CHAPITRE VIII
Des églises nationales.
Les maximes gallicanes , proclamées précipitamment par des prélats de cour, qui , dans l'aveuglement de la passion, n'y virent qu'une insulte au pontife romain et une flatterie pour le monarque , tendaient , comme on l'a prouvé , à séparer totalement Tordre politique de l'ordre religieux , et même à détruire l'ordre religieux en le soumettant , contre sa nature , à Tordre politique. Elles ne sont, sous ce rapport, que Texpression théologique des doctrines du siècle , des doctrines athées , dont la philosophie , née du protestantisme, s'efforce de faire l'application rigoureuse à la société; et, sous le même rapport , il est impossible de concevoir rien de plus opposé à la croyance unanime des peuples et aux idées que les anciens se formaient de la constitution de la cité , qui reposait , à leurs yeux , sur la loi divine, source primitive et base nécessaire de toutes les lois humaines (2).
Le christianisme , en perfectionnant l'institution religieuse, et par conséquent aussi l'institution so-
nt. I.— piutarch.f Conlra CotoL, Oper-, p. 1123.— Cieêr., <te ugfb., paiilm.
DE LA RELIGION DANS SES RAPPORTS
Tiale, n'en déplaça pas les fondemenls; au contraire, il les afFermil, et ce Fut fiicore autour de l'autel que les hommes se rassemblèreni el s'unirent. Une nouvelle civilisation sortit du sanctuaire où s'était noué le lien politique, cirilisation proportionnée, dans son déTeloppemenl, & ecluides dogmes et des précepti's; car toutledroilpitblicdes peu pics est dans ifS préceptes de leur religion , et toute leur raison dans ses dogroes. Quoi qu'en puissent penser ceux donllasciencen'asujusqu'à présent queiiêlmre, la vie de la société n'est pas del'ordre matériel. Jamais État ne fut fondé pour satisfaire aux besoins yhyliques. L'accroissement des richesses , le progrés des jouissances, ne créent entre les boiumes aucuns liens réels, et un bazar n'est point une cité. Essayer de réduire à des relations de ce genre les rapports constitutifs d'une nation , c'est chercher les lois de la nature humaine et de la nature sociale di<ns ceqiie l'homme a de commun avec les animaux ; c'est travailler dès-lors à le rabaisser au niveau de la brute, condition indispensable pour le succès d'un pareil dessein : car, tant que l'homme demeurera un être moral el intelligent, les lois de l'intelligence el de l'ordre moralse manifesteront in vinciblemenlet domineront loutes les autres lois; elles seront seules la société.
El quel est, en effet, le pays , l'époque, où la société n'ait eu pour base des croyances communes avec les devoirs qui en résultent? El, quand les croyances périssent , n'est-ce pas encore par les opinions qu'on se divise ou qu'on se rapproche? N'est-ce pas toujours dans l'ordre spirituel , et là uniquemenl, que se trouve le principed'union? Mais aussi nuUe cause plus puissante de séparation que la diversité des croyances, rien qui rende l'homme plus étranger à l'homme , qui crée des défiances plus profondes, des inimitiés plus implacables. Cela est vrai, surtout pour les peuples : quand la religion ne les unit pas, elle creuse entre eux un abîme.
L'histoire du monde païen en olFre un exempte perpétuel. Ces haines si animées , si persévérantes , ce patriotisme étroit et barbare, quel en était le premier principe, si ce n'est l'opposition des cultes idoUlriques? >< Chaque État, dit Rousseau, ayant « son culte propre, aussi bien que son gouverne- « ment, ne distinguait point ses dieux de ses lois.... " La rebgion, inscrite dans un seul pays, lui donne ■1 ses dieux , ses patrons propres el lulélaires ; elle ■■ a ses dogmes, ses rites, son culte extérieur pres- 'I crit par des lois : hors la seule nation qui la suit , ■1 tout est pour elle infidèle, étranger , barbare ; elle ■1 n'étend les devoirs el les droits de l'bomme ■I qu'aussi loin que ses autels. Telles furent toutes « les religions des premiers peuples (I). >• Les
il) Contrai leelal, lit. IV.chap. viii.
croyances vraies et communes & toutes tes nationi conservaient seules entre elles quelques relatioi d'bumanité : mais ces croyances , plutôt domesQques que publiques, agirent sur les mœurs plui que sur les lois, et n'exercèrent que peu d'influence dans le gouvernement chez les anciens ; et c'est pourquoi ils n'eurent jamais de véritable droit dei gens.
Malgré leur civilisation moins imparfaite à quelques égards, les Orientaux furent toujours séparés du reste du monde , et les uns des autres, par l'insurmontable barrière des croyances: et l'on ne sait que trop de quelles effroyables tragédies l'Inde a été b théâtre, loutes les fois que deux religions diversM s'y sont trouviles en présence. Essayez d'établir nu lien social entre les bouddistes et les disciples de Brahma, entre les parsts et les musulmans, entra les Juifs et un autre peuple quel qu'il soit : habilants du même sol, ils formeront constamment deux peuples séparés ; désunis de foi , d'espérance et de prière, jamais le mariage ne les rapprochera : ili n'auront rien de commun , pas même le tombeau.
Qu'on donne, tant qu'un voudra, le nom de préjugé k ce scnlimenl universel , qu'on le déclare opposé à la raison : quelque chose de plus fort que cette raison philosophique l'emportera toujours sur ses vaines spéculations; et peut-être, au lieu de combattre cet invincible sentiment, vaudrait -t) mieux y reconnaître une loi de la nature morale, pour en tirer, comme des autres lois, des conséquences utilesâ l'humanité. Il nefaul pas commencer par nier l'homme, si l'on veut le servir. Mais le caractère des esprits de ce temps est de s'élever audessus de l'expérience, de rërer des êtres abstraits et des lois abstraites, auxquellesons'elForceensuitedB plier le monde réel. Des gens ont imaginé de démo* lir la maison de leur père pour la rebâtir dans les nues , et ils s'étonnent d'être entourés de mines.
Chez les peuples modernes spiritualisés par le christianisme, nourris de dogmes plus développés, de vérités plus fécondes, les croyances ont été aussi, plus que jamais, le fonds de la vie hunuine et de la vie sociale, le lien des hommes et le lien des nations. Partout où s'est étendue soninflucnce, il a renouvelé la société et déposé dans son sein le germe d'une civilisation inconnue jusqu'alors. Si l'on excepte la nation juive , la révélation primitive et le culte divin ne s'étaient nulle part conservés purs de tout mélange d'erreur et de superstition. Jésus-Cbrist sépara de la doctrine primordiale leserreurs qui l'altéraient, et manifesta les dogmes enveloppés dans la foi des âges précédents. Tout ce qu'il y a de bon , de vrai , de nécessaire et d'utile au genre humain , le christianisme le renferme, ou commeprincipe, ou comme conséquence. Un, dès-lors , et universel , |Hiisqiit
AVEC L'oaDRE POLITIQUE ET CIVIL.
b «érité ne Tarie pas , qu'elle est de lous les [eiii|is el de loue W lieux , il tend par sa nalurc à se dilater, à s'élendre, à rassembler tous les peuples dans too unité. C'est là son caractère distinctlF, el pour ùtsi dire incommunicable, et c'est le caractère de tout ce qui est divin. Aucune loi plus générale que cette loi sublime des intelligences , à qui nuUe raison , nulle volonté ne peut échapper entièrement , tl qui conserve ceux mêmes qui la Tiolent, parce <]ne la violation absolue de la loi de Tèrité et de la loi d'ordre serait la destruction absolue de l'èlre iuteliigent, et qu'il n'est pas en son pouvoir de se détruire. Ce qui désunit, ctst ce que chacun, sebn tes erreurs ou ses passions , retranche de celte parfaite loi ; mais elle n'en demeure pas moins toujours la même, toujours une et universelle: car l'homme, ijui est libre de se voiler les yeux, ne l'est pas de Toiler le soleil ; l'homme , qui est libre de chot;iir entre le vrai et le faux, entre te bien et le mal, ne Test pas d'altérer la nature immuable du bien et du trai , ni de se créer un autre principe de vie.
Quoiqu'd rejetât la révélation , Rousseau ne lais- NÏt pas de sentir ce grand caractère de divinité dont te christianisme est empreint, a Le christianisme , « dit-il , est , dans son principe , une religion uni-
• verscUe, qui n'a rien d'exclusif, rien de local,
• rien de propre à tel pays plutât qu'à tel autre. „
■ Le parfait christianisme est l'institution sociale
■ universelle (1). Il Uab comment forme-t-il une institution sociale ?
Avant Jésus-Christ, la vraie religion, conHée à la Emilie qui en conservait le dépAt par une tradition domestique , n'était point constituée publiquement. Jésus-Christ, en instituant un ministère public-, une hiérarchie de pouvoirs gradués jusqu'au pouvoir suprême un et universel comme la religion qu'il devait perpétuer, unit tous ses disciples dans une société non-seulement spirituelle , mais aussi extérieure et vbible, et dont la notion mdme exclut l'idée de limites. C'est ainsi que le christianisme, universel par ses dogmes, par son culte, par ses pri^eptes , c'est-à-dire comme loi d'ordre et de vérité, est encore, par la constitution divine de l'Église, V institution sociale universelle.
Et de là sa force prodigieuse : s'il agit sur tout Thomme el sur lous les hommes par la puissance de M doctrine , il agit sur la société par le sacerdoce ; ft, ramenant tout à l'unité, qui est son essence, il travaille perpétuellement à établir entre les membres de la famille humaine l'union la plus parfaite qu'il
il jroaMraH, Contrat teviai ,i\
t.llaiMctllnltTeiMr^Mrcecancitrcdu chrliU
nous soit donné de concevoir. Qu'ils soient un comme nous sommes un (2). Cette prière que Jésus-Christ adressait à son Tére, et qu'il ne lui adressa pas en vain , montrait le but du christianisme et en annonçait les effets. " Par celte religion « sainte, sublime, véritable, les hommes, enfants " du mèmeDieu, se reconnaissent tous pour Frères, " et la société qui les unit ne se dissout pas même II à la mort (3). n La même foi, les mtmes espérances, le même amour les unit intérieurement; et , marqués à leur naissance du même sceau divin , ils sont encore unis au dehors par les mêmes devoirs , les mêmes prières , le même sacrifice , la participation à la même victime immolée dès l'origine du monde (4), et p:ir l'obéissance au même [louvolr.
Tel est le véritable christianisme , si stupidement méconnu et calomnié. Il n'opère pas sans doute des choses contradictoires, il ne fait pas qu'il y ait union là où les doctrines sont opposées et les cultes divers ; qu'on soit à la fois et qu'on ne soit pas de la même société : mais , armé de bienfaits et d'une douce persuasion , il tend conslammenl à propager l'unité religieuse el sociale; il prolonge ses rayons à travers les nuages de l'erreur i et en même temps le caractère d'universalité propre à ses croyances , que nul homme ne peut regarder comme parliculiêrement à lui , parce qu'il les reçoit el ne les crée pas , il s'y soumet et ne les choisit pas , Ate ce que l'orgueil, la vanité , l'attachement toujours si vif à son sens personnel, donne aux opinions des sectaires de dur et de persécuteur. Le prosélytisme catbohque cherche des frères pour partager avec eux l'héritage commun ; le prosélytisme hérétique ou pliilosophiquc cherche des sujets , des raisons qui reconnaissent l'empire d'une autre raison. Née de la révolte et obUgée d'en maintenir le principe, lors même qu'elle se fait un appui de l'intolérance politique, toute secte commence i>ar l'usurpation et finit par l'anarchie.
Le grand schisme qui déchira la chrétienté au seizième siècle en offre la preuve dans toute son histoire ; el quiconque suivra par la réflexion ses conséquences jusqu'au bout, n'hésitera point à le regarder comme le plus terrible Beau qui jamais ail pesé sur le genre humain. Son premier effet fut de détruire la société publique des chrétiens, ou l'Église , en niant le pouvoir qui la constitue , en substituant au ministère un el universel et à son enseignement un ministère local el un enseignement variable; en un mot, en abolissant tous les liens
DE LA RELIGION DANS SES RAl'l'ORTS
extérieurs du chrigtianisme. Hais, par là même qu'il niait l'autorité divine de l'Eglise , il renfersail )e principe de foi , et détruisait la société purement spirituelle aussi bien que la société visible. Il rompit tolakment l'uDlté de doctrine, de culte et de morale. L'Écriture à la main, cliaque homme se lit ou put se faire, à l'aide du jugement privé, sa religion parlii.'uliêre:ilonc plus de reli);ioii commune et universelle , plus de lien entre les esprits , mais une séparation absolue , et l'hostile indépenJance de l'état sauvage.
En brisant l'unité religieuse, le protestantisme brisa également l'unité politique; les peuples se classèrent d'après leurs croyances, tant il est vrai que ce sont elles qui rapprochent ou<pii divisent: et il suffit de se rappeler le traité célèbre qu'avait précédé une guerre de trente ans , pour savoir si elles étaient ennemies ces nations dont il foUut, pour assurer leur existence réciproque, balancer si exactement les forces. La France, les Pays-Bas, l'Ecosse, l'Angleterre , la Suisse , sentirent aussi , et presque en même temps , que le lien social prend ses replis dsDS un ordre plus élevé que l'ordre politique , et qu'on peut habiter le mf me sol , parler la mËme langue, obéir aux mêmes lois civiles, et former néanmoins, au lieu d'un seul peuple, deux armées qui s'observent en attendant le combat. Les exécrables atrocités des guerres de religion, que prouventelles? que l'homme se sentait blessé dans ce qu'il a de plus intime : elles prouvent qu'à l'instant où cesse t'unioD des âmes par les mêmes croyances, la défiance et la haine lui succèdent; te schisme pénètre jusqu'au Foru.1 des cœurs , et y rompt tes derniers liens île rhumanilê. Non, la sociélé n'est pas ce qu'on pense ou plutût ce qu'on voudrait penser. Voilà plus de vingt ans que la politique a uni l'Irlande à l'Angleterre : voyez ce qui se passe dans ces deux paya, et jugez de cette union. Des troupes anglaises sont venues au secours de l'Espugne opprimée : l'Espagne a loué leur discipUne , mais les deux peuples se sont-ils reconnus pour frères ? Et vous-même qui souriez peut-être en lisant ceci , vous que CCS préjugés ne sauraient atteindre , mettez la main sur la poitrine, et dites si vous donneriez votre fille à un juif ou à un musulman ?
Partout où le souverain embrassa le protestantisme , il se produisit au dehors sous la forme d'Église uationale. La religion fut ce que le prince voulut ; et dès-lors elle ne put s'étendre au delà des frontières de l'État. Le calvinisme récemment moditfé par le roi de Prusse n'est point le luthéranisme saxon. La Suède, la Hollande, la Suisse zwiuglienne , ont chacune leur religion propre , bornée
à leur territoire ; et la religion anglicane ne nur^ non plus exister dans aucun lieu où ne s'étend pas le pouvoir du roi qui en est le chef. U en est ainsi de la religion russe : entièrement soumise à l'empereur, elle suit les destins de son autorité, et s'ar> rêle avec ses ukases.
Il suit de là d'abord qu'aucune de ces religions ne peut être le vrai christianisme , essentiellement un et ipiiversel ; et Rousseau lui-même avoue que t'Êcangile n'établit poitU une religion nationale (1). Donc établir une reUgion , une Église n» tionalc , c'est déclarer qu'on l'eoonce à l'Évangile et au christianisme. Et , de fait, quel est le dogme , ou même le précepte de morale évangclique qui n'ait été nié par des protestants? Hais c'est surtout,, comme nous l'avons fait voir (3) , par sou [«incips foudamental que le i)rolestantisme renverse la reî»gion chrétienne ; et, puisque l'Europe lui doit sait ancienne civilisation , l'on fait sagement de penser i eu créer , et sans relard , une nouvelle , dans toutes les contrées assez heureuses pour posséder des religions et de» Églises nationales.
Elles sont encore, sous un autrerapport, funestes à rhtuuaailé. Toute religion parlU'ulière est nécessairement fausse ; car la vérité est universelle. Mais, indépendamment de celle considération , d'une iiaule importance cependant par les couséqueucet qui en résultent même dans l'ordre purement teraporct, il est.certain que, de toutes les causesqui »é< parent et isolent les peuples, la diversité des religions est celle qui produit entre eux la division la ptm complète et la plus insurmontable. A cet égard , le<L religions et les Églises naiiooalcs créées par le protestantisme hors de la religion et de l'Église une et universelle , sont ua retour à l'ctat païen. Elles ont dissousiachrélientéetrendules nations européennes au moins étrangères les unes aux autres. Ces religions, inscrites dans un seul pan», sont ce qiia Rousseau appelle la religion du citoyen, v EUe a <• ses dogmes, ses rites, son culte eiterieur pn»-. » crii pur des lois.... C'est une espèce de Uiéocraliet, " dans laquelle on ne doit point avoir d'autre poit- II life que le prince , ni d'autres prêtres que Les mai> gistrats... Elle est mauvaise eu ce qu'étant fuudéa » sur l'erreur et sur le mensonge, elle trompe les u UoQunes, les rend crédules, superstitieux, cl u noie le vrai culte de la Divinité dans un vain cé- >i rémouial. Elle est mauvaise encore quand, deve*. u nant exclusive, elle rend un peuple saoguinairei u et intolérant... Cela met uu tel peuple dans ua « étal naturel de guerre avec tous les autres , très- « nuisible à sa propre sûreté (3j. n
Ce que Rousseau dit ici des peuples païens , s'est
i,i) Chip. VI, Sri, -IS, ConfrafrMfciJ, Ud.IV, ebw.THI.
AVEC L'ORDRE POLITIfJL'E ET CIVIL.
ml , on ne le sait que trop , lorque le prolestantisme s'est établi , et partout où il sV st établi ; et c<» Intles etfcis ont été plus marquas en proporlioo que la croyance aui dociriaeg nouvelles était plus vive. Hais, à raison de la nature même de la religion que le protesta mis me alrandonnail, et de u nature propre, dcu\ choses soutanivées, qui toutes deux étaient inévitables.
Tout l'édifice <lu cbrislianismc , ses dogmes, son culte, sa morale, reposait depub quinze siècles, et, dans les principes calboliques , doit reposer toujours, selon l'inslilulion de Jésus-Christ, sur l'enseignement d'une autorité divinement infaillible. A cette autorité divine , le protestantisme substitua le jugement privé de chaque homme. C'était dès-lors une contradietioD évidente , que de ré;;ler par des lois et par l'autorité du souverain la doctrine eL le culte national. Aussi vit-on , dès le premier moment , une multitude d'Églises particulières pulluler au seiu des Eglises naliouales ; et, comme on s'était premièrement séparé des autres peuples, chaque peuple, divisé en lui-même , se rompit eu autant de partira qu'il peut mouler d'idées différentes dans des egpriU sans règle et sans Frein. Le dualisme u-ma toutes ces ÉgUses les unes contre les autres. Les lois se passionnèrent comme les sectes; on mit la doctrioe légale sous la protection du bourreau : mais ni le bourreau , ni les lois oe pouvaient arrêter ■'sclion du principe qu'on avait admis; les dissidents opposèrent la liolence à la force, et de sanglauts symboles remplacèrent partout l'Évaogile de paix.
Celle frénésie dura plus d'un siècle , après quoi le même principe qui l'avait produite la modéra peu à peu en se développant dans ses dei-nières eonséqurnces. Une sorte d'habitude de foi que les protestants avaient conservée en quiLlant l'Église catholique , se combinant avec l'orgueil et l'upiniatrcté propre aux seL-luires, fîl que chacun d'eux embrassa les ofûnions qu'il s'était Rtites, cl les délendit avec une indompUble énergie. Mais, ces opin ions variant sans cesse et se multipliant à l'iuRoi, en vertu de la liberté absolue de jugement, elles finirent par inspirer successive me ni moins de confiance j le doute s'insinua daus les esprits, l'Jnditfërenee dans les cœurs; uu christianisme vague, et sans application positive à la société ni à l'individu , devint l'unique religion du peuple. On lui apprit qu'Clre protestant, ce ait pas croire tel ou tel dogme , professer telle
t telle fut, mais simplement u'ètre pas catho-
9 iDgtlcan qal i ittlol ilntl u religion d*ni un
fa. Qirar-ccquf Ig prolcaUnUiine? Réjionf-
tpUmr. et l'EicluaUjn ilei Ju^ilMeg ds (oui
■liuhiuc fl dïll, - 71if proleilanfi catKhUm,
lique (1); ce qui renferme l'entière négationde touic vérité reUgieuse : car quiconque en admet une seule est catholique en cela. Le déisme se propagea dans les classes cievêes ; quelques-uns poussèrent jusqu'il l'athéisme : tous , livrés à leur propre sens pour seul guide et pour seule loi, purent penser tout ce qu'ils voulurent , et déterminer à leur gré leurs devoirs comme leurs croyances. Ainsi s'acheva la dissolution des liens religieux, destmès à unir les hommes. Les Eglises nationales ne furent plus que des institutions politiques dépourvues de toute influence morale sur la nation , et ne servant qu'a marquer, sous le rapport spirituel, sa séparation de toutes les autres. Mais, quoique le Fanatisme, qui suppose uu principe de foi, fût k peu près éteint, la persécution lui a survécu, avec cette différence, qu'en général elle n'a plus pesé que sur les catholiques (3), toujours redoutés des gouvernements liés par les lois à une religion particulière , et dèslors éteruelleroeut ineompalibte avec la religion universelle, et toujours odieux au protesLanLisme , beaucoup moins à cause de ce qu'ils croient, qu'd cause de l'obligation imposée, selon leur doctrine, à tous les hommes, de croire Également. Que si l'on veut voir, du reste, à quel poiul celte espèce d'isolement politique et religieux peut, â certains égards , rétrécir la raisou el abrutir l'intelligence humaine chez un peuple d'ailleurs éclaire, on n'a qu'à lire la discussion qui eut lieu l'an dernier m Angleterre, dans la Chambre des I.ords, à l'occasion du bill présenté pour l'émancipaiion des catholiques. Je ne sache rîtn de plus bumiUaot pmir une nation que quelques-uns des discours prononcés en cette circonstance, où le premier interprète des lois , le lord-cbaucelier, justement honoré comme magistrat, et l'évéque de Cliesler , dont on loue les connaissances littéraires, semblèrent avoir pris à tâche, ainsi que lord Colchester, de dépasser, sur les questions traitées alors dans le parlement , toutes les bornes conuues de l'ignorance et de l'extrava-
l'our apprécier exactement le protestantisme et ses elFitts , on doit donc aujourd'hui le considérer sous deux aspects divers. Par rétablissement d'Églises nationales, devenues de pures institutions politiques, U a brisé l'unité européenne, isolé complètement les peuples des peuples, et renversé les bases du droit public , universel et inaltérable , à qui le monde chrétien devait sa civilisalionri
I^ souveraiueté , affrencbie du pouvoir spirituel
Il que, d«M l« domlire, U
iviildaaluwUqtHtdiDiarcux.
DE 1,A RELIGION DANS SES RAPPORTS
r lUprCme de la justice et des droils de l'humanité , affranchie mËiiie de toute doctrine et de tout devoir , puisqu'elle seule créait les devoirs et déterminait les doctrines, n'a eu désormais et n'a pu avoir, au dedans comme au dehors, d'autre règle de conduite , d'autre principe de eouvernemenl, que l'intérêt ; c'est-à-dire ijue chaque peuple s'est trouvé , suivant l'expression de Rousseau , dans un élal naturel de guerre arec lout tes autres; et le souverain, par la même raison, dans un état naturel de guerre avec les sujets ; de sorte que naturetlemenl il ne saurait exister que de courtes trêves entre les peuples, et des trêves non moins courtes entre les sujets et le souverain. La fatigue , le besoin de repos pour ranimer kurs forces et panser leurs blessures, sépare un moment les combattants, et, bientôt après, recommence la lutte interminable entre le despotisme et l'anarcbie.
D'une autre part, le protestantisme, ne pouvant prescrire la croyance d'aucun dogme positif, pas même la croyance que l'Écriture est la parole de Dieu , et obligeant les hommes de former leur foi d'après leurs propres lumières, détruit radicalement la société religieuse aussi bien que la société politique ; car on n'établit pas plus une société religieuse en disant : Contenons de croire, chacun, tùul ce qui nous paraîtra vrai, qu'on n'établit une société politique en disant : Convenons de faire, chacun, tout cequi nous paraîtra bon; et l'un est la suite nécessaire de l'autre. Quiconque est libre de croire ce qu'il veut, est libre d'agir comme il veut ; et le jugement qui règle la foi règle encore les actions. Ainsi, plus de devoirs universels, ou , en d'autres termes , plus de société , que celle dont les lois , écrites dans le code civil et le code criminel, ont la force pour garantie et le glaive pour sanction.
Or, qu'on jette un coup d'œil sur l'Europe, et qu'on dise s'il existe maintenant, hors de l'Église catholique , une doctrine religieuse , une doctrine morale, une doctrine politique arrêtée? Quelle autre fui a remplacé dans les esprits la foi chrétienne7<iuel autre lien unit les protestants, que la haine de la religion qu'ils ont quittée? qu'ont-ils de commun, excepté cette haine? Et ceux qui, plus avancés dans la même voie, rejettent l'Écriture, la révélation , Dieu même, quel est encore le lien qui les unil , sinon la haine de toutes les croyances auxquelles ils ont renoncé? Sur quel autre iM>int s'accordent-ils? Y a-t-il un seul principe , une seule idée dont ils conviennent , pour essayer de bdlir sur ce fondement? A quoi tendent tous leurs efforts , si ce n'est à détruire? et que peut-il résulter (l'une deglruclion universelle ? Leurs œuvres mêmes
leur déplaisent ; ils ne les épargnent pat plus que le reste. I.a société, disent-ils, est dans un état de passage ; rien de ce qui est ne doit subsister. Mais cette société qui passe , savent-Us où elle va ? Non ; quand on le leur demande , ils répondent qu'on le saura plus tard : et cependant, comme pour lui frayer le passage , ils abattent lout ce que le temps avait élevé, et, à chaque édifice qui croule, on les entend pousser des cris de joie sur les décombres.
Nous ne parlerons point des Forfaits inouïs qui révèlent journellement une dépravation telle qu'on n'en connaissait pas d'exemple; des monstres qui apparaissent comme les précurseurs d'une époque de crime : il suffit de considérer les mœurs générales pour y découvrir les symptômes d'un désordre profond, et de sinistres preuves de l'a Ifaiblisse ment de l'esprit social. Isolés déjà par les opinions , les hommes s'isolent, s'il est possible, encore plus par les intérêts. La cupidité est toute l'âme. Qui, aujourd'hui, a une famille, une patrie? Soi, et puis rien. Les sentiments généreux, l'honneur, la Hdélilé, le dévouement, tout ce qui faisait battre le cœur de nos ateux, émeut-il un moment le nOtre? Et c'est que, pour se sacrifier, il fautcroire à quelque chose qui ne soit ni de cette terre, ni de celte vie. Ce que le pauvre paysan apprenait au pied de l'autel, à supporter en paix la condition humaine, à aimer ses frères, à les servir, à se dévouer pour son pays, à mourir pour son Dieu , on ne l'apprend ni i la bourse , ni au Ihêàlre , ui dans les anliehambres et les salons où les places se distribuent. Calculer, voilà le devoir pour les hommes de ce temps, La conscience étonne et scandalise presque. Tel est le progrès de la corruption, que la servilité lasse déjà la puissance , et que se vendre deviendra bientôt un privilège. Qu'attendre de la génération qui prend racine dans cette lange? Enivrée d'elle-même , de ses pensées, de sa force , des désirs vagues tju'elle étend dansun vague avenir, tout ce qui est lui semble un obstacle s l'accomplissement de ses destinées. Une ardente inquiétude l'emporte dans mille roules diverses; agitée, tourmentée, parce qu'elle n'a pas la vie en elle, les anciens l'auraient comparée à ces ombres errantes qui cherchent un tombeau.
Que, pour haier la dissolution qui se manifeste de toutes parts dans la société, les révolutionaBiret apellent le schisme, cela se conçoit : car ta passion du mal s'irrite par elle-même , croU sans cesse , et n'est jamais rassasiée de destruction. Hais que, parmi les honmies qui n'ont pas fait un pacte éternel avec le désordre, il s'en puisse trouver qui ne tremblent pas à la seule pensée de ce schisme et de ses conséquences inévitables , c'est là, certes, ce qu'il est difRcile de s'expliquer. 11 n'entre pas dAas ,,
AVEC L'ORDRE POLITIQL'E ET CIVIL, noh* desscmile dérelopper ici des considéra lion s purement politiques; cependant il en est une que nous devons du moins indtquerVQui ne voit que, par le schisme, la France deviendrait, de touies les nalïont européennes, la plus isolée, la plus séparée de toutes les3Utres?n>epouiIlée lout à coup de la fttrce qu'elle lire de son union avec les contrées catholiques voisines, elle serait pour les peuples un objet d'horreur, et pour les gouvernements un tvjel perpétuel de crainte ; car ils sentiraient qu'un pareil changement , i la fois politique et religieux, menacerait, plus que la guerre. leur sftrelé,eldonnerdil aux esprits remuants, partout aujourd'hui ti nomlireux, un exemple redoutable. Ainsi la France, en rompant le lien de l'unité religieuse, renoncerait au rang glorieux qu'elle occupe dans le ifstème de l'Europe ; elle perdrait celte haute influence, cet ascendant moral, cette espèce de dominalioo pacilique que sa foi plus que ses armes lut avait acquise parmi les puissances catholiques , et la perdrait sans compensation; car elle resterait, comme auparavant, divisée des puissances non catholiques qui la bordent par tous ses intérêts matériels. Quelles sont les nations rivales de sa prospérité? qui peut lui envier son territoire, entraver sua commerce, s'alarmer de son industrie? Est-ce de ce» causes )>ermanentes de défiance et d'inimilié que sortiraient pour elle de nouvelles et solides alliances? Croit-on qu'elle parvint . ou à confondre rnlièrement sa politique avec celle de l'Angleterre , ou a ravir à l'Angleterre l'ascendant qu'elle exrree sur l'Europe protestante? L'apostasie, en détachant d'elle tous ses vrais alliés, ne lui en rendrait pas un seul. Inquiétante pour ses voisins, et inquiète ellemême ; déchue de son anlique autorité, et contrainte pour sa propre conservation de se créer au dedans une sauvegarde d'une autre nature, les efforts prodigieux auxquels l'obligerait sa poutlon, la précipiteraient forcément dans un système de conquête, qui, fdl-il heureux au commencement , amènerait \tn ou lard sa ruine. Il n'y eut Jamais de conquêtes durables que celles de la civilisation dans sa vigueur sur la barbarie, ou celles des peuples neufs sur la civilisation corrompue et mourante : et c'est pourquoi nul grand empire ne saurait aujourd'hui se former dans la société européenne. Des Tartares peut-^lre pourraient l'asservir; les armées les plus puissantes, recrutées dans son sein, ne réussiraient jamais qu'a la ravager.
Telles seraient quelques-unes des conséquences du schisme.' Et qu'on ne s'imagine pas qu'il pût s'effectuer sans de violentes secousses inlérieures.'j On sait bien que ceux qui le demandent n'hésite^ mieni pas â employer la persécution pour l'établir : inab la pcrséculion provoque la résistance; et, si la
foi devait avoir encore parmi nous ses martyrs , elle aurait aussi, qu'on n'en doute pas, ses défenseurs.
Admettons cependant le succès d'une pareille tentative; qu'en résulterait-il? Le protestantisme, comme religion, est à jamais éteint ; dénué de toute doctrine, il se réduit â une grande négation, et. sous cette Forme qu'il ne peut plus perdre , il n'offre rien qui puisse remplacer la foi des peuples catholiques. Le parti révolutionnaire, en essayant de le ranimer, n'a pu lut donner ce qui lui manque , des croyances. Il a remué ses cendres, il y a cherché quelque étincelle pour exciter de nouveaux embrasements : il était trop tard, ces cendres étaient froides. Au lieu de la réforme et de ses opinions, variables mais passionnées, il n'a trouvé que la philosophie et ses doutes ; et dès-lors son alliance avec le protestantisme n'a pu que marquer une
rndance politique commune.
^ 11 n'est donc possible , en aucune façon , de rendre le peu)ile protestant, et le schisme n'aurait d'autre effet que de le précipiter dans une impiété brutale j Qu'on se représente ce que serait à ses yeux une religion administrative, dont les dogmes, le culte, la discipline, dépendraient des caprices d'un ministre et de ses commis. Pour pasteurs, qui aurait-il? quelques apostats, des hommes sans foi et par conséquent sans mceurB, méprisés profondément de ceux même qui les soutiendraient. Si d^à il y a des exemples de prêtres vénérables sacrifiés par leurs supérieurs biérarchiqucs é la vengeance ou aux lâches frayeurs de l'autorité civile , et punis ecclésiastiquement de leur zèle à remplir les devoirs du sacerdoce, qu'on juge â quel excès de servilité descendrait bientôt le clergé que nous venons de peindre. Dans l'abjection oit il croupirait, les derniers misérables dédaigneraient d'abaisser leurs regards jusqu'à lui. El toutes les croyances, et toute la morale, ce sacré dépôt de la vie des peuples, serait confié i ce rebut de la race humaine?
Voyez, dans les lieux où la religion a perdu son empire, où les classes inférieures, privées de ses enseignements, n'ont plus pour règleque l'intérêt , pour guide que l'instinct du vice; où les repaires de la débauche sont ses seuls temples, des chants obscènes ses seules prières ; où l'enfant, quelquefois dressé au crime, et toujours nourri dans la corruption , n'apprend que par le blasphème qu'il y a quelque chose qu'on nomme Dieu ; où , parvenu au terme de sa hideuse carrière, l'homme ne trouve en lui-même ni une idée d'avenir, ni une espérancedu ciel, ni un souvenir d'innocence ; voyei toutes ces suites inévitables de l'exlinclion de la foi chez un peupleehrélien, et comprenez ce que ce serailqu'une vaste population ainsi dé^adée, tantôt assoupie
DE LA RF.LIG10N DANS SES RAPPORTS
comme d'une lourde in-essc, lantfti agiiée de mouvemenis lerribles quand ses passions Tiendraient à fermcnler.Cn effroyable despotisme pourrait seul , un moment , retracer quelijue apparence d'ordre, au milieu de l'anarcliie, qui, contenue et non pas domptée , ne tarderait pas à rompre ses digues , avec une fureur irritée encore par celle contrainte pas-
Sousquelque rapport qu'on envisage l'ordre politique et l'ordre religieux, on est donc constamment ramené à la même conclusion : point de pape, i>oint de christianisme ; point «le chrialianismc , point île religion; point de religion, point de socièléJ~Se séparer de Rome, faire le schisme, créer une église nationale, ce serait proclamer l'athéisme et ses coqséquences. Or, qu'on ne s'y trompe pas, les maximes qu'on appelle Ballicanes renferment tous les principesdecellefunestescission, et les révolutionnaires le savent biciT^Une i^hse qui s'allribue le droit de fixer les limites delà puissance suprême divinement préposée à l'Église universelle, qui ^il profession de ne pas reconnaître, en matière de discipline, l'autorité du pontife romain et des conciles œcuméniques, se déclare par cela même indépendante ; et si, dans la pratique , elle agissait conformément à sa doctrine, le schisme serait consommé. Tous les sectaire» l'aperçoivent clairement, et il se rencontre (les catholiques qui ne te Toient pas encore ! On a lu les paroles frappantes qu'adressaient les calvinistes aux prélats de 1682 ; qu'on entende mainlenanl les protestants d'aujourd'hui : «S'ils ont admis que Il chaque Église nationale a le droit de fixer les " limites de la souveraineld sph-ituelle, qui les ■1 empèclie de transporter ce droit à l'indiviilu , et >i alors leur réforme commençante sera accom- ■I plie, et alors leur culte s'abaisser», ou, disons >i mieux, s'élèvera à la simplicité de l'Évan- ... Bile(1)?"
( La philosophie tient le même langage ; elle avoue, elle prouve la conformité des maximes gallicanes avec le protestantisme : conformité évidente pour le bon sens, et qui n'est plus contestée, dit -elle, que par quelques publicistes véritablement indifférents en religion. Vous qui soutenez ces maximes funestes et qui vous croyez catholiques, qui en prenez le nom du moins , écoutez ce qu'on dit de voua et de totre doctrine dans le camp ennemi : " La question va de jour en jour se pré- >. cisanl davantage, entre la religion romaine d'une " part, le protestantisme et la philosophie de l'autre. <r En vain quelques potiliques à transactions et •1 quelques héritiers des opinions parlementaires Il s'obstinent à vouloir relever le gallicanisme ; ce
11 devait ttre son sort de mourir, lorsqu'il y jraratt « pleine connaissance, pleine franchise dans les K deux seules écoles qui peuvent réellement se Il disputer le monde. Il Faut aujourd'hui, ou rejeter .1 complètement le priurij* de Vautorilé, ou l'ao- <i cepier sans réserve. L'unité catholique se colI^• Il pose du concile d'une part, et du sainl-siége d< <L l'autre, mais liés d'une indissoluble union; stîic puler des libertés particulières à une Église, c'eil u dissoudre l'unité. El que le tort vienne du souu verain pontife qui envahit les droits des Églises , " ou des Églises qui se révollenC contre le souv»- •I rajn pontife, il n'importe, la séparation existe; « il n'y a plus de catholicisme: c'est reconnaître u le droit d'examen, c'est proclamer la souverai >i neté nationale en matière de religion ; c'est u 1 protestantisme de discipline, qui doit, lAt ou « tard, amener le protestantisme contre le dogme. 1 On conçoit que, lorsque les esprits n'étaient ni u assez éclairés, ni assez hardis pour prévoir et
I déduire les conséquences , on ail pu s'arrêter il ce tempérament diplomaliqne d'un concile d'é- Tèques unis à un roi contre le saint-siége, el maintenant le dogme par la force lorsqu'ils rom* paient la discipline par le raisonnement. Mais, aujourd'hui que le gallicanisme a porté tous sei fruits , qu'il s'est allié à toutes les idées de liberté politique, commentles catholiques ne sentiraientils pas son défaut?... Ni l'appui des pohLiquet du jour, ni les éloquentes prédications du grand poète qui ranima le catholicisme français il y a vingl-cinq ans , n'ont pu soutenir ce qui tombait. Les arrêts des cours ne feront pas mieux (9). Un évéque, cependant . ose taxer de fausses inquiétudes les craintes que celte doctrine inspire aux catlioliques. Ilemploie, et dans quel temps! tousse* cHbrls pour la ranimer ; il se flaltcque, par ses soins, elle renaîtra sous les auspices du savoir et du génie de Bossuet. 0 Église de France. Église affermie par les prières et consacrée par le sang d'un A grand nombre de martyrs, qu'à jamais Dieu , dans sa clémence, détourne de loi un funeste présage! Tes maux sont profonds , sans doute , et l'avenir, un avenir prochain , te réserve encore de plus dures épreuves: mais, nous tu avons la confiance, ta triompheras du momie, et de ses violences, eld ses artilices, par la foi (3). Interroge les siècles passés , ils te raconteront aussi tes périls et tet afRIctions. " Est-il, s'écriait un de tes anciens Pères,
II est-il, dans les Gaules, un évèque qui, ému de <> piété au fond de son dme, et enflammé du lèlfl Il de la loi sainte, se lève pour briser l'erreur, et Il pour ranimer l'espérance de ceux qui sècbenl de
AVEC l'ordue politique et civil.
• douleur? Elle est éleiole la Force des Dcnys , la u [liété des Martia ! Vous aussi, 6 Kilaire ! tous qui « défendiez l'uniléde l'Église avee le glaire del'Êsu prit divin ; TOiisaiissi, Père »ainl , tous noua avez « abandonnês.OÉglisedeK Gaules. Éf;lise délaissée, ■ désolée! quel dernier espoir de salut te reste-t-il? « et qui soulagera la tristesse desâmesehrétiennes? H Hélas! tu es ébranlée dans tes Fondements niè- •> roM(I)."
H a été dit aux apôtres : Jllez et enseignez; Toilà le premier devoir des cvi^qnes, et saint l'aul le rappelle sans cesse : Publies la saine doctrine; parlez, exhortez, reprenez avec toute autorité là) : car Dieu ne noua a pas donni! l'esprit de force et d'amour {5), Il est temps que les premiers pasteurs se souviennent de ce précepte , et que leur voit console, encourage , unisse le troupeau. Il est temps qu'ils repoussent avec publielté des maximes f^lalesà l'Église , et qui sont devenues eonune le symbole de tous ses ennemis. «Qui ne - résiste point à l'erreur, l'approuve ; et qui ne dé- " fend pas la vérité , l'opprime (4). » Qu'importent le» inconvénients que s'exagère la timidité? et !i quelle époque le devoir fut-il donc sans ineonvcnienls (S) ? Ce serait une triste prudence que eelle qui SArrîfierail à quelques instants d'une fausse paix Tavcnir de la Foi et de la vie de la société. <i Tout f ce qui se fait pour le repos de l'Église et pour fcTaïKirroissement de la religion , se Fait pour le
■alut (le l'empire (£). »
Que le lèle du clergé s'élève avec la grandeur de sa mission ; que les évèques lui donnent l'exeniiile de toutes les vertus généreuses : qu'entourés dis vieillards du sanctuaire , ils racontent au jeune sacerdoce les antiques douleurs de l'Église et ses douleurs récentes; qu'ils l'instruisent de ce qu'ils ont TU , du danger des fausses doctrines , de tous les principes qui tendent à dissoudre l'unité : qu'ifs le rappellent à ces jours heureux où les enfants du père commun . au lieu de discuter sa puissance , ne savaient qu'y oliéir avec un docile amour ; qu'ils lui montrent la terre oii se prépare l'épreuve de sa fidélité, le ciel oii il en recevra le prix, et peutêtre une vertu nouvelle émanée de la croix sauvera H K seconde fois le monde.
ifouB avons présenté le tableau des attaques dirt-
Hl(^ nMMt pmul iDGlIllUCUiUl vl
liDgil iffrcUn picli-
il TD qu«<iiie derellqiilitl ni
g^es contre l'Église : mais ce tableau serait incomplet , si l'on n'y joignait quelques réflexions sur des actes qu'on a cru lui être favorables , et qui cependant, à plusieurs égards, n'ont servi et ne pouvaient servir qu'à consacrer son oppression. Ce sera le sujet du chapitre suivant.