RENDUS A CETTE OCCASION PAR LA COUR ROYALE
Nous Tivons en un temps où tout est matière à des réflexions sérieuses : car il ne s'élève pas une seule question, soit dans Tordre politique, soit dans Tordre religieux, qu*on ne soit ramené forcément à discuter les premiers principes de la religion et de la société. Quand on en est là, je ne sais trop ce qu'il y a de certain, ce qu^il y a de stable, et de quel point même on peut partir , dans Tinfinic diversité des opinions, pour élablir quoi que ce soit. £o attendant que les faits se coordonnent avec la raison commune de tous les âges et de tous les pays, ou qu*une raison nouvelle, encore à créer, mette de Taccord entre les fa ils tels qu'ils sont, parvienne à les lier et à en former un ensemble que Tesprit conçoive , tout ce qu'on peut faire c'est de montrer , en les rapprochant les uns des autres, Jusqu'à quel point ils paraissent incohérents et contradictoires, au moins dans l'état actuel de la raison bumaine.
Le 50 juillet 18215, M. le procureur général Bellard déféra aux tribunaux le Vonstilutionncl et le Courrier français ^ et conclut à ce que ces deux journaux fussent suspendus, le Constitutionnel pendant un mois, et le Courrier français pendant trois mois, « attendu que l'esprit desdits journaux ti résultant de l'ensemble de leurs feuilles, et no-
(I) R^quisitofre de M. le procureur général.
u tamment d'une succession d'articles cités on u entier par l'exposant dans un cahier signé de lui, u est de nature à porter atteinte au respect dû à « la religion de l'État (1). »
C'était sans doute à la seule autorité judiciaire qu'il aj)partenailde prononcer /t'^flr/e//ie«/ sur cette grave accusation, bien que chacun ait le droit d'apprécier, suivant son propre jugement , les preuves rassemblées par M. le procureur général, et dont il termine ainsi la longue énumération : «< En dépit « de leur hypocrisie (des ennemis du catholicisme), (( leurs desseins sont donc mis à nu ; leur odieux u projet de nïiner la religion marche (2). ?>
Et quels sont les moyens employés, suivant l'j réquisitoire, pour arriver à ce but odieux? Les voici : «c Mépris déversé sur les choses et les perte sonnes de la religion; provocation à la haine «( contre les prêtres en général ; acharnement à » propager contre eux des milliers d'accusations «( fausses, au milieu desquelles s'en trouvent qucl- <( ques-nnes de vraies , qu'on a grand soin de r«*s- (i sasser et d'empoisonner. — Les prêtres sont des (c tartufes;.... ils sont les ennemis de la civilisation. (( Les missionnaires ne cherchent, dans leur \ie <( ambulante, que des distractions gaies et avenlu- (C reuses. — Même fureur à travestir, dans les
;2 Hiquitfioirc ;fe M. \e procureur général-
UÉFLEXIONS SIJU LE PllOCÈS
«( ecclésiasliqiics , les iiUenlions les plus pures. —
Des pierreries brillent, dans quelques grandes : cérémonies, sur les habits sacerdotaux : quel faste ! ■' Blànie aux évèqucs ! Dans ce siècle d*cininente
simplicité, ils montent bien quelquefois en carte rosse : vit-on jamais un tel orgueil? Uaine aux «( éyèques ! — haine aux prêtres de Saint-Vincent <( aussi ! haine aux Frères de la Charité ! — Ils peiu gnent le catholicisme opposé partout à la liberté. . . u lis indiquent aux fidèles , apparemment comme u moyen assuré de salut , de cesser d'aller dans les » églises, et de s'adresser aux prêtres, etc., etc. — u Tels sont les moyens perfides employés par les » deux journaux inculjiés pour arriver à leur but , u qui est de détruire la religion catholique pour y « substituer le protestantisme ou plutôt le néant «c de la religion. C'est ce dont Tesprit le plus superu fîciel peut se convaincre en parcourant leurs •( feuilles (1). '»
Nous le répétons, l'accusation a été jugée ; il n'y a plus désormais de question légale y et c'était la seule qui fût douteuse : tout est donc fini sur ce point. Si nous avons rappelé sommairement le réquisitoire de M. le procureur général, c'est qu'il était nécessaire de connaître la nature des plaintes qu'il renferme , pour comprendre les réflexions que nous allons présenter sur le genre de défense adopté , d'ailleurs avec tant de succès , par les avocats des journaux incul|)és. Il ne s'agit point de la cause en elle-même ; très-peu importe, à notre avis, que le ConstUuUonncly dans Télat des choses, soit ou ne soit pas suspendu pendant un mois. Ce sont les doctrines qui nous intéressent, les principts avoués par les partis; les vœux , les desseins qu'ils manifestent, en un mol tout ce qui peut répandre ruehiue lumière sur l'avenir ténébreux vers lequel nous marchons , et, pour ainsi dire , aider la raison à se reconnaître elle-même au milieu du désordre dos opinions et de Telfrayanle révolution de toutes les idées humaines.
Qu'une multitude de faits propres A rendre le clergé odieux et la reliijion ridicule aient été consignés dans tieux journaux déférés à la cour royale, on ne Ta pas nié; au contraire, on a soutenu la vérité de ces faits, en ajoutant qu*on aurait pu en citer beaucoup d'autres senibhiblos. Donc, premièrement, point de calomnie; et la conviction publique flottait suspendue entre les aOirmations lrès-[>ré(:ises de M. Rclianl et d<; jM. de Jîroe, et les 4!énégations non moins précises de W Dupin et de :^iF iMérilhou , lorscpie le jugement de la cour est venu faire pencher la balance contre les procureurs du roi , en faveur «les avocats.
; 1 iw^tiui^iloirt' de M. If. yrorurcur '/^..•f',-/'' ' 1. r/.tifonr ftr .l/i* M^rilhmi — ,':? //»>/
\ji calomnie une fois écartée , restait encore la diffamation. Oh ! pour celle-ci, on en convient sans aucune difficulté : u Mais nos lois ne contieoct nent pas de disposition déguisée qui mette les (( prêtres à l'abri de la révélation des fautes indiri- (c duelles... Il faut établir une différence entre le u vice et la vertu , entre le désintéressement et «( l'avarice, entre la dureté et la douceur : nous «( refuser le droit d'établir cette distinction, ce u serait tarir les sources de l'estime et du blâme ; «c ce serait, pour défendre le mauvais prêtre, prirer «( le bon prêtre de la récompense temporelle de u ses .vertus (2). »
Ainsi , voulez-vous honorer le clergé, mainteoir sa considération parmi le peuple, racontez au peuple toutes les fautes individuelles du clergé. La satire des prêtres peu édifiants , ou supposés tels , est l'éloge tacite des bons prêtres , et la récompense temporelle de leurs vertus.
«( Mais, dit le ministère public , par le récit trop « fréquent des fautes qu'on attribue aux ecclésiat- <c tiques on affaiblit le respect dû à la religion (5). ^ En vérité, nous l'aurions cru aussi : et nous le croirions encore davantage si ou envenimait ces récits par des réflexions, des insinuations malignes ; si od attribuait même aux ecclésiastiques des jfamtes qu'ils ne commirent jamais, comme l'a dit encore le ministère public. Pure erreur cependant : « cette «( idée offense â la fois la religion et le bon sens des « citoyens (i). »
Donc, secondement , «< si l'on a diffamé le clergé, ,vi ron s'est plu à fixer sans cesse les yeux du peuple sur rim?noralifé, les crimes , les délits (les prêtres; a imputer à un évoque des instructions qu'il n'a pas données, à parodier les pa- 7^ules d^un autre évéque à des hommes qui ne se décourraient pas devant la croix ; si l'on a en(]agé les citoyens à déserter des temples oàj dites-vous, on prie Dieu avec scandale ; si on les exhorte à se débarrasser de vieilles habitudosj de préjugés, de coutu?nes religieuses ; à ne pas faire confirmer leurs enfants plutôt que de donner cinq sous; à abjurer la religion deTEglu-e catholique , tantôt par Vcxcmple de toute la population d'une co?nmune\ tantôt par d'autres exemples particuliers; là offrant des ]»rètres moins inexorables, ici la charité d'un pasteur protestant; partout poursuivant, déchirant les personnes et tes choses {o) : « c'est pour le plus grand honneur du clergé et pour le plus grand bien de la reIit;ion qu'on offense , en suiq)osant seulement ([u'elle puisse s'alarmer de ce nouveau moyen de la si'rvir ; c'est v\if\n pour défendre les libertés
i' Plaidoyer de yh MCrilhmt ."i; /.)/.\eourx dr yt.dr UroC.
DU CONSTITUTIONNEL ET DU COURRIER
de VÉglise gallicane y et contre qui? contre les prêtres, contre les curés qui osent obéir aux lois canoniques sur le mariage et sur les inhumations (1) ; contre les prélats gui s'arrogent, en quelque façon y le pouvoir législatif dans leur circonscription, et rappellent des règles surannées, incompatibles avec nos mœurs actuelles (2); contre tout le clergé qui refuse d'enseigner la Déclaration de 168S (3), c'est-à-dire contre rÉglise gallicane. Pour qu'elle redevienne libre , on demande qu'on la violente dans son enseignement, dans sa discipline, dans l'exercice de sa juridiction ; on demande qu'elle soit gouvernée par les tribunaux et par les commis de l'administration, conseillés, dirigés par le Constitutionnel et le Courrier français.
Certainement ce n'est pas ici de la raison ordinoire, de la raison humaine, dans le sens qu'on attache à ce mot depuis soixante siècles ; c'est une raison à part, une raison toute neuve, à laquelle on est pardonnable de ne pas s'habituer tout d'un coup, et qui obligera les hommes, si elle prévaut, à changer leur langage même.
Mais celte déraison prodigieuse ne cacherait-elle pas un projet, un but? Non, elle ne le cache pas, elle le montre ouvertement ; et c'est ce qu'il faut d'abord expliquer pour qu'on entende bien ce qui nous reste à dire.
Une guerre mortelle fut déclarée, vers le milieu du dernier siècle, à la religion chrétienne ; et cette guerre, continuée sans interruption par différents moyens , et sous différentes formes , n'a pas laissé jusqu'à nos jours un seul moment de repos à l'Église. La révolution essaya d'abord d'abolir suliitement le christianisme ; enivrée d'orgueil et de fureur , elle crut en finir d'un coup de hache. Vaine espérance ! les bourreaux s'enlr'égorgèrent sur leurs propres échafauds , et le christianisme sanglant se releva plus fort que jamais. L'impiété s'aperçut alors qu'elle était allée trop vite, que le j)eupie était encore généralement plein de foi ; qu'en lui ôlant ses prêtres, en les massacrant, on ne le détacherait pas de ses croyances, et que, sous peine d'échouer de nouveau, il fallait l'amener peu à peu là où on ▼oulait le conduire.
Et, comme Fexpérience prouve que le christianisme n'a de vie que dans l'Église catholi(|ue , qu'en dehors d'elle il s'affaiblit et s'éteint rapidement , et que l'Église catholique n'a ellc-m(>me de vie et de force que par son chef, le parti antichrélien résolut
(1) m. Les dangers sont dans ces refus de K<*pulturc, genre d'oii- « trage connu seulement depuis dix années, et qui, répandu sur
• toute» les conditions , u'a pas craint d'attaquer les maglsiral.s
• des cours souveraines. — LC)»dan;;(!r8sont dan^cesmandcnienlit « éptscopaux où l'on flétrit du nom de concubinage le mariage
• que nos luis ont consacré, et dans ce» confOrcnces tliéoiogiqucj
de diriger eontre elle ses efforts , et de travailler à la détruire en la séparant du pape, sans toutefois cesser de propager l'incrédulité dans les esprits, et spécialement parmi la jeunesse, par une éducation conforme à ce dessein , et par la réimpression et même la distribution gratuite des nombreux ouvrages où la religion catholique est attaquée.
Que l'exécution de ce projet avance, qui peut en douter après ce qu'on a vu, après tout ce qu'on voit ? Est-il besoin de rappeler la vive opposition qu'éprouva, en 1817, un concordat qui paraissait devoir fermer une partie des plaies de l'Église? Et, depuis dix ans , que de déclamations, que d'invectives, que de calomnies contre les prêtres, contre les missionnaires, contre les ordres religieux, contre les évêques , contre le saint-siége, afin d'avilir dans Topinion la religion catholique et ses ministres ! En même temps on a pris à tâche de présenter comme d'insoutenables prétentions , comme des actes de tyrannie, comme des attentats à l'ordre public, à la paix des familles, et aux libertés de l'Église gallicane , leur fidélité aux lois canoniques et l'exercice indispensable de leur juridiction spirituelle ; essayant ainsi tout ensemble, et d'inspirer au peuple de la défiance, du mépris et de la haine pour ses pasteurs, et de plier au joug les pasteurs eux-mêmes, de les préparer, en les fatiguant, en les effrayant, à tout ce que plus tard on exigerait d'eux. Puis, ainsi qu'on préludait aux proscriptions révolutionnaires par des sobriquets qui devenaient bicntùt, pour ceux à qui on les applii^uait , des arrêts de mort, on a créé, sous le nom de fanatiques, de jésuites, de zélés, d'absolutistes , d'ultramontains, des classes de victimes futures, contre lesquelles ou invoque déjà la rigueur des lois. Enfin, pour se dégager cle toute espèce de gêne, on a imaginé récemment d'envelopper tous les catholiques dans une accusation commune, et de les représenter comme un ;;ûrr// qui , dirigé par Rome, menace l'État, le roi. In société entière (4).
Le manifeste véhément qui révèle à la France les dangers qu'elle court de la part des uUromontains (autant vaudrait dire tout de suite les papistes)^ offre une telle ressemblance avec les plaidoyers des défenseurs du Courrier français et du ConstUittionnel, (^u'il est difficile de n*y pas voir un éclat concerté entre des hommes qui ont, au fond, les mêmes intérêts , les mêmes passions et les mêmes doctrines. Mais ce qu'il importe de faire remarquer, c'est la logique du parti, ses vœux, sa manière d'entendre les libertés qu'il nous prêche avec tant
a OÙ rpn pose en question s'il est permis d'obéir A certaines lois » Plaidoyer tic M* Mârilhou.
(2J Plaidoyer de .V' Ditpin.
(3) « Le refu* presque urnérai d'enst- liïner li ni^-l.irallon de « ir>82 e«.t nai;rnnt. » Plaidoyer de M" Dupin.
(4) So^tzXe Journal de t Péùats du II novcmiuc IfîiJ.
RÉFLEXIONS SUll LE PROCÈS
d*onction , et les sentiments de justice qui raniment. Après avoir disculpe leurs clients , sur le fait des attaques contre la relifjion de TÉtat, en assurant qu'ils n*araient agi que par le plus pur zèle pour la religion de TÉtat, les avocats des deux journaux , j)renanl tout à coup le rùle d'accusateurs, défèrent à la vindicte légale ce parti qu'un autre journal déférait à la vindicte de Toinnion , quelques jours auparavant. Vieilles déclamations contre Rome, suppositions de complots, d'intrigues vastes et ténébreuses , la souveraineté du monarque et l'indépen- .dance nationale en péril, tout est mis en œuvre pour émouvoir les imaginations timides. Et quels sont ces conspirateurs . ces ennemis du trAne et de l'État? tous ceux qui n'adhèrent pas à la Déclaration de IGHîi. — Fort bien ; et le nombre en est-il grand ? — « Le refus pn*sque gihicral d'enseigner <( la Déclaration de 168â est flagrant (1). » Vous l'entendez : donc c'est le clergé français presque tout entier qu'on accuse de conspirer contre FÉtat, contre le roi , de mettre en danger sa souveraineté et rindépendance nationale; donc c'est ce clergé qu'il faut traîner devant les tribunaux , ce clergé que le Cotistituthnnel et le Courrier français: n'eurent jamais l'intention d'attaquer, à Dieu ne plaise ! et non-seulement le clergé , mais tous les véritables catholiques qui règlent leur foi sur renseignement de leurs pasteurs unis au pasteur suprême. Maintenant qu'on soutienne encore qu'on n'en veut pc»int a la religion , qu'on saurait la défendre si jamais elle était nicnacée (2) ! VA qu'est-ce donc, ditrs-le nous, querelle rclipjion (jue vous défendriez? T^a relie.ioii eatlioliqiie , apostolique, romaine? P(»ur nous, V(»ilà la nùtre, v(»ilà celle (jue ncMis défendons , et (jne nous défendrons juscjuVi la mort. Si vous «Mes eatlioliqiies aussi, cessez de faire violence àl'F.glise, qui ne reçoit de lois que d'elle-même; cessez de vouloir asservir à vos pensées répisco|)at et son chef , seuls juges de la doctrine. Si vous n'êtes callioliques que de nom . (|uittez. quittez vile un vain déguisement, sortez del'l'lglise; elle gémira de perdre i|Uel(iiies-uns de ses enfants, mais elle se réjouira de n'avoir à combattre que des ennemis ouverts.
(1. PlahUnur lie \f Pupin-
{T \o\i/ i(! muiM^ro ilos Pf'hafs i\OjSc\[û.
(.J; rt 11 «.'lail pcrip.ls :i)oi-A '»lii hfiiips «lo.s prirlcmenls) do »'cn- •I dormir avec hOcurlIO &iir la loi de ces [iiiiliLuMiiii<« noiiil)rruM.-s •< et puis-» inlfN iji:i pri'tscrv.i'uMil <Ii'S ;)tt:u|iic'S (^li;iii;;i rrs ft in'i <i liiuM-ti^s rclit;»«'U-es cl les di'<iUsdi.* r.-itiUnUr* Icmporrllc II i^t;iit u ptTiin^ ;iliirs <l'.(dopl«>r ftiir cv.i^ points iniportants la |):iihihlo n ((iiirtiidfdii iiiiiii' ti'TC public d(> ii'i^ j>iiir!i. ol il<> i Odiiiri*. coiiiiiur « Inl. In iiti<-«li )ii de riillr:ini(iiil.ini.'>nic ;iii\ trniios (l'iiiu» coiil; o- <• viTse iiKlIiFi rcMiLi* . <l;(iih I.kiiu Ile on pcnl, »:iiis in<'orivéiiient. '« bUlMC iniioccmnienl. les opinions le» i>lu.-« opposées. Mai» ces Il temps f^'iii^ eliani'iés...
.. Mrnn«^iil les daru;ei-», nous dit le niinl*t( re puMie. vlrnni r.l v« lc5daniîer>, et le.s uja}îislr.U^ sauront le» ronji;rer:...
Enfin nous savons aujourd'hui pourquoi, dans le langage du parti , les Français fidèles à leur foi ne s'appellent [dus des cathoiiçues ^ mais des uiiramontains. La haine a trouvé ce mot pour les calomnier plus aisément, pour les désigner en toute silreté à la persécution , pour créer un mot légal qui permit de les dénoncer aux tribunaux, et de provoquer contre eux des poursuites judiciaires (5), des procès de tendance; et cela toujours , ne 1*00bliez pas, afin de maintenir les libertés de l^Égliie gallicane.
Et que leur reproche-t-on cependant? quels sont les griefs qu'on allègue contre le clergé et contre au moins vingt millions de Français, qui n'ont pas, en religion, d'autre doctrine , d*autre fbi que la sienne, et que dès-lors il faudrait aussi , pour être conséquent, déférer aux cours royales? On leur reproche leur inviolable attachement au pape , et de reconnaître pleinement sa souveraineté spirituelle ; c'està-dire, encore une fois , qu'on leur reproche d'être catholiques : voilà leur crime, leur seul crime, mais crime énorme en effet , crime de lèse-révolution ! Grdce à Dieu , le dernier voile est levé; et les plus aveugles peuvent voir clairement ce que naguère encore on essayait de leur cacher. Voulez* vous qu'on vous tolère, soyez gallicans ^ roulezvous être gallicans y rompez avec Rome. Déjà Ton appelle la vigilance de l'administration sur la/rontière, oii les communications art*c les ultramoH' tains qui nous bordent s'entretiennent arec plus de facilité (î) ; et celui (]ui s'irrite de ces communications est le même homme qui loue Bossucl de ee (pie «; toute sa vie n'a élé animée que par « c«'lle grande pensée, l'unité de l'Église Çi),< ou, on d'autres termes, d'avoir consacré sa vif entière à établir ou à préi)arer de religieuses communicntions entre tous les peuples et le saintsiége, centre nécessaire, centre unique i]e Tunit' de rjif/lise, *' Oui ne sait , s'écriait en présence di* « l'assemblée du clergé cet ilhistre évè<pie, qui no «: sait ce qu'a « hanté le grand saint Prosper , il y a
plus de douze cents ans : Home, le siège fin
Pierre, devenu o, sous ce titre ^ le chef de Corr dre pastoral dans tout V univers y s'assujettit
» Viennent les dant^ers ! Grand Dieu, quand ces d.ingor^fuivut- '* ils pln> noMihrenx. plii) (lagrants, pins incontestables? w p/fr:do'-rr tic i/' MCrilhou.
Eu r«>pliipianl A M. deliroë, M. Dnpincnit devoiràs;! conscience llhi^rali- et :;al!l..' me quelque» dtMalions spéciales il d <? nonce Ii' l/rV//..'nV//, il iléi.iinee le Colfvhfrm'-'tlit ^cnsro'umitfi, il d<^aonce M. Murtz : U'i Ule premier prtV-;jdenl rinterronipl:
.' ,1iili:is \ini^ i':r\enlr que M. le procureur i;énj*ral hC propo».' Il de (IrfOi er ci l 0'>;rU ù la cour la semaine prochaine-
i< M- IKipin.— \ la honnc heure donc ! LeCons/z/i/Z/^iinr/ aun «« dunï'iiu^ renduee ser\li-e : et. si l'auteur dit qii II vous fera voir u ce que c'est </u'un pr/lr.? . on verra donc enfln ce que c'estaiistf Il r/u'un pmcurrur gru^ral!» Vrapeau blanc du 4 décembre.
(4, hCpl. <lc M'' L'iipuu) M. tic Uroé.-^Ti) l'UiitUl^rr dC M^ Dupm
DD CONSTITUTIONNEI. ET DU COURRIER
porta relSgion de ce qu'elle n'a pu s'ataujettir paries armes ? Que volonlier» nous répêlons ce sacré cantique tl'iin Père de l'ÉglUe (gallicane ! C'est le canlique de la paix, où, dan» la grandeur de Rome , f unité de toute l'Église est c •léùri'e {\). ■• Et encore: « Sainte Église romaine, mère des Églises et mère de tous les fidèles; Église choisie de Di«u pour uoir ses cnfnnlsdaiitilainèmeroi et dans la même charité, Ruus tiendrons toujours à ton unile par le fond de nos entrailles. Si je t'ouhlie. Église romaine, |kuissé-je m'oublier moi-même ! Que ma langue se sèche vt demeure immobile dans ma bouche , si tu n'es pas toujours la première dans mon sourenir, si je se te mets pas au commencement de tous mes cantiques de réjouissance (S) 1 <• Qui ne rcconnallrait dans ces saintes el magnifiques paroles tout le cœur d'un catholique et tous les sentiments d'un évéque? Kt vous qui nous citez ce grand évèiiue, quel est votre langage ? comment parkz-vous de celte Église mère , de cette Église choisie de Dieu pour unir ses enfants dans la même foi et dans la même vliarité?
■ Sentez les coups de cette épée dont la poignée 1 est à Rome et la pointe partout (S). »
Voilà comme l'Église romaine est toujours la première dans votre souvenir, voilà comme tous la mettez ait commencement de tous vos canlii/ucs de réjouissance.
Vvus nous {«riez de Bossuet ; vous t'opposez au )M>utire romain . aux cvèques , à l'Église entière : eh bien , écoutez encore Bossuet : " Tremblez à B l'ombre même de lu division ; songez au malheur « des p<'uples, qui, ayant rompu l'unité, se rom- •i pent eu tant de morceaux et ne voient plus dans « leur religion que la confusion de l'enfer et l'hor. « reur de la mort. Ah ! prenons garde que ce mal
• ne gagne. Déjà nous ne voyons que trop parmi
• Dous de ces esprits libertins , qui, sans savoir ni la
• religion , ni ses fondements , ni ses origines , ni
■ sa suite, blasphèment ce qu'ils ignorent, et se « corrompent dans ce qu'ils savent ; n « nuées •■ sans eau, poursuit l'apâtre saint Jude, docteurs •' sans doctrine , qui pour toute autorité ont leur " Iiardiesse, et pour toute science leurs décisions . prccipitces : >i « arbres ileux fois morts et déraci- ■■ nés," morts premièrement parce qu'ils ont perdu .< la charité ; mais doublement morts parce qu'ils ont « perdu la foi. cl entièrement déracinés, puisque, dé-
■ chus de l'une et de l'autre , ils ne tiennent à l'Eglise 0 par aucune hhre : " astres errants , " qui se glori- •• Sent dans leurs routes nouvelles et écartées , sans " Bouger qu'il leur faudra bientôt disparaître (4). »
{WXermonnrVVnlU, I" piiiic.
Vous nous parlez de la Déclaration de 1682 : eli bien, écoutez la Déclaration de 1682. Elle prononce sans doute ci: mot de libertés dout vous vous faites une arme contre l'Église et contre son chef; mais qu'ajoute-t-elle? » II en est aussi qui, sous prétexte " de ces libertés , ne craignent pas de porter Il atteinte à la primauté de saint Pierre et des pnn- K lifes romains ses successeurs, instituée par Jésus- >' Christ ; à l'obéissance qui leur est due par tous " les chrétiens, et i la majesté , si vénérable aux » yeux de toutes les nations, du siège apostolique « où s'enseigne la foi et se conserve l'unité de l'É- ■I glisc. Les Mrétiques, d'autre part, n'omettent « rien pour présenter cette puissance , qui u maintient la paix de l'Église, comme insup- « portable aux rois et aux peuplei , et pour •' séparer, par cet artifice, les âmes simples de Il la communion de l'Église el de Jésus-C/irisl. <•
L'avez-vous entendu ? Lisez bien, car chaque molesta peser; c'est le texte de votre évangile. Ces hommes qui n'omettent rien pour présenter la puissance du pontife romain comme insupportable aux rois et aux peuples , qui sont-ils? les connai:ssez-vous7 I.iseï encore, ne vous lassez point; remarquez le but que se proposent ces /idrdliques détracteurs de Rome : ils veulent, par cet artifice, séparer les âmes simples de la communion de l'Église el de Jèsus-Christ ; tel est leur odieux projet. Que si , néanmoins , pour mieux accomplir leur dessein, pour surprendre plus facilement les âmes simples, ils osent se dirent catholiques, que Faudra-t-il croire, leur déclaration, ou la Déclaration de 1682?
Mais passons à un autre reproche qu'on adresse aux catholiques véritables; aux ultramoiUains, comme on les appelle. Ils attaquent, dit-on, la souveraineté du roi. — En effet, ce sont les ullramouto>is,c'esllcclergé quia ourdi, depuis ilixans, toutes les conspirations contre le trâne ; c'est lui qu'on a vu figurer à Grenoble, à Lyon, à Saumur, à Bcforl, à Pans, devant les commissions militaires et sur les bancs des cours d'assises. — Cependant la Déniaration de 1682 qu'il rejette ! car c'est toujours M qu'on en revient. — >'ous discuterons prochaiiteuient. dans un autre écrit, cette fameuse Déclaration. En attendant , apprenez-nous si , en ce qui tient â la iiuestion présente, vous l'admettez vous-même : expliquez-vous avant d'accuser. Le premier article établit l'origine divine du pouvoir : Omnis poteslas à lleo. Autant pour nous que pour elle, c'est là un principe sacré. Or, ce jirincipe est-il aussi le vdtre? atouerez-vous que le roi tient son pouvoir de Dieu, el de Dieu seul ? Coudamnerez-vous, comme
tiFLSXIONS SDR LB PROCÈS
une impiété, votre dogme chéri de la soa? eraineté du peuple? Point de milieu pourtant : ou dites anathème à cette prétendue souTeraineté, ou déclaref franchement que tous protestez contre le premier des quatre articles.
Sera-ce leur opposition aux trois derniers qui sera le crime des uHramaniains? Et que devient donc cette liberté d*opinion que tous nous vantez, s*il ne leur est pas permis d'avoir leur opinion sur des questions thiéologiques ? et , si c'est pour eux un délit d'exprimer l'opinion qui est la leur, que devieni cette liberté de la presse qui rend tant de ser- 9ioee, dans l'état actuel de la société, çu*on peut dire qu'elle est devenue un besoin universel j une amdition de notre existence (1)? Quoi ! on ne pourrait condamner la tendance au protestantisme, parce que ce serait interdire aux protestants le prosélytisme, et parconséquentvioler la Cl^arte{9), et l'on condamnerait légalement la tendance au cath^icisme, on interdirait aux catholiques la défense d'une doctrine professée par le chef de la catholicité !
Mais cette doctrine nous déplaît, elle nous alarme. — A cela voici ce que nous répondrons :
« Si vos opinions étaient menacées , est-ce donc •( par la force et par la contrainte qu'il fendrait « aller à leur secours? Faudrait-il vous montrer « inquiets, éperdus comme les prêtres de l'ancienne « loi qui jetèrent un cri d'effroi aux premières « annonces du christianisme , et qui , ne pouvant u en appeler à la vérité, parce qu'elle était contre » eux, en appelèrent aux licteurs de Félix et de « Festiis?
<( Ah ! disons-le avec un écrivain de bon sens (3) : «t Qui esiablit son discours par braveries et « commendements ( et je pourrais ajouter par « réquisitoire ) , il montre que la raison y est « foib!e (4).
Vous ne parlez que de l'évidence de vos opinions et de vos maximes, vous ne réclamez que la liberté : « Conçoit-on que l'on veuille encore, en son nom, «c imposer, par voie d'autorité, silence à ceux dont u les discours déplaisent, afin de donner ainsi à ses «( détracteurs occasion de dire qu'on redoute d'en
venir à raisonner froidement avec eux (5)?... »
« Soyons conséquents, au moins, une fois : vous
vous plaignez que les catholiques ne cherchent «( pas à vaincre par le raisonnement, mais par le «( silence qu'ils veulent à toute force que l'on im- » pose à leurs adversaires (6); » et, dès qu'un catholique ouvre la bouche pour raisonner, que faites-vous , de grâce, hommes si forts de raison, et si passionnés pour la liberté? Vous recoroman*
(1) PUUdcgrer de M^ Duptn.
(2) Ptûidorerd0li* UérOkom.
dez éloqaemment Venèsdaux nkÊ&BÉsm è I. le procureur général*
Est-ce donc qu'on m mm Jamab la an de m déclamations iq^ocritea? est-ce que tMjons h mensonge hardi jirévaadnanr la vérité, cat-ceqih" près nne si kmgue proscriptioo elle n^aan im aussi son jour de triomphe? Mais que disje,iw jonri les jours sont de la terre, et pesacrentane elle : qu'importe ce qiri passe à la vérité qpd ne faM point? son jour , à die , c'est rétemilé.
Nous avons défendu le clergé frrançaia eonlitlft' calomnies aussi odîenses qulnsenséee de ses av^ mis; nous avons mis ft découvert leur pres|ei Ab^ lir la rel%lon catholique en France : idaè tanriasrait notre tâche, si, des arrêts rendus par la es», il ne résultait une question grave, qu'il d'examiner. Les jugements qui acquittent journaux inculpés ne peuvent être le svjjel controverse. La cour a déclaré qa*& aiY avait lieu à suspendre le Courrier fronçai», que, quoique à la vérUépiueieure de eeemriiâts fussent de nature à porter aO^nie au du à la religion de fÉtai, ces articles, pm breus, paraissaient avoir M provoquis certaines cifTonstances qui pouvaient être osm» sidérées comme atténuantes^ notamment ^introduction en France des dodriÊiee montaines, hautemeniprofosséee,depmiÊ ysina* temps, par une partie du clergé /ramçaiê s âse^ trinesy est-il dit dans l'arrêt touchant le ConsOtih tionnel, qui menaceraient tout à la firis Pindépendance de la monarchie, la souveraineté du roi et les libertés publiques , garanties par la Charte constitutionnelle et par la Déclaraikm du clergé de France de 1683, déclaration toujours reconnue et proclamée loi de PÉtat,
Nous ne concevons pas parfaitement comment le zèle pour la Déclaration de 1682, reconnue et proclamée loi de PÉtat, excuserait les atteintes portées au respect dû à la religion de PÉttd. Cette maxime parait peu propre à concilier â la doctrine qu'on semble vouloir protéger l'adhésion de ceux pour qui la religion serait au-dessus de U Déclaration ; et , lorsqu'en effet on réfléchit que la Déclaration n'est , après tout, que l'ouvrage des hommes, tandis que la religion est certainement Tœuvre de Dieu, il est difficile de trouver étrange que les catholiques n'hésitent pas à préférer la religion à la Déclaration , la vérité même de Dieu ft Topinion de quelques hommes, si respectables qu'ils puissent être d'ailleurs.
Il y a plus : les principes religieux ( il feut bien se servir de ce mot) du Constitutionnel ti du Càur-
(3) Monta/gne.
(4) PtaidfljrerdeMtDupin.'-'ii)rMij^{it)tma.
DU CONSTITUTIONNEL ET DU COURRIER
rUr français sont connus de toute l'Europe ; et le procès même que ces journaux viennent de soutenir si heureusement , a mis dans tout leur jour leurs sentiments à Tégard de la religion catholique et de ses ministres. Voilà donc la Déclaration, dont ils ont pris la défense, identifiée à jamais par Tarrèt de la cour avec les doctrines qu*iU professent; ce qui n'ajoutera pas beaucoup probablement à la confiance qu'elle pouvait inspirer aux vrais chrétiens. Nous ne parlons pas seulement du clergé, mais de tous les catholiques; on en rencontrera peu qui feuiQent Tétre à la manière du Constitutionnel et du Courrier.
Uoe question d*un autre ordre et d'un haut intérêt se présente à Toccasion d*un des arrêts de la cour. Est-il vrai que la Déclaration de 1682 soit une loi de l'État? Il est permis de discuter ce fait, puisque l'opinion de la cour peut être contredite par le jugement d'un tribunal plus élevé, et qu'enfin les lois autorisent l'examen des lois mêmes.
D'abord , nous n'hésiterons pas à le dire , l'ordonnance de Louis XIV qui prescrivit l'enseignement exclusif de la doctrine contenue dans la Déclaration de 1682 , cette ordonnance, bien moins inconséquente qu'elle ne le serait aujourd'hui, et que le roi lui-même révoqua , n'en était pas moins un acte de despotisme inouï , ou, pour employer Texpression d'un célèbre jurisconsulte anglais, une biûmable usurpation d'autorité (1). Rien ne pou- Tait justifier cette violence faite à la conscience ; la religion catholique était vraiment alors la religion de l'État, il ne reconnaissait qu'elle : or, en vertu de quels principes prétendait-on forcer des catholiques à adopter des sentiments réprouvés par le chef de l'Église catholique, et dominer leur conviction par des commandements de l'autorité civile? Au nom des libertés de l'Église gallicane , il fut enjoint péremptoirement à l'Église gallicane de soutenir des maximes rejetées de toutes les autres Églises, unies au saint-siége; il fut défendu ({'écrire en faveur des maximes contraires, en faveur de la doctrine tenue et enseignée par presque toute TÉglise universelle; et la contrainte y on ne le niera pas, vint réellement cette fois au secours du raisonnement,
Uais ce qui n'était alors qu'un acte de despotisme, une violation des droits de la conscience, un funeste attentat à la liberté de l'enseignement et à l'indépendance de l'Église, serait de plus aujourd'hui une monstrueuse contradiction, et le renversement complet de notre législation politique et civile; aussi sommes-nous surpris que M. le procureur du roi n'ait pas appelé de l'arrêt de la cour , comme
(l> Th9 hlêUnicai Memotrs ofthe Church of France, clc , 6r Chartes Butler, p. 4S.
fondé, dans l'un de ses considérants ^ sur une erreur évidemment destructive de la Charte. Lorsqu'on fait des lois, il faut les accepter telles qu'on les a faites, et nul, pas même un tribunal, n'a le droit d'en limiter arbitrairement l'extension, ou de les suspendre à l'égard d'une classe particulière de citoyens.
D'après ces principes incontestables , examinons, je ne dis pas si la Déclaration de 1082 est une loi de l'État, mais s'il çsi possible, la Charte subsistant, que la Déclaration de 1082 devienne jamais une loi de l'État.
Et d'abord, qu'est-ce qu'une loi de l'État lorsqu'il s'agit, comme on assure que c'est le cas présent, de la souveraineté et de ses droits? Une loi de l'État, en ce cas, est un commandement qui oblige également, et sous le même rapport, tous les membres de l'État. Ceci est trop clair pour qu'il soit besoin de s'arrêter à le prouver, ou de le développer davantage.
Et qu'est-ce que la Déclaration de 1682? Une ex])osition doctrinale du sentiment particulier des auteurs de la Déclaration sur quelques points de la théologie catholique.
Soutenir que la Déclaration de 1682 est une loi de rÉtat, ce serait donc soutenir que l'État enjoint à tous ses membres de professer, sur ces points de théologie catholique, les mêmes sentiments que les auteurs delà Déclaration.
Ce serait donc soutenir que l'Etat enjoint à tous ses membres d^être catholiques; et que devient alors la liberté absolue de religion établie par la Charte, et l'égale protection qu'elle garantit à tous les cultes ?
Que ces conséquences soient inévitables , on va le voir si clairement , nous l'osons dire, que tout homme d'un peu de sens rougirait de les contester.
L'État peut exiger de ses membres, et par le fait il exige de presque tous les fonctionnaires puldics, la promesse d'obéir à ses lois ; et tout membre de rÉtat, requis de ce serment d'obéissance , doit le prêter, si les lois de l'État n'offrent aucune disposition contraire a la loi de Dieu et à la conscience. Ce sont là des principes éternels, avoués de tout le monde, hors l'athée peul-tHre.
Or, supposons qu'on appelle tous les membres de l'État devant les cours royales , pour y jurer obéissance à la Déclaration de 1682. Qu'arriveral-il? voyons.
Un juif se présente d'abord : que lui demandera M. le premier président, et que répondra le juif?
31. le premier président. Adhérez-vous à la Déclaration de 1682?
fjC juif. Pardon si je ne vous comprends pas :
qu'est-ce que cette Déclaration, et que déclare-t-elle ?
I M. le premier président. La célèbre Déclaration
BiVLEXIQNS SUE LB PlOCtS
di lan ëCaUit dognatiqveneDt, el |Mr Toie d*eipo- • tbloD, k fupériorilé du condle géaéral wr le pape.
Le jmf. Je n*enteiidf rien i ee que tous dites. Qii*ett"€e que le pape et le ooncOe gëu^l?
Jr. le premier nrùiémi. Ce tant deux grandes autorités dans l'Eglise; mais te coneite esc la plus grande , et c'est ce qu'il est nécessaire que tous reconnaissiei : car nous l'a? ons déclaré ainsi.
Uiwf. Yoilâ qui est singulier, qu'U Mite que je ma décide entre te concile et te pape, desquds je n'arais jamais entendu parler, au moins du condte. Et cette Église dont tous parles aussi, qu'est-ce que o'est?
M. k premier prMdmi. L'Église est te société des disciples de Jésus-Christ, fils de Dieu et saufcur des hommes.
Le Juif. De Jésus-Christ ! A Dieu ne pteise que je te reconnaisse , ni lui, ni rien de ce qui tient à lui ! Je te maudb tous tes jours dans te synagogue.
M. le premier préêkletU. Ah ! dans te^jmagogue, je comprends : tous êtes juif, è ee qu'il parait?
Le Juif. Oui, monsteur te premier président, pour Tousser? ir: à la Bourse ou ailteurs, selon mes petits moyens; et de bon cœur, je tous assure.
jr. k premier préeideni. Cest autre chose, Tralment. Vous êtes juif 1 Que ne te dIsiex-TOus tout d'abord? Cete change bien Taffiive. La loi en question ne tous regarde pas ; car il y en a une autre qui promet une protection égale à tous les cultes. Celle-ci est comme le Goncile, et l'autre n'est que comme le pape; et le concile est supérieur, ainsi que je vous l'ai dit. Allés donc, mon ami ; moquez-vous et du pape, et des conciles, et de Jésus-Christ : puisque c'est votre religion, vous en avez le droit.
Viendront ensuite les lulliériens, les calvinistes , les méthodistes, les protestants de toutes les sectes, qui tous nient, non-seulement Fautorité des papes et des conciles, mais toute autorité spirituelle quelconque. Que leur dira M. le premier président? exigera-t-il qu'ils avouent qu'une non-autorité tsi au-dessus d'une non-autorité ^ ou les forcera-t-il, pour éviter cette absurdité risible , de reconnaître et l'autorité du pape et l'autorité des conciles, ou d*abjurer ce qu'ils nomment leur religion?
Il en sera de même de ceux qui usent de la liberté des opinions jusqu'à n'admettre aucune religion positive ; et chacun sait si le nombre en est grand. Demandez au déiste, au matérialiste , si le pape est supérieur au concile, ou si le concile est supérieur au pape, et ce qu'ils croient là-dessus? Ils vous répondront que le pape n'est à leurs yeux qu'un homme comme eux, les Pères des conciles des hommes comme eux ; et , sans le respect que la cour leur inspirerait sans doute , ils ajouteraient
que, krin d^Anettre awna^SHiariléflSBa ksMti des eondiea et dans la pape , is les ugaidil Isai comme des imposteurs, ou an meina • ramais ki ministres d*une areugtoeC toneate aùpuiaUBan.Or, tes eontraindres-Tons, povr domar um aans i k dédaratten eiigée d'en, de eroiroà IniMWi^ i te Térité du christtenisme el à tona Isa principal fondamentaux de te M eatkoliqae?
Demandes enfin i FMiée ( car «i pMI Mn tegalement ) sll admet rorigtaM dMM ée b aanS' raineté, établie par te premier des qsalM aftfchit Alites te même question à tous k» dfadphs 4» J.-J. Rousseau, i tous les admirateurs da eoeialf qu'on réimprime dbaqne jonr.
y trouTlez à redfare ; à tons les partisaaa de te Tcraineté du peupte, à tous mnoL qui ont auxréToIntions deNaples, d%pagneet de penses-Tous qu'ib adhéreront, aur Totre ini légate, au principe du éraii éieim; que ne croit pas en Dieu couTtondra tout pouToir nent de Dieu ; et ae pealnl, a«aantraire, imaginer de dérision plus extrataganlat
Ainsi te Déclaration de 1688 aeraH ma ki ds TÉtat uniquement pour les eathoUqnea.
saurait rètre pour eux pas plus que pour! i moins qu'on ne tes place hors de te loii à moins qu'ite ne soient seub eielns de h Uhsrti promise par te Charte à toutes les opinkamali* toutes tes religions. Car, ou tes maximsa de h Déclaration de 168S sont de stenples opimops lUelogiques, ou elles sont des rérités de foi, ou tenant à la foi, que tout catholique est, en conscience, obligé d'admettre.
Si elles ne sont que de simples opinions, on est libre, entièrement libre , de les adopter ou de les rejeter, de les soutenir ou de les combattre; ou bien la Charte n'est qu'un ?aiu mot.
Si on dit que ce sont des vérités de foi, ou tenant à la foi, que tout catholique est, en conscience, obligé d'admettre, on renrerse la base de te religion catholique, qui ne reconnaît ce caractère que dans les vérités proposées à la croyance des fidèles par l'Église universelle et par son chef. Alors le catholique que la loi contraindrait à professer la doctrine des quatre articles, serait, à raison même de sa qua* lité de catholique , forcé d'al^jurer solennellesient le principe fondamental de la religion catholique. Est-ce là, encore une f6is, la protection garantie par la Charte? Est-ce là le privilège de te religion de l'JÉtat? Est-il maître de la déu*uûre, parce qu'il a déclaré qu'elle était la sienne?
Allons plus loin : il y a, on le sait, des cathohqucs réels, et des hommes qui en prennent le nom pour frapper, sous ce masque Imposteur, plus dangereusement l'Église. Or, les premiers seraient les seuls
DU CONSTITUTIONNEL ET DU COURRIER
sur qui péserail l'expression. On pourraîi attaquer tant qu'on voudrait, en un certain sens , la Déclaration de 168S, infiolable dans le sens contraire. Un exemple ëclaircira notre pensée.
Un concile cecuménique, le sain t concile de Trente, a, dans ses canons dogmatiques , dit anathème à ceux qui nieraient que l'Église a le droit «rapposer des empêchements dirimants au mariage (1) ; c*est-àdire qu'un concile œcuménique a défini comme de foi que tout mariage contracté sans dispense, sous un empêchement dirimant, était nul devant Dieu, ou n'était pas un véritable mariage. Un journal ecclésiastique, qui a été loué par les défenseurs du Constitutionnel et du Courrier francaisy êoui'ieni, de son côté, la validité de ces mariages. Il contredit donc la définition d'un concile oecuménique, il attaque donc la plus haute autorité qui soit dans l'Église, selon la doctrine de la Déclaration , qu'il fait d'ailleurs profession publique de défendre. Or, Je réclame ici une réponse nette et précise : s'il est légalement permis à M. T. de se croire au-dessus du concile et de l'écrire , pourquoi ne serait-il pas permis de croire et d'écrire que le pape n'est pas au-dessous de M. T.?
Que dis-je? Bossuet lui-même nous apprend, au sujet des libertés de l'Église gallicane , qu'il y a plusieurs manières de les entendre, et que les évèques ne les entendent pas comme les entendent les magistrats (â). (,)uclle sera, dans cette diversité d'interprétations, la manière ië(/aie de les entendre, et dans quel sens sera-t-on obligé d'y adhérer? Les entendra-t-on comme les évèques ? aussitôt vous voila en guerre avec les magistrats. Les entendrat-on comme les magistrats ? il faut , sur des questions de doctrine, se mettre en opposition avec les juges de la doctrine, ou cesser d'être catholique. Nul milieu.
En résumé : ou la Déclaration de 1682 serait une loi purement civile, indépendante de toute religion ; et alors elle obligerait tous les membres de l'État. Or, on a vu dans quel abîme d'absurdités on est eotralné nécessairement par cette supposition manifestement opposée aux faits.
Ou la Déclaration de 168â, intimement liée à une religion particulière, ne serait une loi que pour les catholiques ; et alors elle renverserait évidemment le principe fondamental de l'Église catholique : elle constituerait une oppression privilégiée pour la religion de l'État, ravirait aux catholiques la liberté dont jouissent les autres membres de la société , et
(1) (»mcti. Trident. f tesi. xxiT, can. 3.
(3) ■ Dans Bon «ennon tur funlté de rigllic, prononcé à rou> a veilurc de TaMemblée de 1682, Je fus indU|>€nsablemenl obligé ff de parler dea llbertéa de rÉgli»e gallicane, et Je me proposai « rieui cbo»e« : Tune de le faire Mnt aiicnnc dlmlniillon de la vé-
suspendralt pour eux toutes les lois politiques auxquelles on semble attacher le pins de prix.
Quand donc on défère aux tribunaux un prêtre que ses vertus ont environné du respect universel, pour avoir public son opinion sur les quatre articles de lG8â, que peut-on voir dans cet acte qu'une erreur momentanée de la magistrature? Il est triste, sans doute, que cette erreur suive de si près les délations violentes des inquisiteurs libéraux du gallicanisme; mais nous ne croirons jamais qu'on veuille, par des procès inconciliables avec les lois mêmes qu'on prétendrait défendre, imposer silence aux catholiques attaqués de toutes parts, et réduire en servitude le clergé français , sous le prétexte de maintenir les libertés gallicanes. Que diront les magistrats à ce prêtre vénérable dénoncé par H« Dupin, lorsqu'il paraîtra devant eux ? Lui ferontils un crime de n'avoir pas en théologie la même doctrine que le Constitutionnel et le Courrier? Le puniront-ils de penser sur Tautorité des pontifes romains ce que pensait Fénélon ? Établiront-ils en principe de droit qu'il est loisible à chacun de nier la foi catholique, la divinité de Jésus-Christ, la révélation, tout enfin, excepté la supériorité du concile sur le pape? Après avoir proclamé si solennellement la liberté des opinions , mettra-t-on l'opinion d'un théologien sur les libertés gallicanes à l'amende, et i'emprisonnera-t-on pour le forcer d'être libre?
Ne craignons rien de semblable ; ce serait faire injure aux tribunaux. La loi, en France, autorise toute discussion sérieuse et de bonne foi ; elle autorise, nous le répétons, la discussion des lois mêmes. Que de choses n'a-t-on pas écrites pour et contre le jury, pour et contre les lois de finance, pour et contre les lois d'élection ; et sur la Déclaration de 168S, sur elle seule, toute discussion serait interdite ! On discuterait sur l'Évangile, et l'on ne permettrait pas de discuter sur les quatre articles! En vérité, le bon sens rougit de ce qu'il est réduit à prouver.
Oui , nous le disons avec une conviction profonde : oui, l'on est libre, parfaitement libre, de discuter la Déclaration de 1G8â, d'admettre ou de rejeter les maximes qu'elle renferme. Nous userons de celte liberté, parce qu'aujourd'hui c'est un devoir, parce qu'il est temps de regarder au fond d'une doctrine dont tous les sectaires abusent si audacieusemcnt ; il est temps, pour parler le langage de la Déclaration elle-même, d'éclairer les âmes simples sur les artifices qu'on emploie pour les séparer de la corn-
« rltable grandeur du talnt-slége; l*aulrede le* expliquer de la « manière que les eniendenl no« évéquet, ei non pas de la ma- « nière que les cotendeni nos magitlraU. » l^tire au cardinal d'Estrées: OEuvres de Uotsuet , lome IX, page 275, édUkm de 1778.
LETTRE AU RiDACTBD&
munion A PÉgliêe §i d$ Jéêms4^ri$i. Qae les auteurs de ces arUficeê feignent de s'alamier piMir la souTeraineté du roi, les Aits, des deux côtés, parlent trop haut pour qu'on soit dupe de ces hypocrites alarmes. Nous erojrons plus qu*eui que Ai pUmiêudê d$ la souperafnM tewiporttUe appar- ASm/otf n^<iaii# aoii roirainyia; mais nous crofons aussi que le poufoir spiriiuel s*ëtend sur les rots aussi Ûùn que sur les autres hommes : autrement, ou les rois ne seraient pas des hommes , ou tous les hommes ne seraient point assujettis à la puissance que Dieu a instituée pour ks gou?emer dans Tordre du salut. Aucune menace , aucune crainte ne nous iera taire ce qui nous semble Tral et utile A dire. T^ cause sacrée dont nous avons embrassé la défense nous soutiendra eDe-mèmCy de sa force intindUe, dans le combat; on pourra nous persécuter , on ne nous lassera Jamais. Et , puisqu'on a rappelé a?ec aAetation un mot que nous prononçâmes en des cbeonstanees asses semblables à celle-d, nous PexpUquerons à eeuz qui n'ont pas encore su le comprendre» afin qu'au moins i l'aTcnir Ils sachent Cê çuê c'éêi qu*un prêtre. Un prêtre est un homme de paix, qui compatit à toutes les fiiblesses comme i toutes les misères humaines ; mais il est en même temps un ministre de Dieu, chargé de Tdller A sa religion et de combattre pour elle. Que si on lui dit : Nou9vouêdéfend(mê d'ense^ner en ce nom^ sa réponse est simple : // va%ii mieux obéir à Dieu qu'aux hùmmee (1). Préparé à tout, mais tranquille, si on l'outrage , si on le persécute , c'est alors qu'il commence, comme Tapôtre saint Paul, à reconnaître en lui-même un ministre de Jésus-Christ; il endurCj sans se plaindre, pour son maUre, le travail ^ les périls^ la prison, la mort; il compte avec joie ses plaies, et il dit ; S'il faut se glorifier, je me glorifierai de mes souffrances (2). Qu'on le haïsse, qu'on l'insulte, il aime et il bénit : qu'on le tue, il pardonne. Si vous ne le saviez pas, voilà le prêtre !
LETTRE