AU RÉDACTEUR DU MÉMORIAL CATHOLIQUE
Monsieur,
Une personne dont je n'ai pas le droit de publier le nom, aussi connu d'ailleurs qu'il est honorable , m'écrivait dernièrement : « J'ai lu avec une vive « douleur dans la Revue protestante, dont je suis « un des collaborateurs, que, dans le Mémorial
(1) >cl.,V, 29.
« cathoHquêj dont Tons èCas le ,■■■„„», « traltei les protestants de /oeoMst. Bsrmsttts- « moi de TOUS k dire, Hoiisieiv,ni4im^«it'|)niC| i « et n'aurait jamais de sorifr aide h iNMiilirrt* « la plume d'un homme de Totre étal, sf|MH f« « sa profession i prêcher au antres h flaoMnlIn « et rhorreur des li^ores et delacakMotevVCk.
Je crois devofarà celui qui mMreseece reprachi, et à ceux qui, comme hii, sont issus ifVnat/iMflb | tatUe protestant» tant du cété paJÊrmêigmê mé* têruêl, une explication publique; etfeapèR,S» siefar, que tous ne reftiseres pas de rinaéNr votre intéressant recueil, dont on me fMt de m'attribner la rédaction, quoique fj aois cuiBèi» ment étranger. *
ravoue que les protestants seraient aateriifsê se plaindre, si je les STais traités sans diatincUaii ai jacobins. Une pareille aceosatioD , portée géafcJa* ment contre toute une classe dliommea, malt Is caractère de la passion, et de plus serait mie aêQhs; car elle supposerait qu'on tire toqjours les deraHns conséquences des principes qu'on professe, ce qrf certes est bien loin d'être Trai. Il est fert pm 4» gens qui ne soient ph^ ou mdileart que km doctrines ; et je n'ignore pas qu'à la reUgloB pHs, il existe beaucoup de protestants qu'on ne. mmtÊt trop estimer.
Aussi , dans le seul endroit où J'ai parié dReM^ en même temps que des jacobins, ks al-Je aoigaeu* sèment distingués de ces révolutionnaires. Toid, en effet, comme je m'exprimais, il y a six ans, dans le Conservateur, à l'occasion des sodéléi bibliques , dont j'essayais de montrer le danger, signalé également par plusieurs membres de l'ÉgliK anglicane :
«( Croit-on convenable d'exciter le fanatisme reli- « gieux , et ne saurait-on se contenter du fanO' « tisme politique ? Trouve-t-on qu'il n'y ait pas <t en France assez de causes de division , asses de u semences de discorde ? Envions-nous à i'Alkmau gne et à l'Angleterre la multitude de leurs sectes, tt et la confusion de leurs doctrines ? Est-^eque les «c jacobins ne nous suffisent pas ? nous feut-îl' (( encore des puritains , » etc.
Étonné qu'on me fit dire ce qu'assurément je n'ai pas dit , j'ai voulu voir moi-même dans la Revue protestante le passage qui contient cette fausse imputation ; et j'ai lu, en effet, ces paroles ;
«( Le protestantisme se trouve , en France , dans une position assez difficile. Placé entre M. de la Mennais qui le traite de jacobin, d'un côté, et quelques philosophes qui le traitent de romantique, àe l'autre ; il lui faut répondre , et au prêtre qui le
(3) Ep. IJ ad Cortnth., cap. xi.
DU MEMORIAL
redoute et le calomnie, et au doctrinaire qui ne le coDuatt pas et le juge. »
MM. les doctrinaires répondront pour ce qui les concerne; et après tout il importe assez peu, à mon a?is, que le protestantisme soit romantique ou ne le soit pas. Il serait pourtant difficile de nier que la littérature protestante ait un caractère à part; et c'était, en un autre sens, un terrible romantisme que celui de Luther, de Zwingle, de Jean de Leyde, de Calvin , de Buchanan, de Knox et de Cromwell.
Mais, pour en venir à ce qui me regarde , je n*ai jamais écrit, comme on me l'impute, que le protestantisme fût jacobin : et le fait sur lequel la Revue m*intente une accusation de calomnie est matériellement faux ; ce qui place sa sincérité précisément dans la position où elle nous assure que ie protesianiisme se trouve en France, je veux dire dan^ une position assez difficile.
Afin de Taiderà en sortir, nous ne ferons aucune difficulté de lui avouer que, quoiquMl y eût de TinconTcnance à traiter en général le protestantisme et Jacobin, il est très-vrai cependant que le principe de ses doctrines est favorable aux révolutions, et que le calvinisme en particulier, brouillon et séditieux dès son origine , a troublé Tordre public partout où il s'est établi, et n'a pas peu contribué à répandre en Europe l'esprit républicain. Il ne sera pas inutile d'appuyer cette vérité par des témoignages que la Revue protestante ne saurait récuser pour la plupart.
Nous n'exigerons pas d'elle qu'elle en croie François I'% lorsqu'il disait , au rapport de Brantôme, que <( le calvinisme, et toute autre nouvelle u secte , tcndoit à la destruction des royaumes , « monarchies et dominations (1). » Cependant ce monarque n'étail-il pas excusable de porter du cal- TinJsme un pareil jugement , lorsqu'on voit Calvin déclamer, dans ses écrits , contre V autorité sanguinaire des rois (2) et leur licence féroce (3) ; les soumettre aux trois ordres de l'État (4), qu'il déclare être les tuteurs du peuple (î5) : les engageant è le protéger contre V oppression insolente de ces mêmes rois (6), leur reprochant leur inaction
(1) Dames iUuttres, pag. 300.
(2) sangolnarla regum IntolenUum sccptra. (S) reroclenU regum UcenUa.
(4J Qui funguniur In «ingulU rcgnU 1res ordiocs. (9) Cujus le Dei ordlnatlone tulore» posltoi nôrunl. (S) ■cgtbut bumlll plebeculc laculUnUbu*.
(7) Borum dlMimulallonem nefuria perOdia non carere aflirnem.
(8) Popnll llbcrtatein fraudiilenter produnt.
(9) D'AublgDé, HM. Univ., 1. 1, liv. II, cbap. xvil, p. 124.
(10) Liber flagUloiUalmua Boiicberii de abdIcaUono Henrlci tertll GalUarum rcgU, non argumentis tantum, led et verbU dciumptos e»l,Don ex Harcana aut Fantarella, sed e Juoio Biuto. jippend. d§ jiniech; p- 59; Amttelod.^ 1641.
(11) Lacrol& du Haine, BibikHh. rrancalse, p. 173.
(12) Licet ftul>dUU,ilprUiclpeaDOluerint, lmo«lopuse8tel,?iet
comme nat perfidie (7), et les accusant de trahir la liberté qu'ils detaient défendre (8)?
On connaît les maximes de Paré , les Vindiciœ contra tyrannos d'Hubert Languet , plus connu sous le nom de Junius Brutus, et qui écrivit cet ouvrage séditieux « pour encourager , dit le protesu tant d'Aubigné, les reformés à la conjuration u d'Amboise(9). »
On connaît , pour nous servir des expressions de Grotius, le « livre exécrable de Boucher (10), » et celui du ministre Hugues Sureau du Rozier, » par »t lequel il s'elForce, dit encore un protestant, de t( montrer qu'il est loisible de tuer roi et reine ne «( voulant obéir à la religion prétendue réformée et « porter le parti protestant (11). »
On sait avec quel zh\Q le réformateur Knox , que Calvin appelle son coadjuteur (12), et que Bèze qualifie lY apôtre de V Ecosse (13) , excitait les peuples à prendre les armes , et les déliait de leurs serments de fidélité , si les princes refusaient de réformer à sa façon l'Église de Dieu (14).
Un des premiers prédicants qui introduisit la réforme à Genève nous est dépeint par Érasme comme u le plus menteur , le plus violent et le plus « séditieux des hommes (ly). »
Lorsqu'on se rappelle après cela l'histoire politique et religieuse du xvi« siècle, on n'est pas surpris que Jacques I"", quoique élevé dans le protestantisme, représentât, dans un discours au parlement d'Angleterre (10), les calvinistes comme des gens inquiets et turbulents , ennemis de tout ordre et de toute subordination. » Gardez-vous d'eux, disait-il t( à son fils, gardez-vous d'eux comme de ce qu'il y « a de pire : c'est une véritable peste pour l'Église « et pour rÉtat (17). » Charles !«' ne fut , dans la suite , que trop à même d'apprécier la sagesse de ce conseil.
Après s'être laissé séduire par la prétendue réforme , Bodin l'abandonna : voyant que ce parti s*armait en tous lieux contre les souverains, soutenait qu'on pouvait renverser leurs trônes, et allumait un vaste incendie par ses écrits séditieux (18).
«( Partout où les disciples de Calvin ont été en
armU rcliglonem reformarc : %\ principes adversùs Dcum et verl- Utes ejus lyrannlcc se gérant, subdill eonim a Juramento fldelitatls absolvuntur. Brerlelu*, Jss rtiones scandaiosœ*
(13) lo Dei vero cuilu instaurando velut apostolum. Bez., EpUt, theolog. 74.
(14) Calvin, £>/«/. 309.
(15) Babel la latbicln propinquo cvangclistam Pharellum , quo nlliil vidi unquam mendaclus, violenUui aut •edillosius. Ertum., libXVIlI, epUt.30.
(16) Le 1er mars 1604.
(17) Ab boc génère, Inquir, quod cave pcjus, flil, cave tibl , qui gcrmanae ac verae pestes sunt Bcclcsix et Heipubilcx. Defens. reg.f pag. 221.
(18) SI cum vidercm ubique subditosin principes arniarl, llbros etiam velutl faces ad rerum publlcarum Incendia palam proferrl. quibus docennur principes divluitus bonilnum gencri tributos,
LETTBB AD
Il Mte^ik ont troublé réuit(1),» dit Grodns. Un tntre protestant» cité en noto, porle d*eni en des lennct encore plut té? èret (A, mabdont k tévérité •enble être justifiée par cet afeu du ministre Jurien: Le cardinal de Richelieu , étant au& prétendus réformés leurs places de sûreté, agit plutôt par une sagesse politique que par un lèle de religion. Il voyait que c'était un État dans un État , et que ces villes étaient des reiraiiêê 4t réb^lêêHde mécomienU (S). »
Je pourrais aisément multipUer ces témoignages, al les aHNiyer d'une multitude de JUts incontestables : car enfin il y a eu des troubles, des guerres dTHes, desréTolutions en Eun^ depuis étmi cents ans, et l'on en connaît asaes les eauaes. Quant à la question de savoir si la réforme a, depuis, changé de maximes, c'est i MM. de la Eismêe firoieattÊmÊd qnll appartient sans doute, plus qu'i personne, de nous l'apprendre; et celuÛi même qui nous reproche fiussement d'avoir ealùmmU le protestantisme, en le traitant de /àooàin, n'a pas craint d'imprimer, îly a peu de temps, ces nslves paroles : ■ SI la réforme a foit la révolution, c'est son plus « bel ouvrage.» Or, ilme semble que les iocoMw ont bien été pour quelque chose dans cette révolution , qui pourrait être iepluê bel ouvrage de la rëfiinHe.
Quoiqu'il enrsoit , je ne comprends pas comment
la Refme proietianie refoserait aux catholiques le
droit de juger le protestantisme comme l'ont jugé
tant de protestants, etcomme elle le juge elle-même.
J'aiThonneur d'être. Monsieur, etc.
L'abbé F. dx La Meiucais.
LETTRE