CHAPITRE IX
Rien aujourd'hui de plus commun que de juger d'après des souvenirs , des idées d'un autre temps et d'une autre société , sans tenir compte des ebangements survenus dans l'ensemble des institutions el de la marche générale des choses , qui modifie les effets et souvent change la nature de ce qu'il y a de meilleur en soi, Pour beaucoup de gens , animés d'ailleurs de louables intentions, il n'est point de source phis féconde d'erreurs. Immobile au milieu du mouvement universel, leur esprit ne saurait sortir du passé. Ils confondent un État politiquement athée avec un État chrélieu, ta république avec la monarchie , le despotisme ministériel avec l'aulorité royale, un gouvernement constitué avec cbacune des nombreuses formes que peut prendre la révolution ; et de Id les méprises étranges où ils tombent, lorsqu'il s'agit d'apprécier certains faits qu'ils n'aperçoivent qu'à travers l'illusion qui les préoccupe.
Ainsi la France a des évèques, des curés, des séminaires dotés par PÉlat; et tout cela est bien sans doute: mais allez plus avant, considérez lu mode de cette dotation , et vous verrez d'abord que , renouvelée d'année en année , elle n'a rien de fixe, qu'on peut la refuser comme on l'accorde; qu'il faut voter à chaque session l'existence de la religion , s'enquérir par le scrutin si l'on continue d'en vouloir , et faire dépendre ta foi , le culle et la morale du peuple, d'une houle noire ou lilanche.
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IIE l.A nEI.IfilOX DANS SES nAI'PORTS
L'alhëteme, nettement professé, «erait un moindre uulrage  la DirinUé que celle espèce de jugement nnniiel auquel on soumet sa loi. Et chei ijuelle nation vit-on jamais remettre périodiquement en question la société entière , qui n'a d'autre base que cette loi immuable et imprescriptible? La France conserTera-t-clle des temples , des prflre» , des autels? ronsenlez-vousàcequ'on enseigne, pendant douze mois encore, aux Français, les croyances de leurs pères et les devoirs éternels de l'homme? voilà ce que l'on demande aux pairs ilu royaume et aux députés des départements. Dépendante des liassions politiques des partis et des opinions, qui en ce siècle sont aussi des passion^, la première et , sans hésiter , la plus importante des iasti luttons sociales n'a d'autre garantie qu'un article du budget.JT.a religion , chaque année, reçoit un permb de^jour , et par surcroît de grâce on l'admet à une solde provisoire. Ses ministres, au lieu d'apparaître avec la ■lignite qui impose le respect, ne se présentent que comme les salariés de l'administration , et des salariés du dernier rang. On appelle le mépris sur les pasteurs des peuples , et après cela l'on s'étonnera de l'impiété des peuples et de leur corruption !
La position précaire du clergé , l'abaissement où il est réduit, ne sont jias les seuls eRvts dutnode adopte pour sa dotation. L'État payant à chacun lies ([ae:es , et cliaque centime ayant d'tvanee son emploi marqué , il en résulte qu^4e clergé , sous la tutelle de l'administration qui ne connaît que des individus , ne dispose réellement d'aucuns revenus , n'a aucune affaire commune, ancuns liens de cori»^ et qu'isolés les uns des autrea^Ies évéques ne voieiît que leur diocèse propre, où ôH leur ménage assez de luttes et dedifficultcs pour qu'ils craignent peutêtre de les muUiplict en s'occupant des intérêts généraux de la religion. C'est U, on ne saurait trop le répéter, une des grandes plaies de l'Église de France. Elle a des hommes qui administrent au spirituel un territoire déterminé, comme les préfets administrent au civil leur département; mais elle n'a point d'épiseopal. furement passive , elle ne peut, dans sa situation présente, et tant que les éveques ne prendront pas des mesures pour s'unir , ni foire entendre ses justes plaintes , ni exposer ses besoins, ni réclamer ses droits.
1 El encore , telle qu'elle est , redoute-t-on son in- Ituenee. jQuelle que soit la nécessité d'augmenter le
nombre des sièges , nécessité reconnue par la commission de la Chsmhre des Députés , à qui l'on dut la loi du 4 juillet 1881 (1), on s'obstine à priver la France de ce puissant moyen de régénération. Des villes ont offert de prendre à Irur charge une partie des dépenses qu'occasionneraient de nouvelles érections , on a repoussé leurs offres ; et l'on ne néglige aucune précaution pour empèefaer partout l'expression du vœu général. Que les ministres viennent donc encore nous parler de leurs bons désirs, arrêtés, disent-ils aux simples, par mille obstacles que l'on ignore : qui pourrait être dupe d'un pareil langage? Ils ne trompent que ceux qui sont résolus h se laisser tromper. L'nbst^ele , l'unique obstacle est la volonté des hommes qui gouvernent , les ménagements qu''ils croient , pour leur intérêt, devoir garder avec la révolution. N'ontils pas besoin d'être soutenus un peu de tous cAtés? La religion . c'est quelque chose ; mais leurs places c'est tout. Dans l'erabrasement de sa vtUe. Énée emportait ses dieux ; dans l'incendie de l'Europe, ils songent è leurs porte Feuilles.
Nais enfin les fonds, où les trouver? J'entends. On a des fonds pour encourager un pernicieux agiotage; on a des fonds pour les théâtres, pour amuser le peuple et pour le corrompre : (on n'en a point pour le rappeler aux devoirs que chaque jour il oublie davantage, pour réformer ses mtcurs, pour le tirer de sa brutale ignorance , pour l'insimire des vérités qui sont le fondement de l'ordre social^ Là où manquent les prèlres , on est forcé de les remplacer par des gendarmes. Uais des gendannei répriment les délits , et des prèlres les préviennent; des gendarmes assurent l'action du glaive de ta justice, et des prêtres assurent son repos: en étouffant an fond des cœurs la pensée même du crime , ils sauvent tout ensemble et le malbeurenx qui l'eût commis , et sa victime. Us fbnt plus , lia sauvent la morale, ils sauvent à la société desexentples toujours funestes , même quand ils sont punis.
Un autre inconvénient du système suivi à l'égard de l'Église est d'arrêter la puissance créatrice de la religion.'' Le christianisme catholique, le vrai christianisme , agit de mille manières sur la société; il fait ce que lui seul peut faire , et ce qui ne saurait être fait par le simple exercice du ministère pastoral : et c'est encore ce qu'on ne veut pas voir, ou peut-être ce qu'on ne voit que trop. Les meil-
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diilKCBce pour cet doctri
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AVEC L'OHDHE POUTKJUE ET CIVIL.
IWTM lai* empèclifDt le mal, leur influence ne la pan au-delà ; elles (ont répressives , rien i\e plus. Le chrislianisine opère le bien ; il travaille sans reUchc à soulager toutes les misères de rhomme, d vient au secours de tnules ses faiblesses , il atkiui-it le« maux qu'il lui conimande <le supporter. A raison oifme de la ciTJllsalion qu'il a développée. Il coaililion du pauvre sérail , sans lui , intolérable dans les sociélés modernes , et l'expérience le mon- Ire asaiex. Partout où l'on u'encbalnepas son action, il rattache à l'ordre les classes inférieures , par les prodiges d'une charité qui, créant pour aiasi dire dans le monde présent un autre monde , oppose à la bièrarcliie des richesses el des grandeurs la hiérarchie des souflVances et du dénuement { il n'abaisse point le malheur, il ne mendie pas en son Bom , il ordonue de payer le tribut è la souverainelé
R l'indigence, elapprendauxrois mimes à la servir leapui.
Combien ces sulilimes idées qui, sans flaller les ■aiuns de l'homme , l'éL'vent à une si graude baateur , ne prêtaient -elles pas de Force aux lois et de solidité à l'ordre public chez les nations cbréitcnnes! Au lieu de se sentir délaissé, le peuple rojail , grâce à la religion, qu'd était aussi de la Emilie , et que Dieu lui avait réservé sa portion d'béritagesur la terre. Des asiles lui étaient ouverts , où l'enfonce trouvait une édttcalion morale , la lieilleasedu repos , les malades des soins et des consolations. Cne multitude d'œuvres semblables concouraient au m£me but : çn en a presque tari la source , en Atant au clergé ,>éduit à des salaires individuels, Ic^moyen de pourvoir aux dépenses ((u'dles exigent. ^1 restait une ressource , les fonds atrcurdéspar lel conseib de département: a. le miuistre de l'intérieur s'est empressé de la détruire. Il a Jugé convenable, non-seulement d'annoncer qu'il D'adoietlrait plus de pareilles allocations (I}, mai» de donner même a une décision si religieuse , si politique, si bienfaisante , un effet réiroactif. In département, témoin de l'utilité d'un établissement formé dans son sein , alloue , pour le soutenir , une somme iju'il s'impose lui-même. Non pas, lui diton , adressez-vous au ministre des aïaires ecclésiastiques. — Mais on n'en peut rien obtenir ; il n'a jamais de Fonds disponibles, — £b bien, s'il n'a pas de fonds, vous vous en passerez: t'est un BUllKur , mais vous serez en règle ii].
Qu'est-ce donc qu'une administration ainsi occupée d'empfcher le bien , d'arrËter les eH^orls que l'on tente pour l'opérer; qui interdit à un pays bouleversé depuis quarante ans, le droit de réparer ses désastres ; qui met la main sur toutes les ruines que la révolution a Faites, et qui dit : >• Ceci est sacré, on n'y touchera pas? '• Qu'on méconnaisse b nécessité des institutions charitables que ta religion cherche à fonder, qu'on refuse de venir â leur aide , c'est déjà sans doute quelque chose de plus que de l'aveuglement ; mais qu'on défende d'y coopérer , qu'un despotisme absurde, s'il n'est pas criminni , déclare qu'il ne permettra pas mËme les contributions Tolontair«g du zèle : c'est là ce qu'aucun siècle n'avait tu , et ce qui n'a de nom dans ai^une langue humaine.
(Les donations particulières , quoique autorisées par les lois, ne sont guère plus respectée». Un demande quelquefois en France ce que Fait M. de Corbière. Ce qu'il fait 7 des testaments. Juge en dernier ressort de ceux qui contiennent quelques legs en faveur d'un établissement pieux, il les casse, les approuve, les modifie comme il lui plaît. Un homme aura donné telle somme à un hOpital, telle somme à sa paroisse, ou à une école : M. de Corbière, en sa quaUté de testateur suprême, retranche de l'une, ajoute à l'autre, selon ses caprices du moment, ou gralilie les héritiers soit d'une partie, soit de la totalité du legs qui grevait la succession ; de sorte qu'd dispose en réalité de tout ce que la piété des mourants destine à des œuvres saintes. Je ne sais s'il serait possible d'imaginer un filus grand scandale que ce mépris pour les dernières volontés de l'homme : cela est au-dessus même de la barbarie i et celte violation , plus odieuse que celle des tombeaux, supposerait, dans un peupteoù elle serait babltuelle, l'entière exiinction du sens moral. Mal- Leur à la nation qui reçoit de pareils exemples ! et que ceux de qui elle les reçoit auront on jour une pesante mémoire à [wrler! Le ministre, eu se substituant au testateur légitime, sait-tl ce qui s'est passé dans sa conscience? Lorsqu'il le croit généreux, souvent il n'a voulu qu'acquitter son dme. Vous l'ignurez. dites-vous ; respectez donc les dispositions de celui qui a seul pu le savoir. La présomption de justice est pour ce qui se Fait en présence de Dieu et de la mort.
Il semble, à considérer les actes de la politique de
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irtUveoililaiMni
DE LA RELIGION DANS SES RAPPORTS
ce tempt, que son principal biil soit de combattre la religion pt cTanéaniir peu à peu son influence sur la société. '.Ce que paraissent lui donner les lois , l'admiDisIration le lui ûle^'vElle redoute le chriKlianisme ; mais, quand elle raura ilétruit en France , qu'olfrira-t-elle en sa place au peuple? iguelle autre doctrine , quelle autre rooraleV Sera-ce les préfets et les sous-préFvls qui lui enseigneront ses devoirs , qui mettront à cAlé de ses peines les consolations qui les adoucissent, qui menaceront le vice d'un châtiment qui n'est pas de la terre, et garantiront le ciel à la vertu? Fondera-t-on , dans les bureaux du ministère de l'intérieur, une nouvelle Foi, un nouveau culte, une nouvelle Église? et une circulaire du ministre remplaceru-t-elle l'Évangile du Fils de Dieu?
D'un système opposé à la religion , il ne peut rien sortir qui ne tourne contre elle. Qu'on ait ouvert à trois prélats l'entrée du conseil d'État, ce n'est qu'une dérision ; et tout le monde l'a senti, Mais la nomination de quelques évèques à la pairie a plus d'importance. Beaucoup de gens ont cru y voir une imitation du gouvernement anglais; ils sesontétrangement trompés. En Angleterre, l'Égliseest Née à la constitution du pays ; et c'est là toute sa force. Le clergé formeun ordre qui participe de droit à la législation ouàlasouverainelé: lesévéquesle représentent dans la Chambre haute, en vertu de leur litre d'éTÈques;el, s'ils y brillent peu par l'indépendance de leur carnctrre et de leurs voles, il en faut moins accuser les hotntues que les institutions. La servitude est le partage de toute Église nationale, et la pre-
7 'ère condition de son existence.
Parmi nous, la dignité de pairaccordée à quelques ' éviques est une faveur purement personnelle, étrangère au corps^ont ils sont membres et au siège qu'ils occupent.jll n'en rejaillil réellement aucun éclat sur la religion , qui demeure toujours en dehors de la constitution politique ; mais il en résulte pourelledegravesinconvéuienls. Le plus dangereux par ses suites est de placer une partie de l'épiscopat dans une position fausse, de rapprociier et de confondre aux yeuK du public ce qui devrait être soigneusement séparé, puisque autre est le principe de l'Église, autre le principe du gouvernement. Il peut se présenter , et il se présente de fait , des discussions très-délicates : si les étèques se conforment en ces occasions au système politique , on ne sait plus comment concilier leurs fonctions de pairs avec leurs devoirs d'évéques ; cl, soit qu'ils parlent, soit qu'ils se taisent, leur seule présence, interprétée comme une sorte d'acquiescement , sert toujours , quoi qu'ils fassent, à couvrir plus ou moins le vice de certaines lois.
En général , jusqu'à ce moment, ils ont pris le
parlidu silence; mais qu'arrive-l-îl de U? Les autre* évi^ques, les regardant comme plus spécialement cliargéa de la défense de la religion , imitent leur Mience, et l'épiscopat entier reste muet, lorsqu'il serait si néc^saire que sa voin se Tit entendre. Au fond , l'on ne voit pas bien comment le silence serait un motif canonique qui dispensât pendant six mois les premiers pasteurs de la résidence. On peut se taire également partout. Et n'est-il pas à craindre queleclergé.ainsiquelest!dèles, s'endorment daiu une sécurité ti-ompeuse, lorsqu'aucune réclamation, aucun avertissement , aucune plainte , ne sortent de la bouche des gardiens naturels de la foi , attaquée de toutes parts cependant?
I*our bien juger des actes qui intéressent l'Église, on ne doit jamais perdre de vue qu'elle n'est rien dans l'État, qu'elle n'occupe aucune placedans l'ordre politique ; qu'on a séparé syslématîque)nent la législation civile de sa législation, et que ,imécoilnaissant la nature de la société religieuse, on travaille sans relâche à la détruire en s'elfbri;ant delà faire entrer dans le cadre d'une administration matérielle. Or, en cette position, tout ce qui diioinue l'indépendance du clergé est un mal , et un tr£^ grand mal^Sous ce rapport, les distinctions pertoiinelles les 'plus honorables ne sont jias exemptes àl danger. Elles créent des bens qui dtent to^jottra-' {[Uflquechusede la liberté; elles eieitenlt'ambitioa,,, fcrtUe en prétextes pour justifier les coodeaccnilanccs les moins excusables, loi-squ'elles sont Utilei à ses desseins. La vertu même peut être tentée, ta croyant découvrir , dans ce qui élève l'honuoe, do, nouveaux moyens de succès pour son zèle. Jusqu»' là on se tient en réserve, on élite de se commettre, ou prend l'habitude de céder , de dissimuler ; cafi rii'n n'atfaiblit comme le désir ; ce ne sera, si l'osvent, qu'un désir vague, une chance possible eC lointaJne;maisceltecbance, on ne veut passe l'Ater: on attend ; et l'on dit à la vérité : Attendez aussL
La vraie dignité, la force véritable des évëquea, eomme des prêtres , dépend aujourd'hui de ëloignement des affaires publiques ; il leur suffit dc: celles de l'Église. L'avenir de la religion est assuré^ elle ne périra point, ses fondements sont tnébraii-> labiés. Séparez-la donc de ce qui tombe. Poiirqiioli mêler ce qui ne saurait s'alUerV
Une prudence toujours fausse, quelquefois impie^, voudrait plier à l'esprit du siècle l'Église qui est dft tous tes siècles. Ou lui demande de varier avec la monde, qu'elle doit ramener sans cesse à varie pas. De l'opposition qu'elle éprouve, de 1^. haine dont elle est l'objet, on conclut qu'il ^ut qu'ellft se modifie, qu'elle tolère le désordre pour que le' désordre la tolère, qu'elle apaise ses ennemis i force de soumissions, qu'elle iiégorie ni
AVEC L'ORDRE POLITIQUE ET CIVIL
thénnie, au fond assez traitable, se ménage ses bonnes grâces, et, par une alliance qui garantira les intérêts réciproques, s'assure à jamais sa protection.
Quoi qu*il en soit de cette haute sagesse, ce n'est pas ainsi que le christianisme s'établit jadis sur la terre et ranima le genre humain qui expirait. Jésus- Cbrist ne négocia point , il ne fit point de concessions, et FEsprit qu'il promit d'envoyer à ses disciples D*étatC pas l'esprit du siècle , mais l'Esprit de Dieu et de l'éternité. On parle beaucoup maintenant de modération , de mesure ; il serait bon d'expliquer ces mots : nous les avons vainement cherchés dans rÉfangile ; ils ne sont pas du langage de ce temps : on ne connaissait alors que la Tiàjté et la charité.
On ne saurait trop le redir^Qout ce qui associe l'Eglise à l'action d'une poUtiqheilrangèr^au christianisme ne saurait que lui être funestê?)j[)n a mis on prélat à la tète de l'éducation : f^Smaiion en est-elle meilleure? Que ceux qui sont instruits de rétat des écoles répondent. C'est à la religion ellemême qu'il fallait confier l'enfance , et non à un homme de la religion. Le caractère dont il est revêtu consacre une partie du mal, voile l'autre, tranquillise la conscience des parents, charge la sîemie , voUà tout. Non , ce n'est pas tout : on voit, au sein de la capitale , un collège renfermer dans son enceinte deux temples , l'un catholique , l'autre protestant ; et ce collège est sous rautorité d'un êvèque ! Il est vrai qu'il ne s'y trouve pas de mosqnëe.
Qu'a produit l'institution d'un ministère des affiibes ecclésiastiques? ce qu'elle devait produire : BÔè plus dangereuse oppression de l'Église, devenue rmstrument de sa propre servitude. Le ministre peut-il changer le système politique? et en est-ce moins, parce qu'il y concourt, un système antichrétien? Lorsque , sans déguiser leurs maximes , des laïques l'appliquaient aux choses de la religion, ils n'abusaient personne; on gémissait, et l'on n'était pas trompé. Les mêmes actes venant d'un évèque, et autorisés de son nom , n'excitent plus la même défiance , n'inspirent plus les mêmes sentioients. On s'accoutume au ma! , on cesse de le repousser, à cause de la main qui le présente. 11 se forme peu à peu en sa faveur une espèce d'opinion que la faiblesse se hâte d'embrasser. Le penchant qui attire les hommes vers le pouvoir que! qu'il soit , Fespèrance de parvenir en le flattant , la lassitude même du combat , tout contribue à précipiter la décadence. La vérité qu'on a fuie devient importune ; elle blesse l'amour-propre et reveille le remords. Autrefois cela était bon , voilà ce qu'on dit de Tordre. Le devoir fatigue : on ne veut marcher qu*en descendant.
Qu*on se rappelle la loi sur les communautés
religieuses de femmes , la réponse de monseigneur d'HermopoIis à M. Royer-Coilard à l'occasion de la loi sur le sacrilège , le discours du même prélat où il établit en termes si clairs la suprématie civile , et où il invite théologiquement les députés de la France à remonter à Néron et à Dioclétien pour connaître avec précision les véritables droits de l'Église : qu'on se rappelle ces exemples si tristement mémorables , et qu*on juge de ce qui doit en sortir un jour. Quelles leçons pour le clergé ! quelles instructions pour les fidèles ! quel spectacle pour le monde entier ! La révolution recueille ces paroles , elle y applaudit , et sa joie menace l'Église. Que répondrat-on , quand bientôt elle tirera les conséquences des principes qu'on lui a faits ? suffira-t-il alors de lui prêcher la mesure et la modération? Prodigieux aveuglement ! et qui l'expliquera? Je /es enivrerai, dit le Seigneur , afin qu'Us s'assoupissent , et qu'ils dorment d'un sommeil étemel (1).
Frappé d'impuissance pour opérer le bien , entraîné par le système auquel il est lié dans des voies anticatholiques (jle ministère chargé de l'administration de l'Église de France n'a pas entrepris une seule œuvre, formé un seul dessein où ne se manifeste l'esprit qui le conduit) Il en est un dont les suites, s'il s'exécutait tel qu'on l'a conçu, pourraient être si fatales à la religion, qu'on ne saurait se dispenser de l'examiner particulièrement. Nous voulons parler du rétablissement de l'ancienne Sorbonne , V destinée, dit-on, à faire revivre les àauf es études ecclésiastiques. Le but est louable, nous le reconnaissons. Mais pourquoi faut-il qu'en rappelant continuellement les règles antiques on ne cesse de les violer, et que l'Église ait toujours à se plaindre de ce qu'on semble faire pour elle? Le bien est dans les paroles, et le mal dans les actes : et encore les paroles ne sont-elles souvent qu'un mal de plus, une consécration dogmatique du désordre qu'on avoue et qu'on justifie. On en verra tout à Theure de nouveaux exemples.
L'ancienne Université fut une de ces nombreuses créations qui contribuèrent au progrès de la civilisation chrétienne, et que l'Europe dut aux pontifes romains. » Jamais, dit l'historien de ce corps il- <( lustre, elle n*a reçu de statuts ni de l'évêque ni <( du chancelier. Les papes étaient ses souverains « législateurs, et sous leur autorité elle faisait elle- «c même les règlements qui lui paraissaient nèces- <( saires... Les monuments qui nous restent confir- « ment ce que je viens de dire. Nous avons <c connaissance certaine, dans les commencements <( du treizième siècle , de deux statuts faits pour «( l'Université, et ils sont l'ouvrage, Fun de la
( 1} Inebriabo eos ut soplanliir, et dormfant toninuiii scmpllcrnuin, et non consurgaiit,dicit Doniinu^. Jerem., 11^39.
DE LA RELIGION DANS SES RAPPORTS
» Compagnie elle-même, Pautre d'un légat du pape i( ( Robert de Courçon (1) ). » InooceDt 111 confirma le règlement fait par la Compagnie elle-même.
Lorsque Robert de Sorbon fonda le collège qui porte son nom , pour les écoliers en théologie , le pape Clément IV régla par une bulle de l'année 1S68 ce qui concernait cet établissement (S). Le même ordre subsista jusqu'en 1451. m On doit avoir obu serré, dit l'écrivain déjà cité, que, jusqu'au temps « dont je parle ici, PÛniversité n'avait reçu que u des souverains pontifes soit réforme , soit régle- «( ment de discipline ; Charles VU est le premier u de nos rois qui ait fait intervenir dans un pareil « ouvrage la puissance séculière. 11 associa au carte dinal d'Estouteville ( chargé par le pape de réforu mer les collèges de PUniversité ) des commissaires « royaui ; encore étaient-ils presque tous ecclésias- «c tiques. Le pouvoir même de ces commissaires c ne s'étendait qu'à la réforme des privilèges (( royaux : c'est l'expression de l'original. Le car- «( dinal prit leur conseil, mais c'est lui seul qui (( parle dans toute la pièce (3). n
Ce ne fut qu'après les troubles de religion , vers la fin du seizième siècle, que PUniversité de Paris, soustraite presque entièrement à l'autorité des souverains pontifes, passa sous celle des rois et du parlement , qui rédigea pour elle de nouveaux statuts. La publication s'en fit d'une manière très-solennelle, et les magistrats annoncèrent dès-lors la prétention inouïe de diriger l'enseignement théologique, u L'au vocat-général , Louis Servin , donna des avis u particuliers A chaque faculté. 11 recommande aux <( théologiens de faire, de la lecture et dePétude de <[ PÉcrilure sainte, la base et le fondement de toute «'• leur doctrine , sans pourtant négliger la scolas- «: tique dont il reconnaît Putilité pour la réfutation <' des erreurs et des hérésies; aux dècrétistes, d'avoir «: attention , en enseignant le droit canon , à n'a- *' .vancer rien de contraire aux lois et hbertès de >i rÉglise gallicane , qui sont les droits communs «' de rÉglise universelle (4). »
( 1 ) Histoire de V Univers ilé de Paris, par Crévler, tom . 1 , p . 293
ctsuiv.
(2) /Wrf., p. 496.
(3) /fr/d, lom.lV»p. 171.
(4) Ibid., tom. VII, p. 52 et «uiv.
(5) <• Aucuns ledlent un peu Icger en créance, et guère» bon a pour la balance de monsieur saint MlcUel, où II pèse les bons u chresticns au jour dujugement.n Brantôme ^ Vie de Catherine de Médlcls; OEuvres, tom. II. pag. :{2.— M. deThou rapporte qu'il voulait ôtrc regardé dans le royaume, tant que le schisme y durerait, comme le cbef des évéqucs , pour les dispentes et la collation des bénéflces,et qu'on l'accusa d'aspirer A devenir patriarche. rofcz son article dans la Biographie universelle.
(O; René Benoit publia une traduction française de la Bible, que la racuité de théologie de Paris flétrit, par une censure du 15 juillet irt()7 , à cause de sa contormité avec la version de Genève, (irégoirc XIII ratifia cette censure, et René Benoit fut exclu de la LicuilC par un décret du 1er octobre 1572. nommé à révéclié de
Parmi les hommes qui prirent le plus de pari à ces changements, on distingue deux prélats : Renaud de Beaune, archevêque de Bourges, un peu léger en créance^ disaient sea contemporains (5), soupçonné même d'athéisme par quelques-uns ; et René Benoit, évèque nommé de Troyes, dont la foi n'était pas moins suspecte (6). Cependant l'institution nécessaire pour renseignement continua toujours, chose remarquable, d'être donné au nom du saint-siège. « Le chancelier, dit Duboolay, donne, u par V autorité apostolique, le pouvoir d'enseî- « gner (7). »
Jusqu'ici , au contraire , on n'a vu figurer que l'autorité civile dans l'érection de la nouvelle Sorboune; c'est par cette autorité seule que tout se Ait. Quelques évêques , choisis et appelés par elle pour concourir à la rédaction des règlements , ne sont d ne peuvent être que de simples conseillers. Chaque évêque préside de droit à Penseignement dans son diocèse ; il nomme et institue ceux qu'il juge propres à le remplacer dans cette fonction. Là se borne son autorité. 11 ne peut conférer à personne la prérogative, qu'il ne possède pas, d'un enseignement plus étendu , tel que celui des universités. Ifémo dat quod non habet. La juridiction épiscopale, circoBscrite dans un territoire déterminé , ne saurait eo aucune façon être la source du pouvoir génénd d'enseigner. Rien, à^ cet égard , ne peut suppléer Paiitoritè pontificale.^i donc elle n'intervient pis dans la fondation de la Sorbonne nouvelle , on ne réussira jamais à former qu'une école schismatique où des professeurs institués par la puissance séculière enseigneront la doctrine qu'elle leurprescrlIi^ Alors, oubliant même jusqu'au langage catholique, on pourra se féliciter d'avoir un centre des lur mières qui entretienne dans notre Église Vunité de doctrinesy de vues, et de règles de conduite (S)» L'Église universelle ne connaît, il est vrai, qu'un centre, le centre de la foi et du gouvernement; mais notre Église , plus avancée , possédera, dans le siècle des lumières , un centre des lumères ; et
Troycs , le salnt-sIége lui refusa contUmment des ballet 4*liuUtution. U avait composé, en faveur de son ami de Delloy, un ouvrage scandaleux, sous ce titre : Examen pacifique de la doc^ trine des iiuguenots , où l'on montre , contre les catHoUques rfgtdeStQue nous ne devons point condamner les ttuguenols avepU que l'on ail prouvé de nouveau... U y prétendait que le concile de Trente ne suffisait pas pour les condamner, parce que le eonclle n'était pas reçu en France. Biographie universelle.
(7) Histoire dcl' Université, etc., tom. VII, p. 148.
(8) « Centre des lumières, elle (ranclenue Sorbonne) en trelca nail dans notre Église celte unité de doctrines, de vuet, de « règles de conduite , qui a fait sa beauté aux jours de tes prot- M pérîtes, et sa force aux jours de ses malheurs. « Lettre de son excellence le ministre des affaires ecclésiasliques et de Viiuirue" lion publique à MM. les évêques et autres membres eompasasU la commission créée par ordonnance royaléldu'iO Juillet 1825, au sujet de l'établissement à Paris d'une école des fiautes étudesecclésiastiques.
AVEC rORDRE POLlTIOrE ET CIVIL.
rtrt â re centre rt i ces lumièrfs qu'elle devra runil^ilcdoclriocstpi, ilepuîs Jésus-Christ el selon upromesse.s'elaUcoRfierTée, non par les lumières iIm hommes , mais pnr l'assistance de l'Esprit Baitit, [111 iticie à rÉglisf et à sun chef If ur infaillible ensei-
El to»\ez-you»9asQiT met: précision quelles sont tn lumières dont la nouvelle Sorbonne redeliendra 1* centre, il l'imitation de raneicnnf.ecoiilcz ff qu'on dit de relle-ci : « Rempart de la Foi contre
■ Irsaltaqiies de tous les novateurs, au point d'avoir 1' mèril« le surnom de concile pemutnent dfis
• Gau/rs, elle était encore la gardienne de ces
• muimes françaises auxquelles Uossuel donna
■ tout le poids de son savoir et de son génie. Elle
■ les professait avec liberté . mats aussi avec cette
■ Mgesse qui en prévient les abus, qui concilie tous
• les droits et tous les devoirs . et s'éloigne égalr-
■ nenl delà servitude et de la licence (I). " t^'on ose parier de maximes françaises lors-
^pi^ s'agit du point le plus important de la doctrine ealAottçue. du fondement même de l'Église et de M constitution divine; qu'un s'applaudisse d'^Tre «éparê sur ce point de toutes les autres églises unies «t successeur de Pierre ; qu'on représente leur obéissance comme unr servitttde âonl a sus'affranfhir avec cette tagesse qui prévient les abus, <im concilié tous les droit» et tous les detoirs ,qu'on op|>o»e froidement Rossuet au Vicaire de Jésus-Christ, ffffnnirofr à i'aulorilé du Docteur de tÉgltse universelle (S), son génie aux promesses da Fils de Dieu t\h ieiçiTo\vf,\V)quinepasseront point .- c'est là ce qui efFraîe , ce qui consterne plus que les eifbrts de t'impiétè. De sinistres pensées «'emparent de l'Ame : on ne diseule point, on tombe à Itenntix pour conjurer Dieu de détourner l'avenir qoi s'approche.
Kt qnrl moment choîsit-on pour annoncer à hnivers catholique qu'on a résolu de perpétuer eet nuiiines de schisme? le moment ni^me où les plus ardents ei^ienits de la religion chrétienne les réclament comme leur doctrine, comme l'arme avec laquelle ils vaincront l'Égliset Parce que, penrlanl les deux derniers siècles, le clergé français u'en > pas tiré les eonséquences, parce qu'il les a loiijours démeniies dans la pratique, on refuse d'en loir le danger. Hais, si nulle Kglise ne fui jamais fùa soumise au sainl-eiége, dans les matières ^fltritttelles, que l'Église de'France (4) , et si on
huit fûmula luo quemapuprlmalum omnium çul In i]rbe lerra- UDlvcruMi tuclMlc lux DoGlvrein
doit la louer de cette soumission . donc elle est conforme à l'ordre de Dieu et aux vrais princi|ies catholiques , autant que les maximes qui autoriseraient une autre conduite y sont opposées. Et néanmoins que dites-vous? <> Demeurons dans les " voies tracées par nos pfres: comme eux, sachons « toujours allier ce <]u'ils n'ont Jamais séparé; K soyons i la fois Français et catholiques ro- « mains (!i). i> Et c'esl-â-dire .- Déclarons toujours que nous n'mlmettons pas le devoir de se soumettre, el demeurons cependant toujours soumis ; soyons fermes dans l'inconséquence . prenons garde d'en sortir jamais; et, quand les serfs du christianisme. les malheureux qui ne sont encore que catholiques fVfnain^, nousdemanderont en quoi nous dilTérons d'eux, et ce que c'est enfin que d'élre Fronçais en religion, nous leur répondrons Hèrement que c'est la liberté de penser d'une manière, en ayant soin d'agir d'une autre. Que s'ils insistent pour savoir avec précision ce qui arriverait si les Français s'avisaient un jour d'agir comme ils pensent, ou de réduire en pratique \n libertés gallicanes, mal comprises à la vérité, la réponse n'est pas moins facile : u C'est en leur nom que fut proclamée cette Il Aèç\oTh\i\eConatilutioncivtleduclergé;c'tiiea Il leur nom que noire Église fut bouleversée de X fond en comble, que le pontife romain fut per- .. séculé, dépouillé, jelê dans les fers. Voilà les <i excès qui les ont décréditées aux yeux de ceux il qui ne les ont connues que par l'abus qu'en a pn Il faire un pouvoir lyrannique. En les invoquant « pour nous précipiter dans le schisme, en les •I exagérant pour avoir le droit d'insulter le clergé, 'I vous les rendez oitieuses , vous les ruinez dans >i l'esprit des vrais fidèles (G). »
Voilà ce qu'on est obligé d'avouer , alors mtnie que l'on prend à tâche de calmer les fausses inquiétudes (7) des catholiques. Et ces maximes décréditées par l'abus qu'on enafait, ces maximes qu'on invoque pour nous précipiter dans le schisme, ces maximes ruinées dans l'esprit des vrais fidèles, on fonde une école pour eu conserver précieusement la tradition , et l'on assure que cette école, appropriée à nos besoins et a notre situation présente, préparc à notre Église le plus consolant avenir, et qu'à la seule annonce d'un pareil établissement la France religieuse a tressailli d'espérance (8) !
Quand Dieu prépare, non pas un consolant
BË LA RELIGION DANS SES RAPPORTS
avenir^ mais une de ces grandes calamités que sa colère envoie sur les peuples, un esprit de vertige les précède, et le sens humain est comme renversé. Hôte Vintelligence aux pasteurs^ il aveugle les gardiens de la doctrine, et ils ne savent rien; muets contre Tennemi, ils se repaissent d'idées vaines y et se complaisent dans les songes. Il y a un souffle qui les emporte, et chacun d'eux décline dans sa voie (1). Alors le chrétien lève au ciel les yeux, et, prêt à tout, médite en lui-même ce mot de Tapôtre : Étrangers et voyageurs (S), nous n'avons point ici de demeure permanente, mais nous cherchons une autre cité (5).
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