrcs du cardinal Lilta sur les quatre arliil»;^ ftc.

seignement public, le mariage» et mille choses sent* blables. Telle est l'idée qu'on se forme da pooTOÎr, idée traditionnelle , admise par tons sans examen comme sans contestation.

Cela posé , il est visible que la controverse gallicane ne présente aucune issue , que des deux côtés elle conduit à de^ difficultés inextricables.

On dit aux gallicans : Puisque l'exercice d*nB pouvoir spirituel quelconque est inséparable de h puissance temporelle, la puissance temporelle, pleinement libre en tout le reste, est, dans l'usage qu'elle fait de cette partie de son pouvoir qui s*exerce sur les esprits et sur les consciences, subordomiée de droit à la puissance spirituelle; autrement celleci ne serait pas souveraine dans sa sphère; il existerait deux puissances spirituelles , mutaellemeot indépendantes, également divines, auxquelles oo serait également dès-lors obligé d'obéir : et qo'eslce qu'une pareille obligation, que devient-elle, que deviennent ces puissances mêmes , et comment les concevoir, quand , sur quelque point, il y a contndiction entre elles, ce qui est le fait presque permanent? A moins de reporter jusqu'en Dieu cette contradiction, de supposer en lui des volontés simaltanément contraires, il faut renoncer nécessairemeot à cette fiction absurde de deux puissances spiritaelles indépendantes; il faut par conséquent subordonner le pouvoir qu'exerce, sur ce qui tient à la conscience, la souveraineté temporelle, à la direction de ri^glise et de son chef, el dès-lors il n'est pas vrai qu'elle ne dépend d'eux, comme l'affirme le premier article, ni directement ni indirectement. Nous ne croyons pas qu'il soit possible de répondre à cela rien de sensé.

Il n'est pas plus possible, les principes et les notions précédemment défmies subsistant, de repondre aux gallicans, lorsqu'ils disent : H existe deux puissances indépendantes; c'est la doctrine constante de l'Église, el vous Tadmeltez comme nous. Cependant vous voulez qu'une de ces puissances soit, dans l'exercice des droits qui lui appartiennent essentiellement, subordonnée à l'autre puissance. Expliqueznous donc comment une puissance peut être, en même temps el sous le même rapport, indépendante el subordonnée.

Pour échap[)er ensemble à celle double argumcDtation , Ton a eu recours à la théorie de ce qu'on appelle les matières mixtes : c'est-à-dire qu'admettant rexislcnce d'un nombre indéfini de choses et d'actes complexes, à la fois spirituels et temporels* on S4lpare ces deux éléments pour soumettre Tun a

PUÉFACK.

rautorité spiritaelie de TËglise, et l'autre à 1 autorité temporelle du prince. Fort bien, s'il existe un moyen sûr d'opérer cette séparation. Premièrement qui la fera? On la fera d'un commun accord. Mais c'est précisément pour être d'accord qu'il s'agit de la faire. Eta-t-on réussi à s'entendre jusqu'à présent? Sera-ce l'Église qui décidera? que devient l'indépendance du prince? Sera-ce le prince? que devient celle de TËglise? D'ailleurs, si l'on va au fond, l'on voit aussitôt que tout est mixte dans la vie humaine : pas on acte raisonnable qui ne renferme un usage bon ou mauvais de la volonté, et qui par conséquent ne relève de la loi morale. De là, en certains temps, les efforts de l'Église pour étendre sa juridiction aux transactions, aux contrats civils, à raison, non de lu matière , mais du péché, comme on parlait. Il n'est donc rien dans ce système, rigoureusement suivi et logiquement appliqué, qui ne ressortît de fait du pouvoir spirituel. Ce n'est pas une conciliation des droits des deux puissances, mais l'absorption de Tune par l'autre. Car, si on tout il y a quelque chose de spirituel, il y a aussi en tout quelque chose de matériel ; et, sur le fondement que le matériel est de ion seul ressort, le prince attirera sous sa juridiclioQ le spirituel même, ainsi qu1l est arrivé tant de fois. Le système des matières mixtes, quelque vérité qu'il puisse renfermer théoriquement, laisse donc subsister en leur entier les dillicultés réelles pratiques. Ce n'est qu'une autre manière d'énoncer le principe général de la distinction et de Tindépcndance réciproque des deux puissances, et qui ne sert nullement à faire comprendre comment elles peuvent être indépendantes eirectivement. Aussi l'histoire les muntre-t-elle sans discontinuation, ou en guerre ouverte, ou alternativement asservies plus ou moins Tuoe à l'autre.

Sî Ton concevait une société où le pouvoir, dépouillé de toute attribution spirituelle, ne serait, et encore uniquement par délégation, qu'un simple administrateur des intérêts matériels de TElat, tout le reste demeurant libre, la difliculté serait moins grande; mais en apparence seulement, comme on le verra bientôt. Rien ne générait l'exercice de la puissance spirituelle à l'égard de ceux qui la reconnaîtraient. Leur pleine liberté civile serait une pleine garantie de ses droits. Mais il est clair que, dans cette hypothèse, il faudrait abandonner lancicnne notion qu'on s'est faite du pouvoir, et Ton n'y est pas certes disposé. Après avoir tourné dans le cercle sans fin de la vieille controverse, nous avions ess;iyé de trouver ao problème qui préoccupe le monde une

solution par cette nouvelle voie. On a refusé d y entrer, et, en ce qui tient à cette solution même, avec toute raison. Car, nous l'avouons hautement, en admettant les idées qu'on a repoussées avec une si vive chaleur, on transforme seulement la difficulté , on ne la résout pas, ainsi que l'on va s'en convaincre.

Supposons, en effet, une société se gouvernant ellemême par des délégués temporaires responsables. Cette hypothèse exclut Tidée même d'un pouvoir politique et civil tel que celui dont on a si vainement cherché à concilier l'indépendance reconnue en droit, avec celle également reconnue de la puissance spirituelle. Mais en scra-t-on plus avancé? Nullement. Toutes les questions qui se présentaient à l'égard du prince renaîtront à l'égard de la nation ainsi constituée. La distinction des droits propres et absolus des deux puissances étant établie en principe général, sans que ces droits fussent ni pussent être déterminés en particulier, il s'agissait de comprendre la possibilité d'une règle pratique qui garantit le libre et plein exercice des siens à chacun<: de ces puissances, la possibilité de l'indépendance respective du prince et de l'Église. 11 s'agira maintenant de comprendre lu possibilité de Tindépendancc respective de l'Église et de la nation que l'on suppose se gouverner elle-même : car elle a aussi ses droits propres en tant que nation ; il existe aussi pour elle un ordre purement civil, indépendant par son essence de l'autorité spirituelle. On se retrouve donc au même point, et la difficulté est encore au delà.

Essayons de poser la question dans sa plus grandi' généralité , telle qu'aujourd'hui elle se présente , quoique vaguement et confusément, aux esprils qu'elle inquiète. Ce n'est au fond ni une question de prince , ni une question de peuple ; c'est l'immensti question des rapports de l'humanité tout entière avec l'autorité spirituelle calhuliquement conçue.

Selon la croyance universelle du genre humain , il existe un certain ordre de vérités qui ont le caractère de lois, et qui, sous ce rapport, sont hors du domaine de la raison et de la volonté libre. Ainsi nulle part ce qui blesse l'idée et le sentiment de justice, partout fondamentalement uniformes, n'a, aux yeux de la conscience, ce caractère de liberlr. Personne, en aucun lieu, ne sera, par exemple, admis à se justiûer d'un meurtre, en disant : M(ri opinion est qu'on peut tuer à sa fantaisie. En nu mot, le genre humain croit à un droit obligatoire invariable qu'on est tenu d'admettre parce qu on r.st tenu d'y conformer ses actes. Mais il croit aussi qu'en dehors de ce droit chacun peut licitement agir et

penser à son gré , sans autre règle que ]a règle logique et naturelle de la raison même. Donc, pour lui, deux ordres, un ordre d'obéissance et un ordre de liberté; et riiomnie, passif dans le premier ordre, n*étant actif que dans le dernier, c'est en celui-ci que s'opère le développement de Thumanité, en lui que réside le principe de tout progrès comme de tout mouvement.

D'accord avec la foi et la conscience du genre humain , le catholicisme admet ce qu'elles proclament. Il reconnaît formellement l'existence des deux ordres que nous venons de nommer, d'obéissance et de liberté. Partant du fait de la révélation, qui est sa base première, il établit qu'en dehors des dogmes et des préceptes révélés la raison et la volonté sont, à son égard, entièrement libres. Il ajoute seulement que le fondateur du christianisme a institué une autorité extérieure peq)étuelle, pour conserver, promulguer, interpréter infailliblement le dogme et les préceptes révélés. On doit obéir à cette autorité en tout ce qui est de sa sphère, en tout ce qui dépend de la révélation ; cette dette acquittée , on ne lui doit rien en vertu de son droit propre.

Ces deux ordres, reconnus unanimement, renferment les conditions essentielles de la vie de l'humanité, et correspondent respectivement à ses deux lois premières : la loi d'unité, qui comprend les devoirs, lesquels lient les hommes entre eux cl à Dieu même ; la loi de liberté , par laquelle s'opèrent le développement individuel et le développement commun. Bien que ces ordres subsistent simultanément et se supposent l'un l'autre à plusieurs égards, on ne saurait les concevoir comme distincts sans les concevoir conmie indépendants. Faire dépendre en effet, à un degré quelconque, l'obéissance de la liberté, la liberté de l'obéissance , c'est évidemment les détruire toutes deux. Quel que soit Tactc, on n'obéit pas quand on est de droit libre de ne pas obéir; on n'est pas libre quand on est de droit obligé d'obéir.

La question maintenant consiste à savoir, le système catholique étant donné, comment ces deux ordres, également légitimes, également nécessaires, peuvent subsister ensemble, complets tous deux, indépendants tous deux. Cette question est implicitement au fond de tous les esprits; et quiconque la comprendra bien, avouera qu'il n'en est aucune aujourd'hui déplus importante, aucune qui appelle plus impérieusement une prompte cl tranquillisante solution. Et, comme nulle solution qui ne porte pas sur le point précis de la difficulté ne satisfait jamais, ou ne satisfait pas longtemps, nous croyons remplir 1

un devoir et travailler à rétablir l'harmonie mainlenant brisée de l'intelligence humaine, à préparer l'heureux moment où disparaîtront les doutes qoi l'obsèdent, en essayant de fixer ce point précis sur lequel il est très-pressant de diriger une vive et nouvelle lumière. 11 ne faut rien moins qu*un motif si grave pour surmonter en nous la répagnance qoe nous éprouvons à toucher certains sujets délicati dont nous voudrions écarter le souvenir, et qti*il sen cependant indispensable de rappeler pour ne laisser dans l'ombre aucune des faces du problème que le temps résoudra.

L'autorité divine de la hiérarchie catholique étaot posée, ainsi que la liberté humaine dans ce qui n'est pas du ressort de cette autorité, on cherche, premièrement, s'il est possible que la liberté envahisse le domaine de l'autorité , et l'autorité le domaine de la liberté; secondement, s'il est un moyen, dans le cas où ces envahissements réciproques soient possibles, de les constater avec certitude et de les réprimer sans porter atteinte, soit à l'autorité, soit à la liberté.

La possibilité des envahissements réciproques est certaine de fait. Le dogme et les préceptes révélés ont été maintes fois attaqués par la raison ; on a aie maintes fois l'autorité de la hiérarchie, ou, sous imc multitude de prétextes divers, on en a, sans la nier, entravé l'exercice. Les monuments de l'histoire et de la tradition catholique montrent l'Église perpétuellement en guerre pour défendre, suit sa doctrioe contre la hardiesse de la pensée, soit sa juridiction contre les entreprises de la puissance civile; et personne ne doute que, dans celte guerre, le droit n'ait élé souvent, et le plus souvent peut- être , de soncùlc.

H n'en est pas moins certain que la hiérarchie a bien des fois porté alleinte à la légitime liberté de la raison, comme à la liberté qui appartient à l'homme, en tout ce qui ne tombe pas sous les prcscriptioDS de la loi divine, de la loi morale révélée. Comme il s'agit ici de faits qui, en délinitive, sont toujours a|)préciés par le simple bon sens général et la conscience humaine, toutes les subtiles argumentations, toutes les distinctions, tous les détours Iogi(iuos, à l'aide desquels on peut disputer éternellement dans une école, doivent être écartés, parce qu'au fond la conscience et le simj>Ie bon sens n'en lieniient aucun compte. Ainsi peu importe, sous ce rapport , que tel ou lel acte de la hiérarchie ait ou n'ait pas le caracivve d'une irréformable décision de foi , parce que, nU-on même toujours d'accord sur ce qui offre ce caractère, les principes du catholicisme ne réduisent point à cet uniquo ras la soumission due u la puis-

rUEFACE.

sance spirituelle, et que, (l*»près ces principes, on lui doit encore, en une infinité d*aiilrcs cas, une ohéiss:ince non moins elTeclive. Des propositions, des opinions, peuvent être condamnées non-seulement comme hérétiques, mais encore comme fausses, erronées, scandaleuses, malsonnantes ; et, sous ces qualifications et autres semblables, les catholiques sont également obligés de les rejeter, sans quoi Ton ne concevrait rien a Tautorité de TÉglise enseignante. La hiérarchie exerce de plus un autre genre de pouvoir sur les consciences qu*elle a charge de diriger. En vertu de ce pouvoir, elle résout les doutes qui peuvent se présenter relativement à la conduite, prescrit certains actes, en interdit d\ui(rcs : en un mot, dans cet ordre encore, elle fait Tuirice de juge, et sanctionne ses jugements par des peines spirituelles. Quand donc on examine Kusage que la hiérarchie a làit de sa puissance, il est indispensiible de considérer Fcnsemble de ses actes quels qu*ils soient; car ils lui appartiennent tous également , et c*est de leur ensemble que se compose Tinfluence toude qu'elle a exercée. La question qu'en ce moment nous traitons n*est point une question théologique , mais une question plus générale qui embrasse à la fois les deux grandes lois d'unité et de liberté. On peul, en théologie, soutenir que la doctrine de Sa- Tonarolc, examinée derechef après sa mort et solennellement alors déclarée irrépréhensible (i), n*a jamais été condamnée [>ar un jugement dogmatique définitif, non plus que celle de Galilée. Toutefois la prison de Tun , le bûcher de lautre, ont pourtant quelque force de censure, et ces deux exemples peu vent servir à montrer comment, soit par erreur, soil par (Mission, la hiérarchie peut envahir les droits de la raison libre, en même temps qu^ils prouvent qu'elle les a de fait envahis quelquefois. Ses querelles presque permanentes avec le pouvoir temporel, Tabus des excommunications et des interdits pour des intérêts purement humains, abus si fréquent à de certaines époques, et sur lequel , comme sur plusieurs autres, il nous répugnerait de nous étendre, prouvent également qu'elle ne s'est pas ù beaucoup près renfermée toujours, en ce qui regarde les actes naturellement libres, dans les limites de sa juridiction propre. Nous ne sachons pas que ceci soit contesté de personne, et, quelles que soient de part et d'autre les chicanes de détail , ce que nous venons de dire des usurpations réciproques de rautorité religieuse et de la liberté philosophique et civile

(t) Sa raDon!«atioD fut lolliciiéc p.ir naint François rln Taule, latnt Philippe de Kt-ri, rt ^sinlc Caib^rlnc ilc Ricci.

n'est que l'expression de la conscience universelle. Or, existe-t-il un moyen de constater, en chaque circonstance, avec certitude ces mutuelles usurpations, el de les réprimer sans porter atteinte , soit à la liberté , soit à l'autorité? Telle est la question que nous avons posée, et dont Timportance évidemment n'est pas moins essentielle que celle des deux lois mêmes à la conservation desquelles il s'agit de trouver une garantie. D'un côté l'humanité libre, et qui périt si elle ne demeure libre ; de l'autre côlé une puissance divine instituée pour maintenir, au sein de la liberté , la connaissance certaine des devoirs qui, en bornant cette liberté même, la ramènent à l'unité de l'ordre : tels sont les deux éléments de la vie, qui doivent subsister ensemble, harmoniquement liés et indépendants, comme nous l'avons vu. On est d'abord forcé de reconnaître qu'entre la hiérarchie, d'une part, et l'humanité libre, de l'autre, il n'existe aucun juge possible. Nul moyen donc, en cas de conflit, d'arriver par cette voie à une décision. Que si cependant chacun reste, au même titre, juge de son droit, ce n'est pas rétablir la paix, c'est perpétuer la guerre. Nulle décision encore, nul jugegement. Nécessité donc que ce soit une des parties dissidentes qui juge. Mais comme, en premier lieu, il est prouvé que toutes deux ont de fait excédé leurs droits, qu'elles ont toutes deux dépassé les bornes de leur domaine respectif ; quelle que soit celle qui juge, son jugement ne donnera point la certitude cherchée. Aucune, en second lieu, ne peut être reconnue pour juge, sans que l'autre aussitôt ne tombe sous sa dé|>endance absolue. Plus d'autorité calholiqucment conçue, si elle dépend, dans son exercice, dans l'obligation de lui obéir, d'un examen et d'un jugement préalables de ceux qui doivent y être soumis. Plus de liberté, si, sans jugement, sans examen, on doit lui obéir en tout et toujours: car alors on ne sera libre que sous son lK)n plaisir, quand elle levou.lra, autant qu'elle le voudra, et pas davantage. !^a liberté absorbera l'autorité, ou l'autorité la liberté. Les lois constitutives de la n:iture humaine seront renversées de fond en comble.

Voilà , encore un coup, la question qui fermente sourdement dans les esprits, qui les agite et les inquiète. On ne gagnerait rien , tout au contraire , à la dissimuler. Nous avons cru de notre devoir de l'exposer nettement: d'autres la résoudront ; ce n'est pas notre tâche. Nous ne faisons ici que rhistoin^ critique de nos propres idées el des discussions auxquelles nous avons pris part.

Le premier article de 1682 déclare que le pou-

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voir civil est immédiatement établi de Dieu : expression vague et susceptible de plusieurs sens qu'il importe de distinguer, à cause des conséquences diverses qui se rattachent à chacun d eux. En tant que, par cette maxime, on rapporte à Dieu Forigine essentielle du pouvoir, elle est manifestement incontestable. Car le pouvoir, en général , est un des moyens de Tordre nécessairement voulu de Dieu; et, comme il enferme de plus, sous toutes les formes possibles de gouvernement, la notion de droit, il est encore de Dieu en ce sens, puisqu'on ne peut concevoir aucun droit qui n'ait pas en Dieu son primitif principe. Mais, si le pouvoir essentiel a son origine en Dieu, et vient de lui immédiatement, il n'est pas vrai queDieu le confère immédiatement , ou à tel homme , ou ù telle collection d'hommes déterminée ; et c'est la distinction que faisait, dès le quatrième siècle de l'ère chrétienne , saint Jean Chrysoslôme. A qui donc appartient l'immédiate collation du pouvoir, le choix de l'individu ou du corps qui l'exerce? Le sentiment commun parmi les catholiques est que le pouvoir réside radicalement dans la communauté qui le délègue ; et Bossuet lui-même accorde au peuple un droit d'intervention , qu'à la vérité il ne défînit point, dans cet acte constitutif du gouvernement sous lequel il vit. D'autres, lui refusant ce droit, livrent la société à un dcspolismo absolu et sans remède , puisqu'on ne saurait se défendre contre lui Siins allaquer Dieu niènie, qui l'a direclemeiil inslilué : ellVoyable syslèmc, qui, entre autres conséquences, oblii^e à nier Dieu , ou à le rendre coniplicc de toutes les tyrannies, niènie les plus exécrables!

Quelques-uns, se fondant sur des faits assez nombreux durant le moyen a^^e, et sur une théorie d'unité qui, au premier aspect , ne manque pas d'une certaine j^randour, ont prétendu que le pouvoir civil , inférieur à la papauté et soumis à sa direction, devait recevoir d'elle son investiture. Cette opinion , qui se forma tard et que personne aujourd'hui n'oserait soutenir, appai tient aux siècles où les papes, après avoir i^îorieusenicnl défendu contre la force brutale les droits de l'intelligence, fondenïent sacré de la liberté morale et sociale, se laissèrent induire à un système tle théocratie qui l'aurait non nïoins roniplclenienl détruite. L'Ki^lise dominant le inonde par sa puissance souveraine, sous laquelle toute tète se serait courbée; et cette puissance divine, (|ui eût embrassé dans sa sphère les deuv sociétés religieuse et civile désonnais confondues, impliquant une obéissance explirilo, sans

examen , sans discussion , sans bornes aucunes , le mol même de liberté, dépourvu de sens, eût disparu des langues humaines.

S'il était cependant nécessaire d*opler entre deux despotismes , le dcs[K)lisme spirituel de la papauté et le despotisme matériel de la force brute, le premier aurait l'avantage tel quel de reposer sur uo principe moins ignoble, lequel finirait cependant, et bientôt, par se matérialiser aussi lui-même.

Pour bien entendre ce qui suivra , il est a propos de s'arrêter quelques instants sur une question virement agitée depuis deux siècles , la question de b souveraineté. Elle se lie d'ailleurs intimement anx sujets que nous venons de traiter. Selon la notioo que l'on s'en formait, la souveraineté ne différait en aucune manière du pouvoir; elle était le pouvoir même, ou le droit de commandement. Et, comme le droit de commandement, qui constitue le |>ouToir civil indépendant par son essence, s'étendait, de l'aveu de tous, à des choses de l'ordre moral, à l'ordre entier de justice, et à la religion même dans son existence extérieure, Tidée absolue en soi de la souveraineté ou du pouvoir social conduisait, sauf rintcrvenlion déjà discutée de l'Ëglise, à identifier la religion, la justice, la morale, avec ses pensées et ses volontés, puisque son droit universel de commandement impliquait, à Tégard de ceux qui lui étaient soumis, un devoir également universel d'obéissance. De là les efforts des protestants, religieusement et politiquement opprimés, pour déplacer la souveraineté, et lu transporter du prince dans le peuple, a(in de justifier cl d'autoriser leur résistance au prince. Sans examiner la question relativement à celui-ci, les catholiques aperçurent très-bien les conséquences générales que nous venons d'exposer, et les objectèrent aux prolestants contre la souveraineté du peuple, qu'ils rejetèrent comme antisociale, anarchique, athée; comme destructive de toute justice, de toute morale, de toute religion. Ses bases étant admises, et, nous le répétons, elles l'étaient des deux cotés, leur argumentation, qui fut la nôtre aussi, nous paraît péremptoire. Mais personne ne rénéchissail (jue , si elle conclut contre le peuple, elle conclut avec autant de force contre le (►rince; et que dès-lors la souveraineté, telle qu'on la concevait, ne pouvant être le partage ni du prince ni du peuple, il fallait bien nécessairement, ou qu elle ne fût qu^me chimère absurde de Tesprit, ou qu'on s'en fiU fait une fausse notion.

Cette dernière conséquence était la véritable. La souveraineté, en effet, n'est aucunement le droit de

rammander, mats la pleine liberté, l'inilépcDdance roroplitc ; et en Dieu même elle n'est que cela. Ilcsi souverain parce (\a"A ne dépend que de lui-même ; ei. comme il dê|>cndrait de quoique cliose it quelque ilcgr6 6 il ne possédait sur toutes clioscs un pouvoir infini, le (louvoir en lui se courond avec la souveraineté d'où il découle. Sourceétcrnclleda droit, cl dèslors souvenineiuent libre de vouloir, chacune de ses volontés est en mime tem|is souverainement ellicace.

Dans le sens aliiiolu , Dieu seul donc est souverain , puisqu'il est seul indépendant. Nulle créature [|ui ne dépende de lui ; et par conséquent nulle créature qui puisse, à son égard, être dite souveraine. Pour tout être lini il n'existe qu'une souvei.iinclé relative, cl c'est pourquoi il est nécessaire lie définir celle qu'on supixise lui appartenir. Ainsi, en ce qui loucbe l'homme, nul n'est souverain en ce sens que sa raison el sa volonlé soient de droit pleinement indépendantes ; car, de même que son être dépend de Dieu, sa raison et sa volonlé dépendent des lois du vrai et du bien , qui ont leur origine en Dieu : mais il est souverain en ce sens que ni sa raison , ni sa volonlé, ni par conséquent ses actes, ne dépendent de droit d'aucun homme; que, la loi antérieure et supérieure de justice demcuranlsa règle, il est primitivement et complètement libre ik l'égard des êtres semblables à lui , et ne doit obéissance à aaran d'eu\. Les droits de chaque être, en effet, dérivant de sa nature, partout où la nnlure est la même, les droits sonlégaui. Or, dire que lesbommes (tossédant tous la même nature possèdent tons les mêmes droits essentiels et primitifs, c'est dire qu'ils sont loDS naturellement indépendants les uns des nulres : c'est alTirmer, dans les limites fixées précédeniinenl, leur souveraineté native et impérissable, souveraineté individuelle, qui devient collective par rétablissement de la cité ou du corps politique.

Or, la liberté existant entière au moment où se forme le corps politique, son institution ne peut être qu'un acte libre de la part de ceux qui y concourent : el, comme elle ne saurait avoir d'outre olijet lé{;itimc en droit que la conservation du droit même ; loin de préjudicier à 1a liberté qui renferme mus les vrais droits de l'homme , elle en doit être une garantie. Une eîté ou une soeiélé politique cl civile conforme au droitn'esi donc qu'une libre assocbtion d'hommes se garantissant mutuellement, sous tempiredcla lolde justice reconnue, la pleine jouissance de leur liberté , roudifiée seulement dans son usage par des régies acceptées volontairement; règles ■uicessaircft pour que le but de 1'

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atteint. L'unité collective une fois constituée : comme aujiaravant chacun de ceux qui en font partie, individuellement indépendant ou souverain , avait son pouvoir qui n'était que sa force individuelle à l'aide de laquelle il défendait son indépendance attaquée cl réalisait ses volontés libres; ainsi la cité a son pouvoir ou sa force collective i l'aide de laquelle elle défend son indépendance attaquée et réalise ses volontéslibres. Hais, afin d'obtenir lerésultalaliondû d'elle, cette force iloit être organisée, el, par conséquent, s'ordonner autour d'un centre : d'où la nécessité d'en confier à un ou plusieurs la direction. Tel est le pouvoir politique, qui n'est, comme on le voit, qu'une simple fonction, essentiellement déléguée, essentiellement révocable. Il ne fuit pas la loi , il en procure l'exécution. La loi est , en tout ce qui ressort de la liberté humaine, la volonté de l'individu collectif appelé société, nation, peuple.

11 est aisé de comprendre maintenant en quoi le pouvoir diffère de la souveraineté, et comment la souveraineté, qui n'est que l'indépendance mutuelle des hommes â raison de leur égalité essentielle et native , peut appartenir et appartient réellement à chacun d'eux : et c'est ce qui se déduit encore du sentiment commun des catholiques sur l'origine du pouvoir, dès qu'on a éclairci les idées en définissant les termes. Le pouvoir, selon cette tliéorie , réside', primitivement dansia communauté ; la ci qui crée un pouvoir distinct d'elle, en c quant celui qu'elle tient immédiatement de Dieu , est donc primitivement indépendante ;et, comme son pouvoir ne se penl point par la déléj^atïon qu'elle en fait, elle demeure, après celle délégation, radicale-, ment indépendante. Si donc, ainsi que nous l'avons montré, la souveraineté n'est que l'indépendance,! la communauté , radicalement indépendante , est ' radicalement souveraine. D'une part, l'indépendance < étant un droit inltérent ik la nature de l'homme, il ne pourrait y renoncer, s'en dépouiller, quand il le voudrait ; en obéissant de fait, il resterait libre de droit. De plus, il est visible qu'on ne peut déléguer son indépendance ; on ne peut donc déiéj;uer la souveraineté ; le pouvoir qu'on avoue être délégué n'est donc pas la souveraineté ; el dès-lors qu' est-il, que peut-il être qu'une fonction jugée indispensable par la communauié souveraine il sa conservation ou h la conservation de son droit, lequel se résout dans sa liberté 1 El c'est , en ciïcl , une maxime universellement reçue, que le peuple n'exisle pas pour le pouvoir, mais le pouvoir pour le peuple.

Noua ne faisous pas co ce noiaeot un Uailé de la

riŒFACE.

société , nous indiquons seulement les points de vue négligés par nous dans les controverses où nous nous soinnics trouvé engagé ; nous complétons quelques idées, nous en rectifions d^inexactcs ; nous nous critiquons enfin nous-môine, selon nos lumières présentes, tout prêt également à déférer aux cri* tiques d'autrui, lorsqu'elles nous paraîtront fondées.

Au reste, nous avons toujours reconnu aux peuples des droits imprescriptibles, quoiqu'ils ne fussent pas nettement définis dans notre esprit ; toujours nous avons hautement prolesté contre le despotisme et repoussé la tyrannie avec une profonde horreur. Si nous ne nous trompons , chacun de nos ouvrages marque quelque progrès fait dans la route où nous marchons aujourd'hui d*un pas plus ferme, parce qu'elle est pour nous mieux éclairée. Ainsi les Progrès de la i{(fro/u/<on indiquaient déjà notre sympathie politique pour le libéralisme, que nous combattions uniquement sous le rapport religieux, montrant que le pur individualisme, qui ne permet de reconnaître aucun devoir certain, tendait à établir, au lieu de la liberté inséparable de l'ordre , soit Tanarchie de tous, soit la puissance arbitraire d'un seul : et certes, quelle que fût la valeur réelle de la théorie que nous développions , nos paroles à cet égard renfermaient un fonds de vérité incontestable.

Défenseur constant de la liberté religieuse étroitement liée à celle d'enseignement, pendant quinze ans nous n'avons cessé de demander compte au pouvoir de leur continuelle violation , sans nous allier cependant à ses ennemis politiques, qui, loin de comprendre mieux que lui ces libertés premières, le poussaient sans relâche à les attaquer de plus en plus. Tous les partis présentaient alors quelque chose de complexe, une double face, en quelque sorte, l'une desquelles attirait et Taulre repoussait les hommes attachés à la fois à la liberté et au christianisme. >fou8 étions de ceux-ci. l*armi ces partis , les uns voulaient le christianisme sans la liberté ; les autres, la liberté sans le christianisme, et nous])ensons encore que le christianisme et la liberté, inséparablement unis dans leur racine commune , sont la condition nécessaire l'un de l'autre : et, de fait, en tant que le parti libéral était hostile au christianisme,

{V< Nous ne pnjlcndon» pas que le« paprs se soient dircctcinent proposé ce bul ; qu'ils aicnl en c^énéral songea autre chose qu'à la conscrvaiion de leur propre puii^sance : mais la conservation de leur imi.tsance i<e trouva liée alors à celle des droits dont nous parlons. Jamais un pouvoir, quel qu'il soit, ne s'occupe que de lui-même , ne s'intéresse qu'à lui-même. Il élait impossible que les papes échappassent plus que d'autres à cette loi universelle. Celui

il l'étaitàla liberté, et, en tant que le poavoirétaithostile à la liberté, il tendait à détruire radicalement le christianisme ; car ce n'était paslechrîslianîsmequeb religion officielle, la religion bâtard e,avîlie et assenif, qu'il fabriquait par ses ordonnances, pr ses oppressions et ses faveurs même. Nous nous trouvâmes doM en même temps , sous des rapports inverses, en opposition avec lui et le libéralisme, enopposiiionméme avec une partie du clergé, et spécialement avec la majorité de Tépiscopat. Car Tépiscopat était gallican ; il l'était par une suite de l'enseignemenl donné autrefois dans les écoles théologiques , par aaKHl^ propre et préjugé national , par intérêt , et , à quelque degré , par un sentiment vrai des difficultés qu'offre la doctrine contraire. Or , indépendamment de ses inconséquences, le gallicanisme nous choquait , et nous l'avons assez répété dans le cours de la controverse dont nous venons de faire sommai^^ ment l'histoire , à raison de l'esprit de servilité qui lui est inhérent. Frappé de l'esprit opposé qui resplendit dans la grande ère où les papes défendirent si énergiquemeni , contre la force brutale des empereurs qui menaçait de prévaloir, les droits sacrés de l'intelligence, les droits des peuples et de l'huna* ni té (i), nous crûmes que ce glorieux passé pouvait renaître , et que le christianisme, appliqué au monde social par la papauté , pouvait encore lui épargner une infinité de maux, en régularisant le mouvement politique, que rien n'anélera , en opérant enfin b magnifique alliance du principe d'ordre et du principe [)rogressif, de la foi et de la science, de la religion et de la liberté. Nous nous trompâmes, nul doute; on nous en a, tout le monde le sait, assez solennellement averti: mais l'erreur peut-être était pardonnal»le.

L'état des choses devenait cependant de jour en jour plus grave. Après une révolution depuis longtemps préparée dans Tesprit public, et qui, pénétrant jusqu'au fond de la société, avait changé les lois, les mœurs, les habitudes, la position de cliacnii, SCS relations, ses intérêts; au bout de vingtcinq années d'une exisloiïce nouvelle, l'ancien pouvoir reparut , ramenant avec lui les idées anciennes et le droit ancien qui formait son titre. C'est ce qu'on nomma la Uestauration.il est clair qu'elle n*était, ne

d'entre eux'qui nous parait avoir conçu avec le plus de grandeur la politique de la papauté , et avoir eu dans l'âme les sentiments les plusgénéreux.cst sans contredit Grénoirc VII. Il semble que, par delà sa cause particulière comme pontire,ilait entrevu la cause immense de Phumauilé, et les ait unies dans un même amour. Ses dernières paroles, en mourant fii{;i(îf à Salcrnc, sont sublimes : DUexi jusHt'iam cl odivi viiquilatcm ; proptereà morior In exi/h.

PRÉFACE

|K>uvait rien être, à moins qu'elle ne fût une contrerévolution. Mais, eût-on même possédé assez de force pour tenter sans imprudence la destruction de Tordre existant , d'un ordre qui, quel qu'il fût, sVtait identifié avec la vie de tout un peuple, on devait 8*attendrc à une résistance opiniâtre , terrible ; à de longs et profonds bouleversements, à des désordres, des calamités, dont plusieurs générations peut-être n*aaraient pas vu le terme. On préfora donc opérer, s*il était |)ossil)le, une sorte de conciliation entre le passé et le présent. Il y eut un traité , un pacte conclu entre la royauté et la nation ; et ce pacte réellement synallagmatique, et considéré comme tel par la nation, quoique la royauté essayât de lui donner, à son bénéfice , un autre caractère, devint , sous le nom de Charte , la loi constitutive du pays.

Son vice radical consistait à mettre en présence et en opposition légale, au sein même du pouvoir, deax princi|)es qui s'excluent l'un l'autre, le principe monarchique et le principe démocratique. Toutefois cette inconséquence, ainsi que nous venons de le dire, avait été inévitable. Elle n'en produisit pas moins ses effets. La royauté sentit d'instinct que la démocratie la menaçait perpétuellement dans son ciîstence. La démocratie sentit également que la royauté devait tendre incessamment à la renverser. D*oà une défiance mutuelle , une guerre sourde d'abord, et bientôt après ouvertement déclarée. Dans les guerres de cette sorte, presque jamais on ne met en avant , de chaque côté , que les prétextes , parce qoe âes deux côtés on a besoin de respecter en apparence les limites légales, et que la vraie question posée nettement serait déjà la révolution. Or, on ne ftancliit ce )kis décisif que lorsqu'on se croit assuré de vaincre ; et cette assurance , ce ne sont point les chefs politiques qui l'ont '.c'est le peuple qui la puise dans le sentiment intime de sa volonté et de sa force.

Peu importent aujourd'hui les innombrables discussions de détail sur les actes de la royauté et de son gouvernement. Quand elle n'eût pas fourni de sujets fondés d'attaque, on en aurait cherché, on en aurait trouvé de plausibles aux yeux des partis, et cela suffisait. A mesure que, par les nécessités même inhérentes à leur lutte, chacun d'eux, développant les conséquences de son principe, s'efforçait de restreindre l'action de l'autre dans une sphère de plus en plus étroite, ils devenaient aussi plus inquiets et plus ennemis : et, chose remarquable , alors comme toujours les questions de fait se résolvaient dans des questions de doctrine , tant les hommes ont besoin de lier leurs actes à un ordre de

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