‹ Œuvres complètes de F. de La Mennais (volume 2)Chapitre 15 sur 226 · Le coi)cile est supérieur au pape : donc · texte numérisé non relu

Le coi)cile est supérieur au pape : donc

2. La puissance suprême ou la souveraineté réside dans le concile , et non pas dans le pape : donc

3. L'Église n'est pas une monarchie , mais une république aristocratique : donc

4. Quand les conciles oecuméniques ont dit que la plénitude de la puissance y la souveraineté

(1) le patMge du dliootiri n*est, mot pour mot, qa*ane cltaUon iet Frais prineipet de t'ÉglUe gaiUcane, p. 5. (S) n dlââlt â rarcbevéqae de Relmc , AU de Letelller : « Vout

• Mres la gloire d'avoir terminé Taffalre de la régale ; mais cette

• gMrc aéra obscurcie par cet propoiiiknu odieuses. » Nour. •PMC. de i*abbé rienry.

iZ) leiMil XIV, dans une bulle adrcMée, le 2 Juillet 1748, « Tarcbevèqoe de Conpoalelle, nou4 apprend, au sujet de la Défenset qu'elle Tut aur le point d'être coodamnée parClémenIXll. «Il

pleine et suprême appartient au pape , en vertu de l'institution même de Jésus - Christ , les conciles œcuméniques ont erré : donc

5. Il n'existe point dans l'Église, par l'institution divine , de puissance suprême ou de souveraineté permanente et perpétuelle : donc

6. Ou il n'existe point dans l'Église d'unité permanente et perpétuelle, ou la puissance suprême n'est pas le centre d'unité : donc

7. L'Église elle-même n'est pas, par l'institution divine, permanente et perpétuelle; ou elle peut exister comme Église , quoique dépourvue habi^ tuellement de la souveraineté ou de la puissance suprême qui seule la constitue Église ou société. Et, puisque l'infaillibilité n*appartient qu'à la puissance suprême : donc

8. Le pontife romain n'est point infaillible, ou il peut définir comme de foi des hérésies y et ordonner à toute r Église de les croire : donc

9. Il n'est pas vrai que , pour être dans l'Église , il faille nécessairement être en communion de foi avec le pontife romain ; et les conciles œcuméniques qui ont défini le contraire, ont erré : à moins qu'on ne préfère dire que

10. Il y a des cas où Dieu lui-même ordonne d'adhérer à l'hérésie, sous peine d'être séparé de l'Église.

11. Il n'y a dans l'Église de puissance suprême ou d'autorité infaillible que celle du concile, et les princes ont le droit d'empêcher que le concile s'assemble.

12. Le pouvoir de l'Église sur sa discipline ou sa puissance de législation et de gouvernement est soumise aux princes, de telle sorte qu'aucun décret des conciles œcuméniques sur la discipline n'a de force qu'autant qu'il est confirmé par le prince.

En voyant tout ce que renferment de principes hérétiques et schismatiques les quatre articles de 1682, qui s'étonnera que Bossuet lui-même les appelât des propositions odieuses (2) ? Elles doivent l'être bien plus encore à tous les catholiques, aujourd'hui qu'on en voit clairement les funestes conséquences ; et Bossuet lui-même n'a pu essayer de les défendre , sans attaquer , suivant l'expression de deux grands pontifes , la doctrine professée sur l'autorité du saint-siège^ par toute l'Église catholique y la France seule exceptée (3). Il faut

« est dURclle , dit ce grand pape, de trouver un autre ouvrage « aussi contraire à ia doctrine professée sur l'autorité du saint' « siège par toute l'Église catholique, la France seule exceptée « et notre prédécesseur Immédiat, Clément Xll, ne s*abstinl de « la condamner Torroellement que par la double consldéraUon,et « des égards dus à l'auleur qui avait si bien mérité de la religion, « et de la crainte trop fondée d'exciter de nouveaux troubles. » Voyez cette bulle dans les OEuvres de Bossuet, tom. XIX ; pré' race, p. 29, édU. In-i».

DE LA RELIGION DANS SES IlAl'I'OnTS

iloïic opter nécessaireinent entre la doctrine de toute rÉffiise calAolfque, ellaùoclriaeàela Déclaration.

Rejetée , dès qu'elle parut , de toutes les Églises unie» au pape , flétrie en Espagne par des censures expresses {]), flétrie également en Hongrie comme absurde et détestable, parun concile national, i{ui ea défendit la ieclure/uf^u'à ce que te Siège apostolique , à qui seul appartient le prioUége immuable et divin de terminer le» controverses de la foi, eût prononcé son Jugement infaillible (2), elle fut condamnée, cassée et déclarée nulle ;>ar Innocent XI (3), Innocent XII et Alexandre VUI (4), dont Pie VI rappelle les décrets dans la bulle Auctoremfidei. En France mfme, la Sorbonne refusa de l'enregistrer ; et ce fut le parlement qui, s'étanl Fait apporter les registres de cette compagnie, y fît transcrire les quatre articles. Loin d'obtenir jamais un assentiment général, la Force et la violence étaient presque leur seul appui, <• 11 ne faut pas se dissi- <i muler, dit un de nos plus habiles théologiens, •I que dans celte masse imposante de témoignages •I qu'ont rassemblés Bellarmin et autres, il ne soit Il difficile de ne pas reconnaître l'autorité certaine « et infaillible du Siège apostolique ou de l'Église Il romaine ; mais il est encore beaucoup plus diF- II flcile de les concilier avec la déclaration du clergé H de France, de laquelle gn ne noua permet pasde u nous écarter (S). »

Les hérétique» se réjouirent de ïoir l'Église gallicane , placée mire les ultramontains et les protestants, recevoir les coups des deux partis (6). Dn rougit pour les auteurs de la Déclaralion , en lisant les observations que leur adressèrent à ce sujet les calvinistes de France. >i On voit en premier « lieu, disaient-ils aui prélats, que les différends Il de religion n'ont eu aucune part au dessein >i de votre assemblée. Vous vous fies assemblés Il eitraordinaù'enient pour vous opposer à ce que Il TOUS appe]eîie» en (reprises de la cour de Rome, Il et parliculièrcment pour vous plaindre de plu- '1 sieurs décrets du pai)c. Sous avons votre décla- " ration expresse que le pape n'a aucun pouvoir Il sur le temporel des princes, et ne peut délier les « sujets du serment de Hdélité ; que le concile est K au-dessus du pape; que le pape peut se tromper, Il ou que son jugement peut être réformé , même 11 dans les choses de Foi (7). n

Pariant ensuite des motifs de leur séparation de

l'Église romaine, ils ajoutent: >ila cim^ième rai- 'I son, ell'une des plus remarquables, esU'autort'bf <i dupape, qui prétend être infaillible et au-dessus Il des conciles , des princes , des rois , de sorte Il qu'il peut délier les sujets du serment de fidéliléj •I les exemplesen sont Fréquents dans les diRerenU " siècles.

u Quand nous nous plaignons sur ce point, vous •I répondez que ce sont des chosesque les ministres Il atlèguenl pour rendre odieuse la puissance da " pape ; qu'il est inutile d'en parler. Avec tout cela •I on voit maintenant, Messeîgneurs, que c'est vous- II mêmes qui les alléguez , sans aucune crainte de i< rendre les papes odieux. Vous avez cru néces- <• saire non- seulement d'en parler, mais de vous u déclarer formellement contre tout cela. Voua « direz peut-être que c'est en partie pour nout •I édifier : et il est vrai que e'esl une espèce d'édli> ticalion pour nous, de voir qu'au moins en cda u vous justifiez nos plaintes et notre réforme. Hais

0 ce qui rend notre édification tmpar Faite, c'est que u ni tous vos peuples de deçà et d'au-delà da monts. Il ni les communautés religieuses , ni tous vos doc-. u leurs , ni peul-ftre tous ceux de votre corps , ne 'I souscrivent unanimement à toutes vos décisions.

Il 11 est constant aussi, et vos propres expression! " le laissent entrevoir, qu'en déclarant que le pape fl peut se IrutDiier, ou que son jugement peut fitre Il réformé, *(■ le consentement de l'Église n'i'»- ■I tervient, votre sentiment est que cependant le IL pape a toujours ce qu'on appelle le proviiotret •■■ qu'il peut toujours ordonner ce qui regarde la " ïw, et que son jugement doit être suivi et observé it jusqu'àce que le concile ou l'Eglise juge àpropoi Il de le confirmer ou de le reformer. Ainsi , d'une <i part, vous laissez encore su pape ce que votu Il paraissez lui ùter, et, de l'autre, vous convenez Il non-seulemenl que le pape peut errer dans \n. « choses de Foi, mais que l'Eglise entière peut errer,

1 avec lui sur les marnes choses, au moins profit « soireiiient , pendant quelques siècles , et que i< non-seulement elle peut être dans l'erreur, mais n qu'elle est obligée d'y rester par devoir et par Il soumission. C'est d'aprèsces principes qu'Alexan- Il dre VI] ayant jugé que les cinq propositions qui Il ont fait tant de bruit parmi vous étaient dans Il Jansénius , et le^ ayant condamnées comme héréti- II ques, beaucoup de personnes doctes de votre com- II muiiion et même de votre ordre ont eu beau sou-

AVEC L'ORDRE POLITIQUE ET CIVIL

« tenir ce quf tous déclarez maintenant , que le « pape pourait se tromper, au moins sur le fait, « TOUS atez touIu et tous Toulez encore que tous « fessent profession de croire les mêmes choses « tant sur le fait que sur le droit , comme si le pape « eût été infaillible sur Fun et sur Tautre.

« Donc la foi, la conscience et le salut des fidèles « dépendent d'un jugement sujet à Terreur, jus- « qu'à ce que ce jugement soit réformé. Donc, si « les papes eussent été ariens ou monolhélites , « non>seulement l'Église pouTait, mais dcTait être « hérétique aTcc eux. Donc , Messeigneurs , le pape « n'a qu'à continuer d'être, comme il est public qu'il l'est, d'un sentiment contraire au TÔtre, pour que toutes tos déclarations soient inutiles. Elles ne feront qu'éTciller de nouTeaux scrupules dans les consciences. Finalement , quoi qu'il ordonne aux peuples , tous serez , Messeigneurs , tenus d'obéir et de tous soumettre, au moins provisoirement y en attendant qu'il lui plaise de rassembler FÉglise en plein concile , et qu'il plaise au concile de le réformer. Si cç n'est pas là votre pensée , Messeigneurs , comme il semble que ce ne devrait pas l'être , parce que les conséquences en sont terribles; permettez-moi de vous le dire, TOUS n'êtes pas d'accord avec vous -mêmes : et TOUS Toilà parefllement , sous ce rapport , dans ane espèce de schisme ou de séparation entre TOUS et Totre propre chef (1). n n dut être pénible pour les prélals de 1682 d'à- Toir donné à l'hérésie de semblables avantages. Au reste , l'inconséquence que leur reprochaient les calTÎnistes est l'unique cause qui ait empêché la consommation du schisme en France. On soutenait co théorie une doctrine de révolte , et dans la pratique on obéissait. Le fond des cœurs était catholiqne. Ni le roi, ni les corps de l'État ne désiraient une rupture complète aTCc Rome : elle aurait trouvé, d'ailleurs, trop d'obstacles dans la nation. On allait en avant sans se demander où l'on arriverait. Le clergé posait des principes dont il repoussait les conséquences, et les parlements eux-mêmes ne vqnlaient que les conséquences dont ils avaient bMoin dans les cas particuliers qui se présentaient successivement.

n n'en est plus ainsi maintenant. Fort peu importe la Déclaration à ceux qui en font tant de bruit : ce sont ses conséquences seules, ses conséquences tout entières quils veulent. Ils aspirent au schisme; dans leurs vœux insensés et criminels ils rêvent une Église nationale , avec laquelle ils en auraient bientôt fini du christianisme. Qu'on né s'y trompe

0} BépofueapologéHque, etc., p. 34 et «ulTantef.

(1) Piai., dtLegib., llb. X et a\Sb,'^Xeru^.,Memorab. Socrai.t

TOHB II.

pas, voilà leur but; et le moyen qu'ils ont choisi pour y parvenir serait infaillible , si le clergé, fidèle à sa foi, à la foi catholique, apostolique ,rofnaine, ne leur opposait une barrière insurmontable. Oui , certes, le sacerdoce a aujourd'hui de grands devoirs, et plus que jamais il doit se presser autour de celui de qui seul il emprunte sa force. Qu'il tourne les yeux vers son chef : c'est là qu'est l'espérance. Gardien de la religion qui ne périra point, la Providence le charge encore , en ces jours de destruction , de veiller sur les débris de la société humaine. Elle lui en confie le soin , jusqu'au moment où il lui plaira de féconder de nouveau ces ruines. L'avenir du monde est dans ses mains : les ennemis de Dieu le sentent ; pour lui, qu'il le sache, et qu*il remplisse avec confiance ses hautes destinées.

Mais , puisque les projets de l'impiété sout connus, puisqu'elle travaille ou vertement à précipiter la France dans le schisme, sous le prétexte de défendre les libertés gallicanes j il convient de montrer ce que c'est qu'une Église nationale , et quelles conséquences aurait pour nous une pareille révolution, s*il était possible qu'on réussit à l'accomplir jamais.

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