‹ Œuvres complètes de F. de La Mennais (volume 2)Chapitre 159 sur 226 · IS · texte numérisé non relu

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rmw te llheft*. Iiil offrant notre force en ^hangp. Miiis, qu'on le sache bien . si, dans l'enlralnement tl'unc passion arcugic , qui que ce soil osnit tenter de nous imposer des fers, nous avons juré de les briser »iir sa Idle.

Nous n'aïons point d'arrière-pensée» , nous n'en eûmes jamais : notre parole c'est toute notre âme. Esjiérant donc d'en être crus , nous dirons à ceux dont les id^es diffèrent, sur plusieurs points, de no* croyances : Voulez-vous sincèrement la liberté rrliRieuse, la liberté d'éducation, sans laquelle il n'est point (le liberté religieuse , tous èlca des nôtres ; et nous sommes des vdlres aussi : car nous voulons non moins sincèrement , avec la liberté de la presse, les libertés politiques et civiles compatible» avec le maintien de l'onlre. Toutes celles que \ti peuples, dans le déTcIoppemenl graduel de leur We , peuvent supporter , leur sont dues , et leur progrès dans la civilisation se mesure par leur progrès, non fictif, mais réel , dans Ta liberté.

Nous ne pensons pas , il s'en faut beaucoup, que la société soit encore arrivée à un étal stable ; mais si , avant que l'harmonie entre ses éléments divers se soit établie , elle doit éprouver de nouvelles secousses, l'union de ceux qui sont attachés à la liberté vérilnble contribuera du moins à en atténuer la violence cl à en abrêgei' la durée.

Qu'un sentiment d'amour mutuel et de compassion délicate, nous rapprochant lia uns des autres malgré les dissidences d'opinions , adoucisse l'amertume des regrets , et ferme peu h peu des blessures profondes , qui ne laisseront après tout que d'honorables cicatrices. Nous avons tous soulTerl , dans les alternatives qui se sont, depuis un demi-siècle , succédé si rapidement ; nous avons tous été Froissés dans nos intérêts , nos alFeciîons ; la plainte a été sur toutes les lèvres , qu'elle trouve une entrée d.ins tous les cœurs. Élevons un aulel & la pitié, et que -nri culte soit désormais sacré pai-mi nous. Ualheur .'< i[ui ne trouverait pas en soi une larme pour d'iu' iliiiblcs infortunes! Mnis malheur aussi à qui ne r > I onnallrait pas la main de Dieu dans ces grandes

<i:istrophcs qui consternent la pensée humaine ! i i puis les réalités sont loin d'f'tre toujours ce •ju'elles nous semblent, et l'apparente rigueur des jugement» célestes recouvre souvent uneniiséricorde immense. Chartes V, près d'expirer, se fit apporter la couronne d'épines de Noire-Seigneur, par l'évéqne de Pans, et par l'abbé de Saint-Denis la couronne du sucre des rois : " Celle d'espines reccupi ■ ;'i f^aat devoeion , larmes et révérence , et haulte-

ment la tlst mettre devant sa face ; cette du sacre

llsl mettre bous les picz ; adonc commença telle

"raison i la aaincte coronrie : 0 coronnc pré- ^^ricnse . dpdfmc de notre mI

« cnmiellé le rassadfement que In donnes, par le ti mystère qui en loy fu compris A notre redempcion, i< si vrayement me soyt ccllui propice, duquel sang '■■ lu fus arousée , comme mon esprit prenl rejoys- <t sèment en la visilacion de la digne présence. " — <: Après tourna ses parotles à la coronne dit " sacre, et dlsl : 0 coronne de France, que tu es <i précieuse, et précieusement très-vile : précieuse. •I considéré le mystère de justice lequel en toy lu « contiens et portes vigoureusement , maïs vile et <i plus vile de toutes choses, considéré le faîz, la- > bour, angoisses, tourments et peines de cueur, ■< de corps , de conscience et périlz d'ame , que tu K donnes à ceux qui te portent sur leurs épaules: et •[ qui bien à ces choses viseroit, plustost le lairoit « en la boe (boue) gésir , iiu'll ne te releveroit [wur •• mettre sur son chief (!}. >■

On ne peut, en général, que louer les intentions d'ordre que le gouvernement a montrées jusqu'ici, et, sauf quelques exceptions, le soin qu'il a pris d'cmpéchcr qu'aucune atteinte fût portée à aucun droit. Mais, s'il y a eu droiture et loyauté dans sa conduilc, ou degré du moins où l'on pouvait raisonnablement l'espérer, y a-t-il eu également ce tact politique , ce coup d'œil juste et prompt , et , pour ainsi dire, ce génie du pouvoir, qui, découvrant l'avenir dans le présent, marche droit â lui, et semble te créer, parce qu'il l'a deviné? Le ministre a-t-il bien jugé sa position et celle de la France? a-t-il jeté un regard ferme jusqu'au fond dus événements qui viennent de s'accomplir? a-l-il vu clairement tout ce qu'ib renferment, tout ce qu'ils ont décidé sans retour ? Nous ne le pensons pas. Si l'on examine allentivemenl ses paroles et ses actes, il semble, au contraire, dominé par une préoccupation dangereuse de ce qui n'est plus , de ce qui ne peut plus Être. Dans son stérile labeur, tout occupé d'évoquer des ombres , il ne vit que de souvenirs, il ne fait que du passé. Or, nul moyen plus sûr de passer vite soi-mfme. A la vérité l'on s'en consolerjît , s'il passait sans de tro]) vives secousses ; mais on doit aujourd'hui redouter tout ébranlement.

De vieilles idées , d'anciennes habitudes, quelque chose à la fois de routinier et de systématique , et ausbi la peur qui obscurcit et rétrécit tout, ont

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égaré sur beaucoup de points les liommes qui nous gouvernent , lorsqu'il importait si fort de mettre a profit les premiers moments pour imprimer aux choses une direction conforme à Tétat des esprits et aux nécessités des temps. Entrons dans quelques détails.

On Ta dit, et rien de plus vrai, il n'existe maintenant en France que des individus. Tous les centres particuliers d'influence politique fondée sur des droits s|)éciaux et des intérêts distincts , toutes les hiérarchies, toutes les corporations ont été dissoutes ; et ce travail de nivellement , achevé par la révolution, avait commencé plusieurs siècles avant elle, sous la monarchie qui dégénérait rapidement en despotisme. La conséquence de ce fait , universellement reconnu , c'est qu'il ne peut aujourd'hui exister en France qu'un seul genre de gouvernement, la république. Quelque nom qu'on lui donne, sous quelque forme qu'on la déguise , ce sera elle et uniquement elle qu'on aura d'ici longtemps. Les hommes n'y peuvent rien, leur puissance est nulle contre la nature des choses. Mais chaque espèce de gouvernement a ses conditions essentielles qui constituent l'unité qui lui est propre; et ces conditions nécessaires, lorsqu'elles ne sont (pi'imparfaitement remplies , cherchent sans cesse à se réaliser, et se réalisent de fait tùt ou tard : car, dans la société comme dans l'univers , tout tend h l'unité , et c'est en vain qu'on lutte cojitre celte invincible loi. Cette lutte, toujours inutile, est aussi toujours funeste ; et c'est en politicpie une rèp,Ie sans exception , que lorsqu'un f^onre de gouvernement est nécessité par des causes qut'lcon(|nes, les plus sûres garanties de Tordre, tel qu'il |>eiit exister, se trouvent dans la rralisation conqilrlc des conditions essentielles à ce genre de gouvernement. Autrement on établit dans son sein m(^me une guerre intestine, d'où résulte un malaise, une irritation qui va croissant juscpi'à ce que le principe des institutions ait renversé ce qui lui fait obstacle , ce qui arrête son développeiinrnl naturel , inévitable , c'est-à-dire jusqu'à ce qu'on arrive à une révolution.

Celle qui vient de s'accomjdir, et qu'il était si farile d(; prévoir, n'a pas eu d'autre cause. Deux principes opposés étaient en présence, se combattant perpétuellement : le prineijfc monarchique sans force réelle, sans racine dans les niaurs, sans appui solide dans la nation ; et le princi]»e démocrati(pie dans toute la vigueur d'une preniièie sève, li(^ aux intérêts publics, en harmonie avec les baJMtudes et les idées régnantes, consacré fondamentalement par les lois. On s'est obstiné à faire prévaloir le i>remier de ces principes; le second a réap,i, et le trùnc est tombé. Qui pouvait le soutenir?

Or, disons-le avec franchise, le gouvernement

nouveau semble jusqu'à présent n*aToîr pas mieux jugé que l'ancien sa position propre et celle des choses. En héritant de son pouvoir, on dirait qu'il a hérité aussi des erreurs qui l'ont perdu. Égaré par je ne sais quelles vaines théories du gouvememeut représentatif, il détourne ses regards des réalitéi qui vivent et se meuvent autour de lui, pour les fixer sur des abstractions. A l'exemple du pouvoir déchu, il s'efforce de combiner des éléments incompatibles de monarchie et de république. Le trône, un matin , s'est trouvé vide ; il y est monté pour continuer l'œuvre des années précédentes et recoiB- mencer le passé. Ce n'est pas ainsi qu*on ftnit, mais c'est ainsi certainement qu'on prolonge les révolutions. Et, si l'ancien gouvernement a succooibé à cette épreuve absurde, que peut se promettre celui-ci ?

D'importantes questions ont été décidées irrërocablement dans les journées de juillet. Il fallait le reconnaître, et, sans |>erdre un moment, constater par des lois ce qu'avaient accompli et la force des armes et la force plus grande de l'opinion. Âolieo de cela, qu'on nous passe ce mot, on a fait rentrer par une porte ce qui était sorti par l'autre, etb nation s'est immédiatement trouvée assise au mtat spectacle. Il n'est pas surprenant que les acteurs soient un peu .siffles.

Répétons cependant que les intentions du pouvoir ont été droites ; seulement il s'est mépris et grandement mépris. Le renversement de la Charte de Louis XVIII, par le principe démocratique aujourd'Iuii tout-puissant en France, amenait, comme des conséquences nécessaires, l'abolition de l'hérédité de In pairie, qui ne se lie à rien dans nos moéiirs ' et dans notre législation présente, et un large . ({(•veloppemenl du système d'élection. Ce dernier point surtout est capital : arrètons-nous-y quelques instants.

On se trompe beaucoup, si on s'imagine que la j)ropriété, morcelée comme elle l'est en France, oiTre une garantie d'attachement à l'ordre daus ceux entre les mains de qui elle est divisée. Au contraire , c'est dans la moyenne propriété que se trouvent aujourd'hui les ambitions les plus dangereuses ; et, pendant longtemps encore , elle sera rinstrument ]>rinci])al des factions |>oliliques. Quand donc vous créez pour elle des privilèges d'élection, au lieu d'assurer la tranquillité du |)ays et la stabilité de ses iuslilulions, vous les abandonnez à ceux qui srronl presque toujours, au moins en général, les plus mécontents de cl» qui est ; et, pour n'en pas (îout( r, il snlfirail de savoir que les journaux n'exercenlsur aiicuneporlion du peuple autant d'influence. De toutes les manières de classer les hommes, le cens l'st d'ailli urs, en soi et par sa nature propre,

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la plus roauTaise. C*est lui qui penHt Athènes , et il perdrait des États bien plus fortement constlti^,

'. Le besoin de Tordre n'existe nulle part , excepté quelques courts instants de délire , à un aussi haut degré que dans les masses, et particulièrement dans la population des campag^esT^et voilà pourquoi l'organisation des gardes nationales , à laquelle les masses sont appelées à concourir, est presque partout aussi bonne qu'elle puisse l'être , certaines circonstances passagères étant données. Appelez donc les masses à partager le droit électoral ; mais qu'il s'exerce sous des formes simples, qui n'exigent pas une longue étude pour être comprises : autrement les habiles , c'est-à-dire les coteries , et , selon les temps, les factions, disposeraient des choix .^

Mais' il ne suffit pas d'étendre au plus grand nombre possible le droit d'élection , il faut encore iDjdUpUer les élections mêmes : le gouvernement n'a point d'intérêt plus pressant. Il ne saurait accorder une place qu'il ne se crée autant d*ennemis , moins un, qu'il y avait de solliciteurs de cette place. De là une opposition contre les personnes , qui devient une opposition contre les choses, et flnît par menacer la vie même de l'État.

Le gouvernement n'a pas mieux compris ce qu'exige la société actuelle, en ce qui touche la liberté.jde conscience, la liberté d'enseignement, el la liberté d'association : trois grandes et impérieuses nécessités de l'époque. A cet égard encore il semble se mettre en opposition complète avec le Tœu des peuples et le besoin des temps.

n n'y a plus de religion d'État : la nouvelle Charte a décidément alfranchi tous les cultes. La ÉiSême liberté leur est distinctement garantie. A quel titre donc le gouvernement viendrait-il se mêler du catholicisme, commander des prières, imposer des serments, instituer des évèques ou des curés, renouer, en un mot, tous les liens qui, unissant le clergé à l'administration , ou plutôt le lui soumettant, mettaient, pour le malheur de tous, la religion d^ns la politique , et la politique dans la religion?: Cependant rien n'annonce encore que les ministres 'aient senti la nécessité indispensable d*opérer la séparation totale de l'Église et de l'État , et de proclamer, non par des paroles trop souvent démenties par les faits, mais par des actes décisifs , ii liberté de conscience , que les catholiques n'ont guère jusqu'à présent connue que de nom. 3 Rien non plus n'annonce qu'ils s'apprêtent à donner à la France la liberté promise d'enseignement, il y a bien plutôt lieu de craindre qu'on ne voie se perpétuer le monopole universitaire , Tune des plus odieuses inventions du despotbme impé-

rial. Qu'on y prenne garde cependant; le droit de former à son gré l'intelligence du jeune âge , ses croyances , ses mœurs, et de vendre ji quelques-uns l'instruction qui doit appartenir à tous , n'est pas un des droits que la France reconnaît à son gouvernement.

Le roi des Pays-Bas a eu celte prétention ; il l'a maintenue opiniâtrement : on sait où elle Va conduit.

Dans un pays où il n'existe que des individus , point de défense possible contre l'arbitraire sans la liberté d'association. Elle suit, d'ailleurs, comme conséquence de tout système d'institution fondé sur l'élection et la discussion libre des intérêts communs. Seulement, à cause des graves abus qui résulteraient bientôt île cette liberté livrée à ellemême , elle doit être soigneusement réglée par les lois. V Avenir présentera ses idées sur ce sujet. Tout ce que nous pouvons dire en ce moment, c'est que la législation de l'empire, conçue dans un esprit de défiance et dans le but d'oMenir une obéissance passive aux volontés , quelles qu'elles fussent, du pouvoir, doit subir d'importantes et nombreuses modifications.

En résumé , nous croyons que le gouvernement , soit par timidité, soit par défaut de vues, s'est placé dans une position fausse , où il ne lui sera pas possible de se maintenir ; qu'il cherche, comme l'ancien pouvoir, à remettre dans les institutions ■deux principes inalliables dont le combat le renversera , s'il ne se hâte de faire cesser leur lutte ; qu'il n'a pas compris les conséquences des événements de juillet, et qu'en disputant à l'opinion ses plus nobles , ses plus belles conquêtes , en l'irritint par ses lenteurs, en l'eflFrayant par ce qu'il laisse soupçonner de ses desseins , il expose nonseulement sa considération, mais son existence même.

On nous assure , au moment même , que le gouvernement , tout en supprimant les bourses créées sous le ministère de M. Feutrier, menace de presser l'exécution des ordonnances du mois de juin 1828 contre les écoles ecclésiastiques. Nous avons peine à le croire ; il y aurait dans cette scandaleuse violation de la Charte trop d'iniquité et de folie : d'iniquité , car ce serait mettre les catholiques hors de la loi commune , et , en abolissant pour eux la première de nos libertés , les déclarer esclaves de tous les caprices du pouvoir ; de folie , car nulle force ne parviendra certes à placer et à maintenir vingt-cinq millions de Français dans cette position dégradante. Que le gouvernement respecte tous les droits , s'il veut qu'on respecte les siens. I^ paix est à ce prix, il faut qu'il le sache.

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