SUR UNE EXPOSITION DES SEUJIMENTS
» Autrefois le pouvoir politique ne s'ingérait des choses qui ont trait à la religion ou à la fnorale que sous la sanction et la direction de TEçlise, seule gardienne de la foi, en tant qu'elle est seule interprète de la parole de Dieu. Alors il y avait sécurité et garantie pour la foi des catholiques ; le pouvoir n'agissait pas en son nom , mais réellement au nom de Dieu. Aujourd'hui, dans l'Europe presque tout entière et jusque dans l'Europe catholique , le pouvoir politique a rejeté, soit absolument, soit en grande partie , l'autorité et la direction de l'Eglise. En France et en Autriche, par exemple , le gouvernement favorise certaines doctrines et en réprouve d'autres , soit dans les études , soit dans les séminaires , soit dans les écrits ; les nominations des professeurs et des évèques y sont influencées dans le même sens : le tout pour autant qu'on parvient à se faire obéir. Et , qu'on le remarque bien , nous rendons justice aux intentions de ces souverains ; mais ils s'égarent, parce qu'au lieu de laisser à l'Église toute sa liberté , au lieu de ne suivre qu'elle , ils s'attachent à l'opinion particulière qui a prévalu dans leurs conseils et dans l'esprit de quelques évèques. Que s'il en est ainsi sous des princes trèsbons catholiques du reste , on ne dira point que sous une dynastie acatholique on doive être en sécurité, lorsqu'elle prétend exercer son influence sur l'instruction. Mais que sera-ce lorsque , non contente d'avoir écarté de tous les établissements publics toute autre influence que In sienne, elle a encore la préteiilion de s'immiscer jusque dans les dernières ramifications de rinstruclion parlici/ Hère, iusqu* à interdire que la même personne instruise dans deux maisons difFérenles sans y être autorisée?
u Nous ne soutenons nullement que le gouvernement ne puisse établir un enseignement public sur des bases aussi étendues qu'il le voudrait : celle immense influence, la nalion ne peut y échapiier; mais en verln de quel droit veut-on entraver un père qui préfère une autre instruction ? Quel homme , quel corps, quel prince a le droit révoltant d'imposer, eu cette matière et en son nom |)rivé, sa volonté propre à un autre homme? de s'interposer entre un père et son fils? A Dieu seul appartient ce droit et à ceux (jui peuvent prouver évidemment qu'ils ont mission de lui : et encore n'est-ce i)our ceux-ci que par persuasion et non par contrainte, à moins qu'il ne s'agisse d'empêcher un désordre ï)ositlf et évident ; et ce dernier point est le droit ou plutôt le devoir de tout gouvernement.
«t Si un père, un fils ou un instituteur commet quelque délit , punissez-le ; c'est votre droit , mais non d'imposer ou vos méthodes , ou votre science, ju vos opinions, ou vos doctrines, ou vos maîtres, ou quelque mesm-e préventive que ce soit , fiU-ce
même par une loi : elle serait une usurpation , contraire à la loi divine et à la loi naturelle , et sans autre valeur que celle de la force. Dans ce royaume cette loi serait absolument contraire à la Loi fondamentale , et , par conséquent , inyalide aussi de ce chef.
(( Ce qu'il est illicite de faire contre un père et son flls , il est illicite de le faire contre cent mille, et par conséquent nous avons le droit de former des établissements d'instruction particulière en tel nombre et sur des bases aussi larges que nous le trouverons convenable.
« Les catholiques , en foce du terrible péril de voir l'instruction de leurs enfants et , par des lois sur la presse, l'instruction de tous les âges livrée au bon plaisir de l'homme , les catholiques ont pa et ont dû chercher des garanties. Au siècle où noos sommes , il était impossible d'en trouver d'autres que la liberté. Sans la liberté de l'enseignement, il ne leur resterait plus de possibilité de transmettre à leurs enfants leur foi dans toute sa pureté; sans la liberté de la presse, il ne leur resterait plus de possibilité de défendre leur croyance et leurs actions, ni d'exposer leurs principes suivant Fexigence des temps, ni de résister à l'arbitraire et au despotisme ; enfln , sans la liberté des opinions religieuseç, ils devraient se courber sous le joug dfs opinions de tous ceux qui parviendront successiiement au pouvoir. Les catholiques ne sauraient être libres seuls ; la liberté de tous est devenue la condition nécessaire de leur liberté. Du reste , ils ne d^ mandent aucune liberté nouvelle ; celles auxquelles ils prétendent sont gravées profondément dans toutes les nouvelles constitutions d'État , et très-explicitement dans la Loi fondamentale de ce royaume. Dieu l'a permis ainsi; il prépare toujours ce qui est nécessaire, suivant les temps, pour la conservation de la foi chez les peuples qui en restent dignes.
•'. Les libéraux demandent les mêmes libertés que nous, sans que leur but soit le même que le nôtre ; il est toutefois fort louable dans leur aversion du despotisme et dans leur juste horreur du joug (jue l'on cherche à imposer aux peuples , et en cela nous les aidons de grand cœur. En résistant avec nous , ils obéissent à un sentiment inné au cœur de riiomme , et , sans le savoir, à Tanticpie impulsion du christianisme , A qui le genre humain a dû son affranchissement. Aussi croyonsnous que leur éloiguement de la religion n'est point invincible. Au contraire, depuis que le véritable esprit de l'Eglise a été remis dans un plus grand jour, et dégagé des interprétations tout humaines qui n'avaient malheureusement que trop prévalu dans certaines écoles , depuis lors les Hbéraux ont dépouillé une grande partie de leurs préventions