‹ Œuvres complètes de F. de La Mennais (volume 2)Chapitre 154 sur 226 · DES CATHOLIQUES BELGES · texte numérisé non relu

DES CATHOLIQUES BELGES

anticatholiques et se sont rapprochés de nous. Nous marchons ainsi de conserve, nous prêtant un mutuel appui ; mais que l'on n'imag^ine point que rien dans le monde noos engage jamais au plus léger tacriflice de nos principes, nous rejetterions plutôt tout secours humain : car sans l'approbation divine nous n'espérons rien.

« En prétendant avec tant de vivacité jouir de la liberté , les catholiques offrent en même temps une garantie bien rassurante contre Tanarchie et la licence. C'est seulement dans les dogmes et les préceptes de l'Église que se trouvent réunies toutes les notions des droits et des devoirs, autrement dit, de l'ordre; et , comme TÉglise exige des catholiques une soumission absolue de l'esprit à ses dogmes et à ses préceptes , elle a un moyen beaucoup plus efficace d'obtenir d'eux la soumission de fait, ou Tordre réalisé , que ceux qui sont réduits à employer la force au lieu de la conviction. L'enseignement des catholiques, dans aucune science ni dans aucun âge, ne peut être soustrait à la critique de rÉglise infaillible en tout ce qui peut importer au maintien de Tordre voulu de Dieu. Et, contre les abus de la presse, quelles garanties dans le système de l'Église ! — L'auteur a le moyen de s'assurer, ayant la publication de son écrit, s'il ne contient rien de contraire à la parole de Dieu , c*est-à-dire , â l'ordre ; et l'État verra les vrais catholiques s'abstenir de la lecture des ouvrages que l'Église leur interdira : car ils ont la conviction qu'ils doivent lui obéir, et ils lui obéissent volontairement , librement et avec amour. L'histoire , semblable à un thermomètre , indique à quel degré les peuples ont été pénétrés de Tesprit de l'Église et dociles ou récalcitrants a sa voix , suivant que ses pages constatent des degrés d'ordre ou de désordre.

« Les catholiques et les libéraux , disons mieux , les peuples , veulent la liberté; de jour en jour ce sentiment si juste et si noble prend une nouvelle énergie et se développe avec rapidité. Partout , de jour en jour, les voix les plus éloquentes en démontrent mieux la légitimité et la nécessité; et, pour confirmer leurs démonstrations, d'officieux ministres ont soin chaque jour de rendre le despotisme plus haïssable. Qu'il faut ignorer les choses de ce monde pour nourrir l'espoir d'arrêter un tel élan ! Nous serons libres , parce que c'est notre volonté arrêtée. C'est notre droit ! Et plus vous aurez usurpé les droits que nous avons sur nos enfants , courbé l'iostruclion sous votre bon plaisir, imposé votre langue et proscrit la nôtre , réservé les emplois et ▼os faveurs aux Hollandais et aux protestants , renforcé votre inquisition , accumulé des destitutions , enchaîné la presse , rempli vos geôles ; plus vous aurez traîné de prêtres devant vos tribunaux , plus

vos juges amovibles auront condamné de citoyens chers à la patrie et absous par l'opinion , plus la liberté s'affermira sur les ruines de vos œuvres. Nous serons libres , et beaucoup 'de nations des deux mondes seront libres , soit par leur énergie , soit par la libre action de l'Église. Malheur à celles qui resteront sous le joug de l'homme! — Quelle pitié de voir quelques ministres conspirer contre un sentiment déjà trop fort pour être vaincu, et dont la force croit constamment ! Quelle pitié de voir des ministres songer a des baïonnettes contre les intelligences ! d'autres, opposer une ligne de douaniers à la pensée ! Aveugles qu'ils sont ! ils ne s'aperçoivent pas que la pensée, que la volonté de la liberté , a déjà poussé sous leurs pas d'iddestructibles racines !

(c Résignez - vous : le nouveau système social , dans toute la vigueur de sa jeunesse , s'avance ; reculez , ne disputez point le terrain pied à pied : les peuples veulent une justice entière ; elle seule pourra rétablir le calme. Le temps des illusions est passé. Ce que vous nous avez rendu , nous sommes justes, nous le publions hautement; nous sommes généreux , nous vous en rendons grâces comme si c'était plus qu'une réparation. Mais , songez-y bien, ious nous rendrez justice complète; et, si vous mettez trop de mauvaise foi à nous la rendre , vous nous donnerez en outre des sûretés nouvelles contre . vous. Voilà Tavenir (1).

« Bruxelles, le 22 février 1830.

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