TOME il
justice et de raison, tant il est vrai que l'intelligence préside néces&urement à toute la vie humaine.
La royauté et ses partisans alléguaient en faveur de ses prétentions l'ancienne maxime de la souveraineté de droit divin; la démocratie s'appuyait sur la souveraineté nationale. Or, selon le sens où on l'entendait , la souveraineté , en premier lieu , se confondait avec le pouvoir , n'était comme lui que le droit de commandement; et, en second lieu , ce droit , inhérent à une personne déterminée qui la recevait immédiatement de Dieu , était absolu par cela même et inamissible essentiellement. La liberté ne pouvait donc être dans ce système qu'une pure fiction. Le pacte fondamental où le prince stipulait l'abandon d'une partie de son droit absolu était nul de soi, et ne l'obligeait en aucune manière ; car , quelle que fiU sa volonté, il était impossible qu'il se dépouillât d'un droit divin, d'un droit indépendant de cette volonté même, et c'est aussi ce que plusieurs soutenaient Irès-conséquemment. Mais il en résultait que la France, leurrée par de vaines institutions, vivait sous un despotisme latent, un despotisme de droit qui devait tôt ou tard se transformer en un despotisme de fait. La démocratie n'avait donc pas tort de s'alarmer de l'avenir, et de chercher des garanties qui lui manquaient visiblement.
Auumt la maxime posée par la royauté devait être impopulaire, autant elle répugnait à la raison et à la conscience générale , autant le princi|)e contraire trouvait naturellement de sympathie dans le peuple; et, quoiqu'il ne fût ni exactement expliqué ni nettement conçu en lui-même , une sorte de sentiment instinctif de sa vérité lui prêtait, dans l'application , une force extraordinaire. On comprenait que, sans l'exclusion du principe opposé, on ne pouvait logiquement ni pratiquement éduipper au despotisme , et que le despotisme inipliquait la négation de tout droit réel. On comprenait que la liberté était, au contraire, la conséquence de la souveraineté nationale loyalement reconnue, et que la liberté renfermait en soi tout ce que la raison peut concevoir sous la notion de droit dans l'ordre politique et civil. Avant même que l'esprit en eût clairement formulé la théorie, comment, un seul instant, aurait-on hésité entre ces deux principes?
S'il n'avait pas existé au fond des choses une contradiction irrémédiable, nous croyons que, les souvenirs de l'invasion étrangère une fois efl'acés» une conciliation plus ou moins durable aurait pu s'opérer de bonne foi entre la royauté et la démocratie : car personne ne voulait la guerre pour la guerre; on était
PRÉFACE
I.1S des troubles civils , et la France aspirait au repos. Mais, de prt et d*aulre, nous le répétons, il s^agissait de Texistcnce ; et le combat dès-lors se poursuivit sans interruption , toujours plus animé à mesure qu'on voyait mieux ce que la victoire ôtcrait au vaincu.
La Restauration employa trois moyens pour se conserver. Aux complots sans cesse renais&'mts elle opposa , selon leur nature , tantôt la baïonnette du soldat, tantôt le glaive du juge; et, à moins de soutenir qu*il était de son devoir de se laisser renverser sans résistance , on ne saurait lui reprocher d'avoir été injuste en cela. Mais trop souvent la répression, plutôt violente que ferme , blessa la conscience publique, en prenant, au gré de quelques passions subalternes, Todieux caractère d'une vengeance ignoble et atroce. Toutefois, rien alors ne ressembla, mémo de loin , à ce qu'on a vu depuis.
Ce n'était pas assez que de contenir ses adversaires par la force; il fallait encore se créer des partisans, et les lier à soi par leur intérêt. Naturellement on s'adressa aux classes les plus élevées , à l'ancienne noblesse, que ses souvenirs, sesscntimentslraditionnels, rattachaient au trône; à la noblesse impériale, heureuse de garder sous la monarchie restaurée ses titres et ses distinctions; aux grands propriétaires, aux riches industriels. De ces éléments divers qu'unissait une afiiniléréeliCp quelque aigreur qu'excitassent les rivalités d'amour propre , on essaya de former une vasie aristocratie, un corps nombreux de privilégiés, investis seuls ou presque soûls <les droits po1ili(|ues, Hiisanl les lois, possédant les places, de sorte qu'en dehors d'eux il ne fût resté qu'une plèbe inerte, gouvernée, administrée, exploitée parcelle nouvelle espèce de hiérarchie féodale, qui, se déployant autour de la royauté, lui aurait servi de barrière contre le peuple. On ne saurait encore la blâmer équitablemcnl d'avoir cherché une garantie de durée dans une organisation sociale dont, après tout, beaucoup de libéraux , et des plus influents , se seraient , il faut l'avouer, accommodés sans trop d'efïorts , pouï'vu qu'on eût consenti à leur y faire une douce et salisfaisanle position personnelle. Ils l'ont assurément bien prouxé depuis quatre ans.
Ce système cependant, si simple en apparence et qu'on dut croire, au premier coup d'œil, si facile a réaliser, renfermait en soi plusieurs causes de ruine. Tôt ou tard il devait produire des dissensions profondes entre les classes privilégiées et le reste de la nation, pour qui la liberté et l'égalité politique s'étaient identifiées avec le sentiment même du droit, i^ouvait-on se flatter que la masse du peuple se lais-
serait de nouveau tranquillement rédairetdenueoa de force , à l'état de vasselage , après avoir pendant vingt-cinq ans ébranlé le monde pour s'affraDcfair? Il y a dans les choses humaines une cerlaine pente qu'on ne remonte point. Même quand les hommes cèdent, les idées résistent; et en déûnitîve ce soot elles qui triomphent toujours. Ayant a combattre IV pinion publique en même temps que l'intérêt commun, il fallut s'appuyer sur rinlérêt particulier, c'est-à-dire, corrompre individuellement ceux doot le concours était plus ou moins nécessaire au succès du plan qu'on avait conçu; et chacun sait jusqu'oà s'étendit cette corruption systématique, laquelle,exaltant toutes les passions basses, alluma dans lésâmes une cupidité effrénée, un désir maladif de ncfaesses et de jouissances, une fièvre de l'or qui dévorait tost ce qu'elles recelaient de noble et de généreux , et l'honneur et la conscience même. Mais c'était là encore travailler contre soi; car, dans la lutte des îqtérêts, celui de quelques-uns ne pouvait à la longue prévaloir contre Tintérêt de tous.
Aussi la Restauration usa-t-elle d*un troisième moyen pour s'affermir. Elle s'efl'orça de se rattacher le peuple par la religion. Personne ne met en doute la nécessité sociale des croyances religieuses ; et trèspeu de personnes aujourd'hui, quelles que soient les manières diverses dont elles comprennent le christianisme, contestent les bienfaits que l'humanité lui dut dans le passé, et l'influence qu'il doit encore exercer sur elle dans l'avenir. Nul ne blâmerait donc laUeslauration d'avoir été et religieuse et chrétienne, si elle avait été simplement, si elle avait été réellement, chrétienne et religieuse. Au fond elle ne fut ni l'un ni l'autre. Nous ne parlons pas des hommes, nous parlons du gouvernement. Le gouvernement ne vit dans le catholicisme, professé, comme le disait la Charte, par la majorité des Français, qu'un instrument utile à sa politique, un ressort puissant de l'administration. Pour le faire servir à ses desseins, il fallait en diriger l'action , et par conséquent régler, en partie du moins, l'enseignement <le la discipline; ce qui exigeait inq>érieusement la coopération des chefs immédiats de la discipline et de l'enseignement. On savait comment l'obtenir: il suflisait de suivre les exemples anciens, de rétablir scrupuleusement les relations entre l'Ëglise et l'État, telles qu'elles avaient existé jadis ; et cela pouvait encore s'appeler une restauration.
On sépara donc de fait la religion de ses ministres. A ceux-ci de l'argent, des faveurs, des dignités, de la puissance , mais à condition de seconder docile-
ment les vues du pouvoir. Nous sommes loin, bien | la lutte, ce n'était qu'une question de circonstances
loin d*accusèr qui que ce soit, mémo dans le secret de nos intentions. Nous savons trop quelle est la force des préjugés d'éducation, des sentiments, des habitudes de foute une vie antérieure , pour hésiter de croire à une pleine bonne foi de la part de ceux qui se laissèrent séduire; et, afin d'être juste entièrement, il faut dire encore que les ardentes attaques du libéralisme contre la religion durent alarmer le tèle du clergé et resserrer son alliance avec le parti politique contraire. Par tous ces motifs réunis il devint, en effet, Pansiliaire dévoué du gouvernement, bien que celui-ci, fidèle aux traditions de la vieille monarchie combinées avec des maximes plus exagérées encore, ne cessât d'opprimer la liberté religieuse et de miner le catholicisme par sa base , en s'immisçant dans renseignement et l'administration ecclésiastique, en étendant son autorité à des choses uniquement relatives à la discipline intérieure de l'Église et dépendantes de ses seules lois, en fixant le nombre d*élèves qu'elle aurait le droit d'admettre au sacerdoce, en interdisant les relations directes des catholiques avec leur chef, en exerçant enlin dans Tordre religieux une véritable suprématie, dont l'infaillible conséquence devait élre tôt ou tard l'établissement d'une Église nationale soumise au roi comme l'Église russe est soumise au czar.
Tel était l'état du catholicisme. Dépouillé de l'indépendance qui appartient, de droit , dans sa sphère propre, à toute société spirituelle , il n'offrit plus en réalité que l'apparence d'une religion : et, comme en même temps on ne négligeait rien pour s'assurer le concours politique de ses ministres, la cause religieuse se confondit aux yeux de la nation avec la cause monarchique. Le résultat de cette confusion ne fut pas de ramener, ainsi qu'on s'en flattait, la plus nombreuse portion du peuple à la cause monarchique, mais de la rendre hostile à la cause religieuse. Deux grandes haines croissaient ensemble et prenaient chaque jour un caractère plus implacable , la haine des prêtres et la haine du trône. On approchait rapidement d'une crise. Des ordonnances qui détruisaient la Charte au nom de la Charte en furent le signal. An fond , nulle prudence humaine ne pouvait la prévenir : car elle n'était que le dernier combat entre deux principes inconciliables armés Tun contre l'autre par la loi, le principe monarchique et le principe démocratique; et, celui-ci possédant une force à tons égards incomparablement plus grande, il était certes aisé de prévoir à qui la victoire resterait. Quelles que fussent les vicissitudes possibles de
et de temps.
Les événements de juillet ne surprirent donc que ceux qui réfléchissent peu. L'Europe en comprit la gravité; et, bien que des causes trop connues en aient momenUmément dénaturé les conséquences, Favenir prouvera que ce fut réellement l'annonce d'une ère nouvelle. Un peuple nouveau venait, eu efi'et, dose révéler, un peuple instruit de ses droits et résolu à les défendre; mais aussi un peuple animé d'un profond sentiment de justice et d'humanité, supérieur enfin, sous le rapport moral, à tout ce que le monde avait encore vu. Car où trouverait-on un second exemple d'une immense population palpitante de toutes les passions qu'exalte le combat, et, pendant l'action comme après, contenant ses ressentiments, s'interdisant la vengeance, respectant la propriété, et maintenant, au sein d'une vaste capitale livrée à elle-même , un ordre plus sévère qu'aucun gouvernement ne le saurait maintenir avec sa police et ses soldats? Et tel s'était montré le peuple de Paris; tel, et, s il est possible, plus admirable encore, se montra, quelques mois plus lard, le peuple de Lyon. De pareils faits sont des indices sûrs d'une révolution prête à s'accomplir dans les institutions fondamentales d'un pays : car le peuple qui, ne fûtce qu'un seul jour, a été libre sans abuser de sa liberté, qui s'est noblement tenu debout, ne se recoiMbe jamais pour longtemps.
Toutefois, lorsqu'à la suite d'une collision vio lente un pouvoir établi succombe, il règne, au premier instant, une inquiétude vague, parce que, d'une part, le parti vaincu appréhende une réaction, et que, de l'autre, on ignore l'étendue des changements qui doivent s'opérer dans la politique extérieure, dans la législation, dans l'ordre administratif: quel sera le caractère du pouvoir nouveau et quel esprit dirigera ses actes. C'est aussi ce qui eut lieu après les événements de juillet. Quelques-uns n'y virent qu'une émeute heureuse ; nous y vîmes lui mouvement social , un pas fait par l'humanité vers les destinées meilleures qu'amène infailliblement le progrès intellectuel et moral. On pouvait craindre néanmoins que le catholicisme, compromis sous l'ancien gouvernement, n'eût à soufl'rir des fautes commises; et cette crainte, chacun le sait, préoccupait vivement le clergé et la population croyante. On pouvait craindre encore que le principe d'émancipation ne fût, quoique victorieux , ^rréls dans son développement, soit [>ar le retour à un système analogue à celui qu'on venait de renver-
ser, soit par une fausse conceplion de la lil>erté même, qui, séparée de la source de Tordre et du droit, de la loi morale et divine, aurait abouti bientôt, uu à Tanarcbic, ou au despotisme, et, selon toute vrais(.'niblance, à Tun et à Tautre successivement. Alors nous- conçûmes la double pensée de préserver le catholicisme des malheurs qui le menaçaient, et, en unissant étroitement sa cause à celle de la liberté, de préparer le triomphe durable et pacifique de celle-ci. Tel fut, sans arrière-pensée d*aucune sorte , le but qu'on se proposa en fondant le journal VÀvenir,
S'il rencontra des multitudes d oppositions diverses, il est aussi certain qu'il émut de nombreuses et puissantes sympathies, non-seulement en France, mais dans toute l'Europe et au delà. Plus de 140,000 francs de souscriptions recueillies en quelques mois pour les procès qu'il eut à soutenir , et pour les pauvres irlandais en proie a la famine, prouvent assez rinfluence qu\^ peine naissant il exerçait déjà, et les persécutions de tout genre auxquelles il fut en butte la prouvent encore mieux. Alais, quelque instructive qu'elle pût être, ce n'est pas Thistoire de VÀvenir que nous voulons faire ici. C'est, nous le répétons, notre propre critique , la critique de nos actes et de nos pensées, assuré d'obtenir, par l'impartialité de nos jugements et la sincérité de nos paroles, l'estime des gens de bonne foi. Peu nous importent les autres.
Nous parlerons séparément de ce qui regarde la religion et de ce qui est de pure politique. Mais auparavant nous devons avouer que, sous un point de vue de grande importance, notre zèle ne fut pas, à beaucoup près, suflisaniment réfléchi. L'exécution du plan que nous avions formé et sa réussite impliquaient le concours du clergé. Il était, à la vérité, naturel d'espérer ce concours, car mille motifs semblaient en faire un devoir et une nécessité. Ainsi le pensèrent, en eflet , une foule de prêtres qui s'associèrent à nos ciïorts avec le dévouement le plus généreux. Mais une autre partie du clergé , à l'égard de laquelle ils se trouvaient dans une position dépendante , fut loin de partager leurs sympathies et leurs convictions. Or, le seul fait de l'opposition des sommités de la hiérarchie arrêtait tont nécessairement. Nous aurions dû prévoir au moins la possibilité de cette opposition, et comprendre en même temps qu'il n'est point de faute plus grave que de se hasitrdcr dans une vaste entreprise dont on n'est pas absolument maître et qu'on ne peut pas conduire à son gré.
Lien des hommes avec Dieu , et par conséquent
PRÉFACE
des hommes entre eux, la religion, loi du devoir, est par son essence indépendante de rhomme. Du noment où elle cesse de l'être, elle perd son eanctèie propre, elle n'est plus; et ce ne sont pas des religioss que ces établissements qui, assujettis au pouvoir civil , dirigés, contrôlés par lui, ne vivent que sou son bon plaisir , n'ont d'action que celle qu'il lev prescrit ou qu'il leur permet. Aussi cet étal d'atte^ vissement a-t-il constamment pour effet d'affaiblir b foi dans le cœur des peuples; et, quand U religioi, soumise au gouvernement qui dispose d'elle soin prétexte de la prott'ger, devient l'auxiliaire du despotisme, ce n'est plus seulement de l'indifférence, c'est de la haine qu'elle inspire, ou, ce qui lui est plus funeste encore, un inexprimable mépris. Ces deux causes réunies concouraient à ruiner le catholicisme en France. Nous ess:iyÂmes de l'affranchir es le séparant de l'État; et, en effet, cette séfiaration loi eût assuré , selon l'esprit et la lettre même de notre loi fondamentale, une pleine liberté de culte, de discipline et d'enseignement. Délivré ainsi de la servitude administrative, lié pr ses intérêts aux iolérêts vraiment nationaux, il aurait, nous le pemîoDS, recouvré l'influence morale qui appartient naturellement aux institutions populaires. La Charte en main, nous combattîmes donc le droit que s arrogeait le ministère d'intervenir dans le domaine de la coqscience et dans les choses de la religion. Nous réclamAmcs la liberté des écoles cléricales, au nom deU liberté générale de l'instruction, repoussant à cet égard toute restriction comme tout privilège. Nous suppliâmes avec de vives et respectueuses insUinces les évoques de représenter au souverain pontife le danger de conOcr à un pouvoir qui pouvait n'être pas même chrétien, le choix des premiers p;isteurs. Kntin nous développâmes dans toutes ses conséquences le principe d'affranchissement que l'opinion, d'accord avec la loi, proclamait hautement, et dont la réalisation nous paraissant le plus sûr moyen de salut pour TÉglise.
Mais l'indispensiible condition de cet affranchissement si désirable était, de la part du clergé, la renonciation au s;)laire qu'il reçoit de TÉUit : car, de quelque manière que l'on déguise la dépendance, quiconque est payé dépend de qui le paie ; et c'est pourquoi le gouvernement attachait une importance extrême à maintenir le budget ecclésiastique, d'où dérivait son droit de commandement sur les ministres du culte. On ne fait pas volontiers de pareils aveux, et celui-ci cependant a été fait; et l'on peut lire dans le Moniteur les naïves paroles qui le cun
PRÉFACE
lienneni (i). Deiixautres motifs nous portaient encore à souhaiter que le clergé abandonnât volontairement le salaire qui formait le titre de sa servitude. Le sacerdoce, qu*une pariie du peuple regarde comme UD pur métier, se serait relevé aux yeux de tous par cet acte éclatant de foi désintéressé (t). Que nianque-l-il au prêtre pour qu'on Técoute ? d'être reconnu pourprêtre; et c'est à Toubli de soi, au dévouement, au sacrifice, à celaetàcela seul, qu'on le reconnafira toujours. D'ailleurs, et quand on serait peu touché des considérations précédentes , il n'est pas nécessaire d'être doué d'une profonde pénétration, pour prévoir l'époque où, les embarras financiers étant parvenus à leur dernier terme, le pouvoir, quel qu'il soit alors , sera contraint de supprimer les dépenses relatives aux cultes. Ce moment arrivé, le clergé, qui aurait pu se faire une si belle et une si bat! le position, sera réformé comme un laquais.
Mous devons cetbommage à la vérilé : un grand nombre de prêtres n'aspiraient qu'à l'instant où il leur serait permis de reconquérir la liberté du sacer-
(1) <f Aujourd^hoi que les limites que cette Charte avait « posées o*eiisteot plus , craiguoas de nous égarer en deçà K et par delà celles de la civilisatiou. Cesl pour éviter un « ii sraod iocouvéoient qu'il faut consacrer en principe que tt le salaire public des ministres d'un culte est accordé dans a rintérét de TÉtat plus encore que dans Pintérét de ce « calteméme.
« Sans examiner une question résolue par la nouvelle M Charte et par Texpérience , et dont la discussion nous w mènerait trop loin , celle de savoir s'il convient on non M que rétat entretienne les ministres de la religion et sub- « fieDoe aux frais des cultes , qu*il nous suffise de remarie quer que les traitements de ces ministres ont pour objet, «c en maintenant les insUlutions religieuses, en assurant le « service public des cultes, en accordant à ceux de la u Srandc majorité des Français Tappui et le secours que K réclame leur importance , de mettre PÉlal mieux à porte tée d*exercer le droit de surveillance qui lui appartient u sur les matières religieuses et la conduite des ministres u des cultes. Lb salaire public qu'ils rkçoivetit constitue
« us COHTBAT StSALLAGflATlQUE EMRE LA SOCIÉTÉ RfcLl- « 6IEU8B ET LA SOCIÉTÉ POLITIQUE , AU M0TE?l DUQUEL CETTE « OIBRIÈAB PROMET SA TUTELLE ET L'AUTRE SA SOUMISSION. »
Chambre de* Pairs, séance du 'iQ janvier X^oX. Traitement des ministres du culte israélile. Discours de Af. le comte de Portails, rapporteur,
M Le traitement pour le ministre du culte, comme pour « tout antre fonctionnaire de Tordre civil, ne peut être que le K résultat de la fidélité à un contrat, c'est-à-dire de servir « avec honneur et conscience celuiqui vous paie et vousemu ploie. » Chambre des Députés, Discussion du budget ecclésiastique. Discours de M, Augustin Giraud. Moniteur du X}} février 1853.
o Je saisis cette occasion pour dire que , sans aucune u difficulté, le droit de saisir le temporel des ecclésiastiques «« qui s*écar(ent de leur devoir, existe encore dans les
doce et d'honorer leur caractère en repoussant l'ignominie du salaire que l'État leur alloue chaque année. D'autres, moins conHauts en la Providence, craignirent pour eux-mêmes et pour la religion, si, n'ayant plus l'appui du budget, il fallait compter uniquement sur la charité des fidèles. L'exemple de la pauvre et croyante Irlande aurait pu peut-être les rassurer. Cependant il faut dire que le cl<u*gé n'y trouve des ressources si étendues que parce qu'il s'y est identiûé complètement avec le peuple. Il était possible et même facile au clergé français , lorsque nous l'exhortions à secouer les chaînes du pouvoir civil , de se rendre également populaire. Les choses ontchangé depuis ; et, loin de lui donner aujourd hui le conseil de renoncer aux gages qu'il reçoit du gouvernement, nous l'en détournerions s'il pouvait en avoir la pensée sérieuse. Il mourrait de faim, sans aucun doute, dans la moitié de la France. Presque partout c'est beaucoup maintenant que le prêtre qui ne coûte rien réussisse à se faire tolérer ; que seraitce, s'il lui fallait exiger qu'on le défrayât?
u mains du ministre des cultes. » Discours de M. Dupin. Moniteur du iG février 183:2.
Dans la discussion du budget ecclésiastique de 1855, plusieurs orateurs proposèienl la suppression de divrrs sièges épiscopaux. M. Duvergier de Hauraone , rapporteur du budget des cultes , répondit : u ... On me dira que ce «( n'est pas là la question , quNl s'agit uniquement de re- (( trancher le Irailemcnl de Tchèque. Mais qu'eu lésullcra- (( t-il y II en l'êsullera qu'un diocèse sera administré par un u vicaire capilulaire nommé par le chapitre. Alors c'est « ôter au gouvernement toute son action sur le culte u caMu/iV/f/e. (Mouvements divers.) Le gouvernement exerce «i une certaine influence sur le culte catholique par la noie minalion des é>équcs. Si le diocè>e était administré, non u pur un évéque nommé par le roi, mais par un vicaire ca- (( pitulaire nommé par le chapitre , l'action du gouvcrneu ment cesserait, il n'y a pas de doute que , parmi les mite nistres du culte catholique, il y a des hommes ennemis du (c gouvernement actuel ; mais il y en n beaucoup pliistpii u sont inquiets des dispositions du gouvernement à leur (( égard. Si ces inciuiétudcs étaient dissipées, ils ne dcnianu deraient pas mieux que de se rallier. Ur. est-ce le moyen u de les rassurer, si, après les économies considérables qui «c ont été votées l'année dernière, nous allons encore cher- « cher, dans lou5 les coins du budget des cultes, quelques «( mille francs pour les retrancher au culte catholique ? Je u crois que ce serait une mesure très-im(K>litique. » Monileur du iO février 1855.
(2; u Alors même que la Chambre refuserait toute allô- « cation à un évéque , il serait encore le chef spirituel do (( son diocèse ; il serait pauvre , puissant et révéré, comme K l'étaient les apôtres au temps de leur indigence et de leur n gloire. C'est vous dire qu'ils ne seraient que mieux obéis a par tous les vrais catholiques. » Discussion du budget ecclésiastique de 1835. Discours de AT. Char/es Dupin. Moniteur du lO février 1835.
PREFACE
J^ question du refus de salaire déi)endaii, au reste , de la question plus générale de la séparation de rËglise et de rÉlat. L*autorité hiérarchique a décidé celle-ci; et c'était à elle seule, en effet, qu'il appartenait de la décider, comme nous Tavons toujours reconnu et solennellement déclaré. La première chose qui frappe dans sa décision, c'est la gravité-dcs motifs qui ont dû la déterminer, à raison de la gravité des conséquences qu'elle entraîne. En maintenant les rapports établis entre TÉglise et les souverains temporels, on a dû se résigner d'al)ord à la désafleciion des peuples, en guerre dans toute l'Europe avec ces souverainetés , et par conséquent accepter les cliances qui peuvent résulter pour le catholicisme de la victoire des peuples aigris contre une institution alliée avec ceux qu'ils regardent comme leurs oppresseurs. Que si , au contraire , ceuxci triomphent, toujours estil que la lutte contre eux est en même temps une lutte contre l'Église, et que l'habitude de lutter contre elle est très-peu propre à affermir sa puissance dans les esprits, surtout lorsque celte persuasion restera ferme et en apparence justifiée par les faits : qu*elle est incompatible avec la liberté politique. Ce triomphe, d'ailleurs, des souverainetés, quelle en serait la suite? L'extinction totale de la religion catholique en Pologne; son asservissement absolu en Italie, où le pape est déjà, comme pape, moins maître et bien moins maître qu'il ne Test à Constanlinople ; un schisme en Allemagne, et pcul-êlre pis : car personne n'ignore quels sont dans celle conlréc les elForls des gouvcrnemcnls pour détacher de Home les populations conduites par un clergé en grande partie à peine chrétien. Nous ne pousserons pas plus loin rénumération des conséquences qu'aurait , plus que probablement, la victoire dos princes sur les peuples. En voilà , ce nous semble, assezpour faire comprendre quelle a dû être la force des motifs qui ont déterminé le chef de l'Église. Essayons de nous les représenter nettcnient. On peut considérer sous deux points de vue le christianisme catholique : sous le point de vue, pour ainsi parler, de sa nature intrinsèque, et sous le point de vue de son organisation extérieure. Par la première, il se lie à Dieu; par la seconde, il se lie au monde et participe à son mouvement. Il est aisé de concevoir lu nécessité de l'une et de l'autre, et de leur union qui constitue le catholicisme même. Toutefois l'on arrive praliqucmcnt à des conclusions très-diverses, selon l'importance respective que l'on attache à chacun de ces deux éléments nécessaires, dans la recherche «l'une règle ap-
plicable au gouvernement de Isi société chrétienne En effet, le christianisme, considéré en soi, dam ses dogmes, son culte, sa morale, étant , sortes poînb qu'il propose à la croyance des hommes, dans la préceptes qu'il promulgue, dans les sentiments qu'il inspire, la plus haute expression de la vérité et de l'amour, on pourrait se croire autorisé à déduire de là que tout ce qui tend à satisfaire ces deux grands besoins de l'humanité, à développer, dans tons les ordres de connaissances, la vérité qui est ane eSRei' tiellement, à élever, à améliorer la condition générale des hommes, ce qui est le but et Teflet de l'amour, tend à dilater le christianisme, et qu'envisagé dans son essence , indépendamment d'une certaine action particulière de Dieu qui doit elle-méine être en harmonie avec cette essence immuable, il n'a pas de principe plus puissant , ni même d'autre principe , de conservation sur la terre.
Nous confessons franchement que cette pensée nous avait séduit. Nous [tensions, quant an dogme, que la vérité divine étant imi)érissablc et Mejuitifiant par elle-même , pour user d'un mol de l'Écriture, plus la raison serait libre dans ses recherches, ses examens, ses discussions, plus s'accomplirait prochainement l'indissoluble union de la science et de la foi , qui ne peuvent correspondre à des termes opposés, puisque, encore une fois, la vérité est une, et qui jamais non plus ne s'embrasseront au sein des ténèbres. Et, d'ailleurs, quel moyen de mvir désormais à la raison humaine la liberté dont elle s'est mise depuis trois siècles en possession, de la refouler dans l'ignorance, de l'enchaîner dans l'inactivité? Et que serait-ce qu'une religion que menacerait le progrès de rintolligence ? Nous pensions enfin que les peuples, ayant aujourd'hui le sentiment d'un droit social dont ils attendent le soulagement de leurs souffrances intolérables, par la substitution d'une légitime liberté ù lu servitude que leur impose le pouvoir oppressif des souverainetés absolues, devaient trouver dans le christianisme un appui et une règle pour atteindre ce but sans désordres, puisque la loi évangélique, qui, en rappelant aux hommes leur égalité native et le lien de fraternité qui doit les unir, a tant contribué à l'abolition de l'esclavage ancien, n'est pas moins favorable à l'abolition de l'esclavage moderne ou de l'esclavage politique. Et couduen ne leur fût pas devenue chère et vénérable la religion célesle qui, compatissant à leurs maux , eût ouvert , pour les adoucir, tous les trésors de sa charité inépuis;d)le , et béni, au nom du Dieu qui ne fait point d'acception entre ses enfants,
PRÉFACE
les efforts tentés en faveur du faible, du puvre, c estàdîre de rincomparablement plus grande portion de la famille humaine, pour Taffranchir de la tyrannie que quelques-uns exercent sur elle à leur profit, au mépris de toutes les nolions de justice gravées dans la conscience universelle ! 11 nous semblait que, s*il était une voix pour ramener le monde au catholicisme , c*était celle-là.
D*une autre part, cependant, il est certain que r.ipplication de ces idées aurait , en définitive , conduit rÉglise à Fabdicalion de sa puissance temporelle, et Taurait privée de la mesure quelconque de secours et de protection que lui accordent les gouvernements , non à cause d'elle, mais à cause d'euxmêmes. H est certain que le pape n'eiU conservé d*autre autorité que son autorité spirituelle, et que toute contrainte extérieure, en matière de religion, serait devenue complètement impossible. Or, après un mûr examen sans doute, le souverain pontife, en cela pleinement d'accord avec Tépiscopat, a jugé que ce serait au moins compromettre l'existence du catholicisme que de renoncer aux avantages qu'on vient d*énumérer, et que sa conservation , au siècle où nous sommes, dépendait (dutôt de la force, eu quelque sorte matérielle , de son organisation extérieure, que de la force intrinsèque et toute morale qu*il puise dans sa nature même. Maintenant que la hiérarchie a prononcé, nous devons le croire et nous le croyons.
Les bases de son jugement, ainsi que l'ordre de déductions logiques qui ont déterminé le système de conduite adopté par elle dans les graves circonstances où se trouvent l'Église et la société, méritent une attention sérieuse. Notre conscience nous a £iit uo devoir de les bien saisir : car il importe à chacun de savoir ce que pense le corps pastoral , c'est-à-dire ce qu'on est soi-même catlioliquement obligé de |)enser.
Dans une instruction solennelle adressée aux patriarches, primats, archevêques et évéques du monde entier, le pape a expressément déclaré, au sujet de la liberté de la presse, qu'on ne saurait assez la détester, La liberté de la presse, c'est la liberté publique de la parole et de l'enseignement, de l'examen et de la discussion. Le pa[>e juge donc cette liberté au moins très-dangereuse pour le catholicisme. Dire qo*il réprouve seulement ce qu'on appelle la mauvaise presse, c'est dire une chose vraie. Mais qu'est-ce à ses yeux que la mauvaise presse , sinon celle qui se montre hostile à la religion dont il est le chef? La liberté de la presse, qu'on ne saurait as-
sez détester, est donc la liberté, non d'exprimer une pensée quelconque , mais certaines pensées ; la liberté de proposer ses objections, ses doutes sur le catholicisme , quand on a le malheur de ne pas croire à sa vérité. Le pape, encore un coup, a donc la conviction que cette liberté serait funeste au catholicisme : autrement poun|uoi devrait-on la détester?
Telle est, ce nous semble, la maxime sur laquelle repose le système adopté par la hiérarchie. Il est clair, en eflct, d'abord qu'elle a dû la détenniner à se séparer de la cause des peuples; car la cause des peuples est celle de toutes les libertés , et spécialement de celle de la presse. La maxime d'où elle part , une fois posée, c'était donc pour elle un devoir rigoureux d'employer tous ses eiïorts pour détourner les catholiques de s'associer au mouvement social qui emporte les nations vers un nouvel avenir. Elle devait donc, par cela même, s'allier avec les souverainetés absolues contre les populations qui combattent pour s'afifranchir du joug que chaque jour elles appesantissent davantage sur elles. Nous pensons qu'elle aura gémi de cette triste nécessité; mais, dans les idées qui sont les siennes, c'était évidemment une nécessité.
Cette alliance , sous un autre rapport , était encore indispensable. Sitôt qu'on se séparait du peuple, il fallait se prénmnir contre le peuple, chercher en dehors de lui un point d'appui pour réagir sur lui. Sitôt qu'on se défiait de la puissance morale du catholicisme, qu'on la jugeait insuffisante pour assurer sa conservatiun, il fallait recourir à une puissance d'une autre nature : et où la trouver, sinon dans une espèce de ligue avec ceux qui disposent de la force matérielle , avec les souverainetés enfin , catholiques ou non catholiques ; ligue dont la condition fondamentale pourrait être exprimée ainsi: Moi, Pouvoir spirituel , je vous soutiendrai de mon autorité , parce que vous , Pouvoir temporel , vous me sou • tiendrez de vos armes; nous nous sauverons ainsi de concert, et nous sauverons encore la société dont l'existence , attachée à notre double em|)ire , est gravement menacée par les aveugles entreprises des peuples?
Le fruit immédiat de cette confédération des deux pouvoirs était, pour le pape, la conservation de ses États temporels, et, pour la hiérarchie en général, celle des avantages, quels qu'ils soient, qu'en chaque pays elle tient des princes : le maintien d'une sorte d'harmonie entre elle et les gouvernements qui, en lui imposant leur tutelle, en l'accablant de mépris et de vexations sans nombre, en réduisant presque à quelques vaines formes son autorité pro-
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pre» daignent néanmoins, comme nous Tavons dit, lui accorder, en une certaine mesure , avec des revenus qui la consolent, une protection qu'ils savent habilement tourner à leur profit. Or, une protection quelconque, même une fausse protection qui tue lentement, vaut mieux qu'une persécution qui tue vite. Toujours gagnc-t-on du temps, et, dans les innombrables combinaisons des choses, qui sait ce que le temps peut amener?
On ne doit pas toutefois se figurer que Texécution d'un pareil système n'ofîrîl aucunes diflicultés. Il en présentait de grandes au contraire, à raison de la diversité des événements qui ont placé les peuples dans des positions très-différentes et pour ainsi dire inverses. C'est ici surtout que le pape a montré une sagesse admirable, en conciliant , par un mélange, inconnu jusqu'à lui, de fermeté et de condescendance, ce qui paraîtrait, au premier coup d'œil , inconciliable. Ainsi, sans fléchir sur le droit de résistance que les peuples s'attribuent, en le réprouvant par ses décisions d'une manière absolue comme opposé à la doctrine constante des Pères et de la tradition, il a su modifier dans l'application, avec une merveilleuse prudence, le principe établi dogmatiquement dans son inflexible rigueur. En Allemagne, en Italie, IKirtout où la force est du côté des souverainetés, il no tolère point les tentatives ni les vœux mêmes d'affranchissement. Dieu ordonne de se soumettre : mais Dieu quelquefois aussi punit les princes, transporte les royaumes. C'est ce qui est arrive en Belgique. Ln roi calviiiisle a été chassé : la révolution est accomplie, le pape racccple et se félicite d'un changement nécessaire peut être pour sauver la religion catholique dans cette contrée. La Pologne succombe dans sa lutte gigantesque contre I^VIirinianc du Nord. On la blÂuie d'avoir pris les armes , et on Texhorte à la soumission. Le pape ignore-t-il donc que la soumission c'est l'exil ^ les mines, Téchafaud; que la soumission c'est le schisme? Non, certes; mais il sait aussi qu'il ne peut rien à cela, quil faut se résigner à des maux inévitables, et que, s'il tenait un autre langage, les conscqnenccs pourraient en être la rupture do l'alliance sur laquelle il a fondé, en ces temps difliciles, le s;ilut de TÉglise. Ki voulez- vous une preuve évidente, irréfragable, <le cet esprit de condescendance dont nous l'avons loué à si juste titre : s'il existe en Europe un pays où le principe de la résistance prédomine activement, un pays révolutionnaire selon le sens le plus étendu du mot, c'est assurément l'Irlande, et tout le monde Ta déjà nommée; l'Irlande, depuis un dcnii-siùcle
en permanente insurrection contre le poa?oir qoî Popprînie. Le pape a-t-il ordonné ao peuple irlandais de plier sous la domination de TAngleterre? Iii en a-t-il fait un devoir? lui en a-t-il même donné le conseil ? il s'en est bien gardé ; il connafl trop ce peuple ardent, |>our risquer près de loi de preilleg démarches, pour entreprendre de changer Pidée qu'il se fait de ses droits, ou de le déterminer ij renoncer. D'à il leurs, quVt-il à craindre do gooTcrnement anglais, qui n'exige de lui aucune choie semblable? Réservant donc pour d'autres nations plus traitables ou plus affaiblies la grande doctrine de la soumission passive, il laisse la remuante Iriande démêler ses querelles comme elle l'entend. Qui n'applaudirait à cette haute prudence? Nous pourriom ajouter beaucoup d'autres exemples à ces preuves mémorablesde la sagesse pontificale; mais ils n'ajonteraient rien à l'admiration qu'elle doit inspirer.
En résumé et pour conclure, le catholicisme baguit et tend à s'éteindre en Europe : les peuples 8*ei détachent ; les rois , ou l'attaquent d'une manière ouverte, ou le minent sourdemenL Quel moyen de le ranimer, de lui rendre la vigueur que de jour en jour il semble |>erdre? Tel était le problème à résoo- <Ire, et il offrait deux solutions. Plein de foi dans les vérités qui constituent fondamentalement le christianisme, dans sa puissance morale, dans Pharmonie de son esprit intime avec les instincts les plus élevés de rhumanité, on pouvait, brisant les liens qui asservissent l'Église à l'Éiat, l'affranchir de la dépendance ((ui entrave son action, l'associer au mouvement social qui prépare au monde des destinées nouvelles: à la liberté , pour l'unir à l'ordre et redresser ses écarts; à la sci(;nce. pour la concilier, par une discussion sans entraves, avec le dogme éternel; au peu|)le , pour verser sur ses immenses misères les flots intarissables de la charité divine. On pouvait, eu un mol, s'clevant au dessus de tous les intérêts terrestres, embrasser la croix nue, la croix du charpentier né pauvre et mort pauvre; la croix de celui qui, ne vivant que de son amour pour ses frères, leur apprit à se dévouer les uns pour les autres; la croix de Jésus, fils de Dieu et fils de l'homme; et la planter à l'entrée des voies où le genre humain s'avance. On le pouvait, nous le crûmes du moins. On pouvait aussi resserrer l'ancienne alliance avec les pouvoirs absolus, leur prêter secours contre les peuples cl contre la liberté , afin d'obtenir d'eux une tolérance telle quelle; souder l'autel au trône, s'appuyer sur la force, tourner la croix vers le passé, la confier à la proleciion des protocoles diplomatiques.
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la conCcr à la garde des soldats chargés de contenir, la baïonnette sur la poitrine , les nations frémissantes. Rome a choisi ce dernier parti , elle en avait le droit; et, s'il est en nous une conviction profonde, c'est que, selon des vues au-dessus des siennes mêmes , elle a été déterminée à ce choix par la iVovidcnce.
En politique, V Avenir combattait tous les dcspotismes, quels qu'ils fussent, car peu importe que la tyrannie soit exercée [lar un ou plusieurs : qu'elle s'appelle roi, czar, empereur ou comité de salut public, il la repoussait également sous tous les noms et sous toutes les formes, il réclamait les conséquences de la souveraineté nationale, une liberté égale pour tous, entière pour tous, ce qui fut con(|uis en juillet et perdu le 7 aoiU. Knnemi de l'anarchie (pii, après avoir rompu les liens sociaux, engendre la dieliiture, il voulait l'ordre; mais nul ordre sans justice, nulle justice sans égalité, et c'est pourquoi il deman dail que les Français, égaux devant la loi civile, le fussent aussi devant la loi politique : il voulait que l'honime, pleinement affranchi dans sa pensée, sa conscience, le fût encore dans sa [personne, sa ])ropriétë, son industrie, son travail; qu'un vaste système d'élections, coordonnant toutes les parties de l'organisation politique, administrative et judiciaire, les ramenât de proche en proche à un centre dont runîlé représentât celle de la nation même, et la préservât des déchirements que tôt ou tard amènerail le fédéralisme. Libre au dedans, forte au dehors, la France, gouvernée par elle-même, aurait pu porter une réforme sérieuse dans ses finances trop longtemps exploitées p;)r d'avides iiitrigants, détruire pn)gressivement les monopoles qui écrasent, dans l'intérêt de quelques privilégiés, son agriculture et son commerce; alléger rimpêt, l'asseoir sur de meilleures bases, et le répartir plus équitableroent. C'est alors qu'on se serait occupé avec fruit de Tamélioration du sort du peuple; car la loi, ces- ^nt d'être Texpression des intérêts de(|uelques-uns, n*aurait plus étouffé, de sa dure et impérieuse voix, ce que l'humanité dit au cœur de quiconque possède une âme d'homme.
Nos idées, nos vœux de ce temps-lâ sont encore nos idées, nos vœux d'aujourd'hui. La réflexion ne les a modifiés qifen un seul point. Plutôt afm <Ie rapprocher des opinions sincères que par une réelle persuasion, nous nous montrâmes indifférent sur la grande question de l'hérédité du pouvoir, pourvu que ce pouvoir couronnât im ensemble (Pinstitutions vraiment libres. Nous déclarâmes enfin la monarchie compatible avec la république. Que cette pensée fiU
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à l'époque où nous l'énoncions et qu'elle ait continué d'être celle de plusieurs, on ne s'en étonne pas moins que des esprits sensés aient pu Fadmettre un seul moment. Dans une société libre, le pouvoir, simple exécuteur de la volonté nationale, ne commande pas, il obéit : or, qu'est-ce qu'un droit héréditaire d'obéissance ? Dans une société libre, le pouvoir répond de ses a êtes au peu [de qui l'a délégué, sans quoi la liberté, ])ouvunt être impunément violée à tous les instants, ne serait qu'une fiction dérisoire, un vain nom : or, si le pouvoir est responsable, si le peuple (pii le donne peut aussi l'ôter, comment est-il héréditaire? et, s'il est réellement héréditaire ou inaniissible, excepté par suite d'une révolution que jamais la loi ne [trévoit ni ne doit prévoir, comment serait-il responsable, comment le peuple qui l'a donné pourrait-il l'ôter, en cas d'abus? Mais ce cas, dit-on, n'arrivera point, ou n'arrivera que rarement. C'est bien connaître la nature humaine! Dites que nécessairement il arrivera toujours. Les intérêts de l'Etat sont-ils les intérêts de celui qui le gouverne? Les intérêts de sa famille sont-ils les intérêts de toutes les autres familles? Il tendra sans cesse à augmenter ses richesses, sa puissance, ne fût-ce que pour se défendre si on l'attaque , pour se maintenir s'il advenait qu'on essavât de le renverser. Vous le faites fort, vous le faites inviolable, et vous vous figurez que perpétuellement il n'usera de s;i force que pour votre avantage et non pour le sien! Est-ce parce qu'il pourra tout sans avoir rien à craindre, qu'il ne voudra jamais que ce qui est juste et bien? Est-ce parce qu'il aura plus de moyens (pie personne de satisfaire son ambition, qu'il sera dépourvu d'ambition? Voilà ce que vous vous promettez, non d'un seul homme, mais de ses descendants, de génération en génération , pendant une durée indéfinie. Vous fondez la paix, la sécurité, la liberté publique sur l'espérance d'un prodige inouï , d'un miracle permanent. H y a de quoi être tranquille. On peut choisir, mais point d'illusions ; elles n'enfantent que des maux et des regrets stériles. Vous plait-il de dépendre d'un maître, à la bonne heure ; établissez que le pouvoir parmi vous se transmettra héréditairement. Tenezvous, au contraire, à la liberté, gardez-vous d'engager l'avenir; retenez soigneusement et votre droit et l'usage de votre droit ; ayez un mandataire éligible et responsable.
Mais ce que vous proposez , c'est la république. Eh ! certainement, la république : croyez-vous donc qu'au cun autre genre de gouvernement soit aujourd'hui
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consommer le servage de celui-ci, dëtruirc Tune iiprès rnutre, avec l*appnreil des formes légales, Ie« libertés conquises en juillet , identiûant ces libertés avec la république, et la république avec Tanarchie.
Mais ces déceptions ne peuvent avoir qu'un temps. Déjà chacun s'éclaire, et sur les choses en général, et sur sa position particulière. Le vicui légiiimisme se dissout. 11 s'en forme un nouveau qui, dominé par l'esprit du siècle, prend son point d'appui dans la liberté. Il ne lui reste plus qu'à comprendre Tincompatibililé radicale de cette liberté qu'il veut sincèrement avec les principes qu'il soutient encore. Cela viendra, et plus tôt qu'on ne pense, car la logique est irrésistible , et l'on ne dispose pas de ses propres convictions à sa fantaisie.
Les frayeurs communes qui jusqu'à présent ont fait le lien des trois classes de la bourgeoisie, se dissipent peu à peu ; et ce qu'elles unissaient, l'intérêt le divise. Déjà la moyenne bourgeoisie demande compte à la haute de son monopole industriel, comme la petite bourgeoisie demande compte à la moyenne de son monopole électoral , en même temps que le peuple pèse cette grande question : Pour(|uoi un monopole quelconque? pourquoi des privilèges? pourquoi tous les Français, égaux par nature, égaux devant la loi» ne participeraient-ils pas tous également à l'exercice de la souveraineté nationale? Nous ne vous contestons pas votre droit, à vous qui maintenant avez part ù la puissance politique ; nous voulons, au contraire, que vous en jouissiez pleinement : mais nous voulons en jouir comme vous, parce qu'il nous apparlicnt comme à vous ; et qu'il n'existerait pour personne, si quelques-uns pouvaient en dépouiller les autres ù leur gré.
Le sentiment de la justice, inhérent au cœur de chaque homme, prèle à ce hmgiigc une force invincible. Un peu plus lot, un peu ))Iuslard, il produira donc son elFct. Ce qui trouble encore quelques esprils, ce sont les inquiétudes qu'ont fuit nuîlre certaines maximes violenles qui n'enfanteraient , au lieu de la liberté voulue de tous, qu'une tyrannie cvécrahie. 11 est possible que des lèlos désordonnées, des àines semblés, aienl rêvé dans leur délire une semblable tyrannie. Il est possible aussi que les despolismes européens aient évoqué ce fantôme sanj^lant, pour contenir les peuples par une terreur plus vive <]uû le désir même de secouer l'odieux joug dont ils les écrasent. Mais l'opinion publique s'est soulevée avec une horreur si unanime contre toute théorie qui porterait atteinte, soit à la sôreié personnelle, soit
au droit de propriété, soit à une liberté quelconque, qu'il n'est personne en France aujourd'hui qui croie à la possibilité du régime atroce dont on a tâché de lui faire peur.
Je me trompe, ce régime est possible; qui de nous l'ignore ? Il est possible, car il existe en Pologne, en Allemagne, en Italie ; il est possible, mais là seulement où règne l'absolutisme : et là où il s'efforce de régner. A quoi partout aspirent les peuples, si ce n'esta s'en affranchir? Pourquoi combattentils sinon pour leur vie, leurs biens, leur liberté d'homme? Ils se sont fatigués, c'est leur crime, du 05 des rois. Contemplez l'Europe : qui aujourd'hui emprisonne en masse, qui torture, qui couBsque, qui fusille et mitraille et tue? Ce que la Convention même ne fit pas, les souverains le font sans remords. Elle ne jetait point au fond des mines les Vendéens échappés au carnage ; elle n'ordonnait point à h cavalerie de passer sur le corps de malheureui réfugiés couchés à terre et demandant, pour tonte grâce, de n'être pas livrés à leurs bourreaux; elle n'arrachait point les enfants du sein de leurs mères pour les (iistribuer, comme des têtes de bétail,! des étrang rs; elle ne transportait point des populations enti res dans des pays lointains, pour leur ôter tout : jusqu'à l'air et au soleil de la |)atrie;elle ne choisissait point arbitrairement de nouveaux juges à ceux qu'avaient acquittés ses tribunaux, pour repousser leur têie sous la hache; elle ne refusait ni des aliments, ni un lit, ni les secours de la médecine, ni des moyens de distraction auxdélcnui enilrmés et non eneliaînés dans ses prisous. L'avenir, certes, ne l'absoudra point; mais d'autres, croyez-le bien, seront condamnés avant elle, elplus sévèremenl qu'elle : ils ploieront dans l'histoire sous de plus pesantes malédictions.
S'il est conforme à l'ordre éternel qu'aucune tyrannie ne subsiste ; si plus une tyrannie est énoniic, alioce , plus elle est près de sa tin, l'Europe louche à de grands événements, et les nations à leur délivrance. La luUc engagée sera terrible, car chacun sent que c'est la dernière : mais l'issue n'en est pas douleuse. La justice triomphera, parce que la juslice c'est Dieu. Kassurez-vous donc, vous qu'anime le sainl amour de l'hunianité. Elle a devant elle un but, elle y marche, et nul obstacle ne l'cmpèclicra de l'atteindre. Que les rois s'entendent contre les peuples , les peuples s'entendront contre les rois. Ne craignez point , ils se feiont passage : quelques sceptres en travers n'arrêteront pas le genre humain.
QUELQUES RÉFLEXIONS