‹ Œuvres complètes de F. de La Mennais (volume 2)Chapitre 155 sur 226 · L.-F. DE ROBIAIfO DE BORSBEEK · texte numérisé non relu

L.-F. DE ROBIAIfO DE BORSBEEK

Que de dignité et en même temps que de vraie sagesse dans ce langage! quelle mâle et chrétienne fermeté! £t pourquoi faut-il que de pareils exemples trouvent parmi nous si peu d'imitateurs? Nous aimons surtout à les proposer à Mgr. Jean-François- Marie Le Pappe de Trévern , conseiller d'État , évéque de Strasbourg, qui a, certes, de tout autres idées que les catholiques belges, si nous en jugeons par son mandement de carême que nous avons en ce moment sous les yeux.

Ce prélat commence par raconter au clergé et aux fidèles de son diocèse x qu'établi par l'Esprit saint u pour les diriger dans les voies du ciel , il s'était » fait la loi de rester étranger aux discussions u civiles et politiques (â). » Assurément il y a en France dix mille lois qui ne valent pas celle-là. M. de Trévern y avait pourtant mis in petto une restriction, et c'est lui-même qui nous l'apprend.

(1) On remarque que la Gazelle de France t qui a reproduit l'arUcle de M. de Robiano, en a perfldemenl omit la An, comme trop libérale pour les galiicauft et les absolutistes du ministère Polignac. (jêburrier des Pa/'s-Ba*.^

SUR UNE UiNE EXPOSITION DES SENTIMENTS

u Si le trouMe, dit-il, allait, nos très-chers frères, u à vous enlever la liberté d'esprit nécessaire pour •( remplir les fonctions de Totre état , les devoirs

« de votre profession alors nous serions non*

« seulement justifié , mais obligé même d'opposer « à vos alarmes des motifs plus puissants de sécu* «t rite et de calme (l).»Or, c'est là justement ce qui est arrivé : le trouble est allé à enlever la liberté d'esprit nécessaire aux Strasbourgeois pour remplir les fonctions de leur état. Et cela comment? Par une fermentation artificielle et concertée gui remue un parti considérable de lettrés Journalistesj en travail perpétuel dans la capitale (S). Ces lettrés journalistes, qui aspirent sans doute au mandarinat, ont attaqué les sept ministres que nous avons le bonheur de posséder : et encore en quel style! « Est-il concevable que, si u près encore du grand siècle , nourris de ses illustt très écrivains , ils en aient si étrangement rejeté « la grâce et la noble décence pour adopter le ton u ri fuient d'une rudesse antifrançaise? Est-il conu cevable qu'ils se soient abaissés à d'outrageuses ic et indignes expressions que proscrit l'urbanité K de nos mœurs , et Vabondance dune langue •< qui saurait au besoin allier la véhémence du re- M proche , l'énergie de l'invective , avec les égards «( dus au rang, à la dignité des personnes (3)? » Monseigneur, ainsi qu'on le voit , permettrait r?>ivective, même énergique, pourvu qu'elle n'eût pas le ton virulent dune rudesse anti française. Voilà ce qui le choipie , et avec raison ; car enfin , comme il le dit : >< Quand on n'a que le bien public « en vue, on écrit tout aulremcnt (4). » Et là-dessus , épanchant sa douleur avec une grave et noble décence, et dans le style du grand siècle : «0 vous, « s'écric-l-il , N. T. C. F. , qui n'êtes pas encore « initiés dans la langue de voire patrie, vous pou- »i vez aujourd'hui vous féliciter. Du moins vous ne »« connaissez pas encore un genre de souffrance «c qui pour nous est un vrai sup|)lice (i>). >» Je ne crois pas que, depuis l'origine de TÉglise , on IrouvAl dans l'épiscopal un second exemple d'une si vive et si touchante sensibilité littéraire.

Toujours pour calmer le trouble qui irait à enlever à ses diocésains la liberUî desprit nécessaire pour remplir les fonctions de leur dtatj Mgr. Le Pappe de Trévern se rend envers eux garant de tous et chacun de nos ministres, dont il a été a portée de connaitre personnellement quelques-uns, et déjuger les autres par des faits (U). Puis vient l'éloge de chacun d'eux ; et d'abord , comme il est juste, de M. le président du conseil,

(1)P. » et2 — (2)76/r/. -(3) 7Wd. — (4) P. 3. tS) Ibid.

qui fera l'admiration de la pastëriié (7). Toutefois un doute pénible obscurcit uo instant l'esprit du prélat. « A tous ses mérites , joiodra-t-il dins (( la tribune celui de la parofe? Nous l'ignoroiis « encore. » Cela est triste, il faut Pavouer; ma» voici la consolation : « Nous savons , quelque leo- «( sibles que nous soyons aux charmes de Pâo- » quence, nous savons cependant que Ton ne » gouverne pas les peuples par des mots , da veiv « biage (8). » Ce qui signifie que, quelque tentible que Monseigneur soit au verbiage, il ne se désespérera pourtant point dans le cas où M. de PoUgnac viendrait par hasard à en manquer.

Nous passons sous silence les compliments adressés au ministre quittent en main legauvemailds nos flottes (9), ainsi qu'à ses collègues de la guerre, dePintérieur, de l'instruction publique, de la justice et des finances : car pas un n'est oublié ; et c*eOt été en efi^t dommage , puisque Vopinion que le prélat s'est formée deux ne peut laisser aucun ombrage sur leurs intentions y aucune inquiétuit sur leurs projets (10).

Je ne blâme ni ne loue cette opinion en soi, wsm je me demande d'où vient, dans Mgr. Le Pappe de Trévern, cette admiration qui, pour me servir d'une de ses expressions , a enlevé son cœurjms* qu'à Venthousiasme (11). Car enfin l'on sait que le même enthousiasme enlevait, il y a quelques mois, également ^^n cœur, sous le ministère de MM. de Vatimesnil et Feutrier; qu'il ne voulut jamais adhérer à la protestation des évèques contre les ordonnances du mois de juin , et quMl s>oipressa de les faire exécuter, autant que possible, dans son diocèse.

La conclusion de tout cela est , au reste , un conseil fort sage, h En vous félicitant , dit-il à ses dio- •( césains , sur les avantages temporels dont une « providence indulgente vous a favorisés, nous vous «( dirons : Soignez , cultivez vos possessions , aug- «t mentez-en le revenu, si vous le pouvez ; et, si vous u en avez le goût, ajoutez-y les embellissements <( dont elles sont susceptibles (12). » 11 faudrait être bien endurci pour résister a de semblables exhortations. Nous pensons mieux des Strasbourgeois , et nous osons promettre à leur évéque que ses paroles ne seront pas perdues.

Le prélat, s'adressaut ensuite aux protestants assez nombreux sur cette frontière, leur tient un langage qui paraîtra sévère, dit-il : en un mot, il leur parie de la nécessité indispensable de rentrer dans l^ unité, u Suivez , ajoute Mgr. de Trévern , le « guide que vous y trouverez, le guide sans lequel

{fy\ P.3 — ;7ÏP. 4.- (8) Ibid. — (0) P. 5. — (10) Ibid.^{\V P. 6. - (12) P. 7.

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