‹ Œuvres complètes de F. de La Mennais (volume 2)Chapitre 147 sur 226 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

volonté, et que le roi possède dans son royaume la plénitude de rautorité temporelle. Il y a donc manifestement une ignorance profonde ou une insigne mauvaise foi dans le reproche qu'on adresse aux papes de s'arroger sur le temporel des rois un pouvoir (pie J.-C. ne leur a pas donné. Ils ne s'attribuent d'autre pouvoir que le pouvoir spirituel, qui leur appartient de droit divin, et que nul catholique ne leur conteste. La question agitée aujourd'hui avec tant de chaleur consiste uniquement à savoir jusqu'où s'étend ce pouvoir*;;//v?we/, dans ses rapports avec la société politique chrétienne et la souveraineté qui la constitue : question, certes, d'une haute importance pour les rois et pour les peuples, et que nous tâcherons de nouveau d'éclaircir ; bien convaincu, du reste, que rien n'est jamais clair pour ceux qui sont d'avance décidés à ne pas comprendre.

« Existe- t-il une loi de justice universelle et perpétuelle , qui est le lien des hommes entre eux et la base immuable de toute société humaine? Tel est le premier point qu'il s'agit de résoudre, et nous le su))poserons résolu affirmativement. L'athée seul peut nier cette loi, et nous ne disputons point contre l'athée. On ne saurait, d'ailleurs, trouver qu'en elle le fondement du droit et du devoir , la raison du pouvoir et de l'obéissance : car comment concevoir le droit sans une loi d'où il dérive, sans une loi d'ordre obligatoire pour les êtres qu'elle doit régir; et , sans droit, que serait le pouvoir, sinon la force matérielle et brute?

u Mais , dès qu'il diffère essentiellement de la force, dès qu'on a reconnu qu'il repose sur une loi primordiale, indépendante des volontés de l'homme, on est contraint de reconnaître encore que le droit cesse quand cette loi est violée fondamentalement, et avec lui cesse la raison ou l'obligation d'obéir ; autrement il faudrait admettre un devoir d'oLéissnnce là où l'on nie le droit de commandement. Alais qu'on pense là-dessus ce qu'on voudra; toujours est-il qu'il se présente en même temps des circonstances où, ce droit étant douteux, ou suppose douteux , le peuple et le souverain se divisent , et une décision devient nécessaire. Or, à qui appartient cette décision indispensable ? ^w^ doit-on faire en cette occasion ? Y a-t-il une règle à suivre ? et quelle est cette règle? Existe-t-il une autorité à qui le jugement de ces hautes questions de justice sociale soit dévolu ? et quelle est celte autorité ? Voilà ce que demandent de concert la raison , la foi , la conscience. Et qu'on ne dise pas ifu'il est indiscret et dangereux de répondre ; car il est de fait que la force répond et décide seule, toutes les fois qu'un autre principe n'est pas établi dans la société : aussi sent-elle si profondément le besoin de ce principe

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