‹ Œuvres complètes de F. de La Mennais (volume 2)Chapitre 148 sur 226 · LETTRE AU RÉDACTEUR · texte numérisé non relu

LETTRE AU RÉDACTEUR

régulateur, que lorsqu'il est devenu , par une cause quelconque , incertain pour un grand nombre d'esprits, il ne serait guère moins facile d'interdire la pensée à Thomme , que d'interdire sur ce point les recherches et la discussion. C'est aujourd'hui l'état de l'Europe , partagée entre trois systèmes qu*on a jusqu'ici attaqués et défendus librement : le système catholique, qui interpose entre les sujets et le pouvoir spirituel de l'Église ; le système gallican , soutenu aussi par TÉglise anglicane , qui , établissant que la souveraineté est , de sa nature et dans tous les cas, inamissible , Taffranchit par le fait de toute loi réellement obligatoire, et ne laisse contre la tyrannie, à quelque excès qu'elle puisse être portée, d'autre remède que la tyrannie même; enfin le système philosophique , qui rend le peuple juge de toutes les questions qui intéressent la souveraineté , et par là déclare que lui seul est véritablement souverain.

« ^'ous examinerons ces trois systèmes, dont les deux derniers nous paraissent également funestes aux peuples et aux rois ; nous les examinerons dans leurs rapports avec l'intérêt général de la société et avec la doctrine catholique : mais nous attendrons pour cela que les évêques, dont on annonce une déclaration, aient parlé, et que le livre annoncé aussi de M. l'évêque de Chartres ait paru.

u Au reste , en adoptant avec Fénélon les principes qui ont régi la chrétienté pendant dix siècles, nous n'avons pas dissimulé qu'ils ne sont point applicables en ce moment , parce qu'une doctrine , quelque vraie qu'elle soit , est sans effet tant qu'on lii rejette. » On ne change point, avons-nous dit, « en quehpies années l'esprit des peuples ; et , jus- «< qu'A ce que cet esprit ait changé , il est imposai sibic que la société chrétienne renaisse. Elle est 't le fruit , non de la violence , mais de la conviction ; •: sa base est la foi et non pas l'épée. Elle existe «I quand on y croit, elle cesse d'être quand on «< cesse d'y croire , et jamais les lois ne la recréeront «< qu'en aidant à la rétablir dans la pensée et dans »i la conscience. )•

« Que si , au surplus , il nous était échappé quelque erreur contre la doctrine de l'Église catholique , apostolique, romaine , il y a un tribunal divin que t(Mis les cathoIi(]ues reconnaissent : qu'on nous dérère à ce tribunal; nous souscrivons d'avance, pleinement et de tout notre cœur, à son jugement, j»

LETTRE

Page 1