DE LA SÉPARATION DE L*ÉGL]$£ ET DE L*ÉTAT
18 octobre 1830.
Od Fa dit bien des fois, sans des croyances communes d'où dérivent des devoirs communs , nulle société stalde , et même nulle société possible : car il n*existe de vraie société quVntrc les êtres intelligents ; et , si les intérêts peuvent momentanément rapprocher les hommes, le nœud qui les unit doit, pour employer cettft expression de Pascal, prendre 9e8 plis et replis dans quelque chose de bien autrement profond , dans ce que leur nature recèle à la fois de plus intime et de plus noble. Ce lien des esprits, cette loi qui, en réglant les pensées et les volontés , ramène Fmdividu a Tunité sociale, est ce que tous les peuples appellent religion , et tous les peuples aussi ont vu dans la religion le premier fondement, la condition essentielle de toute société; et celle dont Tobjet propre est de régler les rapports politi«|ues et civils ou les raj^ports extérieurs entre les hommes, n'est que Tcxtension, le complément de la société primitive des es[>rits.
Naturellement la société religieuse et civile , l'Église et l'Etat , sont donc inséparables ; ils doivent être unis comme l'âme et le corps : voilà Tordre. Mais il peut arriver que, les croyances se divisant, il se forme dans le même État, on quelque manière, plusieurs sociétés spirituelles ; et dès-lnrs, TÉlat ne pouvant s'identifier avec ruiie sans rompre avec les autres et les traiter en ennemies, il s*ensuit d'aburd que chacune dVIies tondant , pour ainsi dire, à se constituer oxtériouromont ou à faire dans TÉtat un autre Etat , la guerre de croyances ou d*opinions devient une guerre i)oliliqiie el ei\ile permanente, et, en second lieu, (]ne, rha(|ue opinion ou cliaciue croyance prévalant tour à tour, elles finissent par être toutes opprimées successivement. La force rem- [)laçant la discussion , au lieu de s'éclairer on s'irrite; les passions s'exaltent, on ne s'écoule même plus; Tanarcliie devient interminable.
Le remède, l'unique remède A un mal si grand, est de laisser cette guerre spirituelle se poursuivre et se terminer i)ar des armes purement s|)irituelies. La vérité est toulo-pui&sante. Ce qui retarde le plus son triom|)bo, c'est l'appui que la force matérielle essaie de lui prêter ; c'est rapparonee même de la contrainte dans le domaine cssenti<'llomemt libre de la conscience el de la raison : c'est la violence brutale qui \iole el profane le sancluaire de Fihne où Dieu seid a le droit de pénétrer. Nid ne doit compte de sa foi au pouvoir humain, et la maxime contraire, directement opposée au catholicisme dont elle ruine
la base , n'a jamais produit , toutes les fois qu*OD l'a vue apparaître dans le monde , que de sangbotei divisions, des calamités et des crimes sans nom* bre ; elle a évoqué des enfers les ducs d'Albe et In llenri VIIL
Nous croyons fermement que le dëveloppenieiit des lumières modernes ramènera un jour, non-sf»- Icment la France, mais l'Europe entière, à TuDUé catholique, qui, plus tard et par uo progrès successif, attirant à elle le reste du genre humain, le couslilucra par ime même foi dans une même société spirituelle : Et fiel unum orile et unus patlor. Mais, par les motifs exposés plus haut, nous croyoQS en même temps que la religion doit être aujoor- , d'hui totalement séparée de l'État, «t le prêtre, deh politique : que le catholicisme, partout en butte i' la défiance des peuples et trop souvent à la penécution des gouvernements, s'affaiblirait toi^onn davantage , s'il ne se hâtait de secouer le joujuJc leur pesante protection ; et qu*il ne peut reviTre que par la lilKi^rtc. Dans la position fausse où le placent ses rapports avec le pouvoir temporel, il se présente aux hommes sous une apparence humaine qui les aliène de lui, tandis quVntravé, chargé de mille liens qui le privent de son mouvement propre, il languit en lui-même , affeissé sous le poids d'une servitude abjecte. Le moment est venu pour lui de se dégager de ses fers. On l'avait peu à peu comme emprisonné dans l'État ; et voili que Dieu même, préparant son affranchissement par des voies merveilleuses dont le secret ne saurait èlre encore bien compris, frappe à coups redoublés el brise les portes du cachot où TEglisc gémissait depuis des siècles: car, n'en doutez pcis , tout ce que nous voyons a, dans les desseins dVnhaut, pour but principal de lui rendre, avec son indépendance , raetioji qu'elle a perdue, et qui sauvera le monde.
L'instinct des peuples, dirigé peut-être par un obscur pressentiment de l'avenir que la Pro\ideDCC leur destine, demande celte totale séparation de l'Li^lise et de rÉtal. séparation voulue par la nouvelle Loi fond()inentalc , et qu'imjdique le princi|>e consacré solennellemenlde la liberté de conscience: séparation enfin qui seule peut tirer TÉglise et TKtal (Pune position également violente, également funeste ])our Tune et pour Tautre.
Et. pour |)arler d'abord de TEtal , dans quels rapports le gonvernement penl-il se placer à l'égard de rL|;lise? L\idemmenl il faut, ou qu'il la protège, ou qu'il ropjM'ime : nul milieu.
S'il la protège, à Tinstanl même il suscite contre soi une opposition semblable à celle qui a contribué si puissamment à renverser l'ancien pouvoir. Les mêmes re^iroches lui seront adressés, il sera en
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butte aux mêmes attaques. Obligé d'expliquer ses actes, de les justifier continuellement, on n'en croira pas ses protestations , ou Ton feindra de ne les pas croire. L'opinion montera comme les flots de la mer, et balaiera les faibles digues qu'il essaiera de lui opposer.
Effrayé de ce danger certain , opprimera-t-il TÉglise? Nul pouvoir aujourd'hui n'est assez fort pour l'essayer arec succès. Une tentative pareille soulè- Terait à la fois, et l'immense corps des catholiques, et tous ceux qui , sans l'être , veulent sincèrement la liberté. Le temps de la violence n'est plus ; il y a des droits qu*on ne saurait désormais attaquer impunément : quiconque essaiera de les ébranler se brisera contre eux. Certes, il ferait beau voir un gouvernement , à l'époque où nous sommes , sous Tempire des maximes et des lois qui nous régissent, venir s'interposer entre Dieu et la conscience d'un seul Français !
Que si , dans sa conduite bassement contradictoire, il se montre , ainsi qu'on le faisait naguère , tour à tour hostile et bienveillant ; s*il frappe et caresse selon ses craintes, oscillant , si l'on peut le dire, comme le pendule de la lâcheté, entre la protection de la veille et la persécution du lendemain, quel fruit recueillera-t-il de ces vacillations CMlîeuses, sinon la haine et le mépris universel ?
Considérons, d'une autre part, quelle serait, dans les circonstances présentes, circonstances qui ne changeront de longtemps, la situation de l'Eglise, supposé qu'elle conservât ses liens avec TÉtat.
Le passé , à cet égard , «nous instruit de l'avenir. Dépendante du pouvoir, si elle se résigne à subir sa domination, si elle cède à ses influences, obéit i ses ordres ou est seulement soupçonnée d*y obéir^ toute opposition politique deviendra une opposition religîeuse^on reverra ce qu'on a vu : le prêtre , avili dans l'opinion, perpétuel objet de la défiance et de Tanimosité des partis, sera représenté comme Tinstrument vénal de l'administration, comme le fauteur du despotisme et l'appui naturel de la tyrannie; on l'accusera de servilité, d'intrigue, d'avarice, d^ambition mondaine. Osera-t-il, au contraire, résister au pouvoir et à ses injonctions, même lorsque sa conscience l'y obligera le plus étroitement, lorsque les maximes de TËvangile et les canons de rÉglise lui en feront un devoir rigoureux ; entendez'ces voix qui s'élèvent et appellent à grands cris Tanimatlversion publique et les violences de Tautorité sur le rebelle , le fanatique, l'homme de trouble et de désordre qui refuse de se soumettre aux lois.
Entre ces deux alternatives également dangereuses , que fera l'Église? quelle sécurité peut-elle se promettre? où trouvera -t-elle un quart d'heure de repos ? comment subsistera-t-elle ?
Et ce n'est pas tout. Voyez les suites iné\itables de son asservissement; calculez, s'il est possible, les conséquences futures de la prolongation d'un état qui en a déjà produit de si funestes : la religion administrée comme les douanes et Toclroi, le sacerdoce dégradé, la discipline ruinée, l'enseignement opprimé, l'Église, en un mot, privée de son indépendance nécessaire,', communiquant chaque jour plus difficilement avec son chef, et chaque jour aussi plus durement soumise aux caprices du pouvoir temporel ; façonnée par lui à tous les usages , recevant tout de lui, ses pasteurs, ses lois, sa doctrine même : qu'est-ce que cela , si ce n'est la mort?
Catholiques, comprenons-le bien , nous avons à sauver notre foi, et nous la sauverons parla liberté. On nous l'a promise ; demandons hautement, demandons sans relâche l'exécution de cette promesse : elle constitue notre droit, et ce droit est sacré, et nul ne nous le ravira, si nous le réclamons, si nous le défendons avec courage et persévérance. Désormais l'État ne doit être pour rien dans le choix des évêques et des curés ; au pape seul il appartient de déterminer leur mode d'élection ou de présentation. Le gouvernement n'a plus à se mêler de ce qui regarde le culte, l'enseignement, la discipline ; l'ordre spirituel doit être en dehors, complètement en dehors de Tordre temporel : sans quoi la Loi fondamentale serait indignement violée dans sa lettre et dans son esprit. Et, si jamais on soufl^re qu*on la viole en un point, qui empêchera que bientôt elle ne soit violée dans tous les autres? Tous les Français, quelle que puisse être la diversité de leurs opinions, ont donc le même intérêt à en maintenir Texéculion franche et complète ; et de plus il s'agit ici de la première des libertés, de la liberté religieuse, et d'une conséquence de cette liberté, voulue non-seulement des catholiques, mais de la France entière.
Toutefois, nous devons le dire, et le dire hautement , nulle liberté possible pour TÉglise qu'à une condition, qui l'arrêtera peu sans doute, la suppression du salaire que FÉtat accorde annuellement au clergé. Quiconque est payé dépend de qui le paie. C'est ce qu'ont bien senti les catholiques d'Irlande, qui toujours ont repoussé cette servitude que le gouvernement anglais a plusieurs fois essayé de leur imposer. Tant que nous n'imiterons point leur exemple, le catholicisme n'aura parmi nous qu'une existence précaire et débile. I^ morceau de pain qu*on jette au clergé sera le titre de son oppression : libre par la loi, il sera, quoi qu'il fasse , esclave par le traitement ; et n'est-ce pas déjà le moyen qu'emploient quelques préfets pour obtenir ce qu'il leur plaît d'exiger illégalement de lui ? 11
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est temps, o^rand temps que le prêtre rentre dans son indépendance et sa dignité : nul avantage ne saurait jamais en compenser la perte. Il faut qu*il vive, cela est vrai : mais avant tout il faut que rÉglise vive ; et sa vie, nous le répétons, est attachée au sacrifice qui lui rendra la liberté. Alors s*éteindront les haines politiques dont elle était devenue l'objet ; alors, se renouvelant en elle-même par la discipline et par la science, elle se présentera aux yeux des peuples telle qu'elle est, telle que Dieu l'a faite, élevée au-dessus de la terre pour répandre sur elle les lumières, les consolations du ciel, riche de son dénùmcnt, forte de la seule puissance qui n'excite pas l'envie et ne provoque point l'opposition , celle de la vertu.
Et qu'on ne s'effraie pas des inconvénients que la suppression du salaire semble, au premier coup d'oeil, pouvoir entraîner ; fussent-ils réels, il faudrait encore s'y résigner sans hésitation, puisque le salut de l'Eglise dépend de sa séparation d'avec l'État. : Mais ils seront, de fait, bien moins graves qu'on ne peut le craindre. La Providence ne délaisse point ceux qui se confient en elle; Le zèle créera des ressources immenses:^ Plus le prêtre montrera de désintéressement, d'abnégation de soi-même , plus les offrandes de la charité viendront au-devant de ses besoins, et du premier de tous , celui de soulager les misères dont le secret est chaque jour déposé dans son sein. Quel est le catholique qui refuserait de contribuer aux réparations du temple où se célèbrent les sacres mystères de sa foi, cl à Tenlreticn des établissements destinés à perpétuer le sacerdoce? De toutes les populations calholiques d'Europe, la plus indigente est celle d'Irlande, et nulle part la religion nVsl plus solidement dotée; car c'est le pauvre qui la dote. Je sais qu'il existe en France des cantons où la foi presque éteinte offrira [»cu de ressources de ce genre ; mais ces cantons sont en petit nombre, et cet affaiblissement de la foi est dû en partie, nous le disons avec doulem* , au défaut de zèle et à Fabsence du véritable esprit sacerdotal parmi les pasteurs. Partout où ils seront ce qu'ils doivent être , le nécessaire ne leur manquera point. Il y a tant de bienfaits dans la reli< };ion, elle est si puissante sur le cœur de l'homme, «|ue presque jamais ce n'est elle qu'il repousse , mais la fausse, l'indigne image qu*on lui en a montrée.
Le moment est venu de la replacer dans une position qui Ole tout prétexte à la haine et à la déliance; le moment est venu pour l'Eglise de se remettre en possession de la liberté qui lui appartient, de la liberté que lui garantit notre Loi fondamentale. Le vœu public la secondera. Oue les évèques, fatigués d'une longue oppression, relèvent la tête et contem-
plent, dans les révolutions mèmes^quî agitent la lociété, l'aurore de leur délivrance^quMIs veuillent ce que veulent les peuples, la pleîire jouissance de leurs droits, et ils l'obtiendront. ^Mais pour cela, qu'ils ne s'y trompent point , il faut qu^ils s*aident eux-mêmes; il faut qu'ils accomplissent, par un acte unanime et décisif, la séparation qui les affrancbin; il faut, en un mot, qu'ils disent à l*État : Nousrenon* çons au salaire que vous nous accordiez , et noai reprenons notre indépendance. Soumis comme tous les Français aux lois politiques et civiles du pays, autant qu'elles ne blesseront pas les droits sacrés de la conscience, nous ne reconnaissons point votre autorité en tout ce qui concerne la religion , notre culte , notre discipline , notre enseignement. Dans cet ordre purement spirituel , nous sommes libres en vertu de la loi ; nous ne devons obéissance qu'au chef spirituel que Jésus-Christ nous a donné; loi seul doit régler nos croyances , diriger , surveiller notre administration , |>ourvoir à la perpétuité da ministère céleste. Et ne pensez pas que cette résolution , irrévocable de notre part , nous soit inspirée par aucune vue, aucun sentiment d'opposition contre vous : tout au contraire, elle n*a pour motif qu'un désir ardent de faire disparaître des causes déplorables de division; de terminer une lutte contre nature, dont les suites sont incalculables ; d'opérer, en ce qui dépend de nous, la réconciliation des partis et l'union des Français , qui seula affermira l'ordre : elle nous est inspirée enfin par le devoir rigoureux de sauver le christianisme, en l'élevant au-dessus des passions humaines et des tempêtes de la politique.
Ministres de celui qui nacpiit dans une crèche et mourut sur une croix, remontez à votre origine; retrempez-vous volontairement dans la pauvreté, dans la souffrance , et la parole du Dieu souffrant et pauvre reprendra sur vos lèvres son efficacité l>reniière. Sans aucun autre appui que cette divine parole, descendez, comme les douze pêcheurs, an milieu des peuples , et recommencez hi conquête du monde. Une nouvelle ère de triomphe et de gloire se prépare pour le christianisme. Voyez à l'horizon les signes précurseurs du lever de l'astre, et, messagers de l'espérance, entonnez sur les ruines des empires, sur les débris de tout ce qui piisse, le cantique de vie.
I>i: I.V I.ntRK COMMUNICATION AVEC ROMh.
26oclobro 1H30.
I/Églisc calhuli«iue, eonsidérce dans sa furni"-
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essentielle, se compose d*une vaste hiérarchie, qui, des derniers rangs de l'ordre sacerdotal, s'élève jusqu'au chef suprême établi par Jésus-Christ pour être le fondement de la société spirituelle, le centre d'où partent et où aboutissent tous les rayons de son gouvernement. En vertu de l'institution divine, ce chef .souverain proclame infailliblement la règle de la foi et des mœurs , distribue la juridiction , maintient la discipline, résout les doutes qui regardent la conscience , et juge en dernier ressort les grandes causes dévolues de droit à son tribunal, ou que , par des motifs d'utilité générale ou particulière , il croit à propos d'y évoquer. Détruisez ce pouvoir du pape , et l'Eglise n'est plus ; entravezen à quelque degré le libre exercice, et vous attentez au même degré à la vie de l'Église.
Que serait, en effet, l'Église catholique séparée de l'autorité qui promulgue le dogme, fait les lois, les interprète , les applique , selon les nécessités de chaque jour ; communique la puissance qui ne doit jamais défaillir, et conserve ainsi, dans la succession des temps et la diversité des lieux , l'unité de ce corps iounense? Conçoit-on une hiérarchie sans un chef de qui elle émane et qui la couronne? des pouvoirs subordonnés, sans un autre pouvoir, leur racine commune , qui dirige leur action , la coordonne, et sur lequel ils s'appuient? des croyances immuables, sans une règle vivante des croyances? des jugements, sans un derpier juge?
Encore une fois donc ,/ point d'Église sans le pape et par conséquent sans une libre communication avec le pape. Gêner , contrôler ces communications nécessaires , c'est s'attribuer le droit de les interdire entièrement quand on le voudra ; c'est dire à l'Église que Dieu a fondée : Tu ne vivras que sous mon bon plaisir.
Mais nulle liberté de communications, lorsqu'elles ne sont pas directes , lorsque forcément elles ont Ueu par un intermédiaire officiel. Étonnante prétention , d'espionner la foi , la morale, tout ce qu'il y a de plus sacré dans les secrets de l'âme , quand on rougirait de violer ceux du commerce et de rindustrie ! Et à quel titre le gouvernement viendrait-il s'interposer entre le catholique et le chef spirituel qu'il reconnaît ? Autant vaudrait-il régler que les rapports entre les fidèles et leur curé , entre les curés et leur évêque , seront soumis à l'inspection d'un officier civil , chargé de s'assurer que les paroles dites , même dans le tribunal de la confession, ne contiennent rien qui puisse inquiéter FÉtat. IiC principe va jusque-là , c'est-à-dire jusqu'aux dernières limites de la tyrannie et par conséquent de l'absurde.
Toutefois nous avons des raisons de penser qu'on ne recule à cet égard ni devant ral)surde, ni devant
la tyrannie. Si nous sommes bien informés , l'administration actuelle , recueillant avec soin toutes les traditions de despotisme , s'efforce plus que jamais de tenir en tutelle la conscience des catholiques en se plaçant entre eux et leur chef , et en interdisant avec Rome toutes communications dont elle ne serait pas l'intermédiaire obligé. Tel est , dit-on , l'ordre qu'il lui a plu d'intimer aux évêques. Ce n'était pas assez de donner force de loi à des ordonnances illégales , et de retrancher illégalement une allocation accordée par une loi ; elle a encore imaginé , pour faire preuve apparemment de son respect pour la Charte, d'ordonner que nul ne reçoive une lettre du pape, ou ne lui en écrive une , sans sa permission. On se demande si on rêve. C'est aussi , en vérité , trop d'extravagance et trop d'oppression. A-t-elle donc cru que les catholiques , afjrranchis désormais , et , grâce à Dieu, sans retour, consentiraient à rentrer dans la servitude , qu'ils accepteraient pour eux le joug heureusement brisé pour tous, qu'ils renonceraient, à la première sommation de quelques pédants qui ne comprennent que le despotisme, à leurs droits les plus chers, les plus sacrés ; qu'ils manqueraient ou de force ou de courage pour les défendre ? Si oa l'a cru , que l'on se détrompe. Nous voulons être libres , et nous le serons. Notre tête ne se courbera sous aucun pouvoir assez insensé , assez aveugle pour essayer de nous soumettre à ses volontés arbitraires. Il ne saurait le tenter sans déchirer son titre , sans nous délier à l'instant même de tous devoirs envers lui. Nous désirons , nous voulons la paix, mais une paix juste , une paix fondée sur la jouissance effective et pleine des droits acquis sans exception à tous les Français. Hors de là , guerre , guerre continue jusqu'à ce que nous ayons reconquis le plus beau , le plus saint de ces droits , une entière liberté religieuse. Et nous aussi nous le paierons, s'il le faut, de notre sang.
Il est temps que vingt millions de Français cessent d'être tenus dans un état de surveillance oppressive , comme si on les jugeait des ennemis publics, et dans un état de servage, comme si, indignes de la liberté , on les avait condamnés insclemment à un ilotisme éternel. Quiconque aurait conçu ce dessein apprendrait bientôt s'il est facile de nous imposer des chaînes , ce que nous sommes, et ce que nous pouvons.
Et voyez quel moment le ministère choisit pour nous empêcher de communiquer librement avec Rome : le moment même où Rome s'empresse de donner, comme souveraineté temporelle, à notre gouvernement la plus éclatante preuve de ses dispositions pacifiques et bienveillantes. Quelque retour lui était dû |>eut-être , et nous croyons que , wns
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trop de eonfkmoe , «Ile pouvait ^ die y deriiit compter. Aprie tout , peu nous importe : il 8*agit pour nous de la Rome spirituelle, et non de la Rome temporelle; il s*aglt de nos droits, et, nous le répétons, il n*y a désormate nulle séduction qui puisse BOUS les ftiire abandonner , nulle fèrce qui puisse nous les ravir. Nous résisterons à toute mesure qui violerait nos libertés , nous les maintiendrons de ftiit contre les atlaques de Tarbitraire , nous lutterons pour elles sans relâche , nous amasserons et nos grlefii et notre indignation Jusqu'à ce que la mesure soit comble et que le vase déborde. Alors on saura s'il y a encore des catholiques en France , et l'on verra ce qu'ils sont. Htï, meliora I
RÉCKSSITÉ DB S*IIHI1 rOUt LE HADITIBII DB L'OEDtB BT LA COinBftVATIOll HBS DEDITS GOHKUNS.
10 oeMm ISIS.
Nous ftiisions observer , il y a peu de jours , que la révofution ayant détruit l'ancienne hiérarchie sociale, les corporations, et en général toute espèce d'agrégation politique fondée sur des droits spéciaux et des intérêts communs légalement circonscrits, il n'existait plus en France que des individus, et que dès-lors son gou?ernement ne pouvait être , sous quelque forme qu'on essayât de la déguiser, qu'une république, et une république démocratique. £n efFet, là où manque l'élément aristocratique , où nulle classification n'est politiquement praticable , tant elle serait repoussée a?ec violence par l'opinion ; où le peuple, sous ce rapport, n'offre qu'une masse homogène , comment concevoir la monarchie ? Ce qu'on appellerait de ce nom ne serait, en réalité , que le pur despotisme , et un despotisme qui , pour se maintenir , serait forcé d'étreindre tellement la nation dans des liens de fer, qu'on n'aurait jamais vu dans un pays chrétien de si effroyable tyrannie.
Mais , si nous sommes contraints de vivre en démocratie , nous ne pouvons non plus échapper aux conséquences de la démocratie elle-même, à ce qui en est inséparable , c'est-â-<Iire une perpétuelle mobilité d'institutions et de gouvernement. Toute fixité , tout repos est incompatible avec son essence. Une forme succède à une autre forme, un chef â un autre chef. Les constitutions, les lois sont écrites sur le sable au bord de la mer :
le premier flot qui môBla ei einpoHe '^sqrt h traee.
Toili ce qu'on doit voir, etaeJamalaouMta,ii Ton ne veut pas être la diqpe desploa ftMNslih slons , et se précipiter dans des voies -om alMstsi très-dangereuses : car on ne peut rlea caiM h nature des choses. Lnttet contre le Metve < essyi d'arrêter son cours, vous amènerei dealaomdatfsai, et vos eflbrts n'auront abouti qu'à dunger en dirais les campagnes voisines.
Mais il fliut encore porter noa regtrdapInslMl. élevez-vous Jusqu'à cette région où ae terme h lien social par de communes erojmieea et daadevofav communs : qu'y découvrei-voiisT Une démocratie nouvelle, inqtiiète, agUée, torMeato; une émeute d'opinions, qui, dana leurs antipaHia, leurs délances , leurs craintes, se mèkot, ae misent ,' s'allient un moment , se divisent le mmÊOà qui suit , et combattent sans reUche pour piéfaloir. Cette dànocratie des écrits est le l'autre ; elle Tenfiinte , pour ainsi dire , ment. Or, pouvez-vons quelque dioae eonbndkf aves-vous un moyen de suspendre senknmi sm action? connaissei-vons un remède i eeUe ^ fonde et terrible maladie, un remède Yoilè donc une autre cauae de mobRilé et même de discordes , de dissensiona,-de fUMvi intérieures ; un nouvel obstacle à d'aucunes institutions, d'aucun ble : car ce serait, certes, bien s'abuser que^ compter pour cela sur la fèrce matérielle. Oà sentt cette force ? Dans un parti ? mais tous les antres se ligueraient à l'instant contre lui. Dans Faraiée? mais espérez-vous la rendre inaccessible è Tnifluence de l'opinion ? Et puis , quand cette opfanon s'exalte et fermente, qu'est-ce que l'armée, et que peut-elle? On le sait.
Et maintenant considérez les conséquences d*on pareil état : la France partagée comme en denk camps , l'un de ceux qui , ne possédant rien , spéculent, pour s'enrichir, sur les bouleversemcDls politiques ; l'autre de ceux qui redoutent d'être dépouillés de ce qu'ils possèdent et engloutis sous cette terre qui tremble : la propriété foncière et l'industrie en présence l'une de l'autre avec de mutuelles défiances et des intérêts en apparence opposés; une semblable opposition entre les diverses branches de l'industrie elle-même : dans nn ordre plus élevé, moins d'union encore; d'un côté te catholicisme, de l'autre la philosophie anticharetienne, le protestantisme et ses différentes sectes, le judaïsme, le saint-slmonisme , enfin que sais-je? un monde entier d'opinions contradictoires, dont chacune est une passion. Or; où sera. Je le demande, la sécurité commune, W-«ilieude ce
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chaos d'intérêts et de doctrines opposées ?y La cberchera-t-on dans quelqu'une d'elles? Mais qui choisira ? et qui oserait répondre qu'elle n'abuserait point aussitôt de sa puissance pour asservir ses rivales et les étouffer? La cherchera4-on dans le pouvoir? Mais le pouvoir nécessairement aura été créé par un intérêt , une opinion momentanément triomphante; il en sera le produit, Texpression ; il sera cette opinion , cet intérêt même armé de la force ; et dès-lors qu'attendre de lui ? S'il ne peut exister d*autre garantie des droits même les plus saints , d'autre garantie de la justice et de la liberté , je crains bien qu'on ne fasse jamais , en changeant de gouvernement, que changer d'oppression.
La solution du problème implique au fond' une garantie non-seulement contre les violences qu'une fraction de la société voudrait exercer contre les autres , mais encore contre celles que le gouvernement exercerait liii-mèmeVlI s'agit de trouver pour tous, en dehors du pouvoii* nécessairement flottant comme l'opinion dont il suit les phases , un abri contre Tarbitraire et la persécution , de quelque part qu'elle vienne. Les victoires successives des partis, outre qu'elles supposent un état de guerre permanent avec toutes les calamités qui en sont inséparables, ne seraient, on doit aujourd'hui le comprendre, qu'une perpétuelle tyrannie. Ce n'est donc pas à de pareilles victoires, que la force donne et qu'elle 6te tour à tour , et qui dès-lors ne sauraient produire qu'une anarchie interminable ; ce li*est pas , dis-je , à de pareilles victoires que peu- ?ent aspirer les hommes doués de quelque préfoyance, les hommes attachés de cœur à la sainte cause de l'humanité. C'est par les bienfaits de l'ordrCipar la |)uissance de la vérité , par la parole qui éclaire , et non par le glaive qui tue , ou par la violence qui opprime , qu'assurément elle triomphera. Ainsi, quels que soient nos opinions, nos intérêts, il en est un qui domine tous les autres , celui de Dous unir pour la défense de l'ordre et de nos droits communs contre quiconque y porterait atteinte ; et cet intérêt puissant est en même temps le premier de nos devoirs.
Aux deux extrémités de la société il existe des passions ardentes qui l'ébranleraient jusqu'en ses fondements, si on ne leur opposait pas une résistance insurmontable. Les uns rêvent le despotisme, les autres l'anarchie. Nous avons donc et nous aurons longtemps à veiller pour notre sûreté, pour la conservation de notre vie , de notre champ , de nos propriétés, quelles qu'elles soient, comme pour celle de nos libertés. Tout cela ne peut être défendu que par nous, car le danger peut venir du côté même d'où nous attendrions la protection. De là